Prêcher. L’art et la manière

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Prêcher. L’art et la manière, Bryan Chapell
collection Diakonos, Cléon d’Andran, Excelsis, 2009, 478 p., 28 €.

Présenté par Christophe Paya.

Prêcher. L’art et la manière

Lorsqu’on ouvre le livre de Bryan Chapell, Prêcher, il faut savoir qu’on ouvre un véritable manuel de prédication, d’où l’ampleur du volume (478 pages). Qui dit manuel dit que toute les questions (ou la plupart d’entre elles) qui se posent aux prédicateurs seront à moment ou à un autre abordées, depuis des questions théologiques comme ce qui fonde ou justifie la prédication, jusqu’à des questions pratiques comme celles de l’emploi des illustrations ou du mode d’expression à adopter.

Bryan Chapell se situe dans la ligne des prédicateurs que les anglophones appellent expositors, et dont John Stott est un éminent représentant britannique. Chapell représente l’équivalent américain ; son livre s’appuie sur une longue expérience d’enseignant et bien sûr de prédicateur La pédagogie de l’auteur et le sommaire détaillé du livre permettent de s’y retrouver, c’est-à-dire d’aller lire ce que l’on cherche sans avoir nécessairement à lire le livre d’un seul trait.

Bryan Chapell, comme ceux qui se réclament du même genre d’approche de la prédication, se veut très exigeant sur le rapport au texte biblique, qui doit gouverner le discours du prédicateur. La prédication n’en est pas pour autant détachée de la réalité humaine : l’auteur développe le concept de « condition humaine commune », qui fait le pont entre le monde biblique et le monde d’aujourd’hui. À cette condition humaine commune, l’auteur souhaite que les prédicateurs appliquent le message rédempteur du texte biblique, sans légalisme ni facilité.

La recherche de l’originalité n’est pas l’objectif premier de Chapell. Son objectif est plutôt de poser des fondements sûrs, d’inciter à la sagesse, de déjouer les pièges et de rappeler les exigences du ministère de prédicateur. À titre d’exemple, on peut citer la position qu’il adopte à l’égard de l’utilisation de l’image ou au moins du visuel dans la prédication. Nombreux sont aujourd’hui les prédicateurs qui appuient leur discours d’un support visuel, par exemple un plan, des mots-clés, des photos ou autres. Les résultats sont mitigés, le visuel venant parfois parasiter le discours, d’autres fois, au contraire, l’appuyer. Dans les quelques cas où l’outil visuel est très bien conçu et utilisé, le résultat est impressionnant. Néanmoins, face au travail supplémentaire que l’utilisation de cet outil demande des prédicateurs, il est légitime de s’interroger. Dans la partie intitulée « communication de masse » (ou médiatique), Chapell apporte une contribution originale. Se gardant bien de se prononcer pour ou contre l’emploi de tel ou tel outil, il note que le support visuel convient mieux à l’enseignement qu’à l’exhortation. Il incite donc le prédicateur à se demander sur quel registre il se situe et à réfléchir à l’objectif qu’il vise. Les études qu’il cite (p.185-187) montrent que le visuel permet remarquablement de communiquer de l’information mais qu’il n’a pas de capacité de persuasion. Il semble d’ailleurs que les prédicateurs américains en reviennent… En fonction des cas, les prédicateurs se demanderont donc si l’emploi de tel ou tel outil convient à leur projet (ou à telle partie de leur projet).

L’un des éléments sur lesquels l’auteur insiste est la clarté du discours. La clarté n’est pas une fin en soi, mais elle est certainement nécessaire. L’auteur insiste donc beaucoup sur la structuration de la prédication. Les différentes étapes du discours, dit-il, quelle que soit la structure adoptée (ce qu’il dit des plans classiques vaut pour les autres aussi), doivent se situer dans une logique perceptible. Il est bon que les auditeurs n’aient pas à se demander si le prédicateur a tourné deux pages à la fois dans son manuscrit, c’est-à-dire comment il est passé d’une idée à une autre, ou d’un point à un autre. Les exercices de formulation qu’il propose peuvent paraître fastidieux aux prédicateurs expérimentés, mais ils ne sont pourtant pas inutiles à pratiquer de temps à autre : si l’on veut avoir les idées claires et que l’on cherche à résumer sa prédication en une phrase (parfois pour un document écrit distribué ou visuel projeté), l’auteur montre quels sont les enjeux de la formulation ; pour les différents points du discours, il montre comment utiliser des formulations qui mettent en lumière la cohérence d’ensemble, et le rapport à l’auditeur.

Ce livre permettra aux prédicateurs, novices ou expérimentés, de revoir les fondamentaux, de parcourir les différents aspects de l’homilétique, et d’apprendre de l’expérience d’un collègue chevronné. Au-delà des règles et conseils pratiques, ils y trouveront la défense d’une prédication qui n’est ni la promotion d’une cause morale, aussi noble soit-elle, ni une incitation à faire le bien, ce qui est pourtant utile, mais qui est rédemptrice, christocentrique, et donc un discours spécifiquement chrétien.

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Commentaires

Matango
04 novembre 2013, à 20:09
I like this guide for good teachings
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3
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