Mission impossible ? Prêcher l'engagement dans un temps de relativisme et de tolérance

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Mission impossible ? Prêcher l'engagement dans un temps de relativisme et de tolérance

Sur la base de notre étude biblique et théologique nous avons conclu qu’un engagement missionnaire au près et au loin est nécessaire pour chaque église. Dans notre temps de relativisme et de tolérance, il est cependant de plus en plus mis en question, non seulement dans la société mais aussi au sein de l’Église, s’il faut vraiment continuer à prêcher que « Jésus est le Seigneur ». Comment se fait-il ?

Le projet moderne, qui s’est manifesté dans une société urbaine et industrialisée, basée sur la science, la technique, la sécurité sociale, la philosophie positiviste, la culture sécularisée, etc., fut basé sur une conception de la vérité objective. S’il y avait pluralisme, c’était un pluralisme épistémologique. Dans la sphère des valeurs, bien distincte des faits, on ne peut pas "savoir" ce qui est vrai. Il faut bien sûr laisser la liberté aux individus de "croire" ce qu’ils veulent et d’exprimer leurs convictions différentes, surtout en matière de morale et religion. Mais plus on est éclairé et plus on se tient à ce qui est scientifiquement vérifié et donc vrai. Cela a souvent abouti à un sécularisme ou à une théologie libérale.  

Le relativisme postmoderne

Le projet moderne se désagrège cependant de plus en plus et laisse la place, du moins dans certains domaines, aux projets postmodernes (au pluriel !). Nous vivons dans une période de transition entre le monde de la modernité et le monde postmoderne. Le domaine des valeurs s’élargit de plus en plus au dépens du domaine des faits. Un pluralisme ontologique s’installe : il n’y a pas de vérité absolue ou objective. Tout est une question de perspective, de modèle ou de structure de plausibilité choisis pour comprendre le monde. Cela aboutit dans une notion de vérité subjective et relativiste. La vérité devient une question de préférence personnelle.

La dimension religieuse n’est plus suspecte, à condition que ses manifestations diverses n’aient aucune prétention de révélation ou de vérité unique et absolue. La tolérance est la vertu suprême. L’idéal est que chacun choisisse les ingrédients de sa religion personnelle dans le supermarché religieux.

Il va de soi que, dans ce climat, la conception classique de la mission de l’Église semble anachronique, voire dangereuse. Un « engagement missionnaire », qui se base sur une conviction de l’universalité de l’Évangile et qui témoigne du Christ comme le seul sauveur du monde et invite "tous les hommes, en tous lieux" (Ac 17.30) à se convertir et à croire en lui, indique aux yeux de beaucoup de nos contemporains fondamentalisme, fanatisme, sectarisme.

Adaptation ou résistance ?

L’Église doit accomplir sa mission dans le monde sans être du monde (Jn 17). Chaque église locale est constituée des hommes et des femmes qui vivent dans un contexte donné, dans le temps et l’espace, et qui en sont nécessairement imprégnés. En même temps, ils sont appelés à vivre d’une manière digne de l’Évangile, par la grâce de Dieu et la puissance de l’Esprit-Saint. Selon le principe de l’incarnation, l’église doit manifester une certaine adaptation au contexte. Mais selon le principe de l’obéissance, elle est aussi appelée à résister à l’esprit du temps, dans la mesure où celui-ci s’oppose à l’Évangile. Son message à ses contemporains doit être à la fois fidèle et à jour, clair et pertinent. Dans ce but, l’église doit s’engager dans une double écoute, celle de la révélation biblique et celle de son contexte.

Si nous allons trop loin sur le chemin de l’accommodation, nous risquons de perdre le message biblique, nous n’avons plus rien de particulier à offrir. Si nous allons trop loin sur le chemin de la résistance, nous risquons de perdre l’attention de nos contemporains, nous ne communiquons plus. Existe-t-il une voie médiane ? Voilà le défi missiologique.

Notre titre peut être compris dans deux sens. Est-ce une « mission impossible » de prêcher l’engagement missionnaire dans un temps de relativisme et de tolérance, étant donné que nos contemporains reçoivent difficilement un message qui prétend d’apporter la vérité pour tous partout ? Dans ce cas, le problème se trouve dans la société environnante. Ou bien est-ce une « mission impossible » de prêcher l’engagement missionnaire au sein de nos églises, parce que l’influence du relativisme et de la tolérance a déjà changé la manière des chrétiens de penser la « mission » et surtout de s’engager pour des oeuvres missionnaires traditionnelles ? Dans ce cas, le problème se trouve à l’intérieur des églises. Je commenterai d’abord cette deuxième possibilité.

Le nœud du problème

Le nœud du problème est ce que nous croyons réellement de Jésus-Christ. Le texte de Marc 8.27 29 actualise deux questions très importantes : Jésus s’en alla, avec ses disciples dans les villages de Césarée de Philippe, et en chemin, il leur posa cette question : Les gens, qui disent-ils que je suis ? Ils dirent… Mais vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ?

Jésus conduisit ici les disciples vers le territoire de Césarée de Philippe. Cette ville avait été dans son histoire un centre d’adoration de Baal et plus tard de Pan. Au temps de Jésus, il y avait un temple à la gloire de l’empereur. C’était un milieu en dehors ou du moins à la marge de la communauté du peuple de Dieu. C’était là que Jésus posa ses questions. Les disciples étaient supposés connaître ce que ”les gens” disaient de lui. Il s’agissait d’abord des autres Juifs, des membres du peuple historique de Dieu, vu comme une entité visible. Mais les disciples étaient aussi supposés avoir une réponse personnelle : "qui dites-vous que je suis ?".

Je choisis donc de réfléchir sur ces questions de la manière suivante : face à la vocation missionnaire de l’Église d’annoncer aux autres l’Évangile du salut de Dieu en Jésus-Christ, je présenterai d’abord une réponse qui s’entend de plus en plus à l’intérieur de l’Église établie, et qui révèle une influence considérable de notre "temps de relativisme et de tolérance". J’esquisserai ensuite une réponse à la deuxième question que je considère comme nous étant posée à nous, chrétiens évangéliques. Je discuterai enfin quelques implications pour notre conception de la mission et pour notre vocation de "prêcher l’engagement missionnaire".

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