Comment discerner en Eglise la volonté de Dieu ?

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Discerner la volonté de Dieu est le projet de chaque assemblée d’Église ; mais comment faire ? Ce texte de Louis Schweitzer est l’écho d’un exposé fait dans le cadre de l’École Pastorale. Il ne fait cependant que montrer quelques pistes ; il demande certainement à être approfondi et complété. Si des lecteurs peuvent apporter le témoignage d’autres manières de faire, ils enrichiront le débat sur cette question dont il est trop rarement question dans nos Églises.

Comment discerner en Eglise la volonté de Dieu ?

« L’Église locale, dans sa soumission à son chef, Jésus-Christ, doit gérer elle-même ses propres affaires.
Le conseil traite les affaires pour lesquelles l’Église l’a mandaté.
Toute autre décision, proposée par le conseil ou en concertation avec lui, doit être prise par l’assemblée de l’Église, en veillant à sauvegarder sa communion ».
       (Principes ecclésiastiques - Décisions de l’Église)

« Chaque Église locale est autonome et indépendante, tout en étant cependant en relations libres, fraternelles et affectives, avec les autres Églises. L’Église n’a d’autre chef que Jésus-Christ. Celui-ci exprime sa volonté et ses directives dans la communauté tout entière, et c’est l’Église qui l’interprète. L’Église s’efforce à travers ses faiblesses de se laisser conduire par cette volonté. Nous croyons à la complète et absolue égalité spirituelle de tous les croyants, c’est pourquoi les décisions de l’Église cherchant à interpréter la volonté de son Seigneur ne peuvent être prises qu’au cours d’un vote et à la majorité des voix ».
       (Résolution sur l’orientation de nos Églises - mai 1952)

Voici deux textes - tirés des textes fondamentaux de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de France - qui nous rappellent que les décisions de la communauté doivent être prises en Église, dans le cadre de l’assemblée. La raison en est très clairement la certitude que tous les croyants sont temples de l’Esprit - et à ce titre égaux, même si les dons sont divers - et que c’est donc par eux que la volonté de Dieu doit s’exprimer. Les dons et les ministères viendront enrichir, éclairer cette réflexion, mais aucun n’est en lui-même apte à prendre la décision à la place de l’Église.

La question qui ne peut manquer de se poser, c’est : comment faire ? Comment éviter qu’une assemblée d’Église soit semblable à une assemblée générale de copropriétaires au cours de laquelle se heurtent convictions et intérêts contraires. Nous voudrions suggérer un certain nombre de points qui pourront aider à trouver une démarche conforme au but recherché. Le processus proposé s’inspire de précédents historiques (Églises ou communautés religieuses) et n’a aucune prétention à être le seul. Les Églises évangéliques n’ont jusqu’à présent guère réfléchi à cette question et il serait bon de partager d’autres procédures, s’il en existe, afin d’aider les communautés à vivre effectivement ce discernement.

Ce qui sera dit peut également concerner la recherche de la volonté de Dieu dans un conseil. Attention cependant de ne pas pratiquer successivement de cette manière dans les différentes instances de l’Église. On peut en effet espérer que le processus engagé aboutira à une décision.

Que cherchons-nous ?

C’est peut-être la question centrale et qui concerne chacun au plus haut point.

Il s’agit en effet de discerner ensemble, en Église, la volonté de Dieu pour la communauté. Cela suppose plusieurs choses.

Chacun peut avoir déjà au départ une conviction, et c’est le plus fréquent. Discerner ensemble implique que l’on reconnaisse que sa propre conviction n’est pas définitive et que c’est ensemble qu’une solution doit être trouvée.

La volonté de Dieu est ce qui est bon, ce qui est le meilleur pour la communauté en ce moment. Il pourrait sans doute y avoir d’autres solutions, d’autres voies légitimes. Il y en aura peut-être dans le futur. La question n’est pas de savoir qui a raison, ni ce qui est juste ou vrai, mais ce qui est bon pour l’Église aujourd’hui. Une solution ou un projet excellent, en eux-mêmes, peuvent ne pas être adaptés à la situation.

Si chacun vient avec ses convictions et pour les partager, il doit pouvoir prendre une certaine distance d’avec son avis personnel pour discerner avec les autres ce qui est le bien commun. À la fin de la recherche, une décision sera prise qui devra pouvoir être acceptée par tous, y compris par la minorité qui aurait fait un autre choix. La communion de l’Église en dépend. La manière dont la majorité se comportera aura une grande importance, mais l’attitude intérieure de chacun également. Il serait bon que chacun puisse arriver à une sorte d’égalité d’âme, de détachement devant les différents choix possibles afin d’accueillir sereinement la décision qui sera finalement prise.

Il faut également que chacun soit convaincu que cette recherche est un acte spirituel. Une assemblée de ce type est, pour l’Église, exactement aussi importante devant Dieu que le culte et doit être vécue d’une manière semblable. Elle est une forme d’écoute de la volonté de Dieu au travers des frères et des sœurs. Il est probable que si une communauté ne s’est jamais engagée dans cette sorte de recherche, un enseignement préalable est utile pour que chacun puisse comprendre l’esprit dans lequel l’Église veut engager ce discernement.

La question posée

Elle doit être claire et de préférence simple. Trop vaste, elle peut susciter une infinité de réponses et la communauté s’y noiera. L’idéal serait de proposer un choix : oui ou non ; solution A ou solution B (voire C).

Elle doit également être formulée en des termes ouverts : est-il préférable de faire ceci ou cela ? Et non pas : telle chose est-elle bonne ou mauvaise ? Nous ne sommes pas dans la recherche de ce qui est bien dans l’absolu, mais devant un choix concret.

La question doit également être posée assez longtemps à l’avance pour que chacun ait pu y réfléchir devant Dieu et se préparer à entrer dans ce discernement.

La question posée suscitera la réflexion personnelle qui devra tenir compte de toutes les données que chacun a à sa disposition. La conviction intérieure a sa place, de même que la mise sur la balance des raisons et des arguments pour ou contre.

Cette réflexion personnelle devra se faire devant Dieu, dans la prière, en essayant autant qu’il est possible de se dégager des passions qui peuvent nous motiver. L’idéal sera toujours, quelque forte que puisse être la conviction personnelle, de venir au débat prêt à accueillir la décision que nous n’aurions pas choisie. Ce type de discernement y aide d’ailleurs, en dégageant autant qu’il est possible la décision finale des personnes qui pourraient se faire les avocats d’une cause. Il est bon de se rappeler qu’une trop grande identification à une solution est toujours suspecte. Elle recouvre bien souvent une attitude passionnelle et une recherche de pouvoir ou au moins d’influence sur le groupe qui ne favorisent guère le discernement.

Si, après avoir rappelé la question posée, on commence par un temps de prière, que ce soit essentiellement une prière silencieuse, chacun pouvant ainsi se replacer devant Dieu et dans l’attitude du discernement communautaire.

Le partage des opinions

Il est bon que chacun puisse émettre à son tour les idées qui sont les siennes et les arguments qu’il souhaite faire valoir. Le président de séance veillera à ce que chaque intervention soit brève et ne porte que sur l’expression de la position de la personne qui parle. Il faut éviter en effet les débats contradictoires dans lesquels quelques personnes s’affrontent, monopolisent la parole et qui se terminent souvent par la victoire du plus brillant orateur et le retrait amer de l’autre qui a simplement l’impression de n’avoir pas su défendre sa position. Pour cela, il est bon d’interdire toute réponse. La parole est ainsi libérée et chacun sera, à son tour, invité à s’exprimer. Des personnes timides, que l’on n’entend guère habituellement, prendront alors la parole et on sera souvent étonné de la précision et de la valeur de leur apport.

Un secrétaire de séance notera, de manière anonyme, tous les arguments avancés, pour ou contre le projet ou favorable à l’une ou l’autre des solutions envisagées.

Lorsqu’il s’agit d’un discernement en petit groupe (conseil par exemple) et pour lequel on a assez de temps, il peut être très fructueux de passer une séance durant laquelle chacun n’apporte que des arguments en faveur de la solution proposée. Lors de la séance suivante, chacun sera invité à faire le contraire. C’est une manière d’intérioriser les arguments pour ou contre que l’on a souvent tendance à relativiser voire à nier dans un débat contradictoire.

Ce temps de partage se suffit à lui-même et ne doit pas être conclu par un débat et encore moins par une décision ou un vote. Il est bon de « laisser reposer » la question et de donner à chacun le texte des arguments échangés.

Lors de la prochaine rencontre, si tout a été dit, il ne sera pas nécessaire de revenir sur un tel échange, sauf si une piste nouvelle est née de l’échange et que certains proposent de faire évoluer la question ou proposent une autre solution. Si un échange s’avérait nécessaire, il faudrait garder les mêmes principes et continuer d’éviter les affrontements d’idées ou de personnes qui ne mènent pas à un véritable discernement. Le rôle du président de séance est donc très important.

Les votes

La formule est au pluriel car on peut en effet imaginer différentes formes de votes qui peuvent avoir successivement leur utilité.

Le vote indicatif. Il est bien précisé qu’il ne compte pas pour la décision. Il a la valeur d’un sondage d’opinion et peut, après le temps de maturation de la question que la communauté s’est donné (une semaine par exemple), montrer si des positions ont changé, si une majorité semble se dessiner, etc. Ce qui est demandé à chacun, là encore, c’est d’exprimer son opinion personnelle.

Ce vote peut montrer si le temps de la décision est venu ou si au contraire, il faut la reporter, approfondir la question, creuser certains éléments ou simplement la remettre à plus tard.

La décision. Elle aussi se manifestera par un vote. Mais la question posée est importante. La question ne sera plus : que pensez-vous de ce sujet ? Mais : compte-tenu de ce que vous avez entendu, de ce que vous savez de l’opinion des uns et des autres, quelle est, à votre avis, la solution sage pour la communauté ? Je peux en effet juger qu’une solution, qui n’aurait pas été ma préférée au départ, soit la meilleure étant donnée l’opinion de la majorité des membres de la communauté. Peut-être la décision que j’aurais prise est-elle prématurée et pourra-t-elle être prise plus tard. Quoiqu’il en soit, elle ne me paraît guère possible maintenant.

Il est bon d’insister fortement sur cette dimension car elle est contraire à ce que la société connaît la plupart du temps en matière de vote et de démocratie. C’est là aussi que le discernement communautaire se sépare de la simple recherche d’une majorité.

Majorité - unanimité. C’est une question importante car on pourrait être tenté de penser que le discernement de l’Esprit ne peut aboutir qu’à l’unanimité. C’est un piège dangereux. On doit en effet tendre vers l’unanimité, autant que cela est possible. C’est ce que disent les Principes ecclésiastiques, avec leur souci de sauvegarder la communion. Mais souvenons nous de ce que dit l’autre texte : « L’Église s’efforce à travers ses faiblesses de se laisser conduire par la volonté de Dieu ». Ne sous-estimons pas les faiblesses de notre condition. Le discernement n’est jamais simple, sûr, automatique. Il suffit de lire le Nouveau Testament pour voir que des personnes de grande qualité spirituelle peuvent être en profond désaccord.

D’autre part, à trop vouloir mettre en avant l’unanimité, on court le risque d’empêcher les gens de s’exprimer en les culpabilisant. L’unanimité peut aussi exprimer parfois la trop grande dépendance d’une communauté à l’égard de son conducteur et son incapacité à exprimer une opinion.

En revanche, il sera important de préciser à l’avance le type de majorité demandé. Pour bien des questions, on peut imaginer que 51% de majorité ne peuvent pas suffire. Il faut que la majorité soit claire. Le contraire est un signe que la décision n’est pas encore mûre. Certaines décisions peuvent devoir être prises à la majorité des 2/3, voire des 3/4 des votants.

Un point très important sera la manière dont la minorité quittera les échanges. Se sera-t-elle sentie écoutée ? Certaines de ses remarques ont-elles été prises en compte et, peut-être, ont-elles fait évoluer la décision ? Il faut que la présidence et l’ensemble des responsables de l’Église soient extrêmement attentifs à la minorité. C’est d’elle que dépendra la qualité de la suite.

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