Le discernement spirituel

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LE DISCERNEMENT SPIRITUEL

Noémie Meguerditchian 

Entrer dans un discernement spirituel. Quelques repères psychologiques.

(Chemins ouverts, Desclée de Brouwer, Paris, 1998, 108 p.)

Le discernement spirituel

Voici sur le sujet du discernement de la volonté de Dieu un ouvrage à la fois bref, original (par rapport aux publications communes dans les milieux évangéliques), intéressant... et bon marché (!).

Noémie Meguerditchian (NM) fréquente une Église arménienne. Membre de la communauté du Chemin Neuf, elle connaît depuis son enfance la sensibilité évangélique. Elle exerce en tant que psychologue en banlieue lyonnaise. Elle publie chez un éditeur catholique et l'ouvrage risque de passer inaperçu des lecteurs évangéliques... ce serait dommage !

L'ambition de NM n'est pas de tout dire sur le discernement de la volonté de Dieu. Elle cherche simplement à mettre au service de ce discernement l'éclairage apporté par la psychologie. Elle s'inspire aussi de la spiritualité ignatienne (tout en reconnaissant qu'elle n'en est pas une spécialiste). 

La psychologie lui sert principalement d'outil pour mieux distinguer dans notre intériorité ce qui vient de Dieu et ce qui vient de nous-mêmes (et que nous pouvons imaginer venir de Lui) ; à distinguer le Dieu tout-autre des idées que nous nous faisons de lui. 

NM fait réfléchir à la façon dont nous construisons notre discernement de la volonté de Dieu. Elle interroge d'abord les motivations qui nous poussent à la rechercher. Elle nous appelle à identifier le désir qui nous habite, à discerner et nous mettre à l'écoute de ce que nous ressentons et des motivations qui sont les nôtres. Non pas pour sacraliser ce ressenti, mais pour comprendre nous-mêmes où nous en sommes. C'est dans la lucidité sur nous-mêmes que nous pouvons entendre la Parole du Dieu-qui-est-autre-que-nous.

"L'altérité de Dieu radicalement autre n'a pas grand-chose à voir avec cette façon de le considérer dans une pure extériorité  d'où il parlerait à soi et agirait pour soi. Ainsi cette manière de se référer à lui, en termes incessants de « Dieu m'a dit, Dieu m'a montré, Dieu a fait que... », sans considérer quelle part soi-même peut avoir dans ce dire et ce faire, risque bien de jouer comme aire de projections où en fait, soi-même fait parler et agir Dieu" (p. 39).

NM passe ensuite en revue la place qu'ont dans la discernement les sentiments qui nous habitent, la Bible, le recours aux signes. A propos de la Bible, elle interroge la façon dont nous y recherchons la volonté de Dieu, parfois en l'ouvrant un peu au hasard, pour en saisir des promesses... et aboutir à l'échec. "En une telle situation", écrit-elle, ce n'est pas Dieu qui doit être interrogé sur la fiabilité de sa parole, mais c'est d'abord nous, sur la façon dont nous nous sommes emparés d'elle, dont nous l'avons fait parler, dont nous l'avons attirée dans le sens qui nous convenait. Nous l'avons soumise à notre volonté et nous lui reprochons de nous avoir égarés" (p. 64). 

Elle propose à chaque fois quelques critères pour jauger de la validité de ce que nous pensons être parole de Dieu pour notre situation (en particulier le retentissement observé de la mise en pratique de cette parole sur soi-même et sur le prochain).

Elle souligne enfin l'importance d'un vis-à-vis dans le travail de discernement. "À ne parler qu'à soi ou avec Dieu, on peut rester dans le même et rien ne nous indique qu'on a réellement affaire à un autre, rien ne nous indique non plus qu'on est dans une probable confusion de soi avec les images que l'on a de Dieu, des autres et de soi-même" (p. 89). 

Le pasteur qui se trouve fréquemment sans doute dans une telle situation d'accompagnant pourra réfléchir à la façon dont il conçoit et dont il joue ce rôle. Des paroles comme celles qui suivent le feront s'interroger : "Il ne saurait y avoir d'écoute véritable sans un certain renoncement à soi, à sa propre volonté et à son désir d'aider l'autre, de le guider selon ce que l'on pense être bon pour lui. Il ne saurait y avoir d'écoute sans renoncer au mouvement de ramener l'autre à soi, à ce que l'on croit, à ce que l'on pense" (p. 92). 

Chemin faisant, on rencontre des exemples concrets et proches (vocation, mariage), présentés de manière sobre et pertinente. La lecture n'en est que plus agréable. Le langage dans lequel l'auteur s'exprime pourra peut-être indisposer parfois certains lecteurs (mais ils pourront gagner à entendre une autre façon de s'exprimer...). Mais en dehors de quelques formules isolées, l'écriture est tout à fait abordable.

Globalement, on trouvera là de multiples pistes de réflexion. Pour ma part, et curieusement si l'on note l'insistance de Meguerditchian sur Dieu comme Autre, je me suis demandé si la référence à l'extériorité de Dieu n'était pas un peu négligée. Peut-être y a-t-il trop d'assimilation pour l'auteur entre ce qui travaille au fond de nous-mêmes (et que l'auteur nous invite à juste titre à reconnaître) et ce que Dieu veut nous dire. Mais si c'est bien là une limitation de la présentation proposée, ce n'est pas un reproche que l'on pourrait lui adresser. NM ne veut proposer que "quelques repères psychologiques".

Une lecture stimulante et chargée de retentissements pour un ministère pastoral... et la vie de chaque jour.

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