Le royaume de paix, une initiation à l'éthique chrétienne

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LE ROYAUME DE PAIX, UNE INITIATION À L’ÉTHIQUE CHRÉTIENNE
Stanley Hauerwas
Paris, Bayard, 2006, 272 p.

Le royaume de paix, une initiation à l'éthique chrétienne

Il faut saluer comme il convient la publication, par les éditions Bayard, de la première traduction française d’un ouvrage de Stanley Hauerwas. Méthodiste, celui-ci a longtemps enseigné dans la prestigieuse université catholique Notre Dame et est un des éthiciens les plus connus et discutés aux États-Unis au point que le Time Magazine l’a présenté en 2001 comme le meilleur théologien d’Amérique du Nord.

Précisons tout de suite que le livre est accessible pour qui s’intéresse au sujet ; il n’est pas réservé aux spécialistes de l’éthique ou de la théologie. Il a été choisi, au sein d’une œuvre foisonnante car il présente la pensée d’Hauerwas de la manière sans doute la plus globale. Beaucoup d’autres publications sont en effet des recueils d’articles et il est bon de commencer par une vue d’ensemble qui nous aidera à situer la perspective de l’auteur au milieu des débats actuels.
Il n’est pas possible, dans le cadre de cette présentation de résumer un tel livre, mais je voudrais seulement préciser quelques grandes orientations de la pensée d’Hauerwas en espérant qu’elles vous donneront envie d’aller y voir par vous-mêmes.

Une pensée théologique et chrétienne
Ce n’est pas le point qui choquera le plus les évangéliques, mais c’est pourtant un des éléments les plus frappants de cette pensée. Il est relativement fréquent chez les éthiciens, y compris les éthiciens chrétiens aux États-Unis ou en Europe, de réfléchir d’une manière qui se voudrait compréhensible, voire acceptable pour toute personne, quelles que soient ses convictions. Hauerwas, pour sa part, a conscience de faire de la théologie et demande à l’Église d’être l’Église du Christ et non la fonction religieuse de la société. L’éthique qu’il envisage concerne avant tout ceux qui se veulent disciples de Jésus. Il se montre aussi critique à l’égard des éthiciens qui ne reconnaissent pas le centre théologique de l’éthique, que des théologiens qui  ont du mal à reconnaître le caractère pratique des convictions théologiques. Jésus est le cœur et la source de la morale chrétienne. Et les chrétiens n’ont aucun complexe à avoir de cette spécificité car ils croient que celle-ci est aussi la vérité du monde.
Hauerwas va jusqu’à dire que l’Église n’a pas à avoir une éthique sociale ; elle est une éthique sociale. Son premier devoir n’est pas de dire au monde ce qu’il doit faire, mais d’être vraiment l’Église, signe du Royaume.

La dimension narrative et communautaire
L’éthique chrétienne répond avant tout à la question « qui devons-nous être » ? Et on ne peut le faire qu’en reconnaissant que chaque existence humaine se situe dans une histoire, hérite de traditions qui se transmettent et se vivent dans des communautés. C’est pourquoi la dimension narrative est essentielle à l’éthique chrétienne car la vie chrétienne ne peut se comprendre en dehors du récit dans lequel se donne la révélation. Il est la forme même que prend le salut de Dieu depuis la création et jusqu’à l’eschatologie. Il ne s’agit pas seulement de la forme du discours, mais nous sommes invités à entrer dans une vision juste de la réalité, comme des êtres historiques qui trouvent dans leur communauté les récits qui indiquent la voie vers le bien, des êtres sauvés par le Christ et appelés à le suivre.

Le caractère et les vertus
L’éthique chrétienne ne s’intéresse pas seulement à des « cas », des situations, mais à la personne qui les vit. Elle est donc directement concernée par la personne que nous sommes appelés à devenir, le caractère qui se forme peu à peu, au fil de notre vie. L’éthique ne se structure pas autour d’une succession d’actes isolés, de décisions ponctuelles, mais autour des vertus qui constituent  le caractère d’une personne. Elles s’exercent en lien vital avec le récit et donc avec la communauté qui vit de ce récit : l’Église, communauté servante, chargée de témoigner dans le monde. L’éthique se préoccupe donc des personnes que nous sommes appelés à devenir au sein de la communauté chrétienne formée par les récits qui la structurent et non d’abord de répondre à des questions particulières.

Une éthique de la paix
Stanley Hauerwas a été très influencé par l’œuvre de John Yoder, théologien mennonite qui a été son collègue à Notre Dame. Pour cette éthique, le souci de la paix et de la non-violence n’est pas une conséquence seconde de l’Évangile, il est au cœur même de l’Évangile comme de la vie de Jésus. L’amour de l’ennemi doit nous aider à changer notre regard pour que nous apprenions à voir les choses telles que Dieu les voit. Le principe de la légitime défense semble ainsi tout à fait naturel, mais l’est-il vraiment au regard de l’Évangile qui parle d’un Christ crucifié ? On comprend ainsi pourquoi l’auteur a appelé cette initiation à l’éthique chrétienne Le Royaume de paix en faisant allusion à la prophétie d’Ésaïe 11.6-9.

Il va de soi que Hauerwas suscite facilement la polémique ; il est lui-même volontiers provocateur. Les membres des Églises de professants se réjouiront du côté confessant et fermement chrétien de cette approche de l’éthique. En revanche, ils seront peut-être surpris de l’accent mis sur le caractère communautaire de la vie chrétienne alors que bien des évangéliques ont été marqués par l’individualisme piétiste. Il ne cherche pas non plus à imposer tel comportement à la société, mais attend des chrétiens et des Églises qu’ils soient conséquents avec leur foi et leur volonté de suivre celui qu’ils appellent leur Seigneur.

Un grand livre donc qui ne laissera personne indifférent et renouvellera peut-être votre approche de l’éthique chrétienne. Mais même si vous ne le suivez pas jusqu’au bout dans sa pensée, au moins vous aura-t-il forcé à réfléchir de manière stimulante. Un ouvrage à lire et à méditer…

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