Pasteurs en politique

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Pasteurs en politique

Un pasteur à la tête de la République ? Vous plaisantez ! Pas du tout, car en 2012 un pasteur luthérien fut élu président de la République allemande : Joachim Gauck. Certes, il n’a pas le même pouvoir qu’un président français : chef de l’état, il est le garant de l’unité et de la constitution du pays, mais le chef du gouvernement, c’est le chancelier. Depuis onze ans, c’est la chancelière, Angela Merkel, elle-même fille de pasteur luthérien, que Time Magazine a montrée en couverture comme étant « la femme la plus puissante de la planète ».

Joachim Gauck est originaire de l’ex-Allemagne de l’Est où a également grandi Angela Merkel(1). Né à Rostock, il devient pasteur de l’Église luthérienne. Pendant ces années il est témoin des arrestations et des détentions arbitraires par la Stasi, la police secrète est-allemande. Il a utilisé sa position de pasteur pour défendre les droits de l’homme et, lors des manifestations de 1989, qui ont mené à la destruction du Mur de Berlin, il est le porte-parole du collectif d’opposants Nouveau Forum à Rostock.

À partir de 1990, il dirige le centre chargé de conserver et d’exploiter les archives de la Stasi, la police secrète de l'ex-RDA, un poste qu’il occupe pendant dix ans. Il est devenu ainsi l'incarnation du travail allemand sur l'ex-dictature communiste. De par son parcours et son intégrité morale, il est devenu très populaire. « Un meilleur président », selon Der Spiegel en couverture. Dans son discours d’investiture, le pasteur devenu président a déclaré qu’il « ne peut pas penser sans l’idée de liberté(2) ».

Par ailleurs, au regard de son âge (76 ans), il ne se représentera pas en 2017 pour un nouveau mandat.
Dans le monde autour de nous, bon nombre de pasteurs protestants et évangéliques assument aujourd’hui une fonction politique. L’engagement de tous ces pasteurs s’inscrit dans une longue tradition, pas celle du politico-religieux des Églises d’État, mais celle des Églises non-conformistes qui se voulaient « libres » de toutes sortes d’imbrications de l’État. Celle d’un Martin Luther King, d’un Roger Williams et d’un Abraham Kuyper.

Pasteurs en politique, voilà le sujet de ce chapitre. Au regard de la séparation de l’Église et de l’État en France, cette combinaison suscite des interrogations. Certaines Églises considèrent qu’il n’est pas souhaitable qu’un pasteur, exerçant son ministère dans une Église locale assume une fonction politique élective. S’agit-il de liaisons dangereuses qui entravent le ministère pastoral et qui nuisent à l’unité de l’Église ?

Nous allons aborder cette question sous des angles divers, et nous y apporterons des éléments de réponse plus nuancés qu’un simple oui ou non.

Règlements et réticences

Certaines Églises vont déconseiller aux pasteurs en fonction d’assumer un rôle politique électif; dans d’autres Églises ceci est formellement interdit. Citons, à titre d’exemple, les règlements de quelques familles d’Églises en France.

UEEL

Dans son règlement intérieur, l’Union des Églises Évangéliques Libres (UEEL) affirme que « la pratique du ministère pastoral est incompatible avec l’affiliation à un parti politique » (article R 415).

EPUdF

La Constitution de l’Église Protestante Unie de France (EPUdF) mentionne trois cas de figures :

D’abord celui du président d’un conseil presbytéral ou d’une commission synodale qui sollicite du suffrage universel un mandat électif. « Il doit préalablement en informer le conseil ou la commission concernée qui en débat ». Autrement dit, il peut y aller, mais pas sans l’accord de ces instances.

Deuxièmement, un pasteur qui souhaite se présenter aux élections. « Il doit avoir donné au préalable sa démission du poste dont il a reçu la charge ou obtenu un congé ».

Enfin, un pasteur qui est sollicité pour parrainer telle ou telle candidature politique. « Tout ministre doit veiller à ce que son titre ne paraisse point sur des documents papier ou par voie électronique sans consultation préalable du conseil dont il dépend » (titre V, article 18, § 12).

FEEBF

Selon ses statuts, la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de France (FEEBF) « s’interdit toute action politique » (article 2). Cette interdiction s’applique-t-elle également aux Églises locales membres de la FEEBF et aux pasteurs ? La question reste sans réponse dans les textes officiels. Par contre, on y trouve une réponse dans le Projet de déontologie, élaboré par un groupe de travail en 2007 et rendu disponible sur le site Internet de la FEEBF. Ce texte n’a pas été voté par le congrès. Le préambule précise :

« Notre déontologie n’est pas un code de lois, mais plutôt un guide, une aide pour donner à la personne qui exerce un ministère de type pastoral (pasteur, ancien) des repères, (...) des orientations pour aider chaque pasteur à exercer son ministère dans l’esprit de l’Évangile. »

La section VI, intitulée « Les relations du pasteur avec la société », énonce la règle suivante : « Le pasteur n’acceptera pas de responsabilité sociale ou politique sans l’accord de l’Église qu’il sert et sans avoir écouté les avis de ses collègues de la région et du Conseil de la Fédération. Sa priorité doit toujours rester le ministère pastoral qui lui a été confié » (article 4).

Dans d’autres pays, les Églises de tradition réformée connaissent le même type de règlementations.

On trouvera certainement des consignes similaires chez d’autres dénominations évangéliques. Celles qui n’en ont pas adoptent, en général, la même ligne de conduite dans la pratique. Sans aller jusqu’à interdire carrément aux pasteurs toute fonction politique, elles ne les encouragent pas à entrer en politique, c’est le moins que l’on puisse dire.

Raisonnement

Pourquoi les Églises émettent-elles tant de réserves ? Je vois trois raisons.

D’abord, sur le plan théologique, les évangéliques soulignent la distinction entre l’Église et le monde, plus particulièrement entre la mission spirituelle de l’Église et la gouvernance politique de la société. Comme le résume Michel Bertrand : « Entre ces deux réalités, il n’y a ni séparation absolue, ni totale confusion, mais une distinction et une articulation, sur le mode d’une tension(3). »

Comparé à d’autres chrétiens, le pasteur se trouve dans une situation particulière. En tant que berger et enseignant de l’Église, il doit veiller à ce que « l’Église demeure un lieu de distanciation critique à l’égard du champ politique », pour reprendre les propos de Michel Bertrand. Son ministère est représentatif de cette indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. Cela ne l’empêche pas d’exprimer des opinions, ni de dénoncer des injustices, ni de s’engager pour une cause politique, mais cela doit toujours se faire dans le cadre de l’annonce de la Parole de Dieu. Pour être audible et crédible, son message ne doit pas se mélanger avec un quelconque agenda politique partisan.

La deuxième raison tient à la dimension représentative du ministère pastoral. Qu’on le veuille ou non, le pasteur représente l’Église dans la cité. Sur le plan théologique, on a raison de distinguer la morale et la doctrine d’une Église et l’engagement d’un membre de l’Église dans la sphère politique, mais dans la pratique on a du mal à maintenir cette distinction dès lors qu’il s’agit d’un responsable de l’Église.

Certes, dans les milieux évangéliques « la question de l’action politique est par nature posée à l’individu seul face à sa conscience, comme Frank La Barbe le résume à juste titre. Cette action n’engage donc d’aucune manière une Église ou une dénomination en tant que représentante d’une ligne théologique normative… Il est laissé à chaque individu la possibilité de s’exprimer et d’agir, dans le cadre de structures politiques en toute liberté de conscience… L’engagement politique d’un chrétien se fait toujours à titre personnel(4). »

A priori, cette liberté individuelle s’applique aussi à ceux qui exercent le ministère pastoral. Ils peuvent entrer en politique, à titre personnel. Formellement, cette activité n’engage en rien leur Église en tant qu’association cultuelle ou en tant que dénomination, mais il est difficile de dissocier leur activité politique de leur activité pastorale. Leur positionnement politique est inévitablement associé à l’identité de leur Église. Aux yeux de leurs administrés ils restent « Monsieur le pasteur ».

Une troisième raison pour laquelle il est déconseillé aux pasteurs de combiner leur ministère et un mandat électif, est d’ordre pragmatique et pastoral. Tout pasteur soucieux de promouvoir l’unité de l’assemblée se garde bien de donner des consignes de vote, même implicitement. Il sera apprécié quand il encourage les fidèles à prendre leurs responsabilités dans la société, et quand il soutient celles et ceux qui se sentent le devoir de s’engager en politique. Toutefois, il est censé rester discret, voire muet, sur ses propres prises de position. Surtout en chaire ! Aborder des sujets de société et des thèmes politiques dans la prédication est une opération délicate, qui demande de la retenue et beaucoup de délicatesse dans le langage et le choix d’illustrations. Cet exercice devient d’autant plus difficile quand les auditeurs savent que celui qui leur parle le dimanche, a une fonction politique en semaine !

Quand j’ai commencé le ministère pastoral au sein de l’Église Réformée des Pays-Bas, en 1991, les instances synodales m’ont prié de ne plus militer pour le parti politique dont je détenais la carte. Je l’ai donc rendue. Cela ne m’a pas empêché d’exprimer mes opinions sur des sujets de société et de commenter l’actualité. Je pouvais librement appliquer le message de la Parole de Dieu à ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, mais toujours d’une manière non partisane.

Un pasteur se doit de rassembler dans la mesure du possible les gens autour d’un seul centre : Jésus-Christ. Son ministère est d’être à l’écoute de chacun, d’apporter un enseignement à tous et de travailler avec l’ensemble de la communauté, quelle que soit l’opinion politique des uns et des autres.

« Les pasteurs ont tout à fait le droit d’avoir leur propre opinion politique, et, comme tous les citoyens de ce pays, ils disposent du droit de vote, indique François Clavairoly, pasteur de l’EPUdF et actuel président de la Fédération protestante de France. Mais un pasteur a toujours le souci de la communion de son Église. Pour cette raison, il peut difficilement militer pour un parti… puisque cela est susceptible de provoquer une division, une rupture entre les fidèles(5). »

Même raisonnement côté évangélique où la cohésion de l’assemblée dépend, en grande partie, de la manière dont les pasteurs et d’autres responsables exercent ce ministère de rassemblement.

Et pourtant…

Et pourtant, des pasteurs en politique, il y en a. En France, ce phénomène est, certes, rare, en tout cas pour le moment. On peut noter deux exemples côté baptiste : Jacky Minard, adjoint au maire de Roubaix dans les années 90, et Luc Maroni, actuellement maire-adjoint à Lens (pasteur de l’Église baptiste de Lens, de 2004 à 2013), interviewé dans un chapitre plus loin.

En revanche, dès lors que l’on élargit le spectre à d’autres pays, on trouve des exemples en abondance. Il s’avère que des pasteurs occupent toutes sortes de fonctions politiques, parfois au plus haut niveau de l’État. Le parcours de Joachim Gauck, que nous avons évoqué en introduction n’est pas unique, loin s’en faut.

Dès lors que l’on commence à faire l’inventaire de pasteurs impliqués en politique, on s’aperçoit vite que la liste va être longue. En voici quelques exemples, sans que je me prononce sur la théologie des personnes concernées. Mon but est d’illustrer le phénomène.

Président par intérim de l’Ukraine

En février 2014, Olexandre Tourtchinov, pasteur baptiste et auteur de romans de science-fiction, est élu président par intérim de l’Ukraine – pour une période de six mois. Lorsqu’il exerçait les fonctions de président de la République, il continuait à prêcher dans l’Église de Kiev dont il est resté pasteur.

Diplômé de l’Institut métallurgique de Dnipopetrovsk, il travaille brièvement comme ouvrier dans une usine sidérurgique, mais il se lance dans une carrière politique au début des années 1990 après que l’Ukraine ait obtenu son indépendance en quittant l’Union Soviétique de l’époque.

En 1993, il devient conseiller économique du président Leonid Koutchma, puis il crée, en 1994, le parti Gromada. Quelques années plus tard, Ioulia Timochenko, alors à la tête d’une grande compagnie énergétique, entre dans les rangs du parti. Olexandre Tourtchinov sera dès lors toujours dans son ombre. Tous deux élus députés en 1998, ils créent, un an plus tard, un nouveau parti, Batkivchtchina (Patrie), après un schisme au sein de Gromada. En 2004, Ioulia Timochenko, la dame à la fameuse tresse blonde est en première ligne dans la Révolution orange qui l’amène au pouvoir en tant que Premier ministre, sous la présidence du pro-occidental Viktor Iouchtchenko.

Olexandre Tourtchinov devient chef des services secrets ukrainiens, mais il démissionne quand le président Iouchtchenko limoge Ioulia Timochenko. Selon des documents publiés plus tard par Wikileaks, il aurait usé de sa position pour détruire des documents liant son alliée à un parrain du crime organisé. Fin 2007, il est nommé vice-Premier ministre dans le gouvernement de Ioulia Timochenko, jusqu’en 2010. Après l’arrestation et la condamnation l’année suivante de Mme Timochenko, il prend en main le parti(6).

Le fait qu’il ne soit ni orthodoxe ukrainien, ni catholique de rite oriental mais pasteur baptiste pourrait être la clé de son succès et de son élection présidentielle en une période marquée par les interminables manifestations sur la place Maidan à Kiev, où les tensions entre les pro-Union européenne et les pro-Russes ont déchiré le pays. « Olexandre Tourtchinov va à l’encontre du stéréotype qui veut que les pro-démocratie, favorables à l’Ouest, soient majoritairement ukrainophones et catholiques », analyse Vitaly Chernestky, professeur de langues slaves à l’université du Kansas(7).

Candidats locataires de la Maison Blanche

Outre-Atlantique, on est habitué à ce que des pasteurs soient impliqués en politique, et qu’ils s’activent au premier plan dans des mouvements de lutte pour une cause sociale ou politique. Dès leur indépendance, les États-Unis ont inscrit la séparation de l’Église et de l’État dans le marbre de la constitution, mais il n’y a jamais eu de cloison imperméable entre les deux. Les dernières décennies, ce sont surtout les évangéliques qui s’intéressent à la politique. Y compris les pasteurs.

Un exemple parmi tant d’autres est Mike Huckabee, né en 1955 et devenu pasteur de la Immanuel Baptist Church à Pine Bluff (Arkansas) en 1981. Charismatique et entreprenant, il attire de nombreux fidèles. Il lance également une petite station de télévision chrétienne qui assure sa notoriété et il anime un talkshow dominical assez populaire.

En 1989, il prend la direction de la Baptist State Convention et de ses 490.000 membres sur la base d’une ligne plus modérée que celle de ses concurrents. En 1992, il renonce à son ministère pour se présenter au Sénat sous l’étiquette républicaine. Après une campagne perdue, il se présente à nouveau au suffrage universel en 1996, pour devenir gouverneur de l’État de l’Arkansas. Cette fois-ci, il est élu. Fort de son expérience de gouverneur, il se porte candidat à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de 2008 puis pour celle de 2016.

Autre exemple : Pat Robertson, pasteur charismatique et animateur de la célèbre émission de télévision The 700 Club. Lui aussi a voulu devenir locataire de la Maison Blanche, participant aux primaires des républicains en 2012.

Pasteur charismatique devenu maire de Rio de Janeiro

« Je remercie Dieu, pour avoir remporté cette élection et pour la certitude qu’Il sera à mes côtés et aux côtés de mes compagnons qui gouverneront avec moi. » Marcelo Crivella n’hésite pas à rendre publiquement grâces à Dieu, dans son discours de victoire, le 2 novembre 2016, après avoir remporté les élections pour la mairie de Rio de Janeiro, la deuxième plus grande ville du Brésil. Lors de la campagne, il avait promis de ne pas mélanger religion et politique.

Avant de devenir sénateur dans le parlement national en 2002, Marcelo Crivella a été pasteur dans l’Église universelle du Royaume de Dieu, la deuxième dénomination évangélique du pays en termes de nombre de membres, classifiée comme charismatique ou « néo-pentecôtiste ». Envoyé par cette Église, il a été missionnaire pendant dix ans en Angola.

Dans les années 2000, Marcelo Crivella rejoint le Parti Républicain Brésilien (PRB), qui va soutenir le gouvernement de Dilma Rousseff et dans lequel lui-même va occuper le poste de ministre de la pêche. Mais son parti va lâcher l’ancienne présidente au moment des scandales qui se soldent par sa destitution en 2016.

Quand il brigue la mairie de Rio de Janeiro, son adversaire dans les élections est un candidat de gauche, mais c’est l’ancien pasteur qui les remporte avec environ 60 % des votes. Le journaliste Aglaé de Chalus fait remarquer que « dans les favelas marquées par l’ascension des Églises néo-pentecôtistes, en particulier, son profil rassurait davantage que celui de son adversaire, qui a pourtant consacré toute sa carrière politique à la défense des plus pauvres(8). »

Le presse l’a attaqué sur son passé de pasteur et sur ses affirmations datant de cette période concernant l’homosexualité et l’Église catholique romaine, jugées trop extrêmes. Des mauvaises langues disent que l’Église universelle du Royaume de Dieu essaie de mettre la main sur la politique de la ville. Une chose est certaine, l’accession de Marcello Crivella illustre bien l’influence grandissante des évangéliques brésiliens – presque un quart de la population –, aussi dans la sphère politique. Et les pasteurs ne demeurent pas en reste.

D’autres exemples

Poursuivons notre tour d’horizon en citant d’autres exemples encore.

Prêtres anglicans

  • Les 26 évêques anglicans qui siègent, à titre ecclésiastique dans la Chambre Haute (House of Lords) du Royaume-Uni.
  • John Bani, président et chef d’état du Vanuatu de 1999 à 2004.
  • Timothy Beaumont, membre du parlement du Royaume-Uni pour le Parti des verts.
  • Walter Lini, premier ministre du gouvernement, fondateur du Vanuatu.

Pasteurs baptistes

  • Walter H. Moeller, membre du Congrès des États-Unis pour le Parti démocrate dans les années 1940.
  • Jesse Jackson et Martin Luther King, leaders du mouvement pour les droits civiques.
  • Ron Lewis, député républicain de l’état de Kentucky au Congrès des États-Unis, de 1994 à 2016.
  • Ernie Fletcher, pasteur et gouverneur de l’état du Kentucky (États-Unis) de 2003 à 2007.
  • Tim Hutchinson, pasteur et sénateur de l’état d’Arkansas (États-Unis).
  • Benny M. Abante, membre du Congrès des Philippines, pasteur de la Metropolitan Bible Baptist Church à Manille.
  • William Aberhart, fondateur du Social Credit Party d’Alberta.
  • Ross Clifford, théologien et candidat au Sénat de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie.
  • Thomas Clément, premier ministre de l’état canadien du Saskatchewan de 1944 à 1961 et membre du Congrès canadien en 1953.

Pasteurs évangéliques et pentecôtistes

  • Eduardo Villanueva, fondateur et dirigeant du mouvement d’Églises Jesus is Lord (« Jésus est Seigneur »), leader politique et candidat aux élections présidentielles des Philippines en 2010.
  • Anne McBride, femme politique canadienne.

Pasteurs réformés

  • Abraham Kuyper, fondateur du Parti Anti-révolutionnaire, premier ministre des Pays-Bas de 1901 à 1905, et homme d’État.
  • Thomas François Burgers, président de l’Afrique du Sud, 1871-1877.
  • Daniel François Malan, président de l’Afrique du Sud dans les années 1950.
  • László Tőkés. En décembre 1989, il déclenche un mouvement populaire de contestation contre la répression du régime communiste roumain. Ce mouvement dont le pasteur Tőkés devient le leader emblématique se répand et va se solder, l’année suivante, par le départ du dictateur Ceaucescu et une transition, quasiment sans victimes, à la démocratie et la liberté.

Pasteurs presbytériens

  • William H. Hudnut, membre du Congrès des États-Unis, 1972-1974, maire d’Indianapolis pendant vingt ans.
  • Ian Paisley, fondateur et président de la Free Presbyterian Church of Ulster, leader des protestants et Premier ministre d’Irlande du Nord. En 2007, il signe un accord de paix avec le Sinn Fein, le parti politique des catholiques, pour mettre fin au conflit violent entre les deux communautés. Il devient alors le chef du premier gouvernement de coalition protestant-catholique, jusqu’en 2008.

Pasteurs luthériens

  • Lauri Ingman, premier ministre de la Finlande (1918-1919, 1924-1925).
  • Walter H. Moeller, membre du congrès des États-Unis sous l’étiquette démocrate dans les années 1940.
  • Dean Johnson, leader des démocrates au Sénat au Minnesota (États-Unis) dans les années 1990.
  • Kjell Magne Bondevik, premier ministre de la Norvège de 1997 à 2000, et de 2001 à 2005.

Pasteurs méthodistes

  • Canaan Banana, président du Zimbabwe dans les années 1970.
  • Emanuel Cleaver, membre du parlement du Missouri, député de cet état au Congrès des États-Unis depuis 2004.
  • Ted Strickland, gouverneur de l’état de l’Ohio (États-Unis).
  • Robert L. Williams, gouverneur de l’état d’Oklahoma (États-Unis).
  • Terry Wynn, membre du parlement européen.

Sans compter les prêtres orthodoxes et catholiques, les pasteurs indépendants et quelques autres…

Distinguons

Alors, qu’en est-il ? Tous ces pasteurs compromettent-ils leur ministère et leur communauté ? Ne devraient-ils pas tenir davantage compte des considérations qui sont à la base des règlements restrictifs de leur Église ? La question ne se pose pas en termes d’un simple oui ou non. Le rapport entre ministère pastoral et fonction politique est plus compliqué qu’il n’y paraît. Par conséquent, la réponse à notre question doit être nuancée par plusieurs facteurs.

Règlements stricts et souples

Tout d’abord, regardons de plus près les règlements que nous avons cités. Qu’est-ce qui pose problème ? Pour l’Union des Églises Évangéliques Libres (UEEL), c’est l’affiliation à un parti politique qui dérange. Cela veut dire qu’un pasteur ne peut pas être membre d’un mouvement politique. Par voie de conséquence, toute fonction et tout mandat électifs liés à un parti politique lui sont interdits. Par contre, le texte n’exclut pas qu’un pasteur se présente « sans étiquette » aux élections.

Pour la constitution de l’Église Protestante Unie de France (EPUdF), le problème est la simultanéité du ministère pastoral et d’un mandat politique. Considérant que les deux sont incompatibles, elle stipule qu’un pasteur qui brigue un tel mandat doit « donner au préalable sa démission ».

La position de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de France (FEEBF) est ambigüe. Selon ses statuts, « elle s’interdit toute action politique » (article 2). Pris au pied de la lettre, cet article ne s’applique qu’à la FEEBF en tant qu’union d’Églises. La marge de manœuvre d’une Église locale et d’un pasteur n’est pas claire.

Le projet de déontologie, par contre, permet au pasteur une responsabilité sociale ou politique, « à condition que l’Église qu’il sert soit d’accord, et qu’il ait demandé conseil aux collègues et au Conseil de la Fédération ».

Ce texte prévoit clairement la possibilité de combiner les fonctions pastorale et politique, car il précise que « la priorité doit toujours rester le ministère pastoral qui lui a été confié ». Si le projet de déontologie n’a pas (ou pas encore) été voté par le congrès de la FEEBF, il illustre bien l’évolution vers une approche assez souple.

En résumé, les règlements n’évoquent pas tous les mêmes configurations. De plus, les uns sont plus stricts que les autres. L’un des facteurs qui joue est la structure de l’Église et la position du pasteur. Dans les Églises de type congrégationaliste, comme celles de la FEEBF, la structure est plus horizontale et le ministère du pasteur est moins prépondérant que dans les Églises de type presbytérien synodal où ce ministère revêt plus d’importance. Les « libristes » se situent un peu entre les deux. Chez eux, comme chez les luthéro-réformés, on est pasteur à plein temps et entièrement au service de l’Église et de ses instances nationales. De ce fait, il représente son Église dans tout ce qu’il fait, aussi dans ses activités bénévoles. Il est tout le temps « le pasteur ». Congrégationalisme oblige, les baptistes accordent moins de « poids » à la fonction pastorale, en ce qui concerne le niveau théologique, le rôle liturgique, l’emploi du temps, etc. Dans les Églises de ce genre, on est habitué à ce qu’un pasteur travaille à temps partiel au sein de la communauté et qu’il ait une autre activité professionnelle « dans le monde ». Il arrive aussi qu’un ou plusieurs pasteurs non rémunérés travaillent en équipe. Dans de telles situations, une communauté arrive assez facilement à faire la part des choses quant aux différentes casquettes de leur(s) berger(s). Ceci est beaucoup moins facile pour une communauté où le pasteur est censé être « le pasteur » tout le temps et dans toutes ses activités.

En même temps ou de façon consécutive

Deuxième distinction : conjuguer une responsabilité politique et le ministère pastoral en même temps ou faire les deux de façon consécutive. Parmi les exemples que nous venons de citer, on trouve les deux cas de figure.

La distinction est importante, car les réticences et celles des Églises portent, avant tout, sur le premier cas de figure. Et l’on comprend pourquoi. Si le pasteur est également dans l’équipe de Madame ou Monsieur le maire de la ville, les sujets controversés de la gestion de la ville et de la communauté des communes s’invitent facilement aux discussions lors d’une étude biblique. On a vite fait l’amalgame, par exemple, entre « la prédication de dimanche dernier » et les subventions très contestées de la mairie à telle ou telle association. « Comment un pasteur peut-il cautionner des choses pareilles ? »

Être pasteur et assumer une responsabilité politique en même temps est un exercice d’équilibre que tous ne maitrisent pas forcément. Il faut savoir conjuguer les deux et gérer les tensions et les conflits d’intérêt que cela peut engendrer. Ceci n’est pas évident. En regardant de plus près la carrière des pasteurs en politique, on voit que certains ont fait des dégâts, tandis que d’autres ont tout de même réussi à bien faire les deux. La configuration « en même temps » n’est donc pas à exclure a priori, malgré les objections avancées par certaines Églises.

De toute façon, la configuration « consécutive » engendre beaucoup moins de frictions. Elle se présente sous deux formes. D’abord, quelqu’un de bien impliqué dans le monde politique se sent une vocation tardive à devenir pasteur. Je n’ai pas fait de recherches quantitatives, mais il me semble que cela arrive régulièrement. Rien qu’à Nîmes, la ville où j’habite, je connais deux personnes devenues pasteurs après un parcours politique. Pascal Ollive avait des responsabilités importantes au niveau national de ce qu’il appelle un « grand parti politique », avant de répondre à un appel et de changer le cap de sa vie. Il est actuellement pasteur de l’Église baptiste (FEEBF) à Nîmes. Jean-Christophe Müller a travaillé dans un mouvement de jeunesse pour l’intégration européenne, il a été responsable des Jeunes socialistes, maire-adjoint à Alès et conseiller régional, avant d’avoir « fait le choix de devenir pasteur », comme il le dit. Il exerce son ministère dans l’Église protestante unie de Nîmes, où il est également directeur de la Maison du Protestantisme. Leur engagement politique dans le passé ne pose aucun problème, d’autant moins qu’ils sont assez discrets sur ce sujet.

En règle générale, c’est un atout pour l’Église d’avoir un pasteur qui s’y connaît dans le domaine très particulier des pouvoirs publics. Celui-ci doit-il rendre sa carte et renoncer à toute forme d’implication dans ce monde auquel il a appartenu ? Contrairement aux règlements de certaines unions d’Églises, je n’en ferai pas une condition sine qua non. Je laisserai plutôt la réponse à cette question à l’appréciation du pasteur et du conseil de l’Église locale.

L’autre forme « consécutive » est l’inverse : un pasteur entre en politique. Là, les choses se compliquent un peu plus. Mettons qu’il a démissionné avant de se présenter aux élections, de son propre gré ou parce que son Église l’a exigé. Est-ce qu’il peut tourner la page et passer à autre chose, tout simplement ? Ce n’est pas si évident que cela. Son passé pastoral risque de le rattraper, d’une manière ou d’une autre. Surtout dans un pays où les médias, et bon nombre de responsables politiques, hissent tout de suite le drapeau « laïcité » dès que l’on aborde un sujet en lien avec « la religion dans la sphère publique ». Si vous plaidez pour une cause et que le parti qui s’y oppose « découvre » que vous avez été pasteur, cela risque de devenir un argument pour disqualifier votre prise de position. On vous accusera d’enfreindre le principe de la séparation de l’Église et de l’État.

Pasteur toujours ?

Ceux qui vous suivent dans votre nouveau parcours ont tendance à penser : « Une fois pasteur, toujours pasteur ». Cette idée, on la trouve, non seulement dans le monde politique, mais aussi dans l’Église. Peut-être que l’ancien pasteur lui-même le pense aussi.

Mais c’est erroné. D’abord pour des raisons formelles. Vous êtes pasteur tant que vous exercez le ministère, après quoi, vous serez ancien pasteur ou pasteur à la retraite. Est-ce que vous pouvez encore dire : « Je suis pasteur », quand on vous demande de vous présenter ? Bien sûr, vous restez « pasteur dans l’âme », vous avez les compétences et l’expérience d’un pasteur, mais formellement, vous ne l’êtes plus depuis que vous n’êtes plus pasteur d’une Église.

Il se peut que vous figuriez encore sur le rôle de votre union d’Églises, comme pasteur reconnu, pasteur en disponibilité, pasteur détaché, pasteur à la retraite ou autre. Dans ce cas-là, vous jouissez encore des prérogatives liées au ministère pastoral. Une Église locale peut faire appel à vous, soit pour devenir son pasteur, soit pour des services ponctuels tels une prédication, un baptême, un culte de mariage ou des obsèques. Ou bien, vous appartenez à une Église où rien n’est défini quant à la position d’un ancien pasteur. Au passage, c’est un sujet compliqué et délicat qui mériterait toute une réflexion.

Penser qu’un pasteur soit toujours pasteur « de son état » relève plutôt de la pensée catholique romaine que de la théologie protestante et évangélique. C’est un glissement vers le catholicisme qui se comprend dans une culture fortement influencée par cette tradition, mais le pasteur n’est pas un « prêtre protestant ». Dans nos Églises, il n’y a pas de clergé. Nous sommes tous laïcs, quel que soit le ministère qui nous est confié. Les pasteurs ne constituent pas une classe à part, le sacerdoce est universel. Ce point théologique fondamental est à souligner, car il nous permet de dissocier l’activité en tant que pasteur de toute activité consécutive dans « le monde ».

Plusieurs formes et niveaux d’engagement politique

Troisièmement, pour savoir si une responsabilité politique est compatible ou non avec une activité spirituelle dans l’Église, il faut tenir compte du fait que cette responsabilité peut prendre plusieurs formes, et qu’elle peut se situer sur différents niveaux.

Certains élus s’occupent plutôt de l’administration : appliquer des lois qui sont votées au Parlement, gérer un budget qui dépend largement des dotations de l’État. D’autres élus participent davantage à la prise de décisions politiques : voter des lois, des projets d’infrastructure, etc. Ces fonctions sont beaucoup plus sensibles dans la mesure où ces décisions sont contestées – ou contestables – aux yeux de leurs frères et sœurs chrétiens.

Deuxièmement, les règlements d’Église se prononcent sur des mandats électifs, mais toute responsabilité politique ne passe pas forcément par un suffrage. Quelqu’un peut être nommé par un élu comme son adjoint, son conseiller, directeur de son cabinet, ou ministre dans son gouvernement, même s’il n’est pas membre de son parti politique. On peut s’engager « sans étiquette », ce qui permet de se tenir à une certaine distance de la politique partisane, bien que vous soyez toujours assimilé un tant soit peu au parti de ceux avec qui vous travaillez.

Enfin, un pasteur peut militer en tant que citoyen dans un mouvement dont les objectifs sont clairement politiques mais qui relève de la société civile. L’exemple emblématique est bien évidemment Martin Luther King. Il ne s’est jamais présenté aux élections, il n’a jamais exercé une fonction politique, mais son engagement politique était total. L’objectif du mouvement qu’il a déclenché, puis dirigé, était de faire pression pour que le parlement change la législation en faveur des noirs américains. Aujourd’hui, on pense à des mouvements citoyens pour l’écologie, pour la vie (pro life), contre la pauvreté (Défi Michée), pour venir en aide aux migrants, pour plaider la cause des chrétiens persécutés, etc. Ils interpellent tous le politique. Quoi de plus approprié pour un pasteur à qui la justice sociale tient à cœur, que de s’activer dans de tels mouvements ?

Conclusion

J’aimerais souligner que le ministère pastoral est beaucoup moins éloigné du monde politique qu’on ne le pense. Au lieu de nous concentrer sur les barrières et les tensions entre les deux, nous ferions mieux de voir les passerelles et de saisir les occasions qui se présentent aux responsables d’Église pour apporter quelque chose de bon et de juste dans le domaine de la gouvernance de la cité. Rappelons que la politique, au sens noble du terme, est un service rendu à la société pour que le bien avance et que le mal soit endigué. En cela, elle est au service de Dieu (Romains 13).

1. Cf. son autobiographie, traduction française : Joachim Gauck, L’hiver en été, le printemps à l'automne, Munich, Siedler, 2009.

2. Cf. le reportage sur Journalchretien.net et l’article : Joachim Gauck, pasteur luthérien et nouveau président de l'Allemagne, Réforme, 20 février 2012.

3. Cf. Michel Bertrand, ce même Cahier de l'École pastorale, section 1.1, § a.

4. Frank La Barbe, Gouverner par l’exemple : le Parti Républicain Chrétien, article publié en 2016 sur le site du PRC, devenu depuis Les Authentiques.

5. Louis Fraisse, Pasteurs et politique : liaisons dangereuses ? Réforme, 24 février 2012 http://reforme.net/une/societe/pasteurs-et-politique-liaisons-dangereuses

6. Cf. Ukraine : le nouveau président par intérim est un pasteur, article publié le 23 février 2014 sur www.europe1.fr

7. Cité dans Vitaly Chernestky, « Un pasteur baptiste à la tête de l’Ukraine », Réforme, le 6 mars 2014.

8. Aglaé de Chalus, « Un pasteur évangélique à la mairie de Rio », La Croix, 3 novembre 2016.

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