Quand le pardon transcende la tragédie. Les amish et la grâce

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Donald B. Kraybill, Steven M. Nolt, David L. Weaver-Zercher,
Quand le pardon transcende la tragédie. Les amish et la grâce.

Collection Perspectives anabaptistes, Excelsis, Charols, 2014, 293 p.

Quand le pardon transcende la tragédie. Les amish et la grâce

Lundi 2 octobre 2006, un homme s'introduit dans l'école amish de Nickel Mines, en Pennsylvanie, aux États-Unis, et tire froidement sur dix fillettes âgées de 6 à 13 ans : cinq meurent et les cinq autres sont grièvement blessées ; une est restée handicapée.

Cet événement nous fait inévitablement penser aux attaques de début janvier 2015 à Paris, même si les personnes ciblées (et victimes), ainsi que les auteurs de ces crimes sont très différents. Pour ce qui est de l'auteur de cette tuerie, c'était un homme habitué à fréquenter la communauté amish, et qui s'est vengé indirectement sur ces fillettes de la mort de sa fille bien des années auparavant. Il s'est ensuite suicidé.

Quand le pardon transcende la tragédie raconte l'histoire incroyable de la réaction de la communauté amish à cette terrible tuerie, l'histoire d'un pardon inattendu qui bouleversa le monde entier. Ce livre est la récente traduction française de l'édition originale parue en anglais en 2007 avec pour titre Amish Grace. How Forgiveness Transcended Tragedy (La grâce amish. Comment le pardon a transcendé la tragédie ; jeu de mots entre 'Amish Grace' et le cantique bien connu "Amazing Grace").

Les amish sont des chrétiens protestants d'origine anabaptiste et mennonite, vivant dans quelques états des États-Unis et du Canada depuis le milieu du 1 8ème siècle. Ils refusent les technologies modernes, se déplacent en chariots, portent la barbe pour les hommes, des chapeaux et de longues robes pour les femmes, et c'est surtout pour cela qu'ils sont connus, y compris des médias ou grâce à des films comme Witness en 1984.

C'est mus par leur foi en Christ, dans une attitude empreinte d'amour et de compassion, qu'ils ont pu offrir un pardon collectif et sans condition au tueur et à sa famille, au point, par exemple, de rendre régulièrement visite à sa veuve et à ses parents. Ce livre examine les nombreuses questions que soulève cet événement à propos des convictions religieuses qui ont conduit les amish à pardonner si rapidement.

Une première partie est consacrée aux amish de Nickel Mines, puis à l'événement proprement dit de la tuerie, et aux réactions immédiates qui surprirent tout le monde : louange pour les uns, interrogation autour du pardon amish pour les autres.

La deuxième partie du livre évoque "l'habitude" du pardon qu'ont les amish, mêlé de compassion, mais en n'esquivant pas la peur. Le chapitre sept de l'ouvrage va notamment aux racines du pardon chez les amish : l'engagement de disciples qui suivent Jésus, Matthieu 18 et la pratique du pardon, le Notre Père, ainsi que la relation forte entre le pardon de ses péchés reçu de Dieu et celui accordé vis-à-vis des autres. Il est aussi question de la spiritualité du pardon, qui apparaît aussi dans les chants et histoires de martyrs amish, et même dans leurs manuels scolaires. Le chapitre neuf montre comment le pardon est concrètement mis en pratique : dans l'éducation des enfants, dans le renoncement à soi-même, dans la pratique du jeûne, etc... sans pour autant minimiser les combats qu'il faut parfois mener pour pouvoir le vivre.

La troisième partie de cet ouvrage reprend ce qu'a été concrètement le pardon offert à Nickel Mines, après cette tuerie, en posant des questions telles que : qu'est-ce que le pardon ? De la colère chez les amish ? Un pardon immédiat ? Le chapitre onze, dans cette troisième partie, évoque la question (parfois controversée) de l'évitement chez les amish, sans occulter la question de la discipline interne aux communautés amish, qui peut aller jusqu'à l'excommunication d'un pécheur. Que dire de l'évitement par rapport au pardon, de l'amour et de la nécessaire compassion aussi ? L'avant-dernier chapitre traite de la question de la justice, divine et humaine, de la providence et de ce qui pourrait parfois être taxé de fatalisme (mais qui ne l'est pas pour les amish), de la réalité du mal, du salut et du jugement dernier, de la justice terrestre. Et c'est alors qu'au dernier chapitre (le treizième), nous arrivons à la thématique avancée dans le sous-titre (mais qui, dans l'édition originale en anglais, apparaissait dans le titre même) : la grâce. En découle une constatation : nous ne sommes pas amish ! Par conséquent, une transposition telle quelle de ce que les amish ont manifesté après cette tragédie n'est pas forcément de mise. Néanmoins, de grandes leçons peuvent être tirées de cette expérience, qui ont sans conteste valeur d'exemple pour nous aussi, dans nos situations.

Après l'épilogue, qui parle de la vie des amish après cette tragédie, suivent en annexe : une interview intéressante de la mère du tueur (chrétienne), et un bref survol de l'histoire des anabaptistes et amish d'Amérique du nord, ainsi que de leurs différentes traditions et pratiques, relations avec le gouvernement, défauts et vertus.

Dans un monde où des religions engendrent souvent violence et vengeance, le pardon inattendu des amish nous amène à réfléchir sur nos convictions et motivations profondes en la matière, et vient nous interroger sur nos propres réactions, sentiments et comportements lorsqu'on nous fait du tort, ou face à la violence en général. Et si nous, les chrétiens, avions un rôle prophétique à jouer en la matière, et ceci non seulement au sein de nos familles, mais aussi de nos Églises, et même au-delà, dans la société en général ? Certes, nous ne sommes pas les seuls à prôner cette notion du pardon, car des personnes d'autres religions (par exemple dans le bouddhisme) ou même athées, ont aussi écrit des ouvrages sur ce sujet. Mais le récit relaté par cet ouvrage pourrait nous amener à réfléchir de nouveau à notre conception et pratique du pardon afin, par exemple, de vivre le Notre Père toujours plus explicitement.

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