Être sujet dans la prière d’intercession

Extrait
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La prière d’intercession est l’une des prières les plus importantes dont nous nous voyons confier le privilège et la responsabilité, comme nous le constatons dans de nombreux textes bibliques, particulièrement dans le Nouveau Testament. Elle caractérise en effet la relation intensément personnelle qui liait l’apôtre Paul aux églises qu’il avait implantées, comme à celles dont il ne connaissait que l’existence. Dans son approche, ce type de prière se mêle d’ailleurs tellement à l’exposition théologique qu’il est parfois bien difficile de distinguer les deux. La prière d’intercession tient aussi une place importante dans notre piété personnelle, témoignant de notre inclusion et participation au peuple de Dieu. Enfin, la prière d’intercession est la prière pastorale par excellence(1), comme le notait Calvin dans son commentaire sur le prophète Ésaïe(2). C’est donc au cœur de ce type de prière que nous emmène Yannick Imbert. Une étude bibliquement et théologiquement profonde et en cela forcément à même de nourrir notre piété !

Être sujet dans la prière d’intercession

Introduction

Parler de la prière d’intercession pourrait laisser penser qu’il n’y a qu’une forme d’intercession. Relevons cependant qu’il y a une certaine diversité dans la prière d’intercession, tant dans sa forme que dans son contenu, comme l’indique l’étude approfondie de Wiles, qui distingue(3) : 

• les prières proprement dites 

• les comptes-rendus des prières que Paul a faites en faveur des croyants et des Églises

• les prières de souhaits 

• les exhortations à la prière. 

Malgré ces quelques variantes, toutes ces prières sont finalement une forme d’intercession, c’est-à-dire de « demande en faveur » des communautés chrétiennes auxquelles l’apôtre écrit. Envisager une application dans nos cultes de toutes ces formes d’intercession serait très intéressant, cependant cet article n’a pas comme sujet une telle application, mais une question tout autre. 

Le constat initial, tout en reconnaissant qu’il n’est pas universel, est que nos prières d’intercession sont de nature parfois bien impersonnelles. En disant cela, je ne veux pas dire que nous ne prions pas pour des choses « concrètes » : nous prions en effet les uns pour les autres, pour les malades, les prisonniers, pour que la paix et la justice se vivent dans nos sociétés. Cependant, lorsque nous en venons à la prière elle-même, n’avons-nous pas tendance à faire exclusivement de l’intercession une demande d’action divine ?

« Mais que pourrait-elle bien être d’autre ? », allez-vous demander — et avec raison. La prière d’intercession est en effet une prière en faveur des autres ; une prière que nous faisons, unis avec eux, en Christ ; c’est une plaidoirie en faveur des autres, de nous-mêmes, du monde ; une demande portée auprès de Dieu par Christ et en l’Esprit. Comment alors ne pas considérer l’intercession comme une prière tournée vers Dieu lui demandant son intervention en faveur de ceux pour qui nous prions ? Comme Paul le rappelle lui-même en 1 Timothée 2.1-2 : 

« J’encourage donc, en tout premier lieu, à faire des requêtes, des prières, des supplications et des actions de grâces pour tous les humains, pour les rois et pour tous ceux qui occupent une position d’autorité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et en toute dignité. »

Clairement, la prière d’intercession est tournée vers l’action de Dieu se manifestant dans un âge caractérisé par l’attente de son royaume. La prière d’intercession est donc une prière fondamentalement eschatologique en ce qu’elle est tournée vers l’accomplissement total de toutes choses. Au cœur de cette attente, au plus profond de ses veilles, le croyant élève son cœur vers Dieu par son intercession, plaidant pour l’intrusion de l’action divine. 

Prier pour les autres, avec la Bible

Prier pour les autres, y compris nos Églises, c’est donc l’essence même d’une intercession motivée par la conviction que Dieu est déjà à l'œuvre. La prière d’intercession est donc bien une prière exprimant le désir que Dieu prenne action en faveur de telle ou telle personne, ou de telle ou telle situation. Mais est-ce tout ? La prière d’intercession, bien qu’ayant comme vis-à-vis ultime la providence d’un Dieu de parfaite bonté, doit-elle se contenter d’être un appel à l’action de Dieu ? Ne doit-elle pas être aussi une plaidoirie en faveur des autres, plaidoirie qui nous engage en tant que sujets ? Revenons à une intercession paulinienne typique, celle de 2 Thessaloniciens 1.3-4 : 

« Nous devons, frères, rendre toujours grâce à Dieu à votre sujet, et ce n’est que juste, puisque votre foi est en pleine croissance et que l’amour que vous avez tous les uns pour les autres foisonne. Ainsi nous sommes fiers de vous dans les Églises de Dieu, à cause de votre persévérance et de votre foi dans toutes vos persécutions et dans les détresses que vous supportez. »

Comme le rappelle justement Carson, ce qui étonne en ce début d’intercession c’est que celle-ci se confond presque avec une prière de remerciement, voire de louange (Romains 1.8, 2 Corinthiens 2.14), ou comme le disent d’autres encore, avec l’action de grâces(4). La plaidoirie que nous offrons dans la prière est donc soutenue par la glorification du Dieu que nous prions et par une expression de reconnaissance envers le destinataire de nos prières. 

Cela signifie alors que notre reconnaissance personnelle de la fidélité de Dieu est une partie importante de notre intercession. L’intercession ne reste donc pas une expression généraliste et abstraite d’un désir de manifestation de l’action divine, mais un réel......

1. Comme le dit E. Bradford : « Du moment que la prédication est intéressante, du moment que le pasteur ne néglige pas les malades et que le bulletin d'Église est bel et bien fait … tout le monde est content et satisfait … L'Église est la grande perdante si le pasteur est si occupé qu'il n'a plus le temps de prier pour ceux qui sont faibles, égarés, malades, découragés » (Eugene Bradford, « Intercessory Prayers: A Ministerial Task », Westminster Theological Journal, 22/1, (1959) : p. 13-48, ici p. 45). Cf. aussi J. Ramsey Michaels, « Finding Yourself an Intercessor: New Testament Prayer from Hebrews to Jude », dans Richard N. Longenecker, sous dir., Into God's Presence: Prayer in the New Testament (Grand Rapids, Eerdmans, 2001), p. 240.

2. Pour J. Calvin, l'intercession est essentiellement (mais pas seulement) la prière du pasteur en faveur de son troupeau. Cf. le commentaire de Calvin sur Ésaïe 37.4.

3. G. P. Wiles, Paul's Intercessory Prayers: The Significance of the Intercessory Prayer Passages in the Letters of St Paul (Cambridge, Cambridge University Press, 2007), p. 17s.

4. D. A. Carson, La prière renouvelée (Cléon d'Andran, Excelsis, 2005), p. 45.

Yannick Imbert est professeur d’apologétique à la Faculté Jean Calvin à Aix-en-Provence.

 

 

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Commentaires

Pierre Roland
26 mai 2014, à 21:04
Jésus est toujours Roi...............
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