Keith Ward, Les religions sont-elles dangereuses ?

Complet
Note : 40
( 1 vote )

Keith Ward, Les religions sont-elles dangereuses ? 
Empreinte Temps Présent, Paris, 2011, 216 p, 15,20 €.

Keith Ward, Les religions sont-elles dangereuses ?

La question posée par le titre de cet ouvrage est intéressante et notre auteur ne se dérobe pas, analysant cette problématique à partir de quatre pistes :
-    La religion et la violence
-    Les convictions religieuses sont-elles irrationnelles ?
-    Les convictions religieuses sont-elles immorales ?
-    La religion produit-elle plus de tort que de bien ?

En effet, ce sont bien ces questions-là qui reviennent sans cesse dans les discussions que nous pouvons avoir avec les détracteurs du fait religieux.
Disons d'emblée que K. Ward ne tente pas dans ce livre de justifier telle religion, en l'occurrence le christianisme, ou bien de dénigrer telle autre. Bien plutôt, il analyse à partir des données historiques, sociologiques et psychologiques la question suivante : les religions engendrent-elles plus de mal que de bien ? L'auteur reste prudent puisqu'il pense que « les religions sont à la fois source de bien et source de mal » (p. 11). Mais, par la suite, il se montre plus clairement positif en affirmant que le monde serait bien pire si elles n'existaient pas et que « la présence du religieux est capitale si les hommes veulent garder espoir en l'avenir » (p. 12).

L'auteur est convaincu que ce n'est pas la religion en elle-même qui est dangereuse « mais la haine, l'ignorance, la soif de pouvoir et l'indifférence envers autrui » (p. 39). En définitive, tout être humain est potentiellement dangereux, qu'il soit croyant ou pas et « tout ce qu'il croit ou accomplit finit par prendre une tournure terriblement mauvaise à un moment ou à un autre » (p. 44).

Le cas de l'islam radical, sujet ô combien d'actualité, est bien sûr abordé... Notre auteur pense que ce n'est pas l'islam et le Coran qui engendreraient ce terrorisme islamiste mais « une version de l'islam qui a été corrompue par le mouvement antireligieux le plus infructueux du vingtième siècle : le marxisme léninisme » (p. 67). En effet, l'islam djihadiste serait « une forme de marxisme islamisé, une théologie musulmane de la libération qui s'est abandonnée à un agenda séculier » (p. 66). Quant aux croisades et à l'inquisition, l'auteur relève trois points qui favorisent selon lui ces dérives sanglantes : l'alliance de l'Église avec des autorités politiques violentes ; l'intolérance paternaliste en matière de culte, de conscience et de dissidence ; et, en définitive, le péché (orgueil, convoitise et haine) infiltrant toujours et inévitablement toute institution (p. 80).
L'auteur conclut que si le phénomène religieux comporte certains dangers, il « constitue globalement une force positive » (p. 193). Les reproches adressés aux religions, pourraient être faits tout autant aux différentes idéologies politiques qui ont coûté la vie à des millions de personnes ainsi qu'à la science avec la fabrication d'armes de destruction massive toujours plus dangereuses. Nous ne dirions pas pour autant que l'humanité doit se débarrasser de la science et de la politique. En définitive, K. Ward conduit son lecteur dans une compréhension dépassionnée des autres religions : avoir des convictions oui, mais les défendre avec humilité, ce qui implique dialogue et écoute, ce qui exclut aussi les caricatures.


Les rapports entre l'islam et le christianisme sont abordés succinctement en fin d'ouvrage dans le dernier chapitre : « La religion produit-elle plus de tort que de bien ? » K. Ward estime que l'islam est en concurrence directe avec le christianisme « de sorte que la possibilité d'un conflit, d'un malentendu ou de l'intolérance est omniprésente » (p. 200). C'est en abordant la dimension universelle et missionnaire de l'islam et du christianisme que se joue le principal enjeu entre ces deux religions - le judaïsme, quant à lui, n'a pas l'ambition d'étendre sa loi religieuse à l'ensemble de l'humanité. Mais là aussi, K. Ward précise aussitôt qu'il serait dangereux de simplifier en suggérant qu'il y aurait le risque d'un « choc des civilisations » (p. 200), titre d'un ouvrage de Samuel Huntington, paru chez Odile Jacob en 2007. Pour K. Ward, il y aurait, dans l'islam comme dans le christianisme, des mouvements encourageant un prosélytisme agressif(1), ou inversement, promouvant le dialogue et la tolérance.


Un livre qui mérite d'être lu ne serait-ce qu’en raison de son sujet, rarement abordé aussi clairement, mais aussi parce que son auteur a une réelle connaissance du phénomène religieux ce qui lui permet de garder de la hauteur sans mettre en sourdine certains enjeux délicats et très controversés : la possibilité toujours présente de « déraper » dans une apologétique de combat en caricaturant les religions concurrentes, le danger bien réel d'une politisation, d'une instrumentalisation de la religion, y compris pour le christianisme, les bienfaits sociaux, psychologiques et spirituels que peuvent apporter les religions pour l'humanité et donc une approche ouverte et en dialogue avec le fait religieux tel qu'il peut se décliner aujourd'hui dans les différentes religions du monde.

1. Sur la question du prosélytisme nous renvoyons à l'article de Sébastien Fath, « Questions sur le prosélytisme à la lumière de l'exemple des évangéliques », Les Cahiers de l'École Pastorale 66 (2007), p. 3-22.

Vous aimerez aussi

Accompagner la conversion  Wesley Peach, Itinéraires de conversion, Québec,...
Foi publique en action : comment réfléchir avec soin, s’engager avec sagesse...
L’Aube du Christianisme, Daniel MargueratCoédition Labor et Fides/Bayard, mai...
Jean-Christophe Bieselaar Viv(r)e le couple interculturel ! Lognes, Farel,...

Commentaires

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...