La lecture, l'étude et la méditation de la Bible

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Pour les protestants, lire la Bible va de soi. Mais ne nous contentons-nous pas, bien souvent, d’une lecture sans grande consistance. Il est si facile de transformer cet élément essentiel de la spiritualité protestante en une sorte de rite superficiel. Il est bon de réfléchir aux sources de notre pratique et d’enseigner une approche plus complète et peut-être plus profonde du texte biblique.

La lecture, l'étude et la méditation de la Bible

L’importance de la Bible est fortement confessée dans les Églises, particulièrement les Églises évangéliques, mais il faut reconnaître que sa lecture et sa connaissance sont en baisse, y compris dans nos milieux. Il y a sans doute diverses raisons à cela : une ouverture plus large à la culture qui fait « concurrence », les difficultés qu’ont les jeunes à lire etc.

Lire la Bible, quelle importance ?

Le christianisme est fondé sur la révélation de Dieu dans l’histoire, révélation qui culmine en Jésus-Christ. Les textes bibliques sous leurs formes diverses sont l’unique témoignage à notre disposition de cette révélation. Ainsi, nous approcher du Christ, c’est nécessairement nous approcher de l’Écriture. Par elle seule, lue dans le cadre de la communauté et avec l’Esprit qui a présidé à sa rédaction, nous pouvons nous retrouver dans la situation des premiers auditeurs des apôtres ou de ceux qui écoutaient la parole des prophètes.

Contrairement à d’autres traditions chrétiennes, notre pensée et notre piété ne sont fondées que sur la Bible. Ce qui ne veut évidemment pas dire que tout est biblique dans nos communautés ! Mais ce qui fait que si nous perdons cet enracinement, c’est notre fondement même que nous abandonnons et l’essentiel disparaît en peu de temps. C’est sans doute ce qui fait la fragilité de nos Églises, mais aussi peut-être ce qu’elles peuvent avoir de meilleur. La Bible est le milieu, le terreau dans lequel notre foi se développe et atteint une certaine maturité. Sans elle, il nous reste l’influence du milieu, avec tout ce que cela peut avoir d’ambigu.

On dit souvent que la Bible et la prière sont les éléments essentiels de la piété protestante en général et évangélique en particulier. Je pense que cela est juste. Encore faut-il savoir ce que nous voulons dire lorsque nous affirmons cela. Trop souvent la lecture de la Bible apparaît comme un devoir un peu triste, le retour à un texte qui nous rebute un peu et qu’il nous semble déjà connaître.

Je voudrais esquisser trois aspects de cette référence à la Bible, de cette pratique de la Bible et m’attarder un peu plus longuement sur le troisième. Il s’agit de la lecture, de l’étude et de la méditation de la Bible.

La lecture

Il arrive que la manière que nous avons de considérer la Bible comme un texte sacré nous en rende la lecture plus difficile. Nous lisons souvent des versets, des morceaux choisis et nous passons à côté du récit global dont ils ne sont qu’un petit élément.

La Bible est un ensemble de livres et chacun est un tout. Nous sommes en face de récits, de lettres, de poèmes etc. Il nous faut donc d’abord lire l’ensemble du texte pour pouvoir en comprendre le sens. Nous sommes bien souvent habitués à lire de petites portions de l’Écriture. Tel passage, tel livre nous parle et nous y revenons sans cesse, alors que bien des passages ou même des livres entiers restent dans l’oubli.

Au 4ème siècle, Jean Chrysostome disait déjà :
« Voilà pourquoi, oui, voilà pourquoi une si grande tiédeur nous a envahis : on ne lit plus les Écritures dans leur intégralité, mais on en décrète certaines parties plus évidentes et utiles, et on ne souffle plus mot du reste. Voilà comment se sont introduites les hérésies elles-mêmes : on n’a pas voulu lire tout le corps (des Écritures) ; on en a décrété certaines parties essentielles et d’autres secondaires(1) ».

Et de nos jours, D. Bonhoeffer nous rappelle également :
« (L’Écriture) ne consiste pas en versets isolés, mais elle est un tout qui entend s’imposer tel quel. C’est dans sa totalité que l’Écriture est la parole de la révélation de Dieu. Ce n’est que dans l’infinie richesse de ses correspondances internes, manifestant le rapport entre l’Ancien et le Nouveau Testament, entre la promesse et l’accomplissement, le sacrifice et la loi, la loi et l’évangile, la croix et la résurrection, la foi et l’obéissance, le don et l’attente, que le témoignage de Jésus-Christ, le Seigneur, devient entièrement intelligible(2) ».

Je serais curieux de savoir combien, parmi nous et parmi les chrétiens qui peuplent nos Églises, ont lu l’Écriture dans son ensemble. Il existe aujourd’hui des traductions en français courant qui facilitent cette lecture. Pourquoi ne pas prendre un livre et le lire comme on lirait un roman ? Il ne s’agit pas ici de méditer tel ou tel passage, mais de lire l’ensemble et de comprendre comment il est composé. D’écouter ce que l’auteur nous dit dans la perspective dans laquelle il l’a écrit. Les événements, les arguments se suivent et leur ordre n’est généralement pas sans intérêt. Il existe aujourd’hui des instruments qui facilitent la lecture par exemple de la Bible en un an. Qui a le courage de se lancer dans cette entreprise en retire toujours un grand bénéfice. Par ce moyen, nous comprenons l’ensemble de la révélation et nous pouvons en avoir une vision globale.

Quels sont les fruits d’une telle lecture ? D’abord, bien sûr, une compréhension plus juste du message global de la révélation. Il est beaucoup plus facile de comprendre certains passages difficiles lorsque nous pouvons les remettre dans le contexte de l’ensemble du texte biblique. Nous avons beaucoup moins de risques de nous tromper, voire de glisser, comme le disait Chrysostome, dans des hérésies qui sont avant tout des choix que nous opérons entre des vérités bibliques. Il serait amusant de calculer, dans nos communautés, l’importance relative de tel ou tel texte selon les orientations de nos Églises. Le meilleur remède contre ces maladies est sans doute la lecture suivie de l’Écriture entière.

Mais qui a essayé ce mode de lecture sait qu’elle nous apporte un autre résultat. Nous sommes comme immergés dans le récit biblique, imprégnés par ce mode de pensée. Et rien ne saurait remplacer cette richesse. Notre intelligence et notre cœur s’élargissent aux dimensions d’un immense récit. Nous commençons à penser et à sentir avec et comme « dans » la Bible. Je crois cela fondamental pour tout chrétien, mais sans doute particulièrement pour ceux qui enseignent et accompagnent les autres.

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1. S. JEAN CHRYSOSTOME, Homélie sur Priscille et Aquila, PG 51, 187 cité dans Enzo BIANCHI, Prier la Parole, une introduction à la « lectio divina », coll. Vie monastique n°15, Bégrolles-en Mauges, Abbaye de Bellefontaine, 1983, p. 16.
2. Dietrich BONHOEFFER, De la vie communautaire, Paris, Cerf, Genève, Labor et Fides, 1983, p. 48.

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