Prédication à deux : Regards croisés sur un homme brisé

Extrait
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Si Evert dirige l’École Pastorale et enseigne la missiologie à la Faculté de théologie à Louvain, il est également l’un des responsables bénévoles dans l’Église Évangélique Baptiste « Partage » à Perpignan, dont son épouse Yanna en est le pasteur.

Prédication à deux : Regards croisés sur un homme brisé

Introduction

La méthode est intéressante, mais peu pratiquée. Deux personnes réfléchissent séparément à un passage biblique. Ensuite, elles échangent ce qu’elles ont « entendu », et elles élaborent les questions qu’elles se posent réciproquement. Ainsi, elles vont mieux comprendre le texte, et discerner ensemble le « message » qu’il comporte pour la communauté, rassemblée dimanche matin. C’est la méthode d’une prédication préparée en groupe. Pourquoi associer plusieurs personnes dans l’Église à ce travail, trop souvent mené en solitaire, parfois en solitude ?
Par la suite, on peut charger une personne de préparer le message, en faisant la synthèse du travail en groupe. Mais on peut aussi apporter le message à plusieurs. C’est ce que nous avons fait, à partir de Jean 21.1-17. Nous nous sommes mises dans la peau de deux personnages clé, et nous avons croisés nos regards. Le résultat fut un message en quatre temps, apporté par deux prédicateurs différents, tour à tour. Un peu comme des comédiens dans un théâtre.
Cette mise en scène a permis d’écouter une histoire trop bien connue, d’une manière nouvelle.

Regard de l’unSi j’étais Pierre.

Jésus, le Ressuscité, a donné rendez vous à ses disciples en Galilée. Ils sont tous là. On s’imagine la scène, il fait nuit, et les disciples attendent Jésus.
Pendant ce temps d’attente, qu’est-ce qui se passe dans les têtes des disciples ? Qu’est ce qui se passe par exemple dans la tête de Pierre ?
Si j’étais Pierre, que dirais-je ? Que penserais-je ? Je me mets à sa place et je m’imagine ses pensées.

Galilée, mon pays. Je garde beaucoup de bons souvenirs de cet endroit. Toutes les fois où Jésus a prêché à la foule par exemple, les enseignements sur la montagne, c’était merveilleux. Je me rappelle toutes les guérisons époustouflantes, ou encore des repas pendant lesquels Jésus a multiplié le pain et les poissons. Et ne pas oublier les tempêtes que Jésus avait calmées. Une fois j’ai marché sur l’eau. Bon, ce n’était pas vraiment une réussite, mais quand même.
Ou encore la pêche miraculeuse. Cela a rapporté gros à la criée !
Mais justement, cette histoire me rend triste, parce que Jésus m’a donné une promesse que je serai un pêcheur des hommes.

Et je suis sûr que la promesse ne tient plus. Parce qu’il s’est avéré que je ne suis pas fiable.
J’ai renié mon maître, ouvertement. Je l’ai profondément déçu. C’est fini pour la promesse que je serai le roc sur lequel Il va bâtir son Église. Moi, un roc, sur lequel l’Église est fondée ?
Non, je suis plutôt un château de sable qui tombe au premier coup de vent.
Comment toutes ses belles promesses peuvent-elles encore s’appliquer à moi ?

Si je pense encore à cette nuit-là où j’ai renié Jésus, j’ai honte. Profondément. Quand j’y pense, mes larmes ne sont pas loin, ça me fait encore pleurer. Je pensais que j’étais meilleur que les autres, que j’aimais Jésus plus que les autres. Comment pouvais-je dire à Jésus : « si pour tous tu seras une occasion de chute, pas pour moi, si tous t’abandonnent, pas moi ».
Combien j’étais orgueilleux. J’ai honte. Je n’ose pas me regarder en face.
J’avais affirmé si haut et si fort que je ne le renierais jamais, mais en réalité c’est le contraire qui s’est passé. En plus, je l’ai abandonné pendant le moment le plus difficile pour Jésus. Le proverbe dit, « l’orgueil précède la chute » (16.18). Voilà ce qui m’est arrivé, tout disciple que je suis.

Bref, je suis quelqu’un de désillusionné. Déçu par mes propres erreurs. Je n’avais jamais pensé qu’une chose pareille pourrait m’arriver à moi. Je ne sais plus où j’en suis. Apparemment, je ne suis pas capable d’assumer la tâche que le Seigneur m’a confiée. Je ne sais plus que faire. Mieux vaut que je fasse une croix sur mon ministère. Parce que j’ai perdu toute la crédibilité. Je ne peux plus être la porte parole des disciples, je ne le mérite plus.
Terminé mon ministère. Mieux vaut reprendre mon métier, car je dois nourrir quand même une famille, ma femme et mes gosses m’attendent !
Allons pêcher. Cela ne sert à rien d’attendre toute la nuit.
Malheureusement, pendant la pêche mes pensées ne s’arrêtent pas.

Bien sûr, j’ai pleuré amèrement ma trahison. À ce moment-là, Jésus m’a regardé de loin. J’ai vu son visage, ses yeux qui parlaient de son amour pour moi. Je sais que Jésus m’a pardonné à l’instant même.
Mais je me sens comme David. Lui a obtenu le pardon de Dieu pour son adultère avec Bathséba, mais il a dû en assumer les conséquences. Moi aussi, je dois assumer les conséquences de ma trahison.
Être pardonné est une chose, mais être à nouveau à la tête des disciples, c’en est une autre.
Ceci est hors de question. J’ai perdu mon ministère.

Regard de l’autreC’est moi qui ai ajouté cette histoire, parce que…

C’est moi ai écrit ce texte. Non, pas le texte de la méditation de votre pasteur.
Moi, j’ai écrit le passage biblique que le frère a lu au départ.
Oui, moi, c’est Yochanan. Jean, comme vous le dites.
Je suis l’auteur du livre que vous appelez le quatrième évangile.
Quand j’ai commencé à travailler, beaucoup de gens m’ont dit : pourquoi, mon vieux, veux-tu ajouter encore un livre sur la vie de Yechoua ? On en a déjà trois.
Et alors, leur ai-je dit.
Jésus a fait beaucoup d’autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait (31.25).
En plus, mon objectif était différent.
Matthieu a écrit pour les Juifs et Luc pour les Grecs.
Marc a écrit pour des Romains qui n’ont pas assez de patience de lire un bouquin trop difficile.
Moi, j’avais à cœur de présenter l’enseignement de Jésus de façon plus approfondie, afin d’édifier ceux qui sont déjà croyants. Je voulais les aider à demeurer dans la foi. J’ai sélectionné quelques miracles, mais pas trop, et bien sûr, j’ai raconté la crucifixion et la résurrection.
J’ai considéré que c’était de mon devoir, puisque j’ai suivi Jésus dès le début.
Oui, je suis l’un des douze apôtres. En plus, Jésus il m’a confié tellement de choses importantes, que je me sentais appelé de les coucher sur parchemin, afin d’en garder la mémoire.

Pour tout vous dire, j’avais déjà terminé le manuscrit. Avec une belle conclusion. Écoutez :
Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom (20.30-31).
Avant de publier le livre et d’envoyer le manuscrit aux copistes, je l’ai fait lire à deux frères et deux sœurs, témoins oculaires de la vie de Jésus. Vous comprenez, il fallait que mon témoignage soit vérifié.
Ils trouvaient tous que c’était un beau texte, très édifiant, vraiment inspiré par le Saint-Esprit.
Et pourtant, il manque quelque chose, me disaient-ils.
On a l’impression que ce soit toi le disciple le plus important. Les autres évangélistes ont marqué que Pierre était le premier des douze, et que Jésus allait bâtir son Église sur lui. Toi, tu n’en dis rien.
Par contre, tu as bien marqué comment il a renié son Maître. Et après, dans la scène du tombeau vide, tu dis que Pierre y est entré le premier, mais que c’était toi le premier à croire à la résurrection. Est-ce que tu veux dire par là que Pierre a été relégué au deuxième rang ? Et que c’est toi maintenant le roc de l’Église ?

Je dois avouer que je n’avais pas pensé à cela. Loin de moi de me substituer à Simon.
Je sais très bien que le Seigneur l’a réhabilité. J’étais là, je l’ai vu, je l’ai entendu.
Mais j’avais tout bonnement oublié de le marquer.
Donc j’ai repris le manuscrit pour ajouter cette histoire que votre pasteur a commentée.
Je m’en souviens très bien.
Pierre, ou Simon si vous voulez, était mon copain de longue date. On a travaillé dans la même société de pêche, on a ramé ensemble, on a rigolé ensemble, on a vécu des choses. Puis, on a tout laissé pour devenir disciples de Yechoua. Nous avons tous les deux été désignés pour devenir ses envoyés spéciaux. Lui était très proche du Seigneur, tout comme moi d’ailleurs. Il était un homme d’action, toujours prêt à y aller. En plus, un vrai leader. Un peu bavard, un peu impatient aussi, c’est vrai, mais efficace.
Or, après la résurrection, il n’était plus comme auparavant. Taciturne. Un peu à l’écart, comme si le ministère pour le Seigneur ne lui intéressait plus.
Après quelques jours il a repris son métier. « Faut bien qu’il y de l’argent qui rentre, disait-il. Ma femme et les gosses à la maison n’ont plus grand-chose à manger ».
Et comme c’était lui le patron, on est allé avec lui.
Ce jour-là, on était en train de faire la pêche. On était sept dans le bateau.
Puis, on a vu quelqu’un sur le bord du lac. Il a dit de jeter le filet par l’autre bord. Alors là, on a fait une pêche vraiment miraculeuse. 153 gros poissons.
Oui, je l’ai marqué dans mon texte. 153. Cela va faire travailler les théologiens et les exégètes pour des siècles à venir. Ils vont certainement trouver des significations symboliques dans ce nombre.
Nous, on n’y a pas du tout pensé.
On a vu que cet homme là était Jechoua. Le Ressuscité. Il avait déjà préparé un repas pour nous.
Puis, il a pris à part Simon.

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