Ré-enchanter le ministère pastoral : Fonctions et tensions du ministère pastoral

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Ré-enchanter le ministère pastoral : Fonctions et tensions du ministère pastoral
Raphaël Picon
Olivétan, 2007, 85 p., 13 €.

Ré-enchanter le ministère pastoral : Fonctions et tensions du ministère pastoral

« Ré-enchanter » le ministère pastoral, telle est l’intention de l’auteur, Raphaël Picon, qui enseigne la théologie pastorale à la Faculté de théologie protestante de Paris. Plaidant pour une identité forte du pasteur, qui souligne sa spécificité et sa nécessité, il constate que depuis une trentaine d’années, ce sont les définitions du pasteur sur le mode mineur qui dominent. Tout en se réjouissant de l’évolution qui a libéré le pasteur de la responsabilité écrasante de devoir porter et conduire quasiment seul la communauté, force lui est de constater que cette même évolution a conduit le pasteur du piédestal où on le juchait […] à un strapontin si possible… éjectable !

Le besoin de clarifier cette fonction est donc réel, et pour y parvenir l’auteur propose de ne pas nous contenter d’un pasteur qui écoute, rend autonome et fédère mais d’accepter que nous avons besoin dans nos Églises de quelqu’un dont la fonction est précisément de faire entendre une Parole qui nous stimule dans nos réflexions, nous motive dans la foi, nous contrarie dans nos images de Dieu, nous transforme dans nos rapports aux autres et à Dieu.

L’auteur nous propose d’aborder le ministère pastoral à partir des fonctions qu’il remplit et occupe, rejoignant ainsi un des apports de la Réforme, pour qui le pasteur ne l’est pas en vertu d’un état qui serait devenu le sien ou de son appartenance à un ordre spécifique, mais en vertu de la fonction qu’il exerce.

Le chapitre I va donc décrire ces différentes fonctions.

- La fonction théologique : depuis la Réforme, le pasteur n’est plus celui qui rend Christ présent mais celui qui prêche et enseigne sa présence. Dans ce sens, dire de lui qu’il est un théologien est un pléonasme, il ne peut être rien de plus, ni rien de moins !

- La fonction psychologique : les fonctions d’écoute et d’accompagnement semblent appeler une conjonction de compétences psychologiques, théologiques, une disponibilité et une rigueur déontologique dont seuls les pasteurs disposeraient.

- La fonction sociétale : par l’animation et le lancement de nouveaux projets, il doit demeurer une force de proposition et de stimulation afin de maintenir l’Église dans un état de veille, loin des lassitudes et des ronronnements éventuels.

- La fonction symbolique : quand un pasteur décline son identité professionnelle, il fait confession de foi, il rappelle, par sa seule présence, la possibilité de Dieu.

- La fonction identitaire : le pasteur reste pour certains « l’homme de Dieu », il peut jouer un rôle de « structurant identitaire » dans lequel il ne peut, cependant, se complaire car le seul référent […] c’est l’Évangile. Dans un sens, plus nous attendons du pasteur et moins nous attendons de l’Évangile.

Chaque pasteur devrait-il assumer toutes ces fonctions ? Devant l’ampleur de cette tâche, l’auteur propose de nous émanciper du modèle congrégationaliste (une chapelle, un pasteur) afin de mieux partager des compétences pastorales grâce à un travail d’équipe, que ce soit au niveau local ou régional.

Le chapitre II est consacré aux tensions du ministère pastoral, dans le sens où son exercice met en tension des réalités qui s’opposent. Elles s’exercent entre le banal et le sacré, le privé et le public, la vocation et la profession, le courage d’être soi-même et le courage de participer. Comme un équilibriste sur la corde raide, le pasteur contribue à mettre en équilibre des éléments dissociés : l’Évangile et l’existence, la transparence et la discrétion, l’exigence professionnelle et la grâce de la vocation, la liberté de la conviction et la responsabilité communautaire. Même s’il n’a pas le monopole des tâches que son métier lui impose, elles constituent sa spécificité. Il n’est pas réductible au conseil du fait même qu’il est donné à une communauté pour un temps fini, ce qui lui donne une liberté d’action salutaire.

C’est à une véritable réaffirmation du ministère pastoral, pour ne pas dire à une réhabilitation, que l’auteur veut œuvrer. Pourquoi alors avoir choisi ce terme de « ré-enchantement » ? Accrocheur, certes, mais peu explicite et somme toute assez éloigné de cette volonté de définition « sur le mode majeur » défendue par l’auteur. Je crains qu’il n’éloigne certains de sa lecture, alors même qu’ils y trouveraient des arguments pour défendre la légitimité et la spécificité de ce ministère.

Cette recension a précédemment été publiée dans le mensuel Pour La Vérité.

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