La relation d’aide, vocation de l’Église ?

Complet
Note : 40
( 1 vote )

Paul Millemann

La relation d’aide, vocation de l’Église ?

Charols, Excelsis, 2014. 670 pages, 26 €.

Paul Millemann a travaillé une vingtaine d’années en tant que psychologue et une dizaine d’années en tant que pasteur. Il est président de l’Association des Conseillers Chrétiens de France et enseigne l’accompagnement pastoral et la relation d’aide. Il est donc particulièrement apte à traiter du sujet.
La relation d’aide, vocation de l’Église ?
Le titre choisi pourrait éventuellement induire en erreur : « La relation d’aide, vocation de l’Église ? ». Le point d’interrogation nous amène à croire que le livre expliquera si oui ou non l’Église a pour vocation de proposer de la relation d’aide. Mais l’auteur part, en fait, du principe que l’accompagnement de la souffrance EST une vocation de l’Église. Son objectif est ainsi davantage de proposer un type de relation d’aide fondamentalement biblique et ecclésial, contrairement à l’aide apportée par les psychothérapies actuelles. D’abord, parce que recentrer le chrétien sur Dieu lorsqu’il est en période de souffrance est indispensable. Ensuite, parce qu’il s’adresse essentiellement à des responsables d’Église en exercice ou en formation, et ce sont leurs compétences qu’il encourage à exploiter dans la démarche d’accompagnement de la personne.

Paul Millemann commence par définir la relation d’aide : qu’est-ce que c’est ? Qui est en mesure de la proposer ? Quelle forme a-t-elle prise dans la Bible, Ancien et Nouveau Testament ? Quelle forme a-t-elle prise dans l’Histoire, de l’Église primitive à aujourd’hui ? Cette première partie du livre est longue (un tiers de l’ouvrage), mais exhaustive et captivante.

Dans le deuxième tiers, l’auteur se penche sur les plus grands courants de la psychologie : thérapies psychanalytiques, centrées sur la personne, cognitivo-comportementales, systémiques, psychocorporelles et enfin intégratives. Il en fait une présentation objective brève et en présente les forces et les limites. Puis il pose sur ces grands courants un regard théologique en tentant de discerner dans chacune des thérapies qui en font partie la conception du divin, de l’homme qu’elles sous-tendent par rapport à la Bible.

Il fallait s’y attendre : si l’on peut intégrer aux psychothérapies une vision biblique de l’Homme voire du Divin, aucune de ces écoles purement psychologiques n’est véritablement compatible avec l’usage de la Bible. Cela n’est donc pas sans problème lorsque c’est un chrétien en souffrance qui consulte.

Je suis moi-même psychologue clinicienne et psychothérapeute. Il pourrait vous sembler surprenant que je fasse la présentation de ce manuel faisant l’apologie d’une relation d’aide strictement biblique et ecclésiale. En apparence oui, mais en creusant un peu, et grâce à ce genre d’ouvrage, on se rend compte que la prise en charge psychothérapeutique et l’accompagnement pastoral ne sont pas fondamentalement incompatibles.

La psychothérapie et la relation d’aide ecclésiale ont pour objectif le soin de la personne en souffrance. Mais là où l’une se concentre sur son bien-être personnel, avec des outils à sa portée, l’autre fait appel à Dieu et participe à l’avancement de son Royaume.
Loin de condamner la psychologie dans son ensemble, l’auteur soutient qu’elle est une science utile à la compréhension de l’Homme. Il trouve même dans chacune des approches citées précédemment un réel intérêt pour la relation d’aide dans l’Église.

Paul Millemann expose, dans une troisième partie, sa vision de la relation d’aide spécifique à l’Église. Cette relation d’aide s’appuie sur plusieurs principes clés, notamment :
  • Croire en un Dieu souverain : être moins centré sur ses peines, ses craintes et ses doutes que sur la découverte de ce que Dieu va nous apprendre.
  • Considérer la dualité de l’être humain : être extérieur (vie physique et matérielle) et être intérieur (vie mentale et spirituelle), tout en conservant une vision holistique de la personne.
  • Croire en un Esprit Saint qui opère et applique le salut, action directe de renouvellement de l’être intérieur. Le changement de l’être intérieur se répercutant forcément sur la vie extérieure.
  • Prendre en compte l’importance de l’approche relationnelle et communautaire (rôle de la famille et de la communauté).
  • Donner toute sa place à la Bible. Ce qui sous-tend une juste interprétation de celle-ci, l’auteur insiste sur l’importance du discernement et de la connaissance des Écritures (contexte, styles littéraires, harmonie et analogie).
Pour lui, les personnes capables d’apporter ce type d’aide sont d’abord les pasteurs, mais aussi toute personne suffisamment qualifiée et digne de confiance.

Pour finir, l’auteur présente la relation d’aide « biblique » de façon pratique. Son approche est inspirée de la psychothérapie : gagner la confiance, donner de l’espoir, collecter les données (un questionnaire est proposé en annexe), interpréter ces données, proposer des solutions bibliques, accompagner le changement et aider à l’assumer. Ce livre est donc un très bon outil pour tous ceux qui, dans nos Églises, ont à cœur d’apporter une aide aux personnes en souffrance en intégrant dans leur accompagnement la dimension communautaire de l’Église.

Amélie Aguire

Vous aimerez aussi

Sébastien Fath : Une autre manière d’être chrétien en France. ...
Gordon Margery, Éditions Clé, (collection IBG), Lyon, 2014, 320 pages, 16,90...
Keith Ward, Les religions sont-elles dangereuses ?  Empreinte Temps Présent,...
DE LA PEUR... À LA PAIX ET LA JOIE, Essai sur la possession démoniaque et la...

Commentaires

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...