Vous êtes le sel de la terre

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La déclaration de Jésus à ses disciples vise bien tout d’abord leur être et par voie de conséquence leur attitude et leurs actions. Certes, la fidélité du disciple au message radical de son Maître débouchera nécessairement pour chacun sur des voies différentes. À chacun de les reconnaître et de s’y engager.

Vous êtes le sel de la terre

Je voudrais me centrer sur la question de savoir ce que veut dire être « sel de la terre ». Il va de soi que la définition est vaste et qu’il est possible d’aborder cette question sous plusieurs angles. Dans nos milieux surtout, certains penseront peut-être à l’évangélisation, au témoignage de la foi, à l’annonce du salut. Nous sommes sel de la terre dans la mesure où nous transmettons l’Évangile, dans la mesure où nous témoignons, par notre vie et notre parole, de la grâce de Dieu. Mais il me semble qu’il y a une autre dimension encore, qui correspond plus au contexte de ce passage de Matthieu, dans le Sermon sur la montagne : on devient sel de la terre dans la mesure où on se comporte en disciple de Jésus, dans la mesure où on apprend à conformer sa vie à son enseignement. Vous vous rappelez que le Sermon sur la montagne nous présente le résumé de l’enseignement de vie que Jésus propose. L’accent est mis sur la manière dont la parole est mise en pratique très concrètement et l’exhortation à être sel de la terre introduit cet enseignement. Sel de la terre, lumière du monde, nous le sommes dans la mesure exacte de notre mise en pratique de l'enseignement de Jésus.


Et on peut dire qu’il y a, pour les chrétiens, deux manières complémentaires d’être sel de la terre et lumière du monde.
• Le comportement personnel des chrétiens dans le monde qui nous entoure. Cela veut dire notre manière de vivre en famille, au travail, dans la société, etc.
• L’existence de l’Église, non d’abord ici comme lieu de paroles ou de culte, mais comme exemple de relations nouvelles, comme embryon et poteau indicateur du Royaume.

Nous allons essayer d’esquisser rapidement les grandes lignes de ce comportement nouveau auquel nous sommes appelés en tant que chrétiens comme en tant que communautés.

L’amour


Le premier et le plus grand commandement est celui de l’amour. Il est, vous le savez bien, comme la source, le point de départ de tout le reste. Non seulement parce que le grand commandement est celui qui unit de manière indissociable l’amour de Dieu et l’amour du prochain (Mt 22.37-39), mais encore et surtout parce que la source de ce commandement est Dieu lui-même. « Dieu est amour » (1 Jn 4.15).
Nous sommes appelés à vivre cet amour dans le monde. Or nous habitons un monde pécheur, un monde d’affrontements et de conflits. Et, reconnaissons-le, même dans l’Église, nous restons toujours des pécheurs pardonnés, en route vers la transformation à l’image du Christ, mais malheureusement en route seulement. Nous savons bien que le conflit n’est pas seulement extérieur à l’Église. Nous restons jusque dans nos communautés des hommes et des femmes capables de « prendre la mouche », de nous opposer les uns aux autres et de manifester des sentiments qui sont bien loin de l’amour. C’est très précisément pour cette raison que Jésus insiste tant dans son enseignement sur le pardon. Car le pardon n’est rien d’autre que l’amour concret mis en actes dans une situation de conflit. Aimer celui ou celle avec lequel nous sommes en conflit passe nécessairement par le pardon. « Heureux les miséricordieux » (Mt 5.7), nous dit Jésus. Et dans la prière qu’il nous enseigne, le Notre Père, il nous demande de prier : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (Mt 6.12). Et vous avez certainement remarqué que cette demande du Notre Père est la seule que Jésus prend la peine de commenter : « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père nous pardonnera ; si vous ne pardonnez pas, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes » (Mt 6.14).
Le premier pas à faire est évidemment celui du pardon entre chrétiens. C’est là, au sein même de l’Église, que nous sommes censés apprendre à aimer, donc aussi à pardonner. L’Église, c’est le lieu de l’apprentissage ; ce n’est qu’ensuite que nous pouvons pardonner dans le monde qui nous entoure. Ne nous y trompons pas, une Église où l’on ne se pardonne pas est une Église où l’Évangile est mis au congélateur. Il se peut qu’il soit bien annoncé, bien étudié, bien enseigné. Il ne lui reste plus qu’à être mis en pratique... Et, pour le monde qui nous entoure, nous cessons d’être sel de la terre. Nous nous comportons simplement comme tout le monde ; pire, nous devenons une sorte de contre témoignage puisque nous faisons le contraire de ce que nous proclamons.
En revanche, si nous commençons à apprendre le pardon les uns avec les autres, les uns par les autres, nous pourrons ensuite commencer à pardonner autour de nous et alors devenir témoins d’un amour qui est plus grand que nos tensions, que nos rivalités, que nos revendications et que notre orgueil. Car la société est aussi un lieu où l’amour et le pardon sont possibles. L’amour des ennemis qui s’applique à la réconciliation est un signe qui parle et qui indique quelque chose de relativement inhabituel. Et c’est lui justement que souligne Jésus dans le Sermon. « Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les collecteurs des taxes eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les non Juifs eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? » (Mt 5.45-47). Non seulement, c’est par ce travail de réconciliation et de souci du prochain, même lorsque celui-ci ne nous est pas favorable ni pas sympathique que nous sommes les enfants du Père (qui lui-même se comporte ainsi à notre égard), mais surtout si nous faisons autrement, nous nous comportons absolument comme tout le monde.

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Louis Schweitzer est actuellement professeur d’éthique à la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine. Il est également membre du Comité Consultatif National d’Éthique. Cet exposé a été prononcé lors du Congrès de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de Nîmes en mai 2010.

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Commentaires

Kogbia
08 avril, à 02:06
je suis un pasteur centrafricain réfugié actuellement à Kinshasa. Dieu m'a fait grâce d'implanter une église au camp inke, et d'établir des serviteurs de Dieu qui ont besoin de cahiers pastorales. pourriez vous octroyer une aide à ces réfugiés en leur envoyant ces cahiers ? Merci beaucoup au nom du Seigneur.
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Les Cahiers de l'Ecole Pastorale
11 avril, à 10:57
Bonjour cher frère et collègue, nous serions de pouvoir vous aider dans cette situation. Je vais vous laisser par mail le contact de la personne en charge de l'envoi des cahiers pour que vous puissiez voir avec lui directement comment cela pourrait se faire.
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