La foi chrétienne et les défis du monde contemporain

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Christophe Paya et Nicolas Farelly, sous dir. Repères apologétiques, Charols, Excelsis, 2013, 587 pages, 45 €.

La foi chrétienne et les défis du monde contemporain

Dernier-né de la collection OR (Ouvrages de Référence) chez Excelsis, cet opus se présente, comme les précédents, sous la forme d’un dictionnaire. La visée est ici apologétique. Sous la direction des professeurs Christophe Paya et Nicolas Farelly, 49 auteurs relèvent ensemble le défi, en 76 entrées, de penser la foi chrétienne dans le contexte présent et de porter un regard chrétien sur les réalités d’aujourd’hui. L’objectif étant d’outiller le lecteur chrétien pour l’aider à mieux appréhender, vivre et témoigner de sa foi dans la société contemporaine.

L’exercice est ambitieux, global, et pour couvrir l’ensemble des sujets, les éditeurs ont fait le choix de structurer la matière en six grandes parties, gagnant ainsi en lisibilité et permettant au lecteur de thématiser et de cibler sa lecture : 

Théologie ou dire la foi dans le monde d’aujourd’hui (Christ, Église, Mal, monde invisible, anges, démons, vie après la mort…) 

Bible ou aborder celle-ci dans le monde d’aujourd’hui (archéologie et Bible, Jésus de l’histoire et Christ de la foi, révélation et inspiration, etc.)

Éthique ou vivre en chrétien dans le monde d’aujourd’hui (gender/genre, pauvreté, sexualité, homosexualité, travail…)

Culture et société ou porter un regard chrétien sur les tendances du monde d’aujourd’hui, sorte d’exégèse du monde contemporain (arts, cinéma, économie, publicité, sport…)

Foi et religion ou situer la foi chrétienne dans le monde religieux d’aujourd’hui (bouddhisme, catholicisme, divination, magie et sorcellerie, islam...)

Philosophies et valeurs ou comprendre en chrétien la pensée du monde d’aujourd’hui (athéisme, agnosticisme, pluralisme, vérité…) 

Disons-le tout de suite : l’exercice – inédit en francophonie – est globalement très réussi, l’ensemble de haute tenue... même s’il me faut confesser n’avoir pas encore épuisé totalement les 600 pages de l’ouvrage. Mais n’est-ce pas le propre d’un dictionnaire d’être butiné au gré de nos besoins ? Ce qui est certain néanmoins, c’est que l’on se prend vite au jeu des renvois et du voyage d’une entrée à une autre et les heures passent vite. Le plaisir est là.

Il est aussi honnête de signaler le caractère inégal des contributions, tant au niveau du fond que du style. Probablement inévitable si l’on considère le nombre et la diversité d’horizons des auteurs en présence. À côté des « poids lourds » habituels – Henri Blocher, Paul Wells, Émile Nicole, Étienne Lhermenault, Donald Cobb, Lydia Jaeger, etc. –, les éditeurs ont eu l’audace et l’inspiration de lancer un certain nombre de jeunes pousses. Je vous recommande notamment la lecture de l’article Modernité et postmodernité de Pierre-Sovann Chauny ou encore celui sur la Liberté de Jacques Nussbaumer. Autant de découvertes réjouissantes pour l’avenir, tant le marché de l’édition évangélique semble souffrir aujourd’hui d’un déficit d’auteurs francophones. Et nous saluons Excelsis pour cet effort remarquable : toutes les contributions sont « originales », aucune traduction n’étant importée de l’anglais. Un must pour un dictionnaire visant à une bonne contextualisation de la foi.

D’un point de vue formel, les articles sont plutôt bien calibrés, ni trop courts ni trop longs pour le genre, avec ce qu’il faut de documentation bibliographique pour aller plus loin. Les éditeurs souhaitaient un ouvrage accessible au grand public croyant, privilégiant la clarté et la pédagogie à l’érudition. L’objectif est tenu, à l’exception peut-être de quelques articles souffrant encore d’un peu trop de technicité ; mais ils sont rares, reconnaissons-le. 

Au titre des regrets, parce qu’il en faut au moins un, j’aurais probablement apprécié un équilibre légèrement différent entre le croire et le vivre, entre la visée d’orthodoxie (bien dire sa foi) et celle d’orthopraxie (bien vivre sa foi) pour reprendre des catégories annoncées par Yannick Imbert dans son article introductif Apologétique. Reflet de l’offre pédagogique dans nos institutions de formation évangéliques – réservant la part belle à la dogmatique et à l’exégèse –, il est symptomatique de voir que les deux chapitres Théologie et Bible occupent un très gros tiers de l’ouvrage (215 pages), là ou l’éthique ne se développe que sur 85 pages… Dommage pour un dictionnaire visant à se situer davantage dans la vie pratique. Dans ce cadre, j’aurais aussi aimé voir plus d’entrées consacrées à l’éthique économique, véritable enjeu et défi pour l’Église du 21ème siècle. 

Mais ne boudons pas notre plaisir… L’effort de réflexion et d’actualisation de la foi est déjà considérable et cet ouvrage s’offre comme un outil de travail et d’approfondissement remarquable pour tout croyant et pour tout pasteur. Un ouvrage à avoir absolument dans sa bibliothèque personnelle et contenant autant de ressources possiblement exploitables dans l’Église. N’hésitez pas !

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