Texte de prédication: l'accueil des enfants

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Psaume 131 ; Marc 9.33-37 - 10.13-16

Texte de prédication: l'accueil des enfants

Quelles sont les valeurs qui dominent nos sociétés ? Quelles sont les valeurs qui dominent notre manière de concevoir la vie et nos relations avec les autres ? Il me semble qu’il n’y a guère de risques de se tromper si nous disons qu’il s’agit de la volonté de pouvoir et de puissance. Cela est vrai des relations entre les nations - nous en avons encore eu récemment la preuve - mais également de celle que nous avons avec les autres. Et cette attitude qui est la nôtre ne date pas d’hier. Rappelons-nous le texte que nous venons de lire : les disciples suivent Jésus et parlent entre eux. Et de quoi discutent-ils en chemin ? De la question de savoir lequel d’entre eux est le plus grand ! Il y a, dans cette volonté d’être supérieur à l’autre, une volonté de pouvoir, mais aussi de paraître le plus important. Les disciples ont d’ailleurs bien conscience que cette préoccupation ne « colle » pas avec l’enseignement de leur maître car lorsque Jésus leur demande, une fois arrivés à Capernaüm, de quoi ils discutaient, ils n’osent pas répondre…

Jésus saisit l’occasion pour les enseigner. Il s’assied, appelle les disciples et leur dit : « si quelqu’un veut être le premier, il doit être le dernier de tous et le serviteur de tous ». Comme souvent, son enseignement est paradoxal. Il aurait pu leur dire que leur désir était mauvais : vouloir être le premier. Mais non, il part du point où ils en sont, du point où nous en sommes. Vous voulez être le premier ? Eh bien, c’est très bien, voilà comment vous pouvez y arriver. Il « suffit » de devenir le dernier de tous et le serviteur de tous. Et, dans la réponse, pas de demie mesure : le dernier de tous et le serviteur de tous. Il ne faut pas être un peu en dessous, mais le dernier de tous. Tous sont appelés à passer avant moi. Je dois considérer les autres, tous les autres, comme plus importants que moi.

Il faut reconnaître qu’un tel enseignement présente plusieurs dangers. Le premier, c’est qu’on n’y comprenne rien ; c’est tellement gros que cela ne veut plus rien dire, tellement inapplicable que ça en devient inutile. Le deuxième, c’est que l’on ait l’illusion de comprendre, que l’on veuille donner également cette illusion aux autres et que l’on entre dans une fausse humilité qui est une des caractéristiques humaines et même chrétiennes très répandues. Je me dévalue moi-même dans l’espoir que quelqu’un me rehausse. Je dis aux autres que je ne vaux rien et j’attends que l’on réponde : « mais non, mais non, au contraire… » Alors, pour éviter cela, me semble-t-il, Jésus va passer à la pratique. Il fait venir un petit enfant parmi ceux qui devaient observer le groupe que Jésus formait avec ses disciples et ceux qui les suivaient. Il commence par le rassurer en le serrant dans ses bras (il devait en avoir bien besoin car ce doit être assez impressionnant d’être au milieu des disciples qui le regardent) et il leur dit : « Celui qui reçoit un enfant comme celui-ci par amour pour moi (litt. : en mon nom) me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit ne reçoit pas seulement moi-même, mais aussi celui qui m’a envoyé ».

Vous vous demandez peut-être quel est le rapport ? C’est que le désir de paraître qui est le nôtre souvent, le désir de puissance, de pouvoir, nous dicte notre comportement à l’égard des autres. Si nous rencontrons quelqu’un de connu, le président de la République, un PDG, un grand artiste, nous lui manifesterons certainement beaucoup de respect : c’est que nous croyons que la gloire est contagieuse et qu’un peu de son éclat va rejaillir sur nous. Mais devant quelqu’un de tout simple, un SDF, ou simplement quelqu’un de banal, nous ne ferons peut-être pas attention. L’enfant, dans la société de l’époque, c’est quelqu’un qui ne compte pas, qui est complètement dépendant, sans aucun pouvoir, qui passe tout à fait inaperçu ; et comme il s’agissait probablement d’un petit paysan, d’un gamin des rues de Capernaüm c’était véritablement le plus petit des petits. Autrement dit, le critère de votre attitude, c’est l’accueil que vous manifestez aux autres, à ceux qui ne « comptent » pas dans la société. Et de même qu’il avait souligné ses paroles en disant le dernier de tous, le serviteur de tous, il renforce encore cette appel à l’accueil des plus petits en disant que celui qui accueille cet enfant, c’est moi qu’il reçoit, et plus encore, c’est le Père, c’est Dieu lui-même qu’il reçoit. Voilà comment nous devons accueillir non seulement les enfants qui sont parmi nous, mais tous les petits, tous ceux auxquels on ne fait jamais attention : les marginaux, les sans-papiers, sans domicile et sans rien du tout. Voilà aussi le seul moyen d’être vraiment le serviteur de tous et, comme le reprendra Paul, de considérer les autres comme plus importants que nous-mêmes.

Je ne voudrais pas vous faire croire que c’est facile et naturel. La preuve : un peu plus tard, à la page suivante de l’Évangile, il nous est dit que des gens amenèrent des enfants à Jésus pour qu’il pose les mains sur eux. Ils veulent faire bénir leurs enfants par le maître, le prophète. Quoi de plus naturel ? Mais les disciples - ceux qui venaient pourtant quelques heures ou quelques jours plus tôt d’entendre l’enseignement de Jésus - leur firent des reproches, les rabrouèrent. Sans doute voulaient-ils protéger Jésus de la foule, lui éviter une trop grande fatigue. Mais derrière cela, il y avait l’idée qu’on ne dérange pas le maître pour des gosses, qu’ils n’en valent certainement pas la peine. Et il nous est dit que Jésus s’indigna. Peut-être était-il indigné du traitement que l’on faisait subir à ces parents qui amenaient leurs enfants, peut-être aussi de constater que ses disciples, comme nous, étaient « bouchés » à ce point. Et il leur dit : « laissez les enfants venir à moi, ne les en empêchez pas car le Royaume de Dieu appartient à ceux qui sont comme eux. Je vous le déclare, c’est la vérité, celui qui ne reçoit pas le Royaume de Dieu comme un enfant ne pourra jamais y entrer ».

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