La refondation du monde

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La refondation du monde

Jean-Claude Guillebeaud ; (Éditions du Seuil 1999) 366 pages.

Refonder le monde ? Le titre suffit pour faire prendre conscience d'une ambition qui n'est pas commune ! Elle peut même apparaître démesurée ! Avant de donner une idée du contenu, il est bon d'indiquer quel est le fil rouge de ce « pavé » ! L'intuition de l'auteur est qu'il faut se souvenir des choses auxquelles on croit, retrouver les valeurs de notre civilisation pour résister au tourbillon qui nous entraîne. Se souvenir sans pour autant sombrer dans la nostalgie ou le culte du passé.

La refondation du monde

L'auteur fait naître le siècle en 1914 et il l'enterre en 1989. Entre le début de la première guerre mondiale et la démolition du mur de Berlin, il est vrai que tout est dit sur notre siècle. L'analyse qu'il donne du séisme provoqué par la première guerre mondiale mérite d'être méditée si on veut comprendre les avatars du patriotisme en France.

Il s'interroge encore sur l'état de nos démocraties de marché, et sur l'ambiguïté du moteur (le profit). Quand le publicitaire est le nouveau prédicateur chargé de ranimer la flamme du désir, tout est à craindre ! La fameuse loi du marché ne cache-t-elle rien ? N'est-elle pas une tyrannie qui se dissimule ? (p 76).

Dans la deuxième partie de son livre, l'auteur indique les six fondements ébranlés, les six valeurs fondatrices qui à ses yeux sont en péril.

[...]

Cet aperçu relativement long ne donne pourtant qu'une petite idée du contenu. Le premier mérite de cet ouvrage c'est l'audace et l'originalité du propos. Il fallait oser se mouiller ainsi ! Oser prétendre parler de tout sans être, évidemment, un spécialiste de tout. C'est l'idéal de l'honnête homme du grand siècle. Hélas, le savoir encyclopédique, qu'on pouvait prétendre maîtriser au 17ème siècle, est aujourd'hui hors de portée d'un seul. Faut-il pour cela renoncer à évaluer, renoncer à avoir une vue globale ? Guillebeaud montre que non.

Le grand intérêt et en même temps le risque d'une telle entreprise est de se trouver aux frontières de nombreuses disciplines. L'homme d'aujourd'hui semble avoir besoin de cette transversalité car il est en général prisonnier des spécialistes en tous genres qui savent tout sur rien(1). L'auteur se risque donc à étudier des sujets qu'il ne maîtrise que de seconde main dans le but d'échapper à la bêtise discoureuse aussi bien qu'à la connaissance microscopique (p 23). Il reste que cette volonté de savoir global porte évidemment en elle-même sa propre faiblesse, ce qui amène l'auteur à être parfois plus encyclopédique que synthétique, — et donc un peu long — mais finalement qui s'en plaindrait puisqu'il met à porté de main des informations qui ne sont pas toujours facilement accessibles. S'il ose intervenir dans des domaines que « ceux qui savent » se réservent, c'est pour faire communiquer des savoirs qui s'ignorent. Derrière ce projet rapidement évoqué qui pose la question de l'accessibilité à la vérité, se profile une autre question autrement embarrassante : y a-t-il une vérité universelle ? Guillebeaud prend des risques en proposant des « solutions chrétiennes », nous ne lui reprocherons pas !

Le second mérite c'est la qualité de la documentation. Les références sont nombreuses et intelligentes, l'auteur nous évite quelques lectures qu'on pressent rébarbatives ! Un troisième mérite qui n'est pas le moindre, c'est la qualité de l'écriture et des formules, ce livre est agréable à lire.

Un regret toutefois : certains chapitres sont un peu trop longs. Pour ma part, j'aurais apprécié un essai plus condensé qui aurait eu plus de souffle. On s'égare parfois dans un savoir labyrinthique !

Sur le fond, tout peut se discuter, ainsi le choix des six périls ! Pourquoi pas cinq ou sept ? Mais peu importe, l'essentiel était d'attirer notre attention sur des questions essentielles. Ce que l'auteur dit de notre 20ème siècle, l'analyse qu'il fait de la mondialisation, celle du conflit entre individualité et universalité sont fort bien venues. L'analyse des périls est détaillée, en revanche les propositions sont elliptiques, souvent de l'ordre du ni, ni. Ni impérialisme normalisateur, ni relativisme trop accommodant, par exemple. Fort bien, mais quoi finalement ? Il reste beaucoup de travail aux lecteurs ! Mais nous pouvons être reconnaissants à Jean-Claude Guillebeaud d'avoir osé écrire une sorte d'apologie du christianisme, raisonnée, certes, mais réelle.

(1)- C'est le temps du « savoir éclaté et labyrinthique » (p 22).

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