La foi recherche la communion

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Les lignes qui suivent sont écrites par Kim Strübind, un pasteur et un professeur de théologie allemand, et cette réflexion se situe dans le cadre de la Fédération Baptiste allemande. Si elle nous concerne, c'est que ce théologien se penche avec une grande lucidité sur la conception baptiste traditionnelle de l'Église. Il en souligne les faiblesses et esquisse certaines perspectives qui ne nous sont pas habituelles. Cette ecclésiologie baptiste est grosso modo celle de toutes les églises évangéliques et il est étonnant de voir à quel point nous avons peu réfléchi sur ce que nous considérons comme l'une de nos spécificités essentielles.

La foi recherche la communion

Quelques aspects du Nouveau Testament pour stimuler notre réflexion sur l'ecclésiologie

Cet article résulte de deux conférences d'avril et novembre 1994 que j'ai données à Heidelberg et à Hambourg dans le cadre du cercle théologique de l'Initiative Unité entre Est et Ouest. Derrière ce titre latin, le théologien reconnaîtra facilement l'emprunt linguistique fait à Anselme de Cantorbéry (mort en 1109) et son principe de connaissance d'une foi qui cherche à comprendre (fides quaerens intellectum). Les lignes qui suivent concernent également "une foi qui comprend" et qui se demande ce qu'est, au fond, l'Église de Jésus-Christ.


Sur demande de l'Église baptiste de Hanovre, le Conseil de la Fédération Baptiste allemande a dû travailler à la rédaction d'un document devant éclaircir la compréhension que la Fédération a d'elle-même, en s'attachant à répondre aux questions suivantes :
1) Comment peut-on définir, de manière plus claire que précédemment, le centre de notre identité et, par là, l'unité de notre Fédération ?
2) Comment des églises locales, avec différentes compréhensions de la Bible et de l'ecclésiologie, peuvent-elles vivre au sein d'une même Fédération ?
3) À l'avenir, est-ce que nous nous tiendrons à une compréhension confédérative ou confessionnelle de la Fédération ?

Le conseil a répondu en 1994 à ces questions dans une déclaration qui soulignait les caractéristiques (notae ecclesiae) d'une ecclésiologie d'église libre (par rapport à l'Église nationale) :
• Respect de l'ordre du salut -Ordo salutis- (conversion, baptême de croyant, adhésion libre à une communauté locale)
• Autorité de la Bible en matière de doctrine et d'éthique
• Devoir envers la Mission
• Défense de la liberté de conscience et de la liberté religieuse
• Séparation de l'Église et de l'État
• Autonomie de l'Eglise locale(1)
• L'Église, communauté de "suivance" du Christ (sanctification)
• Structure et gouvernement démocratiques ou anti-hiérarchiques (sacerdoce de tous les croyants).

Ce document a poussé les théologiens à explorer ultérieurement les sources bibliques quant à l'ecclésiologie : a) de Jésus jusqu'à Paul, b) après Paul. Enfin, la troisième partie dresse un bilan de la compréhension actuelle qu'ont les Baptistes de leur vie ecclésiale.


La vie de l'église selon les baptistes

Diversité des ecclésiologies

A partir de cette image plurielle de l'Église dans le N.T., on peut souligner ce qui suit :
1) Du point de vue phénoménologique, on trouve dans le N.T. des ecclésiologies de l'histoire du salut, existentielles, cosmologiques et sociologiques qui se laissent difficilement ramener à un commun dénominateur mais qui coexistent librement les unes à côté des autres. Pour définir l'Église, on constate une coexistence de catégories bibliques-traditionnelles (A.T.) ainsi que d'autres plutôt "philosophiques" (Ep, Co) et même des catégories profanes (par ex. les lettres pastorales). La constante qui sous-tend tous ces projets n'est pas, à mon avis, un modèle ecclésiologique mais plutôt la christologie ou la sotériologie dont les effets salvifiques marquent toutes les déclarations sur l'Église dans le N.T.

2) Du point de vue historique, il est étonnant de constater que l'ecclésiologie du N.T. est traitée thématiquement relativement tard. Résultat : certes, le N.T. présuppose une communauté de médiation pour transmettre le message de l'Évangile, mais l'ecclésiologie en tant que réflexion sur l'être de l'Église est malgré tout une apparition assez tardive dans l'histoire de la théologie(2). On peut même être chrétien en-dehors d'une Église "établie" (Mt 18 : 19s) Extra ecclesiam etiam salus(3).

3) On peut qualifier d'ecclésiologies en situation les conceptions ecclésiologiques dans le N.T. Par là, il faut tenir compte du fait que les conceptions ecclésiologiques se développent dans l'interaction entre l'Église et le monde. Ces conceptions seront développées non pas seulement en recourant au Seigneur exalté, mais elles reflètent l'environnement perçu positivement ou négativement par l'Église, environnement qui joue un rôle très important dans l'évolution des traditions ecclésiologiques(4). Ce constat pluraliste concernant la compréhension de l'Église, explicite ou implicite dans les textes du N.T., va déranger ceux qui étaient convaincus, au moins, de l'unité d'un "modèle fondamental" et qui veulent propager l'idéal d'une "Église selon le N.T.". Après examen des écrits néotestamentaires, la question se pose de savoir quel modèle présente pour nous, successeurs, le caractère le plus productif et en même temps le plus contraignant.

Au sein de la Fédération, on procède, en règle générale, de manière éclectique en prenant pour base, grosso modo, le modèle des épîtres pastorales avec sa synthèse (problématique) entre Anciens et Diacres. Cette conception est sans doute la plus profane à cause de son orientation marquée par la catégorie sociologique de la "maison"(5) mais elle est aussi le modèle d'Église le plus ouvert sur le monde et donc, très attirant pour une église baptiste évangélisatrice. Ce concept se combine souvent avec la compréhension démocratique-paulinienne (1 Co 12.12), ainsi qu'avec la compréhension matthéenne de l'Église (Mt 23.8) qui refuse tout responsable, ou bien avec celle de l'Église comme Famille de Dieu qui remonte à Jésus de Nazareth (Mc 3.35). Les tensions qui résultent de ces synthèses, et d'autres encore, entre le "sacerdoce de tous les croyants" et la hiérarchie graduée des Épîtres pastorales sont considérables et constituent un potentiel latent de problèmes au sein de la vie de l'Église. Ces problèmes reposent herméneutiquement sur une harmonisation bibliciste qui voit seulement la véritable Église dans la somme de toutes les affirmations bibliques ou du plus grand nombre d'entre elles. Le constat biblique montre en contrepoint une liberté de variations qui interdit cette harmonisation.

À mon avis, on pourrait conclure de l'étude du N.T. que les divers modèles d'Église pourraient se comprendre comme autant de possibilités en situation d'une conception de l'Église qu'il faut adapter toujours à nouveau. Toutefois, ceci ne peut réussir que si la christologie et la sotériologie en tant que centre permanent ou comme constante de l'ecclésiologie, sont renforcées dans notre fédération car, d'après Paul, l'ecclésiologie n'est rien d'autre qu'une christologie appliquée. "Il faut aborder toutes les questions ecclésiologiques sous l'angle christologique qui, lui seul, leur confère authenticité et valeur d'engagement" (E. Kâsemann, Zur ekklesiologischen Verwendung der Stichworte "Sakrament" und "Zeichen" (ZdZ38), 1984).

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