Collégialité et autorité (II) – aspects pratiques

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Nous avons réfléchi aux aspects théoriques, dans le chapitre précédent et avons essayé d’expliquer que la collégialité est d’abord une notion pneumatologique et charismatique. Elle peut être fondée théologiquement sur les vérités du don de l’Esprit à tous, de la distribution universelle des charismes et du sacerdoce universel. Elle implique la coresponsabilité dans l’Église ou encore un modèle « participatif » d’Église.
Nous avons néanmoins noté que ces vérités du don de l’Esprit à tous, de la distribution universelle des charismes et du sacerdoce universel, ne remettent pas en question l’existence de certains types de ministères dans l’Église, ministères que nous avons qualifiés de structurels, à savoir les ministères de la parole et de la gouvernance de l’Église.

Un, quelques-uns, tous… comment cela marche-t-il concrètement ? Voilà la question posée au début de notre deuxième réflexion.

 Collégialité et autorité (II) – aspects pratiques


Un, quelques-uns, tous ?

Dieu a établi dans l’Église, des personnes chargées du ministère de la Parole et du gouvernement de l’Église. Le mot grec employé dans le Nouveau Testament, tithèmi, veut dire placer, dans le sens d’instituer. L’apôtre Paul et l’auteur de l’Épître aux Hébreux désignent ceux qui remplissent cette fonction par différents mots. Nous connaissons bien ceux d’anciens, d’évêques, mais il y en a d’autres :

  • le proïstamenos : celui qui se tient devant (1 Th 5.12),
  • le kubernèseis : celui qui gouverne (1 Co 12.28). Le texte ne fournit pas beaucoup de précisions, mais dans le grec profane, il désigne la fonction de pilotage, de gouvernement. Au niveau ecclésial, on pourrait dire que c’est la prise en charge, l’administration de la communauté.
  • le hegoumenos : celui qui va devant (Hé 13.7 et 17 – de ce mot est dérivé le terme « hégémonie »). Le texte n’incite pas à une attitude dominatrice, mais insiste sur la soumission que doivent les fidèles.


Plus une Église vit la réalité du sacerdoce universel, plus foisonnante est la manifestation des charismes, plus le risque de désordre est grand et plus vigilant doit être le ministère de présidence. Son but est non pas d’étouffer ou de monopoliser les charismes, mais de discerner, d’harmoniser, de canaliser les forces pour l’utilité commune.
La thèse que je vous propose, c’est que pour vivre une collégialité réelle, il faut toujours viser, dans un effort incessant, une correcte articulation entre un, quelques-uns, et tous.

  • Un : le pasteur
  • Quelques-uns : les membres du conseil
  • Tous : l’assemblée dans son ensemble.


C’est cette articulation entre un, quelques-uns et tous, qu’il faut mettre en œuvre en ce qui concerne la gouvernance de l’Église. Essayons de développer quelque peu.

Le pasteur

Je ne cherche pas à montrer ici la légitimité du ministère pastoral. D’abord parce qu’Émile Nicole a remarquablement fait le travail dans un article qui a pour titre : « Fondement biblique du ministère pastoral » (on le trouve dans son livre, Croquis de randonnées bibliques(1)) ; et ensuite parce que la légitimité du ministère pastoral n’est guère contestée de nos jours au sein des principales Églises évangéliques. Inutile donc d’enfoncer une porte ouverte. Il faudrait se méfier d’une mauvaise compréhension du sacerdoce universel.
Le pasteur reçoit un appel, une vocation, il se forme, en vue du service de l’Évangile, de l’accompagnement spirituel des fidèles, de l’animation de la communauté autour de la Parole. Il a la responsabilité de nourrir le troupeau, donc d’enseigner la Parole de Dieu. Cela requiert une bonne connaissance de l’Écriture, mais aussi des membres de l’Église, afin de transmettre cette parole de manière fidèle, appropriée, opportune.
Le pasteur doit aussi prendre soin du troupeau, le protéger, le soigner. Il doit le conduire, lui donner direction avec enthousiasme et assurance pour convaincre. C’est ce qu’implique aussi le mot gouverner (tenir le gouvernail). Selon Raphaël Picon, il appartient au pasteur :

…de proposer des animations, de suggérer des actions communes, de lancer de nouveaux projets. Si ce n’est pas à lui de les décider et de les mettre en œuvre [seul], il doit demeurer une force de proposition et de stimulation pour l’ensemble de la vie de la communauté. Porté par ce souci, le pasteur contribue à maintenir dans l’Église un certain état de veille contre les lassitudes et ronronnements éventuels(2).

Ceci nécessite une compréhension suffisante des objectifs que fixe la Parole, mais aussi de la situation précise de l’Église qu’il conduit. Sa disponibilité pour les visites, sa connaissance de l’Église, doivent l’aider à proposer à l’Église des objectifs à la fois ambitieux et réalistes.

Ne pas cléricaliser le pasteur, ne pas nier son altérité

Il ne faut pas cléricaliser le pasteur, faire de lui un prêtre, représentant de Dieu, signe de l’altérité divine, quelqu’un qui agit dans certains sacrements en représentant la personne du Christ vis-à-vis de la communauté. Le terme technique pour cela est d’agir in persona christi. Le pasteur fait partie de la communauté au même titre que tous les fidèles, nous l’avons dit. Il ne faut pas faire de lui un étranger à la communauté, comme s’il n’en était pas membre.
Cependant, ...

1. Émile Nicole, Croquis de randonnées bibliques, Édifac, Chateaurenard, 2011.

2. Raphaël Picon, Ré-enchanter le ministère pastoral. Fonctions et tensions du ministère pastoral, Olivétan, Lyon, 2007, p. 40.

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