L’homosexualité et l’Église

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La question de l’homosexualité, et plus précisément de l’attitude des Églises à l’égard des personnes homosexuelles, est certainement une des questions les plus brûlantes qui peuvent se poser aujourd’hui dans les Églises des pays occidentaux... Il y a de nombreuses raisons à cela. La principale est certainement le changement radical de l’image que notre société peut se faire de l’homosexualité et des homosexuels.

L’homosexualité et l’Église

UNE SOCIÉTÉ EN ÉVOLUTION

Pendant très longtemps, les personnes concernées se sont retrouvées en marge de la société et, il y a encore peu de temps, leur comportement était susceptible de tomber sous le coup de la loi. Depuis quelques décennies, l’évolution dans ce domaine est extrêmement rapide. Les homosexuels, gays et lesbiennes, sont entrés dans une sorte de lutte pour la reconnaissance de leur état et de leurs droits. L’impact de ce mouvement sur les milieux artistiques et médiatiques a changé profondément le regard de la majorité des gens, qui est passé de la condamnation et du mépris à une sympathie évidente. Des films comme Philadelphia ont certainement joué un rôle important, de même que la manière dont la communauté homosexuelle a subi les attaques du sida et a su se mobiliser pour y répondre. 

Ce combat des homosexuels - ou du moins de la partie la plus militante d'entre eux - a obtenu d'importants résultats dans la législation elle-même. En France, après le Pacs et malgré de fortes oppositions, le mariage dit “pour tous” a été introduit dans la loi en 2013, ouvrant la porte à l'adoption par des couples homosexuels. Les prochains débats porteront sur l'ouverture de l'aide médicale à la procréation (AMP) pour les couples composés de deux femmes, puis, dans un avenir prévisible, sur la gestation pour autrui (GPA), permettant à des couples composés de deux hommes d'avoir des enfants... Non seulement la loi tend à accepter pleinement l'égalité de droits pour les couples homosexuels, mais tout un courant milite en faveur d'un changement culturel profond qui, à travers la théorie du Genre, s'imposerait dès les plus petites classes et qui aurait pour but de relativiser comme exclusivement culturelle toute forme de différence entre les sexes. L'orientation sexuelle serait alors une simple construction culturelle sans rapport direct avec la biologie.

Le discours de l’Église

Pendant longtemps, on peut dire que l’enseignement des Églises a été relativement en phase avec la pensée commune. L’accent spécifiquement chrétien accentuant la dimension d’accueil et de compassion et pouvant même se trouver en contradiction avec l’homophobie ambiante. Mais la réflexion sur la nature même de l’homosexualité et sa critique étaient globalement semblables dans l’Église et dans la société. C’est cela qui a complètement changé. Ce que pense l’Église, dans la mesure où elle prend au sérieux les données bibliques sur la question, est aujourd’hui pratiquement sans rapport avec ce que pense et ce que tend à instituer la société actuelle, en particulier en France. Elle se trouve donc dans une situation où, contrairement à bien d’autres questions éthiques - y compris en ce qui concerne la sexualité - son discours n’est, non seulement plus entendu, mais a pour ainsi dire cessé d’être audible. La question de l’attitude à avoir vis à vis des personnes homosexuelles est donc devenue beaucoup plus délicate que par le passé, le simple exposé préalable des données bibliques étant reçu comme une forme de discrimination, voire de rejet des personnes.

LES DONNÉES DU PROBLÈME


La nature de l’homosexualité


Un des grands débats, que l’on a presque tendance aujourd’hui à passer sous silence, porte sur la nature de l’homosexualité. Nous n’avons pas les compétences pour y en entrer et renvoyons à d’autres articles dans ce même numéro des Cahiers. Nous pouvons simplement reconnaître que, dans la pratique, nous rencontrons plusieurs sortes de personnes concernées par cette question. Certains se sont toujours considérés exclusivement comme homosexuels et, aussi loin que remonte leur mémoire, n’ont jamais éprouvé de désirs pour des personnes de l’autre sexe. Mais il serait certainement abusif de réduire à cela la situation de toutes les personnes qui se présentent comme homosexuelles. D’autres ont une sorte de « double pratique » et se considèrent facilement comme « bisexuels ». D’autres enfin, ont été amenées à des pratiques homosexuelles sans que leur identité fondamentale soit en cause. L’image positive de l’homosexualité, sa revendication identitaire peuvent jouer un rôle important auprès de personnes dont l’identité sexuelle est à ce moment-là fragile. Le contexte joue alors un rôle plus important et certains, qui auraient évolué autrement si l’image de l’homosexualité était purement négative, peuvent aujourd’hui être tentés de s’orienter dans ce sens. Cette distinction, naturellement souvent non reconnue par les personnes concernées, peut avoir des conséquences essentielles sur la manière d’aborder et d’accueillir ces personnes dans l’Église. De fait, des hommes et des femmes qui se sentent et se pensent homosexuels entendent l’Évangile et frappent à la porte des communautés.
Les affirmations bibliques
Face à cette situation, plus fréquente aujourd’hui que par le passé, l’Église a traditionnellement fondé son enseignement à la fois sur les textes bibliques qui traitent de cette question et sur la conception générale de la sexualité que donne la révélation. Les textes qui abordent directement cette question sont peu nombreux, mais extrêmement clairs. Ceux de l’Ancien Testament expriment une condamnation sans équivoque de toute pratique homosexuelle (Lv 18.22 et 20.13). D’autres, qui peuvent également concerner ces pratiques, présentent des actes abominables qui ne le seraient pas moins dans un contexte hétérosexuel (Gn 19.1-13 et Jg 19). Il n’est pas question de ces problèmes dans les Évangiles ou les Actes des Apôtres, mais on retrouve dans les épîtres, un certain nombre de passages qui se font l’écho d’un regard semblable à celui de l’Ancien Testament (Rm 1.18-32 ; 1 Co 6.9-10 et 1 Tm 1.8-11). Nous renvoyons, pour une étude plus approfondie de ces textes, à l’article de Jacques Buchhold, dans le même numéro. Devant la clarté de ces textes, il ne reste que deux attitudes possibles. Soit, et c’est le choix de bon nombre de théologiens, on les considère comme étant le reflet des préjugés de l’époque, Paul n’ayant pas pris en compte la révolution éthique instaurée par Jésus, soit on reconnaît, malgré les difficultés que cela peut susciter, l’autorité de la parole apostolique et on accepte que ces textes, qui appartiennent à la révélation, nous donnent, d’une certaine façon, le « regard de Dieu » sur cette question. C’est la position traditionnelle des Églises et celle qui est aujourd’hui largement défendue dans les Églises évangéliques. Les textes que nous avons cités sont compris à la lumière de la conception positive de la sexualité et du mariage que nous trouvons dans les Écritures, de la relation homme/femme qui est une union dans la différence et qui souligne l’altérité du partenaire. Mais tels quels, ils sont en effet une condamnation très claire de l’acte homosexuel, non seulement comme ne correspondant pas à la volonté de Dieu et étant un résultat du péché, mais comme étant lui-même péché. Il ne faudrait surtout pas croire qu’une telle position résout le problème et clôt le débat ; elle l’ouvre au contraire. Car s’il faut parler de péché, il ne s’agit pas « du » péché absolu et on voit bien que Paul le situe dans des listes qui nous parlent également de bien d’autres choses qui sont moins remarquées dans notre contexte culturel (adultère, idolâtrie, avarice, vol, trafic d’esclaves, etc.). Il ne s’agit que d’un péché parmi d’autres et il faut surtout souligner que nous sommes tous pécheurs et que c’est à nous que l’Évangile s’adresse. La question qui demeure est donc celle de l’accueil des homosexuels dans l’Église et de la parole qu’il faut leur adresser. Se borner à condamner reviendrait à tomber soi-même sous le jugement de Dieu, si nous ne faisons pas la distinction entre la nécessaire lucidité à l’égard du péché que nous apporte la Parole de Dieu et l’amour, la miséricorde et la compassion pour le pécheur dont Dieu lui-même témoigne.

La vérité et l’amour

Il est un principe qui vaut pour bien des questions éthiques, mais qui s’applique tout particulièrement ici, c’est celui du maintien en tension permanente de la vérité et de l’amour. L’exemple le plus frappant est sans doute celui de comportement de Jésus à l’égard de la « femme adultère » (Jn 8.1-11). Deux attitudes nous seraient au fond assez naturelles.
La première est celle de ces hommes qui traînent cette femme devant Jésus. Au nom de la vérité, ils se font accusateurs et condamnent sans appel. Sans doute, cette attitude est-elle une sorte de protection : ils se placent ainsi du bon côté, du côté de Dieu et le mal (tout le mal du monde à cet instant précis) est sur cette femme. La tentation a été, et demeure grande, d’avoir à l’égard des homosexuels, une attitude semblable et point n’est besoin d’être chrétien pour cela. Il s’agit alors d’une attitude de rejet pur et simple, de diabolisation d’un certain nombre de personnes qui représentent en quelque sorte tout le mal du monde et nous dispensent d’être trop attentifs à celui qui nous concerne nous-mêmes. L’homophobie peut être facilement placée de ce côté. Ce comportement sexuel qui fait horreur ne peut être condamné qu’en rejetant les personnes concernées et nous nous sentons alors du bon côté, libres et fiers de pouvoir être les juges. Nous nous sentons alors protégés et justifiés dans nos propres péchés puisque nous sommes « du côté de Dieu ». C’est pour cette raison que Jésus va renvoyer ces hommes à leur propre conscience : « que celui de vous qui est sans péchés lui jette le premier la pierre ».

La seconde attitude, qui serait plus moderne sans doute, est celle de la compréhension. L’adultère est-il si important ? Cela peut arriver à tout le monde, l’important n’est-il pas d’aimer ? Etc. Et c’est ce que nous entendons souvent sur l’homosexualité : il n’y a là rien de grave ; cela ne fait d’ailleurs de mal à personne (à la différence de l’adultère) ; qui sommes-nous pour nous poser en juges ? Reconnaissons qu’aujourd’hui cette pente est forte dans l’Église et que nous pouvons comprendre facilement ceux qui la suivent. Non seulement cette tolérance, cette compréhension des situations et des personnes est bienvenue, mais elle est tellement dans l’air du temps que, ne serait-ce la Parole biblique, il serait bien difficile de ne pas la suivre.

L’attitude de Jésus est pourtant autre. Il dira à la femme, à la fin de ce passage : « Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, et désormais, ne pèche plus ». Sa miséricorde à l’égard de la personne va de pair avec la lucidité de sa dénonciation du péché. Dans le « va et ne pèche plus », il y a à la fois la reconnaissance de la nature profonde de l’acte (l’adultère est un péché) et l’espérance d’une issue, de la possibilité d’une vie nouvelle qui s’ouvre. Nous n’avons entre les mains aucune possibilité de condamnation (Dieu seul est et sera juge), mais, précisément par notre capacité de dire ce qui est juste, de ne pas nous laisser engluer dans l’ambiguïté, celle d’ouvrir une espérance, la possibilité de permettre à quelqu’un de sortir de la situation de péché dans laquelle il est enfermé. Lucidité sur l’acte, et miséricorde et compassion pour la personne. C’est là tout le chemin à suivre et toute sa difficulté également quand il s’agit de l’homosexualité. Il s’agit alors, même si cela peut poser d’autres difficultés, de distinguer entre la personne qui ressent des attraits homosexuels et la relation sexuelle elle-même ; entre l’homophile qui est cette personne qui éprouve une certaine catégorie spécifique de tentations comme les hétérosexuels en éprouvent d’autres et celui qui y succombe et entre dans l’acte lui-même. La distinction n’est pas différente de celle qui peut exister entre celui qui éprouve du désir pour toutes les jolies femmes qu’il peut rencontrer - ce qui est la situation hétérosexuelle banale - et celui qui commet effectivement l’adultère.

L’attention aux personnes

Rappelons, pour commencer, qu’une personne ne se définit pas, au regard de Dieu ni exclusivement ni d’abord par son orientation sexuelle. Le point de départ évident, c’est que la personne homosexuelle doit être accueillie dans l’Église. L’homosexuel est un pécheur comme nous le sommes tous ; il a besoin de la grâce et de la délivrance de Dieu comme nous en avons tous besoin, et l’Évangile, la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu est pour lui comme il est pour tous. La Parole de Dieu sera, pour lui comme pour tous, à la fois lumière sur la vérité de sa situation et promesse. Si la prise de conscience de son péché est nécessaire, la question de son homosexualité ne sera pas la seule, ni peut-être même la première question à être portée à la lumière. Malgré cela, il faudra sans doute beaucoup de tact, d’amour et de sagesse pour que le simple refus de voir dans l’homosexualité quelque chose de neutre et de naturel ne repousse pas immédiatement la personne. C’est là la difficulté essentielle de notre situation actuelle. Certains, plus nombreux qu’on le croit souvent, vivent douloureusement leur situation et sont à la recherche de quelque chose. Ils sont alors capables d’entendre la parole qui dira et le diagnostic et le remède, mais beaucoup d’autres seront à ce point choqués par la non acceptation de ce qu’ils considèrent comme leur identité la plus profonde, qu’ils n’écouteront pas et se retireront blessés et indignés. Il n’existe sans doute pas de moyen pour échapper à cette situation. Nous devons tout faire pour limiter ce danger, pour ne pas donner à l’interlocuteur cette fausse impression qu’il est rejeté, mais nous n’y réussirons sans doute pas toujours.

Guérison ou accompagnement ?

Il existe, dans les milieux évangéliques, un débat entre deux approches qui toutes deux espèrent rendre compte de la Bonne Nouvelle adressée aux homosexuels. Les uns mettent l’accent sur la promesse, toujours présente, de la délivrance et de la guérison. Tout homosexuel aurait donc la possibilité, une fois qu’il a pris conscience de sa situation et qu’il s’en est repenti, de sortir de son état et de retrouver une sexualité « normale ». Il lui sera donc possible de se marier et d’être ainsi libéré de toute tentation homosexuelle. Seule la grâce et la puissance de Dieu peuvent accomplir ce miracle qui n’est, somme toute, pas différent de la libération que tout pécheur peut expérimenter par l’Évangile. Des mouvements de qualité proposent un accompagnement qui va dans ce sens et nombreux sont ceux qui, pour l’avoir vécue, peuvent témoigner de cette libération.

D’autres, en revanche, sans nier la vérité de l’attitude précédente, sont moins persuadés qu’elle puisse s’appliquer à tous les homosexuels. Plus l’homosexualité est en quelque sorte constitutive de l’identité sexuelle de quelqu’un, moins il est facile d’imaginer un renversement radical de cette identité. Si certains pourront ainsi passer de manière durable de l’homosexualité à l’hétérosexualité, d’autres seront ainsi plutôt appelés à accepter leur situation et à vivre la chasteté.

L’accompagnement, dans ce cas est alors différent. Il ne s’agit en aucune manière de nier la capacité de Dieu de changer les choses et de guérir des conséquences du péché, mais de remarquer que cette guérison, qui dans certaines situations relève du miracle, n’est pas systématique. Bien des malades et des handicapés sont appelés à vivre avec leur maladie. Le miracle est alors intérieur et l’œuvre de l’Esprit permet d’assumer dans la paix et la joie une situation qui n’est pas pour autant radicalement modifiée.

La chasteté

Cette perspective choque parfois à la fois des chrétiens et des non-chrétiens. Ils oublient peut-être - et en cela, ils sont aussi les fils de leur époque - que la chasteté n’est pas une malédiction inacceptable qui enfermerait ainsi les seuls homosexuels dans une situation insupportable.
La chasteté est une partie de l’enseignement chrétien qui concerne toute personne. Il existe d’innombrables personnes qui ne se marient pas. Certaines restent seules par vocation, mais d’autres par nécessité. Elles sont aussi appelées à la chasteté. Et, dans le cadre du mariage même, la chasteté a sa place. Tout désir ne peut être satisfait et on peut vivre, et particulièrement avec l’aide de Dieu, une certaine dose de frustrations qui deviennent peu à peu maîtrisées, voire constructives. Encore une fois, c’est le cas de chacun et bien des personnes, mariées ou non, n’ont pas la possibilité de satisfaire tous les désirs qui peuvent être les leurs sur le plan affectif ou sexuel. L’Église peut d’ailleurs être un lieu de fraternité qui ouvre à des relations qui, sans être sexuelles, peuvent néanmoins répondre à des besoins affectifs naturellement et douloureusement ressentis. Ce qui est ici en jeu, c’est la capacité des communautés chrétiennes à être accueillantes, en l’occurrence à l’égard des homosexuels, mais également de bien d’autres.

LEUR PLACE DANS L’ÉGLISE

Des personnes homosexuelles peuvent-elles, dans le contexte d’Églises de professants, être membres d’Église ou, dans le cas d’un baptême de croyants, être baptisées ? La réponse ne peut être, bien évidemment, que oui. L’Église est une communauté de pécheurs repentis qui cherchent à suivre leur Seigneur. C’est là justement qu’est toute la question.

L’accueil des personnes

Une personne qui découvre la foi et veut entrer dans l’Église ne devient pas un saint ou une sainte. Mais on est en droit d’attendre qu’elle accueille l’enseignement de l’Évangile et qu’elle cherche, quelles que soient les difficultés, à y conformer sa vie. L’homosexuel « pratiquant » est un pécheur dont le péché n’est pas plus grand que les autres. Son état, qu’il n’a, la plupart du temps, pas choisi, n’a rien de disqualifiant, rien qui puisse l’empêcher d’être disciple de Jésus. Encore faut-il qu’il accepte cet éclairage que la révélation de Dieu apporte sur sa situation. Qu’il éprouve souffrances et difficultés pour conformer sa vie à la volonté de Dieu, cela est naturel et n’a rien d’extraordinaire.

L’Église doit savoir faire preuve de patience et chaque chrétien peut, en fonction des problèmes particuliers qui sont les siens, se regarder dans une glace pour comprendre que cette patience est une nécessité. Mais si la personne cherchait à justifier un comportement à l’évidence contraire au chemin que le chrétien s’engage, par son baptême, à suivre, les choses deviendraient différentes. Cela signifie qu’une personne d’orientation homophile a tout à fait sa place dans la communauté.

Elle doit même pouvoir être accompagnée et entourée afin de mieux vivre une situation qui pourra être parfois douloureuse. Mais la volonté de se justifier et de continuer de vivre comme auparavant rend manifeste le rejet de la parole qui dérange et empêche de trouver sa place dans la communauté des disciples. Il est possible et même probable que cette personne soit parfaitement sincère et ait vécu une expérience avec l’Évangile. Influencée par ceux qui plaident pour une révision des conceptions de l’Église dans ce domaine, elle sera sans doute indignée par la fermeture, l’étroitesse, de cette communauté qui lui semble s’éloigner de l’accueil chrétien des faibles et des petits en pratiquant ainsi ce qui lui apparaît comme une sorte de racisme. Il faut entendre et comprendre cette réaction. L’ambiance actuelle la rend presque inévitable, au moins dans un premier temps. C’est à nous, membres de l’Église, de montrer par notre accueil et notre disponibilité qu’il n’en est rien. Allons plus loin. Peut-être cette réaction est-elle fondée (nous ne sommes pas infaillibles) et nous en demandons pardon à l’avance. Mais nous ne pouvons pas, à cause de cette crainte, renoncer à ce qui nous semble une simple obéissance à la Parole de Dieu.

Aimer, en effet, ne veut pas dire tout accepter des sentiments de l’autre. Aimer le malade qui refuse l’évidence serait alors le laisser mourir sans rien dire ni faire. Il est probable alors que l’Église passera pour intolérante, pour un repaire de réactionnaires qui n’ont rien compris à l’amour des autres. Tant pis ! Encore une fois, il est de notre responsabilité de ne rien faire pour mériter cette critique, mais il est également des situations et des fidélités qui la rendront presque inévitable.

Les ministères

L’homophile qui entendra l’Évangile et souhaitera s’engager dans l’Église en voulant, avec l’aide de Dieu et de ses frères et sœurs de la communauté, se dégager de son ancienne manière de vivre aura pleinement sa place dans l’Église, sans aucune restriction. Il pourra, au même titre que tous les autres, en fonction du discernement communautaire des dons et des compétences, exercer les ministères nécessaires à la communauté. Il est évident que l’on évitera de placer ceux qui se trouveront en plein conflit intérieur dans des situations de tentations qui pourraient être pour eux autant d’occasions de rechuter. Mais lorsqu’un équilibre nouveau est trouvé, et cela même si la personne garde son orientation fondamentale mais est décidée à la vivre dans la chasteté et la confiance en Dieu, rien n’empêche qu’elle puisse accéder aux divers ministères de l’Église, y compris le ministère pastoral, si elle s’en sent capable et si l’Église le confirme.

Il est évident qu’une part non négligeable de ce discernement reposera sur l’évaluation de la maturité que la personne manifeste dans sa manière d’assumer son orientation sexuelle et de la maîtrise dont elle fait preuve à l’égard des tentations - mais cela est tout aussi vrai pour les candidats hétérosexuels. Le ministère pastoral est une situation tout particulièrement exposée dans laquelle les situations délicates ne manquent pas. Chaque pasteur peut connaître des périodes de remise en cause de son ministère. Une trop grande fragilité pourrait être source de difficultés tant pour le pasteur lui-même que pour les personnes et la communauté dont il aurait la charge.
D’autre part, un pasteur doit être accepté par sa communauté et il n’est malheureusement pas impossible que des prudences et des préventions, qui ne viennent pas toutes de la sagesse d’en haut, puissent rendre difficile l’accueil, par une Église, du ministère de quelqu’un dont on connaît le passé. Il sera alors bon que d’autres (commission des ministères, par exemple) puissent accompagner la candidature de cette personne afin d’aider la communauté à ne pas prendre certaines réactions épidermiques pour le discernement de la volonté de Dieu.

Car il y a, dans ce cas précis comme dans les autres, toute une sagesse à mettre en œuvre pour discerner la place que Dieu veut pour chaque personne dans son Église. De cela dépendent la solidité, l’efficacité et le bonheur d’un ministère comme d’ailleurs la santé de la communauté dans laquelle il est exercé.

Mais, compte tenu de qui vient d’être dit, il nous faut être conscients de ce que le meilleur de nous-même est souvent fait de nos cicatrices et l’expérience douloureuse que nous avons connue est parfois la manière dont nous avons été ouverts à la souffrance des autres. Dans ce sens, il est bon et souhaitable que nos Églises puissent avoir des membres et des responsables qui soient des témoins, des exemples vivants que l’on peut, venant de l’homosexualité, vivre une vie humaine et chrétienne épanouie et heureuse. L’accueil des homosexuels dans l’Église, dont nous parlions plus haut, en serait d’ailleurs grandement facilité.

QUELQUES PISTES POUR LES ÉGLISES

Lutter d’abord contre l’homophobie


Aimer son prochain comme soi-même, se comporter à l’égard des autres comme nous souhaiterions qu’ils le fassent pour nous, cela concerne aussi notre attitude à l’égard des homosexuels. Cela va sans dire, mais il est bon de le rappeler, car la tentation est grande dans une période de polémique dans ces domaines, de se laisser emporter par les mots et les arguments. La société voit parfois s’affronter un lobby homosexuel et un front homophobe qui ne dit pas son nom. Le risque existe de se laisser aller à des alliances perverses en croyant défendre la vérité et dénoncer l’erreur. La vieille haine rassurante de celui qui est différent de moi reste toujours tapie quelque part au fond de chaque être humain. Il est tentant alors de lutter par le mépris, d’exprimer ce qui n’est rien d’autre que des réactions viscérales, de stigmatiser telle personnalité parce qu‘homosexuelle. L’Écriture et l’Église peuvent alors devenir des arguments supplémentaires dans une lutte qui n’a rien de chrétien et qui n’est que la manifestation actuelle de vieux démons.
Les chrétiens doivent donc revenir sans cesse à l’exemple de leur Maître qui disait la vérité dans l’amour et qui ne confondait jamais la sainteté avec le rejet de l’autre. Pourquoi faut-il commencer par là ? Simplement parce que c’est le seul moyen d’avoir une chance d’être entendu lorsque nous voudrons dire à nos interlocuteurs que l’Évangile est autant pour eux que pour nous. Il y a sans doute, en chacun de nous un travail à faire dans ce domaine, simplement pour aimer, simplement pour être effectivement chrétiens.

Travailler à l’accueil des homosexuels


Reconnaissons que dans ce domaine, il y a encore beaucoup à faire. Sommes-nous disposés, sans juger les personnes, mais en disant la vérité, à les accueillir avec tout ce que cela peut comporter de bienveillance, de patience et de temps ? Plus simplement encore, sommes-nous capables de trouver les mots et de ne pas, par des attitudes involontaires, faire fuir ceux qui sont venus dans l’Église à la recherche, peut-être encore mal formulée, de quelque chose ? Il existe des associations chrétiennes qui cherchent à accompagner les homosexuels, qui les connaissent bien et qui sont en partie composées d’hommes et de femmes qui ont connu ces problèmes. Elles peuvent apporter une aide précieuse. Non seulement, il est possible d’orienter certains vers elles, mais également de recevoir une information et une formation sur les comportements adéquats qui permettent de les aider. Des Églises qui souhaitent consciemment annoncer l’Évangile peuvent, sans le vouloir, laisser à la porte des personnes considérées, souvent inconsciemment, comme indésirables, par une sorte de ségrégation confortable qu’elles ne perçoivent pas.

Lucidité et miséricorde


Si la tentation de l’homophobie est, comme nous l’avons souligné, une réalité, celle de la conformité à l’air du temps en est une autre. Nous sommes parfois confrontés à un dilemme : l’autorité à laquelle nous nous référons est-elle la Parole de Dieu ou l’un des airs du temps (sur les questions controversées, il y en a généralement deux qui s’affrontent) ? Il y a là comme une ligne de crête qui nous fait progresser dans la lucidité à l’égard des actes et la miséricorde pour les personnes, entre deux abîmes, celui du légalisme qui rejette les personnes pour garder les principes, et celui du laxisme qui brade la vérité par conformité à l’opinion reçue du moment. Cette ligne de crête est difficile pour tout le monde et on la quitte souvent en se croyant justifiés par l’abandon de ceux d’en face.

Il faut toujours nous rappeler que « l’homosexualité » n’existe pas, mais qu’il n’existe que des personnes homosexuelles. Derrière les grands principes indispensables, il y a toujours des êtres humains avec leurs craintes et leurs souffrances. Ce sont eux qui intéressent l’Église, car c’est à eux aussi que l’Évangile s’adresse. S’il faut que l’Église tienne compte de ce que l’Écriture dit sur l’homosexualité, c’est avant tout parce qu’elle croit que la lucidité à l’égard d’un mal est le préalable nécessaire à sa guérison. Si le Dieu d’amour souligne si fermement ce qui relève du péché, c’est parce qu’il a à cœur de sauver et de donner la vie. Voilà l’unique raison de la fermeté des Églises sur cette question. Toute autre position serait ambiguë et nous n’avons sans doute pas fini de chercher en nous les mauvaises raisons qui nous poussent à dire parfois des choses justes. Notre vocation est d’expliquer à tous - et donc aux personnes homosexuelles – ce qu’est l’Évangile de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ et sa capacité à faire toutes choses nouvelles.

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