Numéro Journal: 50

Date: 2003-03-19

Titre: Gill Daudé

Préambule: Rencontre avec Gill Daudé, responsable du service œcuménique de la Fédération Protestante de France. Loin d’être l’affaire de quelques théologiens, il définit l’œcuménisme comme une exigence spirituelle qui doit être vécue jusqu’au sein de nos groupes de prière…

Texte: Gill Daudé, d’où venez-vous?

J’ai grandi dans une famille gardoise heureuse, à la limite du protestantisme historique et de la libre pensée, à l’esprit critique aiguisé mais qui avait aussi un sens de l’ouverture et de la conciliation. Ma découverte de l’Évangile s’est faite à l’adolescence, au carrefour de l’Église méthodiste, de l’Église Réformée et du mouvement charismatique et œcuménique naissant. Mes passages à la faculté d’Aix en Provence, où tous les milieux confessionnels se côtoyaient, puis au Cameroun dans la Mission Baptiste avec de fortes amitiés luthériennes et catholiques, et enfin à la faculté de Montpellier, dans une liberté théologique foisonnante, m’ont fait découvrir non seulement les richesses des uns et des autres, mais aussi leurs limites spirituelles et théologiques.

Qu'avez-vous fait après ces études ?

J’ai été pasteur à Montauban pendant 5 ans. Un temps de riche découverte du ministère dans un lieu de protestantisme historique où les collaborations entre les différentes Églises étaient d’une exceptionnelle qualité tant avec l’Église catholique qu’avec l’Église réformée évangélique ou pentecôtiste. Seule l’Église baptiste d’obédience américaine se tenait malheureusement à l’écart. Son rayonnement en pâtissait. Je ne sais pas si elle s’en rendait compte.

 

Ce temps a aussi été pour moi l’occasion de mesurer la diversité des cheminements spirituels et des formes d’expression de la foi des uns et des autres. Mais je me suis aussi heurté au sectarisme de celles et ceux qui ne prennent pas de distance par rapport à eux-mêmes et qui se posent en normes pour les autres. J’avais un peu l’impression qu’ils remplaçaient le principe de l’autorité des Écritures par l’exclusivisme de leur propre interprétation.

 

Après ces 5 petites mais riches années, j’ai été appelé à présider le conseil régional de l’ERF sud-ouest pendant 8 ans. Un ministère tout aussi pastoral où prédications, impulsions, accompagnement des personnes et des conseils, travail de formation, se joignaient au souci de l’unité de l’Église et à l’exercice de l’autorité (la plupart du temps collégiale). Là, j’ai réalisé l’importance de la “joyeuse soumission” à la règle commune (la discipline) et aussi la nécessité d’une communion ecclésiale qui dépasse les frontières locales car il y a des risques pour une communauté (et son pasteur) de s’enfermer sur elle-même. Accepter cette remise en question est parfois difficile mais salutaire.

 

Ces temps pas faciles m’ont sans doute confirmé dans une vision pessimiste de la nature humaine (même chrétienne !). Et je suis d’autant plus émerveillé de l’amour de Dieu qui choisit ces hommes et ces femmes, ces pauvrettes Églises, pour manifester sa grâce et sa bonne nouvelle. Et combien de gens, parfois dans des conditions difficiles, souvent dans l’anonymat, se donnent corps et âme pour témoigner à leur manière de l’Évangile, servir leur prochain. C’est pour moi un sujet de louange !

Pourquoi l’œcuménisme vous intéresse-t-il autant ?

Je ne vois pas comment témoigner du Christ qui nous réconcilie avec Dieu, avec nous-mêmes et avec les autres, si l’Église universelle ne parvient à offrir au monde que l’image d’un déchirement ! “Ces chrétiens ne font pas ce qu’ils disent”, voilà ce qu’on nous renvoie. Je l’ai ressenti très fortement en mission où il n’était pas de bon ton, selon les courants missionnaires, d’avoir des amis à la mission catholique. Dieu merci, les choses ont évolué. Et je le ressens aussi fortement aujourd’hui dans notre société qui a une réelle soif spirituelle mais qui cherche ailleurs, là où l’on prêche (et vit) l’harmonie. Nous avons un sacré handicap avec nos histoires religieuses violentes qui marquent encore l’inconscient collectif, mais on pourrait aussi parler de la violence des discours les uns sur les autres encore aujourd’hui. L’œcuménisme est donc pour moi une exigence spirituelle avant tout. C’est d’abord la vision de l’Église universelle et au-delà, la vision d’un monde réconcilié en Dieu. C’est aussi un enjeu capital pour l’évangélisation. Car on ne peut pas se contenter d’une Église invisible ! Puisque l’enjeu est le témoignage, il faut que cette unité se voie !

Alors comment faire ?

Et bien c’est là que commencent les problèmes. Car on touche aux convictions intimes des uns et des autres, chacun pensant que sa manière de comprendre et de vivre l’Évangile lui vient du Saint-Esprit et qu’elle est donc non négociable. Question de fidélité. Depuis des siècles, nous vivons les uns à côté des autres sans vraiment nous rencontrer. Il y a donc tout un travail pour lever les a priori, par exemple, vérifier que l’autre se retrouve dans la manière dont on parle de lui. Ou bien découvrir que ce que je croyais être hérétique chez l’autre ne l’est peut-être pas tant que ça. Ou encore, découvrir dans l’autre Église une véritable Église malgré les désaccords doctrinaux …

Comment mettez-vous tout cela en œuvre, concrètement ?

Le service œcuménique de la Fédération Protestante de France est au service des différentes Églises membres. Il suit et accompagne leurs engagements oecuméniques et leurs dialogues, chaque Église ayant ses propres avancées et blocages. Mon ministère est au cœur de ces questions et se déploie en 3 volets : • D’abord un volet formation : j’essaie de rendre compte des avancées, des dialogues, des problématiques œcuméniques ; je tente de stimuler, de faire comprendre, de faciliter la compréhension des uns par les autres et cela au travers d’articles, de conférences, de journées de formation ou de sensibilisation. • Puis un volet théologique : je participe à divers titres aux différents dialogues entre nos Églises. C’est pour moi un lieu de découverte et de formation très stimulant, pas seulement sur le plan théologique mais aussi spirituel et humain. Je me tiens aussi au courant des dialogues internationaux pour les répercuter chez nous autant que possible. • Enfin, un volet plus institutionnel de représentations diverses, de participation au Conseil d’Églises Chrétiennes en France qui tente de faire entendre la voix commune des chrétiens.

 

À cela s’ajoutent pas mal d’autres activités. L’organisation (avec la commission qui m’accompagne) du débat de l’assemblée générale de la Fédération Protestante de France sur l’œcuménisme (les actes sont disponibles). Nous avons aussi organisé cette année une semaine de formation pour des jeunes (tranche étudiante) de toutes confessions. Notre souci étant aujourd’hui de former de nouvelles générations qui seront demain responsables dans leurs Églises et de leur permettre de trouver un juste chemin entre repli identitaire et confusionnisme spirituel.

À quel niveau, selon vous, se situent les Baptistes en ce qui concerne les relations œcuméniques ?

Les Baptistes ont beaucoup d’atouts pour un engagement œcuménique sain : une clarté théologique, une spiritualité authentique (car l’œcuménisme est dans la prière), un souci de l’évangélisation, un pragmatisme réel. Cela se traduit par de réelles avancées. Je pense notamment au dialogue avec l’Église catholique, plusieurs ouvrages sont sortis qui en rendent compte. Le dialogue baptiste/catholique français a aussi travaillé des questions clés comme le baptême et la cène. Il travaille actuellement la question de l’Église. Vous voyez, on est capables d’aborder des thèmes “qui font mal” en toute fraternité. Rien que cela, c’est déjà un témoignage !

 

Le monde baptiste dialogue aussi avec le monde luthéro-réformé au niveau national et européen. Là, la proximité est évidente mais une communion ou une reconnaissance d’Église à Église demandera encore du temps pour parvenir à une pleine reconnaissance mutuelle du baptême, des ministères, etc. …

 

Notre monde protestant, me semble t-il, évolue vers plus d’écoute les uns des autres. C’est exigeant, parfois douloureux, mais nécessaire. Il faut que cela se fasse au niveau local aussi. Le pire serait que les comités directeurs ou les théologiens soient seuls à porter cet engagement. Car je le redis, c’est une exigence spirituelle. Elle concerne tout le peuple de Dieu et doit commencer par la prière. Si nous sommes “en Christ”, comment ne pas nous approprier la prière de Jésus à Gethsémané : “Qu’ils soient un afin que le monde croie” ? Combien de gens y pensent dans les groupes de prière ? Si notre prière est biblique, elle aura vocation à porter devant Dieu l’unité de l’Église universelle qui n’est évidemment pas uniformité, mais communion dans la diversité.

 

Si les chrétiens ne cultivent pas leur fraternité, comment le monde construira-t-il une paix réelle et où trouvera-t-il la Bonne Nouvelle ?

Propos recueillis par Nathalie GUILLET


Numéro Journal: 49

Date: 2003-03-19

Titre : parrains de l’Espoir

Préambule: L’association “Parrains de l’Espoir” est située à Illkirch, dans la banlieue de Strasbourg. Elle a été fondée par André Gasser, son actuel directeur, mais son action s’étend partout dans le monde. Marié avec Elisabeth le couple, qui a trois enfants et trois petits-enfants, est membre de l’Église Baptiste de Strasbourg-Meinau. En cette période que nous souhaitons propice à la générosité, nous avons pensé utile de vous informer d’une action qui vaut la peine d’être connue.

Texte: Aider son prochain est une vocation, qu’est-ce qui vous a poussé à créer une association humanitaire ?

Cette longue histoire a commencé il y a un peu plus de vingt-sept ans. Mon épouse et moi-même, avons toujours aimé travailler parmi les enfants. Nous étions moniteurs lors de camps de vacances et à l’école du dimanche. En 1966, j’ai pris la succession de l’entreprise paternelle (grossiste en emballages). En tant que jeune chef d’entreprise, formé à la gestion et à la comptabilité, j’avais à disposition des locaux professionnels attenant à la maison familiale, dans laquelle nous habitons toujours. Après notre mariage en 1974, nous pouvions ainsi nous impliquer concrètement dans une activité chrétienne.

En 1975, nous nous sommes donc engagés bénévolement, en sus de notre travail, à représenter une œuvre chrétienne internationale qui venait en aide aux chrétiens persécutés derrière le rideau de fer. Cet engagement concret nous a davantage mis à l’écoute de la détresse du monde, si bien que petit à petit une vraie vocation d’aide du prochain est née dans nos cœurs.

Pour pouvoir mettre intégralement en pratique notre vocation, il fallait que je m’y consacre à plein temps, fonder une association autonome, mettre en place un comité, abandonner l’entreprise de mon père entre les mains de l’un de mes frères, disposer entièrement des locaux attenant à notre maison, acquérir du matériel de bureau, former des permanents et des bénévoles, louer et agencer plus de 1 000 m2 de locaux industriels, comme Centre Logistique pour les dons en nature. Tout cela a pu se faire, progressivement sur des années.

Parfois poussé vers l’avant, souvent freiné dans notre élan, nous avons aussi été rappelés à l’ordre par des subtils mais ô combien profonds “Pourquoi as-tu si peu de foi ?”. Dieu a toujours dirigé jour après jour nos vies et notre œuvre.

 En quoi consistent exactement les actions de Parrains de l’Espoir ?

Comme tout organisme humanitaire international, nos actions sont multiples. La première consiste à informer et à sensibiliser le public des besoins “sur le terrain” afin de collecter les moyens pour agir concrètement sur place. Si les médias sont de notre côté, notre tâche est grandement facilitée. Mais comme par exemple pour l’éruption du volcan dans la ville de Goma, en RDCongo (cf. Construire Ensemble du mois d’octobre) il ne reste qu’aux rares acteurs “sur le terrain”, de diffuser le plus possible d’informations, pour recueillir un maximum de fonds et assister les œuvres et les églises qui ont tout perdu.

Une autre partie de nos activités se passe “sur le terrain”. Il nous faut aller sur place, vivre avec la population, recueillir des témoignages, mettre en place des équipes locales, monter avec elles les programmes d’aide et de développement à long terme, puis les gérer, les évaluer et les adapter au fur et à mesure des moyens mis en œuvre. Les programmes sont adaptés dans la mesure du possible pour donner à la population locale les moyens de travailler par elle-même, à la réhabilitation et au développement de son propre environnement. Des développements communautaires villageois durables, au travers d'actions ponctuelles et de programmes à long terme, visant à l'autosuffisance sont ainsi mis en place par les populations elles-mêmes.

À Illkirch, nous sommes actuellement 7 permanents entourés en quasi permanence de 2 à 4 bénévoles et stagiaires. “Sur le terrain”, en fonction des programmes en place, nous dirigeons des permanents autochtones ou travaillons avec des associations et des églises locales.

 Avez-vous des priorités dans vos actions ?

Nous donnons la priorité aux programmes d’aide aux enfants, en intervenant au niveau de leur entourage direct et de leur milieu scolaire. Dans le respect de leur environnement, nous veillons également à leur santé et les aidons à préparer leur avenir. Nous soutenons matériellement des églises locales là où cela est possible et dispensons des formations théoriques et pratiques (hygiène, travail manuel, agriculture…) aux populations qui peuvent ainsi valoriser leurs propres ressources matérielles, économiques, culturelles et humaines.

Un des moyens est le programme de parrainage d’enfants

Par ce biais, nous donnons à des enfants issus de familles démunies du Tiers-monde la chance d'accéder à l'enseignement scolaire de base, qui est un des droits principaux de l'être humain. Ces dernières années, près de 15 000 enfants ont ainsi pu débuter dans la vie d’adulte, avec des bases solides, après avoir suivi une scolarité primaire normale.

 Qu’est-ce qui détermine les lieux d’intervention de votre association ?

Les premières années nous intervenions en cas d’urgence majeure, partout où il nous était possible d’aller

Puis au fil des années, nous nous sommes plus tournés vers un travail permettant une implantation à long terme. Notre première intervention eut lieu en Thaïlande en 1978 dans des camps de réfugiés venus du Laos, du Cambodge et du Vietnam. Ce travail nous a beaucoup marqués, a influencé nos actions suivantes et donné un essor à l’œuvre.

Avec d’autres associations, nous avions tout simplement répondu à l’appel de détresse d’hommes et de femmes qui ont dû fuir leur pays pour se réfugier, dans le plus grand dénuement dans “les camps de la mort”. J’ai pu assister au formidable travail des chrétiens réfugiés qui n’avaient nullement perdu leur foi, mais auxquels il fallait juste donner des moyens pour qu’ils puissent servir Dieu là où Il les avait placés. Actuellement nous sommes toujours présents en Thaïlande, oeuvrant dans des régions défavorisées du pays.

Après la Thaïlande, ce fut l’urgence au Portugal, auprès de 3 millions de réfugiés venus des anciennes colonies portugaises. Ensuite il y eut l’appel du Pakistan, puis de la Somalie, du Zaïre, de l’Ouganda, du Soudan, du Tchad, toujours auprès de réfugiés en détresse. La plupart de nos interventions en Afrique ont transité par le Kenya. De fil en aiguille, des liens se sont tissés avec des chrétiens de ce pays, aussi depuis 1983, un travail de développement à long terme, au nord du pays, est entrepris. En 1988, il y eut l’éruption du volcan Pinatubo aux Philippines, avec 650 000 sinistrés. Depuis nous travaillons dans les bidonvilles de Manille. A Madagascar, nos actions ont vu le jour en 1993, suite à une invitation à visiter des églises sur place.

Actuellement, nous recevons régulièrement des demandes d’aide émanant d’églises ou d’associations locales de beaucoup de pays pauvres. Malheureusement par manque de finances il nous faut faire des choix et nous sommes tristes de ne pas pouvoir donner une suite favorable à toutes ces requêtes bien fondées.

 Avez-vous actuellement des actions en Europe ?

À partir de notre Centre Logistique, nous acheminons également, vers la plupart des pays à l’est de l’Europe, au profit essentiellement d’églises et d’œuvres sociales chrétiennes, des biens en nature, que nous collectons, trions et conditionnons. Nous sommes par exemple présents en Roumanie depuis l’ouverture des frontières en 1990. Durant toutes les années de guerre en Croatie, et en Bosnie, nous avons acheminé au total plus d’un millier de tonnes de biens de première urgence, tels que des vivres, des habits, des couvertures et des médicaments à une population déplacée dans des camps de réfugiés ou vivant dans des villages détruits. Actuellement nos actions sur place continuent par la fourniture, tous les ans, de plusieurs milliers de bancs scolaires pour permettre aux enfants des villages détruits, de pouvoir suivre à nouveau une scolarité normale.

 Qu’en est-il de l’aspect chrétien de votre mission ?

Comme nous l’avons déjà dit, la scolarisation des enfants est une de nos priorités.

Par ce biais, beaucoup d’enfants peuvent ainsi suivre l’enseignement religieux dispensé et plus tard s’engager dans diverses activités de jeunes proposées par les églises locales.

L’autre aspect de notre travail est l’important apport logistique que Parrains de l’Espoir met tous les ans à la disposition de nombreuses églises locales. En voici quelques exemples : • En 1999 près de 100 000 Kosovars se sont réfugiés dans le sud de l’Albanie.

Parrains de l’Espoir a été la première œuvre sur place à les assister matériellement durant plusieurs mois.

Près de 40 personnes, chrétiens locaux et missionnaires étrangers leur ont distribué plus de 175 tonnes d’aide de première urgence acheminée à partir de Strasbourg, tout en leur apportant la parole de Dieu. Sans cette aide matérielle, le travail spirituel n’aurait pas pu se faire. Depuis, des églises ont pu naître et progresser dans cette région. • Une église évangélique d’Ukraine affrète régulièrement plusieurs semi-remorques par an pour venir charger à notre Centre Logistique des biens importants pour leurs activités spirituelles. Les tables, les chaises, les couvertures, les matelas et les aliments divers, biens purement matériels, sont indispensables à l’église pour pouvoir organiser des camps de vacances ainsi que d’autres activités d’évangélisation. • En Roumanie, des jardins d’enfants chrétiens fonctionnent en partie grâce à l’apport logistique de Parrains de l’Espoir. • Dans le sud de la Hongrie, une multitude d’églises évangéliques, sur plus de cent kilomètres à la ronde, font depuis des années un réel travail social auprès des déshérités de leur région, grâce aux biens acheminés par Parrains de l’Espoir.

 Avez-vous le sentiment que la mobilisation des chrétiens est suffisante face à la cause que vous défendez ?

Je pense que certains chrétiens évangéliques ont encore du chemin à faire dans ce sens. Bien souvent les dons aux missions d’évangélisation priment par rapport aux œuvres sociales.

 Qu’est-ce que l’action humanitaire apporte comme épanouissement à la foi chrétienne ?

Chaque chrétien doit vivre personnellement son épanouissement dans la foi qui l’anime.

Pour pouvoir la vivre pleinement, il doit avant tout être à l’écoute de Dieu puis lui obéir. Le chrétien qui soutient une action humanitaire en l’accompagnant de sa prière devrait ainsi être tout aussi épanoui par son geste que par toute autre action spirituelle.

Pour moi, la plus belle des choses, la plus grande des reconnaissances, c’est de voir le sourire d’un enfant heureux, épanoui, dans sa belle tenue scolaire, ou d’être invité à partager le repas avec une famille, dans un abri de 5 m2

Pour notre équipe recevoir et lire des centaines de lettres d’élèves qui peuvent aller à l’école au travers de notre œuvre est touchant et motivant. En voici un extrait : “…S’il existait un mot qui soit mieux que “merci” je l’utiliserais pour vous remercier. Mes parents vous envoient également toute leur gratitude et demandent à Dieu de vous bénir à tout jamais. En effet, sans votre générosité ils connaîtraient des difficultés à payer les frais scolaires, leur revenu étant très bas. J’aimerais beaucoup que vous sachiez que sans votre soutien, je serais perdu

Puisse le Dieu tout Puissant vous bénir de ses saintes mains et vous donner la force nécessaire pour poursuivre votre aide. Sur ces quelques mots, je vais finir ma lettre en vous demandant de prier pour moi comme je le fais pour vous afin que nous en sortions tous gagnants. David Nganga (Kenya)”.

Parrains de l’Espoir ne peut agir qu’au travers des dons des particuliers et des entreprises. Chaque geste est important pour les actions “sur le terrain” de l’œuvre.

Propos recueillis par GOMA MABIKA


Numéro Journal: 50

Date: 2003-03-19

Titre: Autour de la Bible

Préambule: Sans doute le savez-vous déjà : 2003 est l’année de la Bible. Tout au long des prochains mois, Construire Ensemble vous proposera des articles qui mettront en valeur telle ou telle facette de ce qui se vit, se fait, autour du texte biblique, de son étude et de sa diffusion.

Pour ouvrir cette longue série, ce dossier nous parle du projet, de sa préhistoire et nous montre l’intérêt de l’étude comme de moyens divers de communication de la Parole. Mais ce n’est qu’un coup d’envoi…À suivre…

Texte:

janvier03


Numéro Journal: 50

Date: 2003-03-19

Titre: Dépassée la Bible ?

Préambule: Évidemment la Bible ne dit rien sur Internet ! Est-ce que cela ferait d’elle un livre dépassé ? Il y a une façon de faire de la nouveauté, voire de l’actualité, un critère de pertinence qui mérite au moins réflexion !

Texte:

Quand les questions essentielles se posent à l’homme, qu’est-ce qui va l’aider à choisir ? Faudra-t-il débrancher le malade ? Sur quelles valeurs reposent mes choix de vie et ceux de la société dans laquelle je suis engagé ? La Bible aborde ces questions fondamentales et propose des réponses qui ont été reçues par des générations avant nous et encore aujourd’hui par des millions de personnes de toutes cultures.

 

La pertinence du message de la Bible est souvent contestée par ceux qui ne le connaissent pas. Ce message fréquemment caricaturé mérite, nous le croyons, plus qu’un instant d’attention.

 

Le succès de la Bible, best-seller universel, n’aide pas forcément à la réception de son message. En effet, cette “réussite” ne va pas sans caricature. Combien d’hommes et de femmes sont prévenus contre le message biblique ? Des bribes de connaissances héritées d’une éducation religieuse ou les on-dit de ceux qui prétendent savoir… tiennent souvent lieu de culture biblique.

 

Il est vrai que la Bible va à contre courant de bien des mouvements de la société occidentale. Elle se méfie de l’image, ne valorise ni la nouveauté ni la jeunesse ! Le Qohéleth, vieux sage mais éternel questionneur, en a long à dire sur ces sujets ! La jeunesse et l’aurore sont vanités… Il n’y a rien de nouveau sous le soleil…

 

La pertinence du message biblique se fonde premièrement sur une démystification des poncifs de notre société médiatique. Cela implique évidemment la volonté de prendre du recul pour être capable d’analyser ce qui se joue autour de nous et qui nous concerne et nous influence directement. Le message biblique est bien autre chose qu’un moralisme soi-disant judéo-chrétien ! Il est avant tout une invitation à la lucidité, à la réflexion. Le message biblique est tout sauf sur un prêt à penser ou un prêt à croire !

 

Le même Qohéleth va jusqu’à questionner la sagesse ! N’est-elle pas aussi poursuite du vent ? Et pourtant la sagesse vaut mieux que la folie…

 

Les grandes questions que la Bible pose obligent à poursuivre la réflexion et à partager la parole. La parole de Dieu est une parole qui invite les hommes à parler et à se parler.

 

La violence, sujet d’actualité s’il en est, mais sujet de toujours, est affrontée dès les premières pages de la Genèse. Caïn, lui, a refusé l’appel au dialogue que lui adressait Dieu, il s’est livré à la violence. La lecture de ce texte nous oblige à sortir des clichés, fussent-ils hugoliens,   « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn »pour reprendre conscience !

 

Blaise Pascal, grand lecteur de la Bible, avait noté comment l’homme cherchait à oublier sa condition en se divertissant… Que dirait-il d’une société qui veut constamment divertir ? Sans le savoir elle déshumanise ceux qui ne peuvent plus réfléchir aux questions qui font leur dignité.

 

La Bible, que certains disent Parole de Dieu, n’assujettit pas l’humanité mais l’appelle à chaque page à se relever, à lever la tête, pour mieux vivre ensemble ce bonheur d’être enfin humain devant Dieu.

 

Mais parler de bonheur conduit finalement à évoquer l’élément central du message biblique : l’amour. Dieu, tout au long des pages de la Bible, dit qu’il nous aime ! Cette déclaration d’amour souvent négligée, parfois contestée, n’est-elle pas la Parole dont nous avons besoin ?

Claude BATY, pasteur, président de l'Alliance biblique française


Numéro Journal: 50

Date: 2003-03-19

Titre: La Bible jouée acteurs de l'évangile

Préambule:

Texte:

Un jour, nous avons fait la découverte du texte biblique. Ces paroles que nous lisions avec passion n'étaient pas comme les autres : elles bondissaient, elles faisaient “écho”. Leur écho était aussi une richesse d'images : nous voyions des événements et des personnages. Il donnait la saveur des répliques, l'épaisseur des discours, la puissance des mots. Et encore plus, aussi grands que les mots : les silences, jamais indiqués mais que le texte suggère et que le lecteur attentif pressent.

 

Pour nous, hommes et femmes de spectacle, comment cette vie foisonnante pouvait-elle rester au bord de notre activité principale ? Nous avons voulu être la “caisse de résonance” de cette Parole qui bouleverse, lui livrer nos gestes, nos voix, le rythme de nos déplacements dans tout ce que nous présentions sur scène. Car la Bible est devenue notre spectacle. Non pas un spectacle pour échapper à la réalité du quotidien et se “divertir” de cette réalité, mais un spectacle pour justement saisir cette réalité. Et pour cela nous n'étions pas seulement les acteurs d'un texte, mais aussi les témoins d'un message. Ainsi, nous pouvons aborder l'Évangile de l'intérieur, c'est à dire que les mots, tellement intégrés, tellement “sus par cœur” nous les entendons sortir de notre bouche, et nous sommes évangélisés en premier, avant même les spectateurs. Nous “prêtons chair” aux personnages, un bref instant, le temps qu'ils nous effleurent, que nous en tirions leçon, que nous recevions un peu de ce qu'ils disent de Dieu Et puis, il y a la rencontre sans cesse renouvelée avec Jésus. Jésus, qui est là au cœur de l'Evangile d'une présence telle que c'est Lui l'Évangile. Du coup, il n'est jamais un personnage, il est l'écho dont nous parlions au début, il est ce qui circule dans nos vies : les questions et les réponses, les attentes et les enthousiasmes, le rire et l'Espérance. Alors, s'il n'est pas un personnage, comment “prêter chair” à Jésus ? C'est pourtant possible… puisque la grâce reçue à chaque représentation par ceux qui ont soif, c'est de sentir quelque chose de lui et d'apprendre un peu mieux à le connaître.

Alain et Marion COMBES


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: L’A.C.A.T.

Préambule: Entretien avec Hélène Palard, responsable de la communication de l’ACAT-France

Texte

Présentez-nous l’ACAT, son histoire.

L’ACAT est née en 1974 quand deux femmes protestantes, très vite rejointes par des amis catholiques, orthodoxes et quakers décident de sensibiliser les chrétiens et leurs Églises au scandale de la torture.

En 1987 le mouvement devient international avec la création de la FIACAT, ou Fédération Internationale de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture. Elle est dotée du statut consultatif auprès des Nations Unies, du Conseil de l’Europe et de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

Au total, ce sont maintenant une trentaine d’ACAT qui agissent dans le monde, en Europe, en Afrique, en Amérique ou en Asie.

L’ACAT-France est une association reconnue d’utilité publique, elle est membre de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme.

 Quels sont vos objectifs ?

Le mandat de l’ACAT est d’abolir la torture et la peine de mort partout dans le monde (Cf. article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme) mais notre tâche est aussi d’assister les victimes de ces tortures et de concourir à leur protection.

On peut s’en alarmer : 50 ans après la Déclaration universelle des droits de l’homme, la torture est encore couramment pratiquée dans plus de la moitié des pays du monde. Du nord au sud, à l’ouest comme à l’est, l’ACAT s’efforce de rester constamment vigilante et active pour qu’enfin torture et peine de mort ne soient plus.

 Concrètement comment agissez-vous ?

L’action de l’ACAT consiste tout d’abord dans la vigilance, grâce à son réseau d’informateurs ainsi qu’à celui d’autres ONG. Nous veillons sur les pratiques de torture et les exécutions capitales dans le monde entier.

Ensuite, notre rôle est d’informer l’opinion publique et de dénoncer par différents moyens tels que des conférences, des campagnes de presse, des publications, des témoignages et par notre mensuel le « Courrier de l’ACAT ».

Nous participons aussi au soutien des victimes par des lettres et des signatures que nous adressons directement auprès des gouvernements concernés et de leurs ambassades en France.

Nous intervenons auprès du gouvernement français par des prises de position et des recommandations quant à la politique internationale de notre pays.

Bien sûr, nous prions avec les chrétiens de toutes confessions pour que la torture et la peine de mort soient abolies dans le monde ainsi que pour les cas particulier pour lesquels nous intervenons.

Enfin nous voulons impulser une réflexion et éduquer par des colloques, des séminaires ou des outils pédagogiques.

 Quelles particularités chrétiennes l’ACAT apporte-t-elle sur ce terrain d’action ?

En tant que disciples du Christ, nous reconnaissons dans le Crucifié le frère de tous les torturés. Les chrétiens, porteurs de la bonne nouvelle de Jésus-Christ ressuscité, sont invités, par l’Évangile, à prendre la défense de leurs semblables, sans distinction de race, de sexe, de nationalité, de croyance ou d’opinion.

Le message d’amour de Jésus, notamment vis-à-vis des plus petits et de ceux qui souffrent, constitue notre fondement éthique :

 « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi. »

Comme je le disais, nous menons notre action dans la prière, et nous voulons le faire ensemble, entre chrétiens de différentes confessions. Au sein de l’ACAT catholiques, orthodoxes, protestants ont dépassé leurs luttes anciennes et travaillent ensemble au coude à coude. Ils considèrent en effet que leurs différences sont plus un enrichissement qu’un obstacle à leur action.

 « Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ? Et le roi leur répondra : En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! » (Mt 25.35-40 TOB).

 Vous est-il possible de savoir quels sont les résultats de vos actions ?

Laissez-moi d’abord vous dire que agir est efficace ! Certes, la torture se pratique encore couramment dans près de la moitié des pays du monde. Mais les milliers de lettres envoyées chaque année, les pressions incessantes sur les gouvernements, la sensibilisation et la mobilisation des opinions publiques produisent des résultats.

Des hommes sont libérés. Des dictatures voient leurs comportements dénoncés devant l’opinion publique mondiale. Le droit international progresse. Chacune de ces victoires sur la mort et la douleur est le résultat d’un travail collectif. Elles s’obtiennent par la conjugaison des efforts des individus, des associations et des responsables qui, partout dans le monde, oeuvrent à la promotion des droits de l’homme. C’est à cela que nous voulons participer.

Concrètement, ce sont environ 150 personnes qui sont libérées chaque année suite aux 100.000 lettres envoyées par nos adhérents ou à des interventions directes de l’ACAT, aux côtés d’autres associations. Mais ce sont aussi des condamnés à mort dont la peine a été commuée ; des personnes qui étaient torturées et qui ne sont plus livrées aux bourreaux ; des prisonniers détenus au secret, sans jugement qui ont pu bénéficier d’un procès ; d’autres privés de soins, de nourriture… ont vu leurs conditions de détention s’améliorer ; d’autres encore, alors qu’ils étaient condamnés à de longues peines ont vu la durée de leur détention réduite grâce à ces courriers et à l’ensemble de nos actions.

Des membres de l’ACAT-France soutiennent aussi moralement quelques 200 prisonniers (dont une centaine de condamnés à mort aux USA) par leur correspondance. Ces lettres leur apportent un indispensable soutien moral. Bien souvent, elles sont leur principale source d’espoir. Elles les aident à survivre. De plus, les prisonniers en faveur desquels nous intervenons apprennent tôt ou tard l’existence d’un mouvement international en leur faveur. C’est pour eux une irremplaçable aide psychologique.

L’ACAT-France soutient aussi des associations qui travaillent pour le respect des droits de l’homme dans les pays qui pratiquent la torture, protège leurs membres, entretient leur courage et appuie leurs efforts pour l’avènement de véritables démocraties.

Dans notre pays, nous apportons aussi une aide juridique à des demandeurs d’asile. Ceci permet, chaque année, à une trentaine d’entre eux, de bénéficier d’un statut de réfugié. Ils échappent ainsi aux risques de torture ou de persécution qui les ont poussés à fuir leur pays.

Par ailleurs, les actions répétées en direction de nos propres gouvernements contraignent de plus en plus ceux-ci à faire état de nos exigences en matière de droits de l’homme à l’occasion des rencontres internationales (sommets, relations bilatérales…). L’impunité dont bénéficiaient les bourreaux commence à reculer. La Cour Pénale Internationale (CPI) commence à fonctionner. Des tribunaux spécifiques chargés de juger des criminels de guerre ont été constitués (Rwanda, ex-Yougoslavie). Tous ces progrès sont fragiles, éphémères, et peuvent être remis en cause.

Un seul homme qui échappe à ses bourreaux suffit à justifier tous nos efforts !

Propos recueillis par Pierre de MAREÜIL


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: Le coffret «Chercher. Et trouver»

Préambule: Un outil pour faire connaître Jésus autour de nous

Texte:

C’est donc dans le cadre de l’ que Agapé France, la Société Biblique Française et la Ligue pour la Lecture de la Bible se sont réunis pour éditer un coffret comprenant une vidéo, un nouveau testament et un livre.

 Voici comment ces trois organismes se sont répartis les rôles :

Agapé France propose le film Jésus : tourné en Israël par la Warner Bros, basé sur le script de l’évangile de Luc, il vous montre en 90 minutes toute la vie de Jésus, sans fioritures ni romance.

Jésus a eu sur l’histoire de l’humanité un impact plus considérable que celui d’aucun autre être humain.

Sa personnalité était hors du commun : les foules se pressaient sur son passage pour l’écouter enseigner et assister à ses miracles.

Son message était puissant : des milliers de personnes l’ont suivi. Certains ont tout abandonné pour le suivre.

Son message était unique : il affirmait être le Fils de Dieu.

Ce film est l’histoire d’un homme qui a ébranlé les autorités de son époque et qui pouvait inspirer aux uns loyauté et dévotion, jalousie et haine à d’autres. C’est l’histoire de l’homme qui bouleverse l’histoire des hommes et qui donne un sens profond à la vie de quiconque ose le suivre.

Ce film est un drame plein de surprises, avec un dénouement inouï.

Voici le film le plus traduit et regardé au monde.

 

La Société Biblique Française propose le Nouveau Testament : la version “Parole de Vie” utilise des mots simples, ceux du langage de tous les jours. Respectueuse des textes originaux, cette traduction en « français fondamental » a été contrôlée par des spécialistes et approuvée par les principales églises chrétiennes.

 “Parole de Vie” est tout indiquée pour découvrir la saveur et l’actualité de la Bible.

La Ligue pour la Lecture de la Bible propose la brochure “Voici l’homme Jésus” : Qui était cet inconnu célèbre ? Comment en savoir plus sur l’homme et son message ? Peut-on se fier aux témoignages de l’époque ? Pourquoi le message de Jésus transcende-t-il les siècles ? Se peut-il que lire la Bible change la vie et le monde ?

Avec ses images du film, ses nombreuses illustrations, voilà quelques questions auxquelles ce livre tente de répondre. Et peut-être aussi les réponses à des questions plus existentielles.

 Comment utiliser le coffret ?

Cet outil proposé pour une somme assez modique (de 4 à 10 € selon la quantité commandée) ne demande ni d’être un évangéliste affermi, ni d’être mu d’un courage sans égal pour l’utiliser. En effet, quoi de plus facile que de faire un cadeau à quelqu’un ? Il faut d’ailleurs ajouter que sa présentation le rend tout à fait attractif et en fait un beau cadeau…

Il est utilisable dans différents contextes, que ce soit individuellement ou pour un projet de plus grande envergure pour une Église. Dans ce dernier cas, Agapé France propose de piloter des projets appelés « Semer l’Évangile » qui prévoient des pistes d’organisation, des aides à la formation ainsi qu’un ensemble de matériel permettant une distribution large et intelligente (qui évite le gaspillage) de ce coffret dans votre ville… parlez-en à vos responsables d’Église et contactez Agapé pour plus de détails !

Avec ce coffret « Chercher. Et trouver » tous les prétextes sont bons pour faire connaître Jésus autour de nous pendant cette année de la Bible : anniversaires, fêtes, témoignages d’amitié…. Voilà un bon objectif pour chacun d’entre nous…

Fiche préparée par Pierre de MAREÜIL À l’aide de renseignements fournis par Agapé France


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: L’aide à domicile La Maraude à Beauvais

Préambule:

Texte:

Voilà que depuis janvier 2003, l’aide à domicile touche aussi les “sans domicile”, les exclus qui vivent dehors, été comme hiver, à la recherche chaque jour d’un coin où passer la nuit. Certes, Xavier Emmanuelli a créé le 115, appel téléphonique gratuit où toute personne sans domicile peut recevoir immédiatement une orientation vers un lieu d’accueil qui l’hébergera. Mais, parmi les exclus, il en est qui n’ont même plus le ressort nécessaire pour téléphoner, tant ils sont déstructurés intérieurement ; ils s’estiment incapables d’envisager le retour vers la société. Ce sont eux qui défraient la chronique lorsque l’un d’eux, souvent une femme, meurt de froid sur les trottoirs de nos villes.

Françoise LIENARD, directrice adjointe du Centre d’Accueil de l’ABEJ nous raconte : A Beauvais, la DDASS (Action sociale départementale) vient de charger notre centre d’hébergement et de réinsertion sociale de fonder un SAMU SOCIAL pour s’occuper de ces personnes qui sont en danger de mort dès que l’hiver se fait trop rigoureux et aussi quand, touchées par une maladie, celle-ci s’aggrave à cause des conditions de vie et de l’absence de soins. .Au lieu d’attendre que les personnes viennent à nous, nous avons relevé le défi de l’administration en allant vers ces personnes démunies.

 

Une équipe, composée d’un homme et d’une femme, sillonne la ville à bord d’une camionnette, chaque soir de 20 heures à minuit : c’est la maraude. Mot dangereux s’il en est, parce que s’il évoquait dans le passé le vol de fruits, légumes et volailles dans les fermes, ce n’est sûrement pas de cela qu’il s’agit ! Dans son emploi moderne, on parle d’un taxi en maraude qui circule à vide, lentement, à la recherche d’un client, dit le dictionnaire. N’hésitons pas à retenir cette seconde acception puisque aussi bien il faut circuler lentement à travers la ville pour découvrir les personnes en danger pour elles-mêmes, si elles persistent à passer la nuit dehors.

 L’ETINCELLE

Pour bien comprendre l’état d’esprit de ces personnes, il faut savoir qu’elles sont de toutes origines sociales et qu’elles ont, semble-t-il, dépassé le point de retour à la vie normale. Ayant perdu emploi, logement et bien souvent aussi leur conjoint, elles ont totalement perdu confiance en elles-mêmes et ont atteint le fin fond du désespoir, de sorte qu’il leur paraît tout à fait inutile de se battre pour une amélioration quelconque de leur état.

 

La “Maraude”, c’est donc le nom de cette action en direction des plus démunis, qui permet d’aller vers ces exclus, hommes et femmes et, chaque fois, il faut une lutte âpre contre le désespoir qui les pousse à penser que plus rien ne vaut la peine. C’est donc un patient travail d’approche, de relations pour faire naître la confiance, afin d’avoir quelque chance de voir acceptée la proposition d’abri ou d’hébergement. Mais c’est rarement qu’on réussit dès le premier contact ; en proposant une boisson chaude, une couverture, on engage le dialogue. Il s’agit d’ « apprivoiser » la personne, disait Xavier Emmanuelli, et créer les conditions de confiance qui déclencheront peut-être l’étincelle qui rendra à la personne le désir de revenir vers la société

Pour cela, plusieurs passages sont nécessaires et chaque fois, on reprend le dialogue qu’on recommence d’ailleurs souvent à zéro. “Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage” ; dans cette action, ce vieil adage prend toute sa valeur !

 

Faire naître le désir de se réinsérer dans la société n’est donc pas chose facile. Il faut que l’équipe prouve sa compétence en offrant des solutions immédiates à des problèmes du moment ; ils serviront de gages donnés à la personne, qu’elle peut faire confiance à l’équipe, au-delà de ce mauvais passage, en acceptant le projet de réinsertion qui lui est présenté.

 

En voici un exemple : Ce soir-là, l’équipe du SAMU SOCIAL est allée à la rencontre d’une jeune femme qui est dans la rue depuis quelque temps, éloignée de tout contact. Très vite, les travailleurs sociaux se rendent compte qu’elle a une jambe plâtrée mais qu’elle ne dispose d’aucun soin adapté au port de ce plâtre.

 

Après lui avoir offert un potage, l’équipe engage le dialogue et réussit à établir une mise en confiance certaine sur laquelle elle peut construire. Les palabres terminées, la jeune femme accepte d’être accompagnée aux “Urgences” de l’hôpital de Beauvais. Là, elle reçoit les soins nécessaires et on la fait bénéficier d’un séjour de trois semaines en maison de repos. Notre Centre d’accueil “Le Chemin” s’engage alors à la prendre en charge à sa sortie pour commencer un réel travail de réinsertion sociale.

 

Cet exemple nous montre bien qu’il ne faut surtout pas se décourager ; car c’est ainsi qu’en offrant “des relations nouvelles et des recommencements possibles”, comme le dit la Charte de l’ABEJ, on parvient à “sauver” un frère ou une soeur en humanité.

 

Lisez, faites lire ces pages sur l’ABEJ aux JEUNES qui vous entourent, vous participerez ainsi à l’éveil de vocations de travailleurs sociaux engagés sur le plan de la foi, dont nous aurons de plus en plus besoin, vu le vieillissement de la population.

ABEJ


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: Versailles Le Chesnay Un miracle à vivre en permanence

Préambule: Interview d'Emmanuel Bujiriri, son pasteur.

Texte: Je crois que les débuts de votre Église ont été difficiles ?

L’Église a été créée en 1978 par le missionnaire brésilien Paul Soria. Après un début difficile, l’église a vécu ce que ce pasteur appelle dans ses rapports : « l’histoire d’un miracle ». En 1986, l’Église compte 56 membres inscrits, mais c’est une centaine de personnes qui se retrouvent à l’église tous les dimanches matin. Le départ du premier pasteur entraîne la défection de certains membres de l’Église. La fréquentation au culte baisse (environ 50 personnes), cependant le nombre des membres inscrits varie entre 40 et 50 personnes. En 1998, la situation se dégrade. Des mécontentements sont exprimés, l’Église se divise, certains membres préfèrent démissionner, des amis prennent du recul…

Le nouveau couple pastoral arrive en janvier 2001. Le terrain est balisé par tout un travail de médiation initié et mené par la FEEB. Mais il faut encore conduire l’Église à faire le deuil du passé, à replacer sa confiance en Dieu et à vivre en tant que communauté chrétienne.

 Comment garde-t-on l’espérance dans ces conditions ?

Comme le psalmiste, nous disions : « je lève les yeux vers les montagnes ; d’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Éternel qui a fait les cieux et la terre ». Et, à Jésus de confirmer la réponse : « … et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort n’aura pas de force contre elle ».

Le Seigneur est Tout Puissant. Il ne laissera pas tomber son œuvre. Et nous étions convaincus que dans sa toute puissance il n’avait besoin de personne pour agir. Mais notre encouragement était de savoir qu’il avait choisi d’agir avec nous !

 Et aujourd’hui ?

Nous sommes encore une toute petite communauté de 31 membres inscrits avec la participation au culte d’une moyenne de 22 adultes, 6 adolescents et 15 enfants. Mais il y a aussi, à Versailles et à Villepreux, deux groupes de maisons rassemblant 5 à 7 personnes, un groupe de jeunes et une école du dimanche pour enfants.

Malgré notre petit nombre, nous avons de bons prédicateurs et un bon groupe de louange avec une musique de qualité… Nous avons tout pour grandir mais nous restons petits ! En cela, nous avons besoin des prières et du soutien d’autres Églises comme celle d’Angers avec laquelle nous collaborons depuis le début de mon ministère et celle de l’Église roumaine à Paris, avec laquelle nous venons de commencer un partenariat.

 Rencontrez-vous aussi les autres Églises autour de vous ?

Oui, nous avons une bonne collaboration avec les autres Églises évangéliques de la région. Nous avons partagé des soirées de louange ensemble, et les jeunes de notre Église participent à certaines activités organisées par les Églises de la région. Les pasteurs des Églises évangéliques indépendantes, des Églises réformées évangéliques, des Églises pentecôtistes, l’Église nazaréenne et notre Église se retrouvent dans la pastorale Yvelines Sud. Nous prions ensemble et pouvons nous encourager mutuellement dans notre ministère. Dans le cadre de l’année de la Bible nous organisons ensemble un concert avec la participation d’une grande chorale new-yorkaise le dimanche 16 mars. À cela s’ajoute aussi la participation à des rencontres œcuméniques entre protestants et catholiques.

Dans la ville, nous organisons de temps en temps des soirées culturelles et des concerts avec le concours occasionnel de la mairie. Les nouvelles de l’Église paraissent aussi dans « Événements », le mensuel de la municipalité du Chesnay.

 Quels sont vos projets maintenant ?

Pendant 25 ans, nous avons bénéficié d’une salle municipale, ce qui a permis le développement de l’Église et sa présence dans la ville. Malgré les difficultés qu’elle a connues, sa taille actuelle et ce qu’elle doit affronter pour se développer, nous pensons à l’implantation et la croissance de l’Église au sein d’une ville précise par l’acquisition d’une salle. Lors de notre assemblée générale ordinaire du 16 février 2003, nous avons décidé de cibler une ville pour sa proximité avec les membres de notre Église et son besoin d’évangélisation et d’y axer notre action d’évangélisation.

 Qu’est-ce qui pourrait vous encourager ?

Nous avons amorcé la prospection et nous vous invitons à nous rejoindre dans la prière et la foi. Nous avons besoin, pour la réalisation de ce projet, du soutien spirituel et pourquoi pas matériel des uns et des autres (je pense aux Églises mais aussi aux individus).

Nous vous invitons aussi à prier pour un réveil dans notre Église afin que nous ne restions pas seulement une Église de consommateurs, mais que tous retrouvent leur place au sein du corps de Christ. Nous voulons que Dieu accorde le don de discernement à nos responsables afin que les compétences et les dons de chacun soient identifiés et que le Seigneur nous permette de faciliter leur utilisation pour l’édification mutuelle et la croissance de son Église.

L’année dernière l’Église a été secouée par une vague de maladies qui a frappé quatre fidèles actifs dont trois sont encore en convalescence, et notre prière est de les voir tous en pleine santé pour témoigner des merveilles qu’ils ont vécues avec le Seigneur.

 Pouvons-nous venir vous voir ?

Mais oui, venez nous rencontrer ! Il y a de la joie, de la convivialité et de la fraternité qui vous encourageront. Nous serons aussi encouragés par votre présence, votre témoignage, votre sourire ; nous en avons tellement besoin.

Propos recueillis par Brigitte GOMA MABIKA


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: L’accompagnement spirituel

Préambule: « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. » Cette Parole du créateur (Genèse 2.18) n’exprime pas seulement le bien-fondé du couple. Elle dit aussi la nécessité pour tout être humain de vivre en relation avec d’autres. Nous en avons besoin pour vivre. C’est tout à la fois le témoignage de notre richesse et de notre fragilité. Les chrétiens, pasteurs y compris, n’échappent pas à cette règle. C’est sans doute la raison pour laquelle Dieu a donné à ses enfants le privilège de la famille chrétienne. Encore faut-il donner à la communion fraternelle toutes ses possibilités. L’accompagnement spirituel en fait partie.

Texte:

avril03


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: L’accompagnement spirituel

Préambule:

Texte:

Il arrive que des pratiques très anciennes doivent, dans certains milieux, être remises au jour après avoir été oubliées. Nous pouvons, sans crainte de nous tromper, constater que c’est effectivement le cas de l’accompagnement spirituel.

Il s’agit d’une pratique qui, sous des formes et des noms divers, a toujours existé dans les Églises. On a longtemps parlé de « direction spirituelle », voire de « paternité spirituelle », surtout dans l’Église catholique, et les protestants ont assez vivement pris leurs distances d’avec ce qui leur apparaissait comme une prise de pouvoir sur la conscience d’une personne. Réagissant contre ce qui a pu donner effectivement lieu à des excès, nous avons sans doute  « jeté le bébé avec l’eau du bain ».

On peut cependant remarquer qu’en bien des lieux, les milieux évangéliques et le protestantisme en général s’intéressent à nouveau à cette question. Des livres sortent, des sessions de formation existent et si, en France, nous nous servons la plupart du temps du terme d’accompagnement, les évangéliques anglo-saxons n’hésitent pas à parler de direction spirituelle pour dire la même chose.

 De quoi s’agit-il ?

Il s’agit au fond d’une réalité assez simple : la prise de conscience du besoin que nous avons les uns des autres dans notre marche avec Dieu. Bien sûr, nous lisons la Bible, participons au culte, entendons des prédications et des études bibliques et nous en recevons bien des choses. Mais ne nous arrive-t-il pas de ressentir la nécessité de quelque chose de plus précis ? N’ai-je pas besoin d’une écoute qui soit attentive à mes questions et à mes fardeaux, d’une parole qui s’adresse à moi dans la spécificité de ma situation ? Il y a bien des choses qui ne se transmettent que de personne à personne. Il arrive souvent que nous recevions, sans l’avoir attendu, une aide, un encouragement de quelqu’un qui ne pensait pas nous aider. Dieu peut se servir de mille moyens involontaires pour nous faire avancer. Mais il trouve, dans cette petite partie de sa création que sont les protestants français, des blocages tout particuliers. Nous sommes d’abord des individualistes forcenés. Comme si tout se jouait entre Dieu et moi, dans une glorieuse rencontre solitaire. Nous disons souvent, pour accompagner le cheminement spirituel des chrétiens : lis ta Bible et prie ! On ne saurait mieux dire et ces deux disciplines sont aussi saines qu’indispensables, mais elles soulèvent bien des problèmes. Il faut reconnaître que cette situation convient peut-être à de fortes personnalités qui trouvent ainsi (oh combien !) toute liberté de s’épanouir. Mais pour les gens « normaux » qui auraient besoin d’aide, de soutien, il peut y avoir un manque véritable et il est tentant de s’installer alors dans une médiocrité bienheureuse ou souffrante. Alors que l’attente était là et qu’il aurait suffi de peu de choses…

 Une si longue tradition

Le christianisme a pratiqué l’accompagnement depuis toujours. Certaines lettres de Paul sont des lettres d’accompagnement spirituel (on pourrait même parler de direction) adressées à tel ou tel de ceux qu’il a formés

Plus tard, les chrétiens venaient de loin rencontrer les pères du désert pour recevoir d’eux une parole vivifiante et nourrissante. Et depuis, que ce soit parmi les moines ou plus largement dans l’Église, cette pratique a continué.

L’époque de la Réforme a été, dans ce domaine, riche tant du côté protestant que du côté catholique. Un des éléments essentiels du mouvement réformateur a été l’accent mis sur le fait que tout chrétien était appelé, selon sa vocation, à vivre la plénitude de la vie chrétienne. On n’est pas seulement fidèle à l’appel de Dieu en devenant religieux, mais en vivant pleinement l’Évangile dans la condition qui est la nôtre. Etre accompagné spirituellement devient alors d’autant plus important que l’on est sorti de l’image classique de la fidélité monastique. Les protestants connaissent donc, à leur manière, la direction et on a pu écrire un livre sur « Calvin, directeur d’âmes1 », mais la Réforme catholique va connaître une immense richesse en la matière. Il suffit de mentionner les deux grands courants spirituels qui ont dominé l’époque, la réforme du Carmel d’une part, avec Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, et les jésuites fondés par cet étonnant pédagogue que fut Ignace de Loyola dont les « exercices spirituels » ont pour but le discernement de la volonté de Dieu. François de Sales, à la même époque, a été un directeur spirituel plein d’attention et de sensibilité.

Du côté protestant, ce sont les réveils qui ont toujours remis en valeur cette dimension. Le piétisme allemand comme le réveil méthodiste ont compris l’importance des petits groupes de partage. C’est que tout réveil s’accompagne du désir intense de beaucoup de vivre en communion avec Dieu. Il faut alors prendre en compte la réalité du vécu de chacun et ne plus se contenter de ce qui est universellement vrai, mais parfois difficilement applicable.

 L’écoute et la parole

Pour accompagner, il faut d’abord apprendre à se taire et à écouter. C’est peut-être cela qui rend cet exercice si rare en nos milieux… Il faut écouter car beaucoup sont découragés et écrasés par les fardeaux qu’ils portent, les questions ou les doutes qui les travaillent, sans pouvoir les partager. Écouter avec amour, c’est déjà aider, permettre à l’autre de se dire et, par là, de prendre peut-être conscience de bien des choses. Mais il arrive un moment, où accompagner, c’est aussi parler, répondre à la parole entendue et reçue. Nous sommes là dans l’ordre de l’échange. L’accompagné comme l’accompagnateur sont ensemble à l’écoute de Dieu, et l’accompagnateur est là pour aider et non pour être un intermédiaire entre Dieu et la personne. Les paroles qu’il apportera ne seront donc que proposées. Elles n’auront pas d’autre poids que celui que l’accompagné leur reconnaîtra car elle ne sont pas l’expression d’une autorité, mais le fruit d’une écoute de l’autre et de Dieu et de l’écho que cela a suscité dans le cœur.

On comprend aisément que les dangers sont nombreux. Celui, d’abord, de parler trop vite et de plaquer sur l’interlocuteur tel verset biblique ou telle solution toute faite qu’il n’est pas prêt à recevoir. Le conseil peut être judicieux, il n’en est pas moins inutile, car inadapté ou prématuré. La tentation est grande, et c’est peut-être le danger principal, d’exercer un pouvoir sur l’autre, de devenir un « maître » ou un « père » (Mt 23.8-12) et d’oublier que nous ne sommes que frères et compagnons de route. Cela va souvent de paire avec l’oubli des différences de nos cheminements. Ce qui a été vrai et bon pour moi, ne l’est pas nécessairement pour toi, car nous ne sommes pas identiques. Encore faut-il comprendre et percevoir la diversité des chemins.

 Comment pratiquer ?

L’accompagnement spontané vient simplement du souci de l’autre et de l’amitié. Il est fait de partage, d’écoute et d’encouragement. Et heureuse est la communauté où il existe tout naturellement. Il est des gens vers qui les autres se tournent naturellement pour demander conseil. Certains peuvent ainsi exercer dans l’Église un véritable ministère. C’est bien sûr le rôle normal des pasteurs. Mais tous ne sont pas motivés de la même manière et un seul pasteur ne suffirait sans doute pas à la tâche dans une Église d’une certaine importance. D’autres pourront accompagner, mais il sera important d’être attentif aux personnes qui souhaiteraient le faire. Ont-elles déjà eu l’occasion de le faire spontanément ? Il est bon qu’elles aient une certaine expérience, une maturité spirituelle et humaine ainsi qu’une base biblique et théologique assez solides. Et peut-être profiteraient-elles d’une formation qui les aide dans ce service.

L’accompagnement spirituel repose sur la prise au sérieux de chaque chrétien et de l’appel qu’il a reçu à vivre en communion avec Dieu. Accompagner, c’est prendre soin de chacun et tout particulièrement de ceux qui en ressentent le besoin. Certains resteront sans doute étrangers à ces possibilités offertes, mais il ne faudrait pas que d’autres abandonnent la route ou quittent l’Église pour n’avoir pas trouvé d’oreille attentive et pour avoir en vain cherché aides et conseils alors qu’ils étaient dans le besoin. Il en est Un qui nous accompagne sur nos chemins, mais il nous est souvent utile qu’un frère ou une sœur soient également là pour nous manifester que nous faisons bien partie d’un corps, le Corps du Christ. 1 Jean-Daniel Benoît, Calvin directeur d’âmes, Strasbourg, éd. Oberlin, 1947.

Louis SCHWEITZER


Numéro Journal: 53

Date: 2003-04-02

Titre: Il y a aussi des pasteurs qui souffrent

Préambule: Les pasteurs ont eux aussi besoin, parfois, d’être accompagnés. Quand le ministère devient trop lourd à vivre… Dans les Alpes de Haute Provence, Entrepierres est un lieu de ressourcement qui leur est réservé. Entretien avec Jonathan Ward, pasteur et psychothérapeute, responsable de ce centre d’accueil.

Texte

Pouvez-vous nous présenter le centre d’Entrepierres, son objectif et son équipe ?

Après une période de service intense, Jésus dit à ses disciples : « Venez à l’écart dans un lieu isolé, et reposez-vous un peu. » (Mc 6.31). Aujourd'hui encore, cette invitation s'adresse à ceux qui sont au service du Maître car le besoin de repos est toujours d'actualité

Pour les pasteurs et les missionnaires, Entrepierres est un lieu qui peut répondre à ce besoin.

De plus, ceux qui sont engagés sur le « front » ont parfois besoin d'un lieu de soin et de restauration où ils peuvent prendre du recul et être écoutés. Entrepierres est là aussi pour eux. En effet, il y a des moments où les serviteurs de Dieu sont confrontés à des difficultés dans leur service. Semer dans une terre aride est un défi qui peut engendrer des sentiments de solitude, de découragement, de culpabilité, d'épuisement, voire de dépression.

Entrepierres est situé en Haute Provence, près de Sisteron, dans un cadre tranquille et retiré.

Plusieurs gîtes sont équipés pour recevoir les serviteurs de Dieu. L'œuvre est gérée par une association loi 1901 à but non lucratif et à caractère interdénominationnel. Elle est appuyée par un Comité de Référence inter Églises.

L'équipe, qui comprend actuellement quatre couples bénévoles, est composée de permanents et d'associés expérimentés (pasteurs, psychothérapeutes, médecins). Cependant, Entrepierres n'est pas un centre médicalisé. Il n'offre ni accompagnement psychiatrique, ni suivi à long terme.

 Pourquoi avoir créé un centre réservé exclusivement aux pasteurs et aux missionnaires ?

Le serviteur de Dieu doit gérer un rôle parfois difficile et un mode de vie particulier (manque de résultats visibles, exposition aux regards et aux critiques, attentes parfois démesurées, solitude…). Il ou elle a besoin de s'échapper et de trouver une oreille attentive, mais pas n'importe laquelle, car sa fonction l'empêche souvent de se confier à quelqu'un de son entourage. Entrepierres répond à ce besoin d'écoute et de partage dans la neutralité et la confidentialité.

Les pasteurs et les missionnaires ont également besoin de détente et de repos. Beaucoup négligent leurs congés, au péril de leur santé et de leur vie de famille ! Cependant, ils n’ont pas toujours les moyens d'aller quelque part

Pour cette raison, la participation aux frais de séjour est laissée à la libre appréciation de chacun. Nous nous offrons ainsi le plaisir d'accueillir des personnes sans les contraintes habituelles d'une location de gîte en Provence.

 Pensez-vous que les pasteurs d’aujourd’hui souffrent plus qu’autrefois ?

Oui, certainement. Notre société met toujours plus l'accent sur la production et le rendement. Ainsi dans l'Église, il est tentant de mesurer le succès du serviteur en fonction des résultats, ce qui met une pression énorme sur ses épaules.

Une autre difficulté provient du nombre croissant de personnes dans les Églises qui sont issues de familles éclatées. Cela augmente inévitablement la charge du pasteur qui, plus que jamais, est amené à panser les plaies des âmes blessées. Certains voudraient même faire de leur pasteur leur « psy », ce qui n'est ni sa fonction ni sa formation.

Il y a forcément aussi une augmentation du nombre de pasteurs issus eux-mêmes de familles éclatées ou d'un passé douloureux (abandon, rejet, abus). Il en résulte qu'un plus grand nombre est en souffrance.

 D’une façon générale, comment se traduit la souffrance des pasteurs ?

Le problème le plus courant est celui de l'épuisement émotionnel ; on définit cela comme une fatigue chronique et nerveuse qui s'installe lorsqu'une personne assume un rôle ou un travail centré sur les besoins des autres, ou lorsqu'elle est dévouée à une cause qui ne produit pas le résultat attendu. On peut comprendre pourquoi cela atteint les pasteurs. D'ailleurs, les plus dévoués en sont souvent les plus grandes victimes. Les conséquences sont parfois dramatiques : désillusion, dépression, culpabilité, remise en cause de son appel, sans parler de problèmes de santé, tensions dans le couple et révolte chez les enfants.

Pour aider quelqu'un dans cet état, nous allons l'amener à examiner les facteurs qui l'auront provoqué : attentes irréalistes, perfectionnisme, surmenage, sentiment d'incompétence, besoin de se prouver, manque de repos, mauvaise gestion de son temps, manque d'équilibre entre les besoins de sa famille et ceux du ministère…

Ce qui est au centre de notre pratique c'est d'aider la personne à retrouver le sens de son appel et d'être à nouveau en mesure d'y répondre.

 Pensez-vous que les différents instituts de formation préparent bien les futurs pasteurs aux difficultés qu’ils rencontreront dans leur ministère ?

Les formations pastorales mettent généralement l'accent sur le savoir et le savoir-faire, mais négligent souvent le « savoir être ». Le premier est le plus facile à transmettre et les instituts de formation le font bien

Pour le deuxième, c'est la théologie pratique qui s'en charge, mais elle néglige parfois le besoin d'une meilleure connaissance des personnes sur le plan psychologique.

Bon nombre de pasteurs croulent sous le poids de cas difficiles qu'ils ont mal cernés (parfois en spiritualisant le problème) ou qui dépassent leurs compétences.

Je ne m'attends pas à ce que les pasteurs sachent résoudre les souffrances psychologiques des gens, mais j'aimerais voir plus de doigté dans leur façon de gérer les relations humaines et de diagnostiquer les problèmes afin qu'ils sachent orienter les personnes vers une aide compétente. De plus, cela permettrait aux pasteurs de mieux reconnaître les personnalités pathologiques dans l'Église avant qu'elles ne fassent trop de dégâts.

Quant au « savoir être », je pense que les instituts de formation ont un rôle à jouer dans ce domaine, tout comme les Églises qui leur envoient des étudiants. La plupart des pasteurs ont une trop faible connaissance d'eux-mêmes : leur fonctionnement, leurs motivations, leur personnalité et leurs dons. Après l'épuisement, la principale raison pour laquelle des pasteurs s'adressent à nous est qu'ils ne se sentent pas à la bonne place, leur poste ne correspondant pas bien à leur personnalité et à leurs dons. Un jeune pasteur a bien résumé le problème en disant : « J'ai naïvement quitté l'institut biblique, diplôme en main, pensant qu'il me suffisait de trouver une Église cherchant un pasteur. J'ignorais que n'importe quel pasteur ne peut pas correspondre à n'importe quelle Église. Faire le bon mariage n'est pas une mince affaire ! »

Pour apporter une aide concrète dans ce domaine, nous offrons à Entrepierres un service qui s'appelle le bilan de compétences pour le service. C'est un profil d'aptitude et de personnalité qui donne à la personne une meilleure connaissance d'elle-même en vue d'une meilleure attribution de poste (ou d'un cahier des charges plus adapté) correspondant à sa personne et à ses dons. Sans être la solution à tout, voilà une aide intéressante que les institutions pourraient intégrer dans leur formation.

 Nous assistons actuellement à une véritable crise de vocations pour le ministère pastoral. Comment expliquez-vous cela ?

Je crois qu’il y a d’abord une crise de leadership dans l'Église locale. On trouve de moins en moins de personnes disponibles. Les Églises devraient susciter des vocations pastorales et encourager les personnes à se former, mais au lieu de cela, elles ont parfois du mal à laisser partir les plus capables d’entre ces personnes.

Ensuite, c’est la perception du ministère pastoral qui est en cause. Quelqu'un a dit : « Être pasteur est la plus belle des vocations et le plus fichu des métiers ! » Il se peut que la génération actuelle perçoive de moins en moins le ministère comme une vocation. Dans ce cas, elle considérera le bas salaire, la charge de travail, et optera pour autre chose.

Enfin, je crois qu’il y a un problème au niveau de la définition même du travail pastoral. On attend d'un pasteur aujourd'hui un niveau de polyvalence que l'on voit rarement ailleurs. La barre serait-elle trop haute ? Eugène Peterson, dans un ouvrage très intéressant (« Les trois angles de la croissance dans le service chrétien »), explique avec force combien les pasteurs se dispersent et se détournent des actes pastoraux essentiels : la prière, la lecture des Écritures et l'accompagnement spirituel.

 Quel message adresseriez-vous aux membres d’Église au sujet de leur pasteur ?

Ayez compassion de lui ! Il est humain et il a ses faiblesses comme tout le monde. Son rôle, ainsi que celui de son conjoint, est plus difficile qu'on ne l'imagine. Certains ne se privent pas de critiquer leur pasteur alors qu'il a surtout besoin d’encouragement. À un pasteur qui osa exprimer son besoin d'encouragement, on répliqua : « Mais tu es payé pour être notre pasteur ! »

Certes, les bergers sont là pour s'occuper de leur troupeau mais les troupeaux négligent souvent les besoins de leur berger. Je pense que la responsabilité est réciproque, car la santé de l'un a un impact important sur la santé de l'autre.

Propos recueillis par Nathalie GUILLET


Numéro Journal: 52

Date: 2003-04-08

Titre: « J’étais étranger »

Préambule: Quelle réflexion apporter dans le débat qui agite nos sociétés en tant que chrétiens ? Comment la Bible et la théologie peuvent-elles interpeller nos convictions ou nos a priori ? Quelle attitude adopter envers ces personnes déracinées et meurtries ? Voila quelques unes des questions abordées dans ce dossier pour nourrir notre réflexion, notre action et nos prières...

Texte:

mars03


Numéro Journal: 51

Date: 2003-04-08

Titre: La Saint Valentin S'aimer, mais comment ?

Préambule: La Saint Valentin est une fête bien sympathique. Cependant, tous les bouquets de roses que l’on offre ce jour-là ne suffisent pas à cacher que le couple du XXIème siècle est un objet fragile. Nul besoin de démontrer qu’il se casse bien plus souvent qu’autrefois. Chrétiens ou non, ils sont nombreux ceux qui se débattent dans les conflits conjugaux et ne savent comment s’en sortir. Bien sûr, chaque couple est unique et ses problèmes le sont aussi. Mais nous vivons tous dans le même siècle et sommes peut-être porteurs, sans le savoir, de certaines « maladies » qui affectent notre conception de la vie à deux. Les articles qui suivent sont écrits en majorité par des psychothérapeutes ou des conseillers conjugaux. Tous sont chrétiens et, au-delà de leur compétence, croient profondément en un Dieu d’amour qui pose sur chacun de nos couples un regard porteur d’avenir et de paix.

Texte:

fevrier03


Numéro Journal: 52

Date: 2003-04-08

Titre: Comment devient-on demandeur d’asile ? Témoignage

Préambule: Quel est le parcours des demandeurs d’asile ? Comment les accueillir ? Quel rôle nos Églises peuvent elles jouer ? Voici quelques pistes de réflexions données au travers d’un témoignage.

Texte:

À la suite de l’occupation d’une église ou plus récemment de l’évacuation du centre de Sangatte, les médias mettent en exergue ceux qu’ils appellent les « sans papiers ». Il ne s’agit pas ici de revenir sur les différentes catégories de personnes, qui vont de l’immigré clandestin au demandeur d’asile, englobées dans cette expression mais il faut en particulier en distinguer les demandeurs d’asile. En effet, qu’il soit arrivé légalement ou non sur notre territoire, le demandeur d’asile n’est pas a priori un sans papiers. Il peut avoir les papiers d’identité de son pays d’origine et doit normalement avoir un document de la préfecture d’accueil l’autorisant temporairement à demeurer sur le sol français. Du fait des médias, ou de la déclaration d’un responsable politique ou simplement du manque d’information claire, la confusion règne dans l’esprit de beaucoup et l’amalgame est trop souvent fait.

Il ne s’agit pas ici non plus de polémiquer avec qui que ce soit mais de présenter ces personnes qui frappent à nos portes et nous demandent dans leur détresse de les accueillir.

Pour ce faire, je propose de vous présenter un exemple concret et bien réel d’une famille que notre Église du Mans a été amenée à accompagner et à héberger. À leur demande, par souci de discrétion et afin de préserver leur intimité les noms de famille dans le récit suivant ont été enlevés.

 Pourquoi fuit-on son pays ?

Comme tous les exilés, cette famille a dû s’enfuir de son pays, de sa culture, quitter parents et amis pour se retrouver dans un pays dont elle ne connaissait ni la langue, ni les usages. C’est après une persécution qui impliquait des pressions morales insoutenables, accompagnée de tortures physiques dont l’aboutissement était probablement la mort, que M. et Mme X ont quitté leur pays du Caucase avec leurs deux enfants en bas âge. La persécution venait du fait que M. X refusait de prendre part au trafic mafieux dans lequel son clan familial était impliqué et aussi de se soumettre, lui et les siens, à leurs pratiques religieuses islamistes.

Pour couronner le tout, il fit la rencontre d’un évangéliste baptiste qui lui annonça la bonne nouvelle de Jésus- Christ et se convertit. Ce fut la goutte d’eau qui faisait déborder le vase ; il savait désormais avec certitude le danger mortel qu’il encourait… Mais sa conversion eut d’autres conséquences plus positives : alors qu’il sombrait dans la dépression, voyant sa femme s’éloigner de lui car elle ne pouvait plus supporter les pressions qui pesaient sur eux, un espoir et une force nouvelle étaient nés en lui et il décida de reprendre sa vie en main et de trouver un moyen de faire vivre sa famille dans la paix. Avec son ami chrétien, ils cherchèrent différentes solutions et il leur apparut que la seule solution pour eux était de fuir et de trouver l’asile dans un autre pays. Dans l’attente, cet ami lui trouva une cachette et organisa leur fuite. Contre une dizaine de milliers d’euros ils obtinrent d’un passeur des visas pour la France et le voyage en voiture jusque dans notre pays.

 Arrivé en France, asile doré ?

Comme la majorité des demandeurs d’asile, ils pouvaient espérer que leur périple touchait à sa fin mais le parcours du combattant était loin d’être terminé. À leur arrivée en France, il leur fallut plusieurs mois avant d’obtenir de la préfecture les papiers nécessaires pour pouvoir déposer leur demande d’asile auprès de l’O.F.P.R.A. Quelques mois plus tard, ils purent commencer à bénéficier d’une allocation dite d’insertion (moins de 300 € par adulte). Je passe sur la constitution du dossier, la rédaction de leurs témoignages, la nécessité de trouver un traducteur.

Plus de six mois après le commencement de la procédure, ils furent enfin convoqués pour un entretien à l’O.F.P.R.A., en région parisienne où ils durent se rendre par leurs propres moyens. L’officier qui les reçut leur témoigna de la sympathie et leur fit comprendre qu’il soutiendrait leur cas, même si la décision ne lui revenait pas, et une première lueur d’espoir apparut dans leur ciel bien sombre.

Pourtant, quelques semaines plus tard, leur demande était rejetée. Il leur restait la possibilité de faire appel auprès de la Commission des Recours. Il leur fut alors recommandé de prendre un avocat bien qu’ils n’aient pas la possibilité de bénéficier de l’aide juridictionnelle. Or, du fait du manque d’une nouvelle version de leur témoignage, ladite commission jugea qu’elle ne pouvait donner suite à leur dossier. Et ils se trouvèrent subitement sous la menace d’une expulsion. Leur seul recours possible était de déposer un dossier de demande d’asile territorial, un type d’asile bien particulier proposé par la loi française mais obtenu par un nombre infime de demandeurs

Près de six mois après cette demande, ils n’ont toujours aucune réponse…

 Une fois toutes les procédures épuisées…

Quelle sera cette réponse ? Si elle est négative, ils seront expulsés du territoire et renvoyés dans leur pays si celui-ci est considéré comme un « pays sûr » ou, au mieux, vers un autre pays de leur choix où ils pourront éventuellement reprendre les procédures si cela leur est accordé.

Peut-être préfèreront-ils rejoindre la précarité de la foule des clandestins et vivre de petits boulots au noir jusqu'à ce que des jours meilleurs se présentent à eux…

Si la réponse est positive, leur calvaire ne sera pas pour autant terminé ; il leur sera donné une autorisation de séjour d’un an renouvelable à condition qu’ils trouvent un emploi. Mais enfin ils pourront librement s’intégrer selon leur désir dans notre société française et vivre en paix ; pourtant, ils resteront des exilés, déracinés et arrachés à leur culture par la cruauté de l’homme. Leurs enfants pourront, eux, continuer à s’épanouir dans ce pays d’accueil….

 Et l’Église dans tout cela ?

Comme je le racontais, des chrétiens de leur pays d’origine ont considéré qu’il était de leur devoir d’aider cette famille à fuir les persécutions dont elle était victime. Qu’en est-il du rôle des chrétiens dans leur pays d’accueil (au moins temporaire) ? Je ne veux pas ici faire de grand développement théologique (un article de ce dossier est consacré à ce sujet) mais peut-être que l’exemple de ce que nous avons vécu autour de cette famille au Mans pourra être d’une quelconque utilité.

Quand cette famille est arrivée au Mans c’est le président de la paroisse orthodoxe, M. Nikitine, qui les a pris en charge, les aidant dans leurs démarches administratives, dans la traduction de leurs témoignages et leur servant d’interprète. Or, lui-même ainsi que son épouse sont engagés dans l’A.C.A.T. et à ce titre, dans la Coordination Sarthoise pour le Droit d’Asile. C’est dans le cadre de l’A.C.A.T. que nous avons rencontré ces amis et qu’ils nous ont parlé de la situation de cette famille. De même, ils les ont encouragés à nous rendre visite et rapidement ils furent accueillis et adoptés par plusieurs membres de l’Église avec lesquels ils passèrent les fêtes de Noël 2001.

Depuis leur arrivée, ils étaient logés à l’hôtel où ils n’avaient pas la possibilité de faire la cuisine. L’Église proposa donc de mettre à leur disposition un petit appartement. On nous encouragea aussi à prendre leur dossier en charge afin de soulager un peu les associations de la Coordination. Suite au rejet de la Commission des Recours, nous avons mis en place un comité de soutien avec l’appui de la Coordination ainsi que de l’ensemble des Églises protestantes, le service de la Pastorale des Migrants du diocèse catholique, et la paroisse orthodoxe. Bel œcuménisme !

Depuis que leur allocation d’un an est terminée, notre A.B.E.J. locale (Association Baptiste pour l’Entraide et la Jeunesse) a décidé de récolter des fonds afin de subvenir à leurs besoins. Il faut ajouter à cet élan de générosité la mobilisation des parents d’élèves et du personnel de l’école des enfants. Or, cette générosité est largement récompensée par ce qu’ils nous apportent et par leur contribution à la vie de notre Église. Et c’est peut-être là une leçon à retenir de cette histoire : c’est en étant généreux que l’on reçoit !

 

Pierre de MAREÜIL


Numéro Journal: 52

Date: 2003-04-08

Titre: Adieu au droit d'asile ?

Préambule: « Ont-ils jamais eu leur famille lapidée ? Ont-ils jamais été chassés de chez eux ? Connaissent-ils la souffrance de l'exil forcé, l’obligation de casser sa vie comme une branche de bois mort ? »Clément Lépidis

Texte:

Oui, elle est déjà cassée la vie de ces hommes ou de ces femmes qui viennent nous voir à notre siége de l'A.C.A.T. (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) : cette Mauritanienne violée qui, après dix ans, recommence seulement à dormir parce qu’elle est en France, cette famille algérienne dont un enfant de cinq ans s'est suicidé par peur d'être égorgé, cet autre Algérien qui a découvert un soir que sept personnes de sa famille venaient d'être égorgées, ces Congolais échappés du massacre du beach, ces Tunisiens torturés et incarcérés par le régime Ben Ali et tant d'autres blancs ou noirs. Ils ont tout abandonné, maison, métier, voiture, argent. En deux heures, certains sont passés d’une aisance enviée au dénuement total, heureux malgré tout d'avoir sauvé leur peau. Ils sont là avec leur angoisse, leur désarroi, leur confiance en nous, l'espoir que nous détenions le sésame qui leur ouvrira la porte du statut. Alors que…

Il est long le parcours du combattant du candidat réfugié

Peut-être est-t-il passé par une zone d'attente, soumis à la pression de la police pour le rembarquer, interrogé par les fonctionnaires du Ministère des Affaires Étrangères (un pré jugement quoi qu'on en dise !), traîné au tribunal de Bobigny pour que le juge décide de son maintien en zone d'attente, ou par chance de sa libération.

Le voilà maintenant à pied d'oeuvre pour commencer les démarches qu'il ne comprend pas bien. D'abord la préfecture pour l'admission au séjour. On lui donnera une convocation pour dans X mois (à Paris 10 mois !) alors que cette formalité devrait être immédiate, période pendant laquelle il n’aura comme seul titre que cette convocation. Enfin il est admis au séjour. Il peut alors saisir I’O.F.P.R.A. (Office de Protection des Réfugiés et Apatrides). Il faudra qu’il rédige un écrit crédible, cohérent et circonstancié accompagné si possible des attestations qu'il peut posséder, que par chance peut-être on ne déclarera pas être des faux ! Et attendre. Attendre d'abord une convocation pour entretien (une fois sur deux), épreuve redoutable dont certains sortent démoralisés ; attendre la décision (cela peut durer deux ans)

Pendant ce temps il ne sera pas autorisé à travailler. À moins d'être admis dans un C.A.D.A. (Centre d'Accueil pour Demandeurs d'Asile) où les places sont rares, il va toucher pendant un an une allocation d'insertion (moins de 300 euros par mois). La souffrance de ne pas pouvoir travailler, les difficultés d'hébergement, la misère : voilà le lot de la plupart.

Enfin l'O.F.P.R.A. a pris une décision. Notre demandeur est reconnu réfugié (moins d'un cas sur cinq). Il va recevoir une carte de résident de dix ans et à Dieu va ! S'il est rejeté, il va falloir aller devant la Commission des recours des réfugiés. Surgit une énorme difficulté. S’il est entré irrégulièrement (c'est le cas le plus fréquent), il ne pourra pas obtenir l'aide juridictionnelle et donc l'assistance gratuite d’un avocat. Il lui faudra alors payer un avocat, ce qui est au-dessus des moyens de la plupart. Or, sans avocat, les chances de succès devant la Commission sont maigres.

La Commission l’admet. Bien. La Commission le rejette. La suite telle que la prévoit la loi peut faire frémir notre demandeur : invitation à quitter le territoire (I.Q.T.F.), arrêt préfectoral de reconduite à la frontière (A.P.R.F.) avec renvoi dans le pays d'origine ; exécution possible. Heureusement tous les A.P.R.F. ne sont pas exécutés (environ un sur cinq). Si c'est le cas, notre demandeur rejoindra la cohorte des sans-papiers.

Vous l'avez compris. Que cela soit voulu ou non, tout est fait pour décourager le demandeur d'asile et l’inviter à aller voir ailleurs (s’il existe un ailleurs, ce qui n'est pas si sûr). À cet aspect terriblement menaçant des dispositions légales s'ajoute l'accueil rébarbatif depuis le visage fermé et parfois méprisant de l'employé de préfecture jusqu'à l'épreuve du séjour en rétention avant reconduite. Rien n'est fait pour atténuer les souffrances de ces étrangers qui souvent ne trouvent personne à qui se confier. Le parcours du combattant est aussi un chemin de croix.

Les projets de réforme du droit de l'asile tels qu'ils sont connus à ce jour (10 janvier) ne sont pas rassurants. Sans entrer dans les détails disons qu'il s'agit d'établir une certaine maîtrise du Ministère de l'Intérieur sur l’O.F.P.R.A. (aujourd'hui sous la tutelle du seul Ministère des Affaires Étrangères) et cela, quoi qu'on en dise, dans un but policier. Si ces projets sont adoptés sera confirmée la tendance lourde de l'érosion du droit d’asile. La protection de ce concept majeur en la matière risque de s'effacer devant le contrôle administratif et policier.

Le droit actuel et le droit à venir ne sont sans doute que la traduction des vœux d'une société qui repliée sur ses biens, son confort et ses peurs ne veut rien savoir du drame que vivent ces gens parmi elle, oublie cette vertu de l'hospitalité connue des Grecs et de la Bible (cf. Genèse 18 et 19), valeur essentielle pour les personnes et les groupes sociaux qui, sans elle, sont menacés d'asphyxie spirituelle

Au fond, c'est très simple. Comme le disait Carl Schmidt, un député social démocrate allemand au moment du vote de la loi fondamentale « Le droit de l'asile est une question de générosité. Il faut accepter de se tromper ». On en est bien loin en Allemagne comme en France : le soupçon a remplacé la confiance, le rejet l'accueil.

 « France prends garde de perdre ton âme »

Pierre COURCELLEA.C.A.T. France


Numéro Journal: 51

Date: 2003-04-08

Titre: Faut-il avoir peur d’être amoureux ?

Préambule: Frédéric et Caroline Marchal travaillent dans l’association Vie&Famille depuis 1992.Face à la déroute de tant de couples aujourd’hui, Frédéric s’interroge. Et si une certaine conception de l’amour, un amour idéalisé, romantique, où seul le cœur décide, expliquait bien des échecs conjugaux ? Cet amour-là, cependant, n’est peut-être ni le plus profond, ni celui auquel nous exhorte l’Évangile.

Texte: « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants… »

La formule est dans nos mémoires, pour avoir conclu bien des contes de notre enfance. Curieusement, l'histoire se refermait toujours sur ce qui n'était au fond qu'un commencement. Comme si seul pouvait avoir un intérêt la rencontre de deux cœurs. La vie du couple serait-elle si banale pour ne pouvoir prétendre être le sujet d'un conte ? À moins qu’il ne soit déraisonnable de la décrire car ce serait prendre le risque de s’enfermer dans l'histoire d'un échec annoncé puisqu’« il ne peut y avoir d'amour heureux ». Que veut dire alors la Parole de Dieu lorsqu'elle déclare : « L'amour est fort comme la mort (…) Les grandes eaux ne peuvent éteindre l'amour et les fleuves ne le submergeront pas » (Ct 8.6, 7) ?

À bien y réfléchir, l'amour reste ce sujet mystérieux à propos duquel on balance toujours entre grandes formules définitives et tâtonnements incertains.

 De quoi souffre le couple aujourd’hui ?

Comment l’amour conjugal peut-il durer ? Notre génération est bien perplexe devant ces questions et même si le désir de voir l'amour durer est toujours aussi tenace, le triste constat de tous les couples qui nous entourent et qui finissent par se séparer nous rappelle à la réalité.

On s'est autant marié en France en 2000 qu'en 1900 (300.000 mariages), mais si un couple sur quarante seulement a divorcé il y a cent ans, un sur trois se séparera parmi ceux qui auront débuté ensemble le 3éme millénaire.

De quelle maladie serait donc atteint le couple contemporain pour ne pas pouvoir mieux survivre au temps que nos grands-parents ? La comparaison entre les générations a certes bien des limites : on se souvient bien sûr que beaucoup de familles ont été déchirées par « la grande guerre » qui a fait des millions de victimes

Par ailleurs nos aïeux n'ont pas connu notre exceptionnelle longévité et ils n’ont donc pas eu, autant que nous, la possibilité de vieillir ensemble.

On peut avancer mille raisons pour tenter d'expliquer la fragilité du couple 2000 : le stress de la vie moderne, le manque de temps, la compétition qui oblige chacun à se surpasser dans son activité professionnelle (et à être donc moins disponible pour son conjoint), l'égoïsme (spécialement masculin), l'individualisme de notre génération…

Les raisons ne manquent pas et sans doute contribuent-elles toutes à la déroute du couple, mais je ne crois pas que la raison fondamentale se trouve dans cette rapide énumération de nos maux.

 Ce qui distingue le plus radicalement le couple 1900 du couple 2000 ce sont les motifs même du mariage.

La révolution a été douce mais le résultat est incontestable : les raisons de l'union conjugale ont considérablement évolué au cours du siècle. Le phénomène a tout d'abord été diffus, discret, pour finalement s'imposer dans les années cinquante : après des années de privation et de séparation, ce qui a poussé les hommes et les femmes à s'unir, ce qui a fait irruption dans la vie des couples et a semé le désordre dans les vies et les cœurs, c'est l'amour !

Le sentiment amoureux est devenu LE motif de mariage de ceux qui veulent unir leurs destinées : « C'est parce que je suis éperdument amoureux de toi, parce que jamais personne n’a aimé comme nous nous aimons, que je t'épouse ». Et c'est précisément parce que l'amour est devenu le fondement du mariage que nos couples sont à ce point fragiles : en effet, si c'est au nom de l'amour que je me marie, devrais-je rester avec celui (ou celle) que j'ai choisi, lorsque cet amour s'en va ? Si l'amour est LA raison de mon union, pourquoi resterais-je si, avec le temps, la passion qui m'animait s'étiole ou si, plus radicalement, mon cœur s'enflamme pour quelqu'un d'autre ?

À cause de cela nos contemporains considèrent de plus en plus la vie affective comme une succession de monogamies, car au fond on n'est plus sûrs de pouvoir durer ensemble. Quant à la séparation, elle n'a plus le caractère d'impossibilité qu'elle avait pour nos parents : « Si on ne s'entend plus, on pourra toujours divorcer » est devenu une formule sur les lèvres de ceux qui veulent quand même s'engager.

Car on attend beaucoup du mariage : être accueilli, aimé, choyé, compris, entouré, cajolé, consolé, écouté… Et si, avec le temps, le contrat n'apporte pas ce que l'on attendait de lui, on pourra tout simplement reprendre sa liberté.

Que le foyer conjugal soit le lieu où l'amour, la paix, la joie d'être ensemble sont recherchés n'a rien d'anormal, mais les difficultés viendront si chacun s'attend plus à recevoir qu'à offrir.

 Le couple peut mourir d'avoir été trop rêvé.

Si j’attends de mon conjoint qu'il me soigne, me répare, me réconcilie avec moi-même et me rende le goût de la vie, la déception sera inévitable car personne, sinon Dieu, ne peut satisfaire de telles exigences. À attendre tout de l'autre, on court le risque de ne jamais vivre un amour mature, où l’on est « sujet » (acteur) et non plus « objet » (recevant l’amour de l’autre) comme c’était le cas lorsqu’on était bébé. Etre aimé, accueilli, cajolé comme maman le faisait alors que je ne pouvais pas exprimer mes besoins, voilà peut être le fantasme inconscient dans lequel je suis encore empêtré. Seule la parole de Dieu, avec sa force et sa sagesse, pourra me montrer un chemin sur lequel le Seigneur me précède. Je pourrai alors marcher à sa suite, humblement, en comptant sur sa grâce pour me régénérer.

 Mais alors pourquoi nos grands-parents se mariaient-ils si ce n'était pas par amour ?

Qu'est-ce qui motivait leur union ? Il y a cent ans on se mariait peu par amour. Le plus souvent, un accord avait été trouvé entre deux familles. Ce sont ceux qui avaient autorité sur les jouvenceaux qui jugeaient bonne telle ou telle union. Le mariage n’était donc pas une affaire de sentiment. La question essentielle était de savoir si elle et lui seraient capables de s'entendre, de se compléter et de faire prospérer ensemble le patrimoine familial. Le mariage était d'abord une recherche de l'intérêt des familles et de l'accord des personnalités.

Le contexte social se prêtait assez bien à cette habitude matrimoniale : les familles vivaient la plupart du temps à proximité les unes des autres et ainsi les jeunes gens, comme leurs aînés avant eux, apprenaient à se connaître dès le plus jeune âge et à « s'éprouver l'un l'autre ».

Dans la France rurale du 19ème siècle où l'on voyageait encore peu, (on pouvait être de parfaits étrangers d'un village à l'autre), où la télévision n'avait pas encore envahi l'univers culturel des foyers, le mariage était encore marqué par la notion de devoir; devoir dû au groupe, devoir de solidarité et devoir de pérennité. Dans ce contexte, il n'était pas rare d'ailleurs que les mariages soient tous simplement « arrangés » par les familles, sans même que l'assentiment des futurs mariés soit recherché. On se mariait plus pour « faire une fin » que pour trouver le bonheur à « l'âge où il était temps de se marier ».

Nos aïeux ont-ils été plus malheureux que nous pour autant ? Peut-être pas. S'unir avec quelqu'un que l'on n'avait pas résolument choisi mais avec lequel on envisageait de passer le reste de sa vie supposait une vraie démarche d'accueil de l'autre, rendue possible par le fait que l'on se connaissait la plupart du temps.

Cette pratique reste encore largement répandue dans le monde. Les marieuses de nos grands-parents, qui nous font sourire aujourd'hui, officient toujours dans de nombreux pays du globe. Faut-il revenir à ces pratiques ? Sûrement pas ! Mais peut-être pouvons nous considérer avec un peu moins de dérision ce qui reste un mode d'emploi conjugal largement utilisé sur la planète.

 Le mariage est comme une soupe…

Les Hindous décrivent à leur manière ce qui distingue leur mariage du nôtre : « Le mariage est comme une soupe. En occident, elle est servie bouillante et elle refroidit. En Inde, elle est servie tiède et elle se réchauffe entre les mains de ceux qui la boivent ».

Pouvons-nous imaginer que l'amour viendra avec le temps ? Assez peu dans notre culture il est vrai ! Mais sans vouloir faire l'apologie d'un système matrimonial qui avait ses limites ou considérer comme sans prix ce merveilleux cadeau que le Père nous a fait d'être amoureux, qu'est-ce qui a tellement changé depuis nos grands-parents ?

La désagrégation du lien social lié à l'exode rural, cet abandon des campagnes (et donc des familles) pour aller investir les villes, a jeté dans l'isolement des générations entières de jeunes gens à marier. Dès lors, si les familles ne se connaissent plus, si je ne sais rien de celui (ou celle) que je rencontre, sur quels fondements pourrai-je construire ma relation avec l'autre, en vertu de quels critères vais-je me décider à l'épouser ?

Mon cœur seul, dès lors, sera mon unique conseiller. C'est lui qui dictera sa loi. Il deviendra le seul capable de me donner le bon conseil car il ne peut pas se tromper, lui seul sait ce qui est bon pour moi !

Mais combien de fois notre cœur se révèle-t-il être un sage conseiller ? L'amour seul aujourd'hui, pardon, le sentiment amoureux, dicte sa loi.

 En réalité, pour pouvoir durer, le mariage doit se souvenir de sa vocation.

Cette vocation, c’est vouloir rendre heureux celui ou celle pour qui je me suis décidé(e). Le mariage n'est rien d'autre qu'une promesse qui a été faite un jour : celle d'être toujours là, d'aimer et de chérir, dans les bons et dans les mauvais jours, dans la prospérité comme dans l'adversité, dans la santé comme dans la maladie. Et peut-être aurons-nous alors le privilège de découvrir ce trésor : « Celui qui aime sa femme s'aime lui-même » (Ep. 5.28).

Et dans toute cette histoire à écrire à deux, qu'il est bon de se souvenir que Jésus lui-même marche avec ceux qui ont été assez fous pour se promettre « amour toujours », car lui seul est le « oui » de toutes les promesses de Dieu (2 Co. 1..20).

Frédéric MARCHAL


Numéro Journal: 50

Date: 2003-04-09

Titre: 2003, Année de la Bible. Chercher. Et trouver !

Préambule: Découvrir et faire découvrir la Bible en 2003 !

Texte: La Bible, un livre méconnu

Le constat est simple, plus de la moitié des Français ne possèdent pas la Bible, près des trois-quarts ne la lisent jamais et seule une toute petite minorité se joint à d’autres personnes pour l’ouvrir (sondage Sofres/La Croix, 23 octobre 2001). Même nos Églises ne sont pas épargnées par ce phénomène d’éloignement de la fréquentation du texte biblique : globalement les gens lisent moins, l’étude de la Bible n’est pas l’activité la plus courue et l’habitude se perd de suivre attentivement avec sa Bible la pertinence des prédications.

 Une collaboration inattendue

Lors d’une rencontre de mise en route (29 novembre 2001), des discussions ont lieu autour du mode de collaboration des Églises et oeuvres, de l’affichage confessionnel de cette action, du degré d’ouverture aux autres confessions chrétiennes, des objectifs à poursuivre, … Mais devant la réalité, tous tombent d’accord pour dire que l’essentiel c’est de permettre à nos contemporains d’entendre parler de Jésus-Christ. Et c’est ainsi que les représentants d’Églises de la Fédération Protestante (FF), de la Fédération Évangélique (FEF), de l’Alliance Évangélique (AEF), des Assemblées de Dieu et de diverses œuvres ont accepté de se donner la main d’association pour lancer une année de la Bible à l’image de ce qui s’est fait en Allemagne en 1992 et est reconduit en 2003 dans plusieurs pays d’Europe occidentale. Les paroisses catholiques ne sont pas écartées du projet bien qu’un accord formel avec l’Église en tant qu’Institution paraisse bien compliqué. En fait, on compte sur les relations locales existantes pour que cette année rassemble le maximum de chrétiens.

 Une structure légère

Par souci d’efficacité et aussi d’ouverture, aucune structure juridique n’est créée mais un comité de pilotage composé de 12 responsables d’origines diverses est mis sur pied pour porter le projet (voir composition ci-après). L’Alliance Biblique Française accepte d’assumer la couverture juridique de l’événement. À partir de là, et selon une méthode éprouvée à d’autres occasions (Pentecôte 2000, par exemple), le Comité se réunit, répartit le travail (communication, relations avec les Églises, catalogues des outils, finances), lance les actions, …

 Un double objectif

L’année de la Bible a pour objectif principal de remettre la Bible au centre de la vie des chrétiens et de montrer à notre peuple que ce livre, fondement de notre culture, apporte aussi un message toujours pertinent.

Pratiquement, cela se passera en deux temps : le premier semestre sera consacré à des événements orientés plutôt vers les Églises locales : groupes bibliques, catéchisme pour adultes largement ouverts à tous ceux qui s’intéressent à la lecture et à l’étude de la Bible, formation à l’évangélisation et au témoignage. Le deuxième semestre verra le lancement d’une vaste campagne nationale sur le thème : « Chercher. Et trouver ! ». Il s’agira d’interpeller nos contemporains sur la pertinence du message biblique aujourd’hui, par voie d’affiches, de publicité dans la presse ou les radios. Cette campagne de communication viendra en appui d’un vaste effort de diffusion de la Bible sous différentes formes : cassettes vidéo, magazines, Bibles complètes, brochure d’aide à la lecture de la Bible. Des outils pour tous les goûts.

Le premier gros travail a été de recenser un peu de tout ce qui pouvait permettre de réaliser ce double objectif et d’en faire un catalogue, une sorte de boîte à idées mis à la disposition des Églises et des œuvres. Sous les rubriques « la Bible, un livre à lire, à voir, à écouter, à vivre, à partager », des dizaines de possibilités sont ainsi recensées et permettent ainsi à chacun de composer son programme. À côté de cela, la réalisation d’un film de sensibilisation, l’ouverture d’un site Internet, l’impression de matériel publicitaire, le calcul de prix promotionnel pour la distribution en grand nombre de Bibles, guides de lectures bibliques, la réalisation d’un dossier de presse, … ont occupé le comité de pilotage.

 Et maintenant à vous de jouer

Cette année est maintenant devant nous tous et ne sera que ce que nous en ferons. En effet, le comité de pilotage n’a pas voulu lui-même organiser de manifestations ou proposer des réalisations clés en main pour cet événement, mais plutôt être un catalyseur, favoriser l’émergence par les Églises locales, les associations, d’initiatives nouvelles, éventuellement créatives afin que les femmes et les hommes de notre génération puissent découvrir la Bible et par elle Jésus-Christ qui les a tant aimé.

Étienne LHERMENAULT


Numéro Journal: 50

Date: 2003-04-09

Titre: La recherche biblique, entre vigilance et discernement

Préambule:

Texte: Éviter un malentendu

Le chrétien qui entend parler de recherche biblique peut déjà pressentir la parenté que ce terme implique avec une démarche de type scientifique. Les expressions synonymes de science biblique ou critique biblique le soulignent de manière plus explicite, éveillant peut-être l’inquiétude du croyant. La confiance et l’obéissance dues à la Parole du Seigneur seraient-elles compatibles avec la critique ?

Le développement de la recherche biblique au cours des deux derniers siècles (19e et 20e) suit l’influence de la modernité sur la pensée occidentale. Celle-ci se défie des croyances fondées sur la tradition ou l’autorité religieuse et réclame un examen objectif pour établir les faits, étayer des hypothèses, élaborer des théories.

Pour éviter un malentendu, il faut souligner d’une part que jamais, même dans la pensée des critiques les plus radicaux, il n’est question de réduire Dieu et la foi à cet examen objectif. D’autre part, les éléments les plus matériels du donné biblique (manuscrits, langue, forme littéraire, histoire) sont l’objet d’une étude raisonnée bien antérieure à l’avènement de la modernité. Le problème crucial que pose la recherche biblique moderne n’est donc pas de savoir s’il y a ou non dans la Bible matière à une recherche de type scientifique, mais bien d’en déterminer les limites et surtout la méthode propre à son objet, pour que l’étude reste compatible avec la démarche de foi que la Parole divine requiert de la part du lecteur.

 Les risques de la critique

Les effets les plus remarqués de la critique biblique depuis le 19e siècle ont été la remise en cause de l’unité de composition des livres bibliques, de leur date de rédaction, de la réalité des faits rapportés, de la cohérence théologique de l’ensemble.

Les coups ainsi portés à la crédibilité du message scripturaire ne sont pas d’intensité égale. L’unité de composition n’est pas un critère indispensable de canonicité à en juger par l’existence dans la Bible de collections évidentes comme le livre des Psaumes ou celui des Proverbes. Une rédaction plus tardive ne diminue pas nécessairement la fiabilité d’un texte

Plus les derniers versets du Deutéronome sont tardifs et plus ils sont pertinents (Dt 34.10-12).

Il est cependant évident, dans la plupart des cas, que le caractère composite prêté au texte mine la cohérence de son propos ou la fiabilité de son rapport. L’hypothèse d’une datation exilique d’une partie d’Ésaïe ou la datation maccabéenne de la fin de Daniel font de ces écrits, explicitement énoncés comme prophéties, des textes rédigés après-coup. Le refus de croire possible une annonce authentique de l’avenir se double du soupçon inéluctable de supercherie : comment nommer autrement la prétention à dire l’avenir une fois qu’il est arrivé ? Quant à dire de faits rapportés qu’ils ne se sont pas produits, alors même que l’auteur biblique les présente comme une démonstration décisive de la puissance de Dieu, voilà qui ne peut être sans incidence sur la foi du lecteur, pour autant qu’il soit honnête !

Tributaire de la modernité, la recherche biblique ne manque pas de subir des effets de la crise qui l’affecte depuis la fin du 20e siècle et que l’on nomme communément post-modernité. La critique biblique, considérée il y a peu comme seule approche scientifique du texte, passage obligé de toute exégèse sérieuse, qu’on ne pourrait éviter sans être taxé d’obscurantisme ou de parti pris fondamentaliste, se voit ramenée à plus de modestie. Existe-t-il seulement une lecture objective ? L’effort laborieux pour circonscrire le sens, récuser les interprétations abusives, paraît illusoire et réducteur face au chatoiement des lectures multiples, au surgissement imprévu des effets de sens. Les jeux rabbiniques sur les consonnes, leur valeur numérique, jadis exemples patents de fantaisie irrecevable, se voient promus au rang de traits distinctifs de l’interprète éclairé : le travail que l’on prétendait sérieux a fait place aux jeux de sens.

N’allons pas imaginer un douloureux retour sur soi, une repentance sincère. Ce serait plutôt le contraire ! La post-modernité, en insinuant le doute sur la recherche de la vérité objective, au lieu de freiner la critique en a plutôt décuplé les possibilités, les énergies, voire l’arrogance. On n’hésite plus à taxer de propagande tendancieuse la version biblique de l’histoire d’Israël (cf. La Bible dévoilée de l’archéologue Israël Finkelstein et du vulgarisateur Neil Asher Silberman). Il y a une dizaine d’années, un bibliste anglais saluait dans les nouvelles tendances de l’étude biblique un mouvement vers une critique à visage découvert, authentiquement critique, formulant explicitement son refus des valeurs véhiculées par le texte.

 Un effort nécessaire

Face à ces développements anciens et récents de la recherche biblique, le chrétien évangélique qui croit à la Parole divine et veut s’y soumettre aurait tort de chercher refuge dans l’ignorance volontaire ou une séparation quasi schizophrénique entre la foi et l’étude objective. C’est par la volonté de Dieu que sa Parole, confiée à ses messagers du passé, a pris une forme accessible à l’étude. Loin d’être un luxe inutile et dangereux, l’étude est l’effort nécessaire du croyant pour discipliner sa pensée et son cœur dans l’écoute du texte. C’est lorsqu’elle cesse d’être cet effort sur soi et sert de prétexte au pouvoir que s’arroge le chercheur sur le texte et contre le texte qu’elle produit les fruits amers que l’on vient de constater. Mais en dépit de ces dévoiements inacceptables, la recherche biblique des derniers siècles a fait progresser de manière importante la connaissance du texte et son interprétation : découverte et comparaison des manuscrits bibliques, connaissance des langues bibliques, des littératures anciennes, découverte de nouveaux documents historiques, étude de la structure du texte, de ses procédés de composition, mise en évidence de fautes de méthode caractéristiques dans l’interprétation des textes. Grâce à Dieu, pour poursuivre nos investigations, nous n’en sommes pas réduits à bénéficier du seul travail accompli par des chercheurs dont l’orientation théologique serait parfaitement adéquate. Vigilance et discernement s’imposent, mais quel aspect de notre vie chrétienne échapperait-il à cette exigence ?

Émile NICOLE Doyen de la Faculté de Théologie Évangélique de Vaux sur Seine


Numéro Journal: 54

Date: 2003-04-30

Titre: Chantez à Dieu de tout votre coeur

Préambule: Chanter à Dieu. Toutes les contributions de ce dossier nous y invitent en exprimant parfois des sensibilités et des points de vue parfois différents. C’était ce que nous souhaitions. La diversité fait partie de nos Églises. Ne fait-elle pas aussi partie de la création voulue par notre Dieu ? Les goûts et les couleurs ne se discutent pas. N’empêche ! Écouter et parler est une des conditions d’une vraie communion fraternelle. Une autre est de chercher ensemble ce que la Parole de Dieu nous enseigne pour s’y conformer. C’est donc par elle que nous commencerons notre voyage ; c’est aussi elle qui l’accompagnera.

Texte:

mai03


Numéro Journal: 54

Date: 2003-04-30

Titre: La musique Perspectives bibliques

Préambule: Qui veut bien interpréter une partition musicale doit apprendre à tenir compte non seulement des notes mais aussi des silences. Ces temps morts que le musicien novice ou inattentif tend à négliger ont aussi leur importance pour donner à l’œuvre son caractère. La notation musicale le confirme en donnant à chaque silence une durée propre correspondant à celle des notes.

Pause, demi-pause, silence, soupir, etc.

Texte: Des silences

En matière de musique, la « partition » biblique se signale par de surprenants silences. Absence de toute disposition musicale dans la loi du Sinaï qui établit avec pourtant force détails les règles de la vie civile et cultuelle d’Israël, les chants ou la musique ne sont prévus ni dans le déroulement des fêtes, ni dans les attributions du personnel du culte. Et dans l’Église apostolique, si les chants (mais jamais la musique instrumentale) sont mentionnés ici ou là, les listes de dons spirituels ou de services, que l’on se plait aujourd’hui à parer du nom pompeux de ministères, n’évoquent jamais de don ou de service musical.

Ces silences, qui tiennent plus de la grande pause que du quart de soupir, sont d’autant plus significatifs que la musique est loin d’être absente de la Bible. Dès le début de la Genèse résonnent les premiers cordes et vents inventés par les descendants de Caïn (Gn 4.21) et les derniers chapitres de l’Apocalypse vibrent encore des cantiques des rachetés au son des   « lyres de Dieu » (Ap 15.2). En plein milieu de la Bible, le personnage central de David, dont les talents musicaux se conjuguent à bien d’autres qualités remarquables, donne à la musique ses lettres de noblesse en introduisant dans le culte une part vocale et instrumentale importante, de qualité professionnelle, et en composant lui-même un ensemble de cantiques qui constitueront le noyau du livre des Psaumes.

 Des nuances

Notes et silences composent ainsi une sorte de symphonie biblique. Ouverture pianissimo, voire un peu trouble et indécise, avec la mention des premiers maîtres luthiers de la lignée maudite

Puis se font entendre quelques refrains joyeux, parfois accompagnés de danses, qui célèbrent la traversée de la mer Rouge (Ex 15) ou la victoire sur l’oppresseur cananéen (Jg 5). Mais ces notes gaies ne parviennent pas à dissiper totalement le trouble initial, il resurgit lorsqu’on voit la même couleur musicale concourir au péché du veau d’or (Ex 32).

Avec David l’œuvre gagne en ampleur et en intensité. Adagio apaisant du jeune prodige qui sait si bien calmer la fureur du roi malade. Allegro, presto, prestissimo du roi exalté qui danse de toute sa force devant le coffre sacré, oubliant son rang et quelques convenances. Mais là encore on ne pourra manquer le contrepoint des expériences contrastées de Saül aussi bien avec les prophètes musiciens (1S 10.5 ; 19.24) qu’avec son jeune « musico thérapeute » (1S 16.23 ; 18.10-11), et la vulgaire scène de ménage qui oppose le roi danseur à son épouse indignée au soir de sa mémorable prestation chorégraphique est de nature à tempérer quelque peu l’enthousiasme naturel du public ancien ou contemporain (2S 6.20-22). Forte maestoso des grands chœurs de Lévites soutenus par un orchestre où ne font défaut ni les cordes ni les vents ni les percussions et qui marqueront solennellement l’inauguration du temple. Du livre des Psaumes, à lui seul toute une symphonie, résonnent les accents les plus divers depuis le lamento déchirant du fidèle abandonné (Ps 22.1) jusqu’aux alléluias triomphants, en crescendo saisissant dans les derniers psaumes jusqu’à l’ultime tutti fortissimo où, tous instruments réunis, « tout ce qui respire » est entraîné à louer le Seigneur (Ps 150).

 Des dièses et des bémols

Après ce final grandiose, final avant la fin, évidente anticipation d’un règne divin dont la pleine manifestation est encore attendue, la suite paraît bien modeste et timide. Du ministère de Jésus et de la vie des premières communautés chrétiennes quelques notes s’échappent. Juste assez semble-t-il pour confirmer que le chant n’est pas voué à disparaître dans la nouvelle alliance. Il accompagne Jésus la veille de sa mort (Mt 26.30) et les missionnaires en prison (Ac 16.25), montrant par là qu’il n’est pas une simple activité de détente, mais peut soutenir l’âme dans les épreuves les plus dures. Quelques exhortations apostoliques (Ép 5.19 ; Col 3.16) confirment son utilité pour instruire et exhorter. Mais on est loin de l’enthousiasme de certaines pages de l’Ancien Testament. Même si l’Apocalypse ponctue chaque nouveau dévoilement du plan divin d’un cantique auquel se joignent des foules nombreuses, même si l’instrumentation musicale y retrouve une mention explicite, la description finale de la nouvelle Jérusalem (Ap 21 et 22) qui parle d’or, de pierres précieuses, d’architecture, reste muette sur la musique. La dernière notation musicale du dernier livre de la Bible nous laisse sur le registre négatif de la fin de Babylone où l’on n'entendra plus jamais « les joueurs de lyre, les musiciens, les joueurs de flûte ou de trompette » (Ap 18.22). Bien que le texte évoque davantage les menaces d’Ésaïe (24.8) ou d’Ézéchiel (26.13) que les débuts de l’humanité, la conjonction des instruments à corde et à vent, caractéristique des inventions du début de la Genèse, nous ramène à l’introduction. Commencée piano et en mineur, l’évocation musicale biblique s’achève sur le même ton.

Dans le débat contemporain sur la place de la musique dans la piété chrétienne, sur les critères qui devraient permettre de valider ou d’invalider tel genre musical, la Bible est souvent sollicitée de manière partielle. L’impression que dégagent des grandes lignes de son message devrait précéder toute exploitation hâtive de tel exemple ou détail. Risquons quelques propositions.

 Une partition à déchiffrer

Au vu de la place faite à la musique dans la révélation biblique, l’importance que l’on tend à lui accorder aujourd’hui n’est-elle pas excessive ? Vigueur des débats, place toujours plus envahissante dans le culte et de quasi-monopole dans les rassemblements de jeunes, achat de matériel toujours plus coûteux, tensions donnant l’impression que la vie de la communauté dépendrait de la présence ou de l’absence de telle forme ou de tel instrument, le risque existe de valoriser à l’excès un aspect de la piété, digne d’intérêt, certes, mais à côté d’autres aspects qui méritent plus d’attention tels que l’annonce de la Parole, la prière, l’enseignement, l’entraide. Le temps fort de l’époque de David qui n’est pas resté sans lendemains puisque jusqu’après l’exil subsistent encore des familles de chantres et de musiciens, laisse la voie ouverte à la recherche de la qualité, même professionnelle, mais que cela reste une ouverture, une joie, sans devenir une obsession.

Le caractère ambivalent de la production musicale, que révèlent notamment des expériences musicales contrastées, chants et danses après la traversée de la mer Rouge et devant le veau d’or, effets opposés chez Saül et de la rencontre avec les prophètes musiciens et de la thérapie de David, invite au discernement. Sans parler ici de la recherche de critères musicaux objectifs, la seule mise en œuvre des critères subjectifs, motivations réelles, qualité de la relation avec Dieu et avec les frères, pourrait déjà prévenir bien des fausses notes spirituelles.

S’il est un principe qui ressort clairement et constamment de l’Écriture, c’est la primauté de la parole sur la musique. De l’œuvre musicale de David, il ne nous reste que les mots. Dans ses deux exhortations jumelles aux Éphésiens et aux Colossiens, Paul insiste sur le rôle de la parole. Aux Éphésiens, il recommande de se « parler » par des psaumes, des hymnes des cantiques spirituels » (Ép 5.19), aux Colossiens, de s’instruire et de s’exhorter par le même moyen (Col 3.16). Les derniers hymnes de l’Apocalypse qui, au début du chapitre 19, proclament le triple alléluia final sont introduits chaque fois par le verbe « dire » rappelant ainsi une dernière fois, et jusque dans le ciel, que la musique est au service des paroles et non l’inverse.

Émile NICOLE


Numéro Journal: 54

Date: 2003-04-30

Titre: Chanter à Dieu aujourd’hui, visite guidée de l’hymnologie chrétienne*

Préambule: « Ô Seigneur, ô Sauveur, que nos lèvres te louent ! Mais qu’avec nos accents nos œuvres soient d’accord ! Si par nos actions, nos cœurs te désavouent, Dans nos chants les plus beaux tout est vain, tout est mort. »Alexandre Vinet

Texte:

S’approcher de Dieu par le chant, c’est l’ambition permanente de l’être en quête du transcendant. Cette visite guidée de l’hymnologie chrétienne d’aujourd’hui cherchera à varier notre chant d’assemblée. Le prochain recueil protestant offrira un grand choix. Nous vivons à une époque où se côtoient de multiples cultures musicales. On oppose parfois cantiques anciens aux chants modernes en passant sous silence que le chant d’Église sait prendre diverses formes musicales. Il existe des « chants anciens » et des « cantiques modernes » sans oublier canons, motets, chorals et acclamations. Élargissons notre horizon musical ! Ces paroles de l’apôtre aux nations restent normatives, même si les styles poétiques et musicaux évoluent. « Que la parole de Christ habite en vous avec sa richesse ; instruisez-vous et avertissez-vous réciproquement en toute sagesse, par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels, sous l'inspiration de la grâce, chantez à Dieu de tout votre cœur. » Col 3.16.

 Musiques protestantes

Les réformés ont remis en valeur le chant des psaumes, sous forme de paraphrases en strophes avec rimes. Le poète Clément Marot et le théologien Théodore de Bèze ont ainsi versifié un psautier complet. Ces musiques du XVIéme siècle, mêmes chantées sur les textes du pasteur Chapal, sonnent étrangement pour beaucoup. Et pourtant, on ne cesse de mettre des psaumes entiers en musique, notamment le Psaume 113 : Louez Dieu, tous les hommes (ARC 265) ; et le Psaume : 150 Louez Dieu dans son sanctuaire (JEM 252). Nous aimons le Psaume 90 d’Isaac Watts : O Dieu, notre aide aux temps anciens (musique ATG 24) ; où la poésie capture la force de l’imagerie biblique : 4. Mille ans, Seigneur, sont à tes yeux, Plus brefs qu'un soir enfui, Plus bref que l'aube dans les cieux Lorsque prend fin la nuit.

Cette pratique peut se targuer de « chanter Dieu avec des mots divins » argument coutumier et vénérable. Ne confondons pas toutefois, parole biblique inspirée et musique et texte faillibles. !

Aux luthériens, on doit le choral, un chant majestueux en forme strophique dans un langage chantable par l’assemblée. Les chorals de Johann Crüger (1598-1662), organiste et cantor à Berlin, sont restés célèbres grâce à J. S. Bach. Jesus meine Zuversicht rendu en français par Léopold E. Bonsen (1747) : Mon Rédempteur est vivant, avec ses nouvelles strophes 3 et 4, reste d’actualité (Ensemble, n°281) : 3. Dans l'épreuve et dans la peur, Je perdais le goût de vivre. Mais je trouve en mon Sauveur l'espérance qui délivre. En Jésus ressuscité, Tout le mal est surmonté. 4. Ô Jésus, Sauveur vivant, Dans la foi je te contemple. Ton amour, en se donnant, Nous appelle à son exemple, Nous invite à notre tour À montrer un tel amour.

Le méthodisme des frères Wesley insiste sur le lien entre poésie et piété pour chanter avec entrain le pardon et le salut en Christ. Le cantique du Réveil (qui n’est pas un chant du matin !) en est le miroir : J’ai l’assurance de mon salut (JEM 74) remonte à 1873. La ferveur prime sur la fraîcheur des paroles, ce chant reste car il exprime le sentiment populaire du racheté. Les évangéliques de langue française au XXème siècle ont donné des chants en canon : Alfred Kuen, Gloire soit à Dieu le Père (NCTC 400, ARC 825) ; Donne, Seigneur, paix et grâce (ATG 220) ; C-L de Benoît, Pour tes bienfaits, Seigneur (JEM 115). Cette manière de chanter met en valeur l’assemblée ! Les réformés contemporains tels Louis Lévrier et Henri Capieu tiennent à des textes riches et poétiques, mais les musiques sortent des archives ! De nouvelles orchestrations pour des mélodies classiques, c’est là une voie à explorer.

 Chants catholiques (en français)

Depuis Vatican II, nous voyons une floraison de productions en France. Leur contenu est généralement acceptable aux protestants, même si les musiques peuvent dérouter certains. Deux auteurs-compositeurs furent les principaux artisans du nouveau chant catholique : Lucien Deiss mettait en musique des chants bibliques, tels Souviens-toi de Jésus-Christ ; Un seul Seigneur ; Joseph Gelineau faisait à nouveau psalmodier. Certains des ses antiennes sont mémorables : Je mets mon espoir dans le Seigneur. Je suis sûr de sa Parole (Ps 130, ARC 834) et Ta Parole est vérité et ta loi délivrance (ARC 831)

Parmi d’autres paroliers Dominique Ombrie est connu surtout pour Seigneur, rassemble-nous dans la paix (ARC 220). JEM a fait découvrir aux évangéliques des chants d’Odette Vercruysse : Les mains ouvertes ; Allez-vous en sur les places ; Je passerai ma vie ; et de Raymond Fau : Tu es là au cœur de nos vies ; Toi qui es lumière. Musicalement moins ambitieux, ils sont populaires aux deux sens du terme. Les mélodies légèrement syncopés de Michel Scouarnec et Jo Akepsimas sont appréciées, à juste titre, en raison des textes solides et simples : Nous avons vu ; Quand s’éveilleront nos cœurs. La palme d’honneur, à nos yeux, revient à Didier Rimaud. Ce jésuite a développé une écriture allégorique où se multiplient les allusions bibliques, voir Par la croix qui fit mourir, (Ensemble, n°257), tout en nous laissant des textes plus faciles comme : Mystère du calvaire, ou Seigneur, tu cherches tes enfants, et encore d’autres sur des musiques protestantes ! Le compositeur catholique Jacques Berthier est mondialement connu grâce aux chants de Taizé, simples et méditatifs.

Certains chants catholiques ne se chantent pas à la manière des cantiques protestants. Leur structure : un refrain et de nombreux couplets font que l’assemblée ne chante que le refrain. On choisit seulement quelques couplets en les partageant entre des groupes de chanteurs : soliste ou chœur ; hommes ou femmes, sinon leur caractère simple et répétitif finira par lasser les plus zélés.

 Restaurer la louange : tendances et évolutions

Aux années 1970, le mouvement charismatique néo-zélandais (Scripture in Song) s’est mis à chanter des versets bibliques isolés, tirés d’un psaume ou d’un autre passage scripturaire. Ceci favorise incontestablement la mémorisation et l’intériorisation du texte sacré. Cette volonté d’accéder directement à la Parole biblique vient d’un attachement aux Saintes Écritures comme Parole de Dieu. Néanmoins, le fait de chanter l’Écriture ne nous dispense pas de réfléchir sur son contenu et sur son contexte. Et, la prise d’une parole en dehors de son milieu littéraire et de sa situation historique peut conduire à des glissements de sens.

JEM 1 fait la part belle aux versets bibliques, parfois en nuisant à la virilité de la musique d’origine. On écoute des voix douces sur des orchestrations mièvres. Ce mouvement finit par devenir « rétro » par l’emploi du « projecteur ». Ainsi, beaucoup de fidèles n’ont plus de recueil de chants à l’Église ou à la maison. On ne voit plus la musique, sous prétexte que peu savent la lire.

Personne ne saurait l’apprendre si l’on ne l’imprime pas ! On oublie ainsi que la musique fait partie intégrante du chant ! Les textes sont devenus « transparents » (mais pas toujours clairs) et la musique invisible.

Puis naquit LTC (Louange Traduction et Composition) qui cherche entre autres à traduire des « chants » anglo-saxons, car on ignore « la flambée de créations de cantiques modernes » et ses auteurs tels que Fred Kaan, Erik Routley ou Timothy Dudley Smith.

Peut-on me pardonner donc de décliner le sigle LTC ainsi : « Laissez Tomber les Cantiques » ? Ses premiers résultats étaient plus que médiocres. Le mot à mot a donné des textes imbuvables en français et peu clairs à quelqu’un qui n’est pas du milieu. La qualité poétique est rarement au rendez-vous ! Le mauvais rapport entre musique et paroles choque l’oreille. Sans instruments et meneur de chant les rythmes irréguliers sont difficiles à chanter avec entrain. Ces chants « kleenex » sont jetables ! On espère plus des auteurs francophones

 Lachat, S. Freymond, E. Bourbooze.

Les nouveaux chants venus de l’Église du Willow Creek comme les récents refrains de louange n’ont guère de contenu doctrinal. Ils visent plus à renforcer une ambiance d’intimité ou d’exubérance qu’à stimuler la pensée. Écrits en « je » ces refrains respirent le désir de communion, mais sans la communauté ! Le patois de Canaan gâche la musique moderne. Ainsi ils se limitent à quelques titres du Christ ! Le Jésus historique semble se réduire à un objet d'amour, parfois avec des relents d'érotisme. Le Christ de ma foi se sépare de son milieu historique et cesse d'être le Messie des Écritures ! Malgré ces critiques, il faut saluer des chants réussis comme : Change mon cœur, Souffle, Mon seul abri.

Depuis les années 1990 la « World Music » se trouve dans les bancs. En 1998, un pasteur baptiste anglais David Peacock a édité un recueil : World Praise « louange universelle ». Les pionniers des recueils multilingues et multiculturels sont les mouvements missionnaires et œcuméniques. Les luthériens américains ont commencé à intégrer des chants hispaniques dans leur répertoire. En France, nous sommes encore loin de puiser souvent dans le folklore breton ou basque. La chanson française, les spirituals et les musiques récentes offrent tant de créativité.

Cherchons donc des musiques qui rassemblent les générations et les cultures pour chanter Dieu en beauté avec poésie et intelligence.

Stuart LUDBROOK


Numéro Journal: 54

Date: 2003-04-30

Titre: Regard sur la louange et l’adoration aujourd’hui

Préambule:

Texte:

D’emblée, une constatation réjouit mon cœur : depuis quelques années, la louange et l’adoration ont pris une place de plus en plus importante dans l’Église

Parfois même, cet aspect de notre piété est devenu premier. Si chaque période de l’histoire de l’Église a été marquée par une accentuation de telle ou telle pratique, les générations récentes ont principalement choisi cette expression. Nous pouvons croire du reste que cela répond aussi à une attente divine et à un besoin spécifique lié aux particularités de notre époque. Car si Dieu ne change pas, le monde ne cesse de se transformer et nous avec lui. Or, je crois, que dans sa grâce et la perfection de ses sentiments, Dieu a la faculté de s’accorder avec ce que nous sommes, y compris nos besoins, notre vision, nos sentiments, nos émotions… tant que rien ne s’oppose à sa Parole. J’aime me rappeler que Dieu ne cherche pas l’adoration mais des adorateurs. Il ne recherche pas des « louangeurs » qui louent sans conscience et sans vérité mais Il veut notre cœur.

L’accent mis sur cette dimension forte de l’expression chantée de notre foi et de notre reconnaissance à notre Seigneur a plusieurs raisons. En effet, elle est : • moyen de libération de nos sentiments engageant tout notre être dans la louange, • support à un recentrage sur la personne de Jésus Christ et de son œuvre, • occasion d’une vraie mise à la disposition de l’action de Dieu, de Sa parole et de Ses dons.

K. Osbeck voit quatre objectifs spirituels principaux au chant dans l'Église : 1. Il est un moyen d'unir un groupe dans l'adoration, la prière et la louange. 2. Il enseigne des vérités spirituelles et les grave dans les esprits. 3. Il donne à chacun une possibilité d'exprimer ses attitudes intérieures et ses expériences parfois mieux qu'il ne pourrait le faire avec ses propres mots. 4. Il prépare à l'écoute du message.

Cette évolution de la place donnée au chant, et en particulier à la louange et à l’adoration, s’est matérialisée de plusieurs manières :

 L’utilisation du rétroprojecteur

 (Ou vidéo projecteur pour les plus modernes)

Même un insignifiant détail matériel comme celui là est un signe fort qui accompagne cette évolution. Le rétroprojecteur est libérateur.

Plus de numéros de cantiques à donner, plus de pages à tourner… Place à une expression physique la plus grande possible (frapper des mains, « gestuer » les paroles, danser …) au service de la ferveur. N’est-ce pas là une attente de notre Dieu ? Comme toujours, on peut également remarquer des aspects plus négatifs.

Pour moi, un des revers à la médaille, c’est la tentation de ne plus apprendre ou retenir les paroles, mais simplement de les lire…L’imprégnation peut être ainsi fortement atténuée. Si l’extérieur est important, il ne doit être que le reflet d’un intérieur imbibé de la présence et de l’œuvre de Christ.

 L’abondance de compositions nouvelles et variées

C’est aussi une particularité de notre société de consommation que nous retrouvons dans l’Église, et pas simplement dans cet aspect d’ailleurs. Le « chantez au Seigneur un cantique nouveau » s’est ainsi vu appliqué avec grande efficacité ! Aujourd’hui, chaque organisation a son recueil, ses compositeurs… Un grand nombre d’Églises locales ont même leur propre répertoire maison. C’est vrai, il y a abondance de nouveautés en la matière ! Mais là aussi, si cette variété peut être riche et motivante il y a parfois manque, voir danger. Manque de repères, de fondements, parfois de matières, voire de ne plus être toujours biblique. Danger d’oublier, d’être léger,… La modernité ne doit jamais négliger l’héritage passé mais au contraire prendre appui sur lui. Je voudrais en profiter là pour vous encourager à savoir mélanger les registres, à ne pas vous enfermer dans une louange exclusivement contemporaine ou traditionnelle.

Pour appuyer cette réflexion je vous laisse cet extrait d’un article de Ron Man, d’une Eglise Evangélique à Memphis au Tennessee (USA) traitant de leur expérience personnelle positive d’une mixité dans le domaine de la louange communautaire.

 « Il est remarquable de noter combien notre louange et notre musique servent d'éléments unificateurs dans notre Église quand si souvent cela peut conduire aux conflits et à la division. Nos jeunes gens ont appris à apprécier les grands hymnes de la foi quand leurs nobles textes sont compris à mesure qu'ils développent le thème d'une façon nouvelle et inhabituelle. Et nos plus vieux croyants entrent pleinement dans l'adoration, chantant même durant les nouveaux cantiques de louange, et ces chants contribuent à un développement cohérent de la vérité inaltérable de Dieu. »

 Le phénomène de mode

S’il y a profusion de chants nouveaux, nous devons remarquer qu’il y a un phénomène de mode qui souvent l’accompagne. Il se retrouve dans les styles musicaux, les thèmes abordés et même la façon de chanter. On pourra critiquer assez facilement cet aspect en y voyant un manque de personnalité et d’ancrage solide pouvant éviter les dérives et les courants parfois dévastateurs. Mais à l’inverse, nous pouvons souligner la force de l’unité qui peut s’en dégager. Ne peut-on pas y reconnaître l’inspiration du St Esprit qui met telle ou telle valeur en avant à un moment donné et conduisant l’Église dans ce courant ? Je conviens alors que le mot « mode » n’est pas le meilleur mais il a le mérite d’être compréhensif ! Oui, donc, à une « mode » qui harmonise sur les choix de Dieu mais qui ne jette pas tout ce qui n’est pas identique.

 Spectacles et productions

C’est le dernier point que j’aimerais souligner. La louange n’est pas restée une particularité interne de l’Église. Elle « s’expatrie », elle franchit les portes si souvent cloisonnées de notre microcosme ecclésial à travers CD, vidéos, DVD, concerts, spectacles… Bien entendu, il y aurait là aussi bien des critiques à émettre sur tel ou tel aspect mais je veux y voir aussi des aspects positifs. Quel privilège de pouvoir si facilement être au bénéfice d’un enregistrement, l’utiliser comme support à notre prière et à notre adoration personnelle ! Voilà aussi des occasions multipliées pour un témoignage glorieux à notre Père et pour partager Sa Bonne Nouvelle au monde. Je soulignerai enfin les progrès évidents quant à la qualité musicale et technique des productions rendant là encore honneur au Seigneur mais aussi à Son Église.

Il n’y a toujours rien de nouveau sous le soleil ! Comme dans chaque aspect de notre vie, il est nécessaire de chercher l’équilibre et de gérer afin que ce soient les bons fruits qui restent et nourrissent notre amour et notre vécu.

Laissons le mot de la fin à Alfred Kuen : « Oui à la musique. Mais attention : ne tombons pas de Charybde en Scylla ! Après avoir réduit la musique à la portion congrue, il ne s'agit pas de lui attribuer la part du lion. L'essentiel, dans un culte, ne sera jamais la musique, mais « l'enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières » (Ac 2.42)

Prières de louange, de reconnaissance, d'intercession, confession de foi. Certaines de ces prières pourront être chantées, une partie de la louange peut se faire "en musique", mais il serait regrettable que les cantiques empêchent les prières spontanées ou que la musique instrumentale prenne le temps des lectures bibliques ou de la prédication. Gardons à la musique la place qui lui revient : mais cette place, accordons-la lui : La balance fausse est en horreur à l’Éternel mais le poids juste lui est agréable » (Pr 11.1).

Jean-Luc GADREAU


Numéro Journal: 54

Date: 2003-04-30

Titre: Semailles & création

Préambule: Réunir des chrétiens d’Eglises différentes pour évangéliser ensemble n’est malheureusement pas quelque chose de commun dans le milieu chrétien. Semailles & Création y réussit fort bien. Raison déjà suffisante pour interroger Paul Brignon, son président. Vous ne manquerez pas d’en découvrir d’autres.

Texte: Comment présenteriez-vous Semailles & Création ?

C’est une association qui travaille pour faire connaître le Seigneur au travers de différents spectacles (concerts, comédies musicales…), et dont les buts sont de participer à l'annonce de l'Évangile, de permettre une collaboration étroite avec l'Église locale et de mettre en commun les dons et les talents pour présenter un spectacle de qualité pouvant être apprécié par tous les âges.

 Vous avez toujours désiré travailler avec les enfants. Comment est né ce projet ?

J’ai effectivement été baigné tout petit dans l’univers des camps de jeunesse, et j’ai très vite eu envie de travailler en tant que moniteur et animateur dans ces mêmes camps. J’ai été formé en Suisse (avec La Fondation Grain de Blé), puis en 1975 je suis venu continuer à travailler en France pour l’évangélisation des enfants avec l’Association Les Semailles. En 1990, nous avons organisé une grande fête de Noël qui a réuni plus de 500 personnes dans les locaux de l’Église de l’avenue du Maine à Paris. Cela nous a donné envie d’aller plus loin. En 1995, nous avons créé l’association Semailles & Création dont le but est de préparer des spectacles d’évangélisation réunissant plusieurs Églises et impliquant les enfants de ces Églises dans nos projets. En effet, nous engageons chacun de ces enfants à prier pour un ami (copain de classe, voisinage, famille…) qu’ils invitent ensuite au spectacle, donnant ainsi la possibilité aux autres enfants d’entendre parler de Dieu.

 Pourquoi avoir choisi la musique et le chant comme moyens d'expression ?

La musique, le chant, le théâtre et la chorégraphie sont autant de moyens d'expression souvent mis de côté dans nos Églises et pourtant tellement importants. La comédie musicale est aussi un moyen moderne et reconnu qui attire beaucoup de monde et je pense que le milieu chrétien ne doit pas l'ignorer. Nous voulions raconter des histoires bibliques tout en annonçant l’Évangile et avec le souci de toucher un large public. Toutes nos décisions sont prises dans la prière. Conduits par notre Seigneur, nous nous sommes orientés vers de grandes salles de spectacles.

 Il faut une bonne équipe autour de vous pour préparer de si grandes manifestations !

C’est effectivement un travail énorme, et il est important de souligner que la plupart de nos collaborateurs sont bénévoles. Il leur arrive même de travailler à leur frais !

Les recherches et l’écriture du scénario sont le travail d’une commission de cinq à six personnes qui se réunissent régulièrement pendant plusieurs mois.

La musique et les chants sont écrits et composés par une équipe de huit à dix auteurs compositeurs et interprètes. Il y a aussi la confection des costumes, la réalisation des décors et la préparation de l’enregistrement son et vidéo de tous nos spectacles.

Dans ce même temps, nous auditionnons les acteurs, chanteurs et danseurs volontaires pour participer au spectacle et nous mettons en place les répétitions.

Nos spectacles rassemblent environ 80 personnes sur scène. C’est très impressionnant de voir évoluer tous ces jeunes.

Pour notre dernier spectacle, nous avons réuni une trentaine d'enfants de 8 à 12 ans, une vingtaine d'adolescents de 13 à 17 ans et une autre trentaine de jeunes et adultes de 18 à 50 ans. N’est-ce pas déjà en soi un message de réconciliation des générations ? Celui-ci nous tient beaucoup à cœur.

 Comment arrive-t-on à rassembler autant d'Églises sur un même projet ?

Nous formons en effet une grande famille où 25 Églises évangéliques locales de sensibilités différentes sont représentées. Ce qui nous unit est très certainement le désir d’évangéliser. C’est un véritable outil pour leur travail d’évangélisation que nous proposons en effet aux Églises évangéliques locales.

 Quels sont les thèmes abordés par vos spectacles ?

Notre premier spectacle s’intitulait « Copain, entre avec moi dans l’Arche ». Comme son titre l’indique, il invitait tous les grands et les petits à vivre une des histoires les plus connues de l’Ancien testament : celle de l’arche de Noé.

Le deuxième, « Un autre Noël », racontait le fabuleux voyage, à travers le temps et l’espace, de cinq enfants à la recherche du vrai sens de Noël : la naissance du Sauveur. « La Maison du Père » est notre troisième spectacle. C’est l’histoire biblique de Moïse à travers celle d’un petit garçon qui se croyait égyptien et qui découvre ses véritables origines hébraïques. Il est alors confronté à la puissance de ce Dieu qui força Pharaon à laisser sortir du pays d’Égypte le peuple d’Israël.

 Avez-vous des projets pour l’année de la Bible ?

Nous préparons un nouveau spectacle : « Le prix de la vérité ». Il est prévu pour avril 2004. C’est après l’année de la Bible, mais ce sera pour nous l’occasion d’y donner une suite. En effet, c’est l’histoire d’une petite fille confrontée à un moment de la vie de Joseph dont les similitudes avec sa propre histoire sont troublantes. Elle va découvrir la puissance des Écritures et de Dieu. Sa vie, son avenir et tout son être intérieur en seront bouleversés. Nous avons prévu huit jours de travail et de retraite spirituelle pour vivre intensément les répétitions. De nombreuses représentations sont déjà prévues en France et à l'étranger.

 Quelle est votre vision pour l’avenir ?

J’attache beaucoup d'importance à l'unité du Corps de Christ. Je souhaite que celle-ci se reflète au travers de nos différents spectacles. Notre association représente un outil d'évangélisation au service des Églises. Nous aimerions les voir se mettre ensemble pour nous inviter et organiser avec nous des manifestations. Il nous semble normal que le travail de suite soit pris en charge par les Églises

Parallèlement, nous croyons que l'Évangile peut être aussi annoncé en dehors des Églises pour toucher tous ceux qui ne connaissent pas Dieu. La présentation d’éléments bibliques dans des endroits ouverts au grand public est une porte ouverte, un chemin à la rencontre de Dieu. Elle offre un autre regard sur la manière de vivre sa foi et sur les Églises. C’est un maillon d’une chaîne permettant par divers moyens d’annoncer l’Évangile aux non chrétiens.

Pour la réussite de nos projets, nous nous préparons dans la prière mais nous avons aussi besoin d'être soutenus par la prière du plus grand nombre.

Propos recueillis par Brigitte GOMA MABIKA


Numéro Journal: 54

Date: 2003-04-30

Titre: Église Baptiste d'Orléans Une Église locale, pas une Église bocal

Préambule: Rencontre avec le pasteur Jean-Marc Bittner

Texte

Pouvez-vous nous retracer l’histoire de l’Église d’Orléans ?

En 1960, le pasteur Francis Cachera a commencé un travail d’évangélisation dans le centre de la ville : stands sur le marché, équipes « Opération Mobilisation », concerts, etc. Un ancien dispensaire de la Croix-Rouge a été acheté et transformé en lieu de culte.

Les 30-31 mai 1962, un congrès de notre Fédération s’y est tenu avec un service de baptêmes ! En 1966, l’Église était fréquentée par une trentaine d’adultes et beaucoup d’enfants, avec une quinzaine de membres inscrits.

Cependant, Orléans étant à l’époque une grande base militaire américaine de l’OTAN, les militaires américains avaient construit de leur côté dès 1961 une vaste chapelle (la First Baptist Church of Orléans !) dans la banlieue orléanaise, à St Jean de la Ruelle.

 On se retrouvait donc avec deux Églises baptistes ?

Oui, mais en 1967, suite au départ des militaires américains, la chapelle a été cédée à la communauté baptiste francophone. C’était un bâtiment un peu surdimensionné par rapport au nombre de membres de cette époque !

Nous disposons donc de locaux agréables que d’autres Églises de l’Orléanais nous envient, mais nous prêtons volontiers notre lieu de culte aux autres communautés d’Orléans, en particulier pour des baptêmes et des mariages. Bien des réunions inter Églises se déroulent aussi chez nous. La dimension des locaux aurait pu être un handicap (entretien, finances) ; en fait, elle s’est révélée à plusieurs reprises être un atout : des personnes en difficulté ont pu être hébergées et certaines d’entre elles ont donné leur vie au Seigneur et sont devenues membres de l’Église.

 Combien de pasteurs se sont succédés depuis ?

Je suis le sixième pasteur de l’Eglise. Après Francis Cachera, ce fut Jean-Pierre Buèche, puis Léo de Lepper, Jean-Claude Renouard et Richard Gélin. Comme toute communauté, notre Église a été marquée par leurs charismes spécifiques.

Tel a eu un ministère d’accueil, d’hospitalité et d’ouverture sur les jeunes du quartier (création d’un club d’enfants), tel autre a ouvert l’Église aux relations avec les autres communautés chrétiennes de l’agglomération, tant protestantes que catholiques et a développé les relations fraternelles au sein de l’Eglise, de sorte que chacun se sente accepté tel qu’il est.

 Décrivez-nous l’Église aujourd’hui

C’est une communauté cosmopolite. Le fait que des personnes d’origines différentes s’y côtoient et travaillent ensemble est déjà un témoignage pour notre société où les gens se côtoient sans vraiment se rencontrer. Nous nous employons à vivre nos différences culturelles d’une façon harmonieuse et à renforcer notre unité.

Nous sommes une bonne cinquantaine de membres et vingt-cinq enfants. Certains viennent de loin (50 km)

Presque toutes les tranches d’âge sont représentées.

Une place importante est faite aux jeunes : groupe de jeunes, groupe de préados, « croissant Bible » (petit-déjeuner pour les jeunes à l’heure du culte et enseignement biblique adapté).

Nous vivons aussi comme une grâce le fait de bénéficier depuis plusieurs années du ministère fructueux de Jan Collcutt, une missionnaire britannique. Elle est particulièrement impliquée dans les visites et auprès des jeunes et préados. Une fois par mois, Jan organise aussi un culte en langue anglaise.

Le culte de Noël en anglais (Christmas Carols) est un moment d’évangélisation qui rassemble un auditoire nombreux avec bon nombre de personnes de l’extérieur. Nous organisons aussi des week-ends avec des orateurs variés, sur des sujets touchant à la spiritualité (la prière, le pardon), le témoignage, la psychologie….. Les sujets sur la vie de couple et la famille sont particulièrement appréciés.

Enfin, notre Église est une fidèle des expos ventes d’artisanat du S.E.L, ce qui est pour nous une façon d’être au service de prochains plus lointains. Des frères et sœurs d’autres assemblées viennent nous épauler dans cette action.

 Parlez-nous des autres Églises de la ville

Dans l’agglomération orléanaise, l’unité entre Églises n’est pas une déclaration d’intention. Les différentes Églises protestantes (réformée, évangélique libre, pentecôtiste, charismatique) vivent ce privilège ou cette grâce de bien s’entendre et de travailler ensemble. Cette bonne entente s’étend aussi aux relations avec les communautés catholiques.

Par exemple, durant les mois de juillet et août, les réunions de semaine se déroulent alternativement à l’Église baptiste et à l’Église évangélique libre, ce qui permet aux membres de tisser des liens forts. Bien entendu tout événement (concert, conférence, formation) qui a lieu dans une assemblée est annoncé dans l’autre.

Un autre aspect concret de cette collaboration est la journée annuelle de rencontre du protestantisme orléanais avec culte en commun, ateliers de discussion, activités sportives, activités pour enfants, qui rassemble près de 400 adultes et enfants. Cette journée inter Églises n’est qu’une occasion parmi bien d’autres (antenne de la Fédération protestante, semaine de prière de l’Alliance évangélique, semaine de l’unité et autres…) pour les membres des différentes Églises (et non seulement les pasteurs !) de mieux se connaître.

Ainsi, l’Église baptiste locale ne se veut pas une Église bocal ! (La paternité de l’expression revient à un ancien pasteur de notre Eglise).

 Quels sont vos objectifs ? Les défis que vous aimeriez relever ?

D'abord, celui de devenir une Église fédérée. Ce n’est pas par manque de volonté mais de finances ! Notre Église est d’ailleurs très reconnaissante envers la Fédération pour son soutien financier.

Nous voudrions aussi que notre joie d’être chrétiens rayonne dans le quartier, c’est ce que nous faisons par des « actions » d’évangélisation, notamment en participant aux 2 dernières campagnes nationales d’évangélisation. Un autre souhait : que chacun puisse découvrir son ou ses dons et sa place dans la communauté … et que ces dons soient mis au service de tous selon 1 Pierre 4.10

Pour cela, nous nous employons à développer une vision d’Église, assortie d’un projet, qui donne à tous envie de s’impliquer avec enthousiasme.

Enfin, la Loire qui coule à 1 km de notre chapelle, avec son débit très irrégulier, nous sert un peu de contre-exemple quant au rythme que nous aimerions trouver : gonflée par les pluies d’hiver, elle est presque à sec l’été !

Nous aimerions que la vie de notre Église soit plus harmonieuse que le cours de ce fleuve, que la vie y coule avec la même intensité toute l’année, sans trop de hautes eaux suivies par des périodes d’étiage !

Propos recueillis par Nathalie GUILLET


Numéro Journal: 54

Date: 2003-04-30

Titre: Le tour de la Bible en 80 jours … ou en un peu plus

Préambule

Présentation d'un autre outil pour faire connaître et lire la Bible autour de soi...

Texte:

Qui pourra encore prétendre qu’on n’a pas tout fait pour l’aider à découvrir la Bible ?

La série « Première approche de la Bible » existait déjà depuis quelques années. La voici maintenant réactualisée et présentée de façon considérablement rajeunie pour être plus facilement accessible à chacun : le tout jeune converti qui voudrait être guidé dans sa première approche de la Bible comme la personne en recherche souhaitant en découvrir le message essentiel. Chacun devrait être comblé.

Une différence de taille par rapport aux guides traditionnels édités par la Ligue pour la Lecture de la Bible : les commentaires ne sont pas datés. Ainsi, chacun pourra commencer quand il veut et choisir éventuellement de poursuivre à son rythme.

Le premier volume : « Le tour de la Bible en 80 jours » vous fera faire un voyage d’un pays à un autre, puisqu’il propose un parcours de l'ensemble de la Bible en touchant à toutes ses parties et à presque tous les genres littéraires. Cet ouvrage a d’abord été rédigé en pensant aux non croyants qui désirent s'informer sans se faire « évangéliser ».

Quant au second volume, tout récemment paru : « Laisse aller mon peuple », il récapitule la vie de Moïse à travers les livres de l'Exode jusqu’au Deutéronome. Cinquante deux jours de lecture passionnante et instructive sont ainsi pourvus.

Deux autres numéros sont prévus en 2004.

 « Les premiers chrétiens » comprendra un survol du livre des Actes et des épîtres « Les rois et les prophètes » proposera un survol l'histoire d'Israël de Saül à la déportation avec quelques textes de prophètes.

Vous l’avez compris

Pas besoin d’attendre la sortie du dernier volume pour commencer le voyage. Et comme certaines personnes préfèrent voyager à deux, pourquoi ne proposeriez-vous pas à quelqu’un de votre entourage de faire cette croisière-là avec vous ?

Georges MARY


Numéro Journal: 52

Date: 2003-04-26

Titre: La Ligue pour la Lecture de la Bible

Préambule: Entretien avec Marc Deroeux, directeur de la LLB

Texte: Vous avez été pasteur de l’Église baptiste de Lyon, vous êtes depuis 2 ½ ans directeur de la Ligue pour la Lecture de la Bible, pouvez-vous nous présenter brièvement les origines de la Ligue ?

L’œuvre de la Ligue est née dans le cœur de Josiah Spiers, préoccupé de partager de manière simple, ludique et imagée l’Évangile aux enfants. C’était en 1867. De nombreuses personnes ont été séduites par ce « catéchisme » original pour l’époque. Elles ont naturellement rejoint ce jeune anglais dans son souci d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à ce public attentif aux histoires bibliques qu’il pouvait leur raconter. Ainsi naissait la C.S.S.M. (Children’s Special Service Mission : Mission spéciale pour les enfants -). Dix ans plus tard, en 1877, sous l’insistance épistolaire d’Annie Marston, jeune fille responsable d’un groupe d’École du dimanche, la C.S.S.M. devient la « Scripture Union » (Ligue pour la Lecture de la Bible). Le travail d’évangélisation des enfants s’associe alors avec un encouragement à lire la Bible. Après l’édition de cartes de lectures bibliques, dès 1879, paraissent pour la première fois, en 1887, des notes explicatives en complément de ces listes. Cet accent mis sur la Parole de Dieu vient soutenir et renforcer encore l’œuvre d’évangélisation, elle-même encouragée par un nombre toujours plus grand de collaborateurs bénévoles. Des enfants, la Ligue a élargi son ministère d’évangélisation et d’encouragement à la lecture biblique aux adultes. Ce mouvement de passionnés de la Bible et de son message s’étend maintenant dans 135 pays sur les cinq continents.

 Peut-être faut-il poser ici une question sur les débuts de la Ligue en France ?

En France, c’est d’abord sous l’appellation « Union biblique » que la Ligue fait son apparition avec la distribution, dès 1921, de listes de lectures bibliques et, en 1923, de l’édition d’un périodique Notes pour un mois, ancêtre de l’actuel ÉPI. La Ligue connaît un essor important en Suisse, Belgique et France grâce à l’organisation de camps au Mas de Sumène, dans les Cévennes. Cette progression conduit à la constitution officielle d’un comité français en 1945. Trois ans plus tard, en 1948, la Ligue France installe ses bureaux à Guebwiller, en Alsace. L’équipe des permanents s’étoffe et le rayonnement de son ministère grandit, gagnant peu à peu la confiance des chrétiens de tous bords. En 1992 l’œuvre déménage à Valence, dans la Drôme, d’où elle continue, au travers ses nombreuses et diverses activités, d’annoncer l’Évangile en encourageant à la lecture biblique

Pour répondre à cette vocation, elle s’appuie aussi sur ces deux centres de vacances, Le Rimlishof (Haut Rhin) et Le Mas (Gard).

 Tout le monde connaît le « Lecteur de la Bible », quelles sont les autres activités de la Ligue ?

Tout d’abord, j’aimerais rappeler que le Lecteur de la Bible a changé de nom en 1995 et s’appelle désormais ÉPI. Outre son activité importante d’édition de guides bibliques pour enfants, jeunes et adultes, la Ligue c’est aussi des ouvrages d’édification et de témoignage, un mensuel BD Tournesol, des séjours de vacances pour enfants et adultes, la gestion de deux centres de vacances, le suivi des Clubs Bibliques Lycéens, des Cours de Formation au Ministère parmi les Enfants, des spectacles pour enfants, l’évangélisation dans le milieu carcéral, des visites dans les Églises… Autant dire un ensemble d’une grande diversité que nous essayons de classer en cinq secteurs : Camps Guides Éditions CBL Évangélisation Formation (possibilité d’avoir les logos correspondant).

 La lecture de la Bible est votre raison d’être, de quelle manière cherchez-vous à la promouvoir ?

Notre société évolue, nous avons donc besoin de faire évoluer nos manières d’encourager à la lecture biblique et de chercher les moyens les mieux adaptés en fonction des publics invités à lire la Bible. Il est vrai que notre support principal, c’est le papier. Les statistiques montrent que la lecture est un exercice de plus en plus boudé par nos contemporains, la jeunesse en particulier. Sans pour autant abandonner l’écrit, nous réfléchissons à des supports nouveaux comme le multimédia, l’audiovisuel que les jeunes utilisent plus facilement.

Il est aussi difficile d’imposer à la nouvelle génération de zappeurs que nous sommes une régularité dans la méditation des textes bibliques, comme c’est le propre de la Ligue d’y encourager. Nous activons donc l’édition de nos guides non datés. Ceux-ci permettent à des personnes d’entrer dans une démarche de lecture suivie de la Bible à leur rythme, avec l’espoir qu’elles prennent goût à lire la Bible quotidiennement, et pourquoi pas avec nos guides datés. Notre volonté n’est pas de faire lire le texte biblique coûte que coûte, mais de le faire vivre chaque jour. L’utilisation de méthodes dites actives est au cœur de nos formations et de nos ouvrages pour animateurs bibliques. Il est important de rendre actif le lecteur pour qu’il actualise sa lecture. C’est pourquoi à la Ligue, nous l’invitons à faire une « OPA » sur le texte, en se l’appropriant ; entendez par O.P.A. : Observer, Penser, Appliquer. La Bible devient ainsi une Parole vivante !

 Quelle est votre participation spécifique à l’année de la Bible ?

Au niveau national, la Ligue, par mon intermédiaire, est impliquée dans les travaux du comité de pilotage. Nous avons aussi accepté d’éditer, à sa demande, la brochure « Quelques idées ! » qui recense les ressources matérielles et humaines pouvant aider à animer une année de la Bible dans son Église, sa ville, sa région. Éric Denimal, pour sa part, fait partie de l’équipe de journalistes qui couvrent l’événement en collectant des informations et rédigeant régulièrement des articles pour la presse.

Au niveau local, la Ligue est engagée avec ses agents partout où elle est sollicitée pour animer des conférences, des formations, proposer des spectacles en lien avec cette année spécifique. Et bien sûr, dans la région valentinoise où les bureaux de la Ligue sont installés, elle participe activement aux manifestations qui s’y déroulent.

 Cette année de la Bible semble permettre une large collaboration, comment vivez-vous cette dimension ?

La Ligue n’a pas attendu l’année de la Bible pour s’engager dans des partenariats au service de notre vocation biblique. Nous nous réjouissons de ce que l’année de la Bible active des initiatives portées en commun avec d’autres œuvres chrétiennes. Et nous sommes déjà pleinement partie prenante de nombre d’entre elles.

 La Ligue a-t-elle des projets nouveaux en préparation ?

Oui, bien sûr ! Et en particulier liés à cette année de la Bible. Citons le coffret « Chercher. Et trouver » comprenant la cassette vidéo du film Jésus, un NT version Parole de Vie et un livret d’accompagnement, apport spécifique de la Ligue dans ce partenariat avec AGAPE et la SBF ;  un Tournesol spécial « Pro Christ 2003 » et un spécial « Année de la Bible » ; l’édition d’un beau livret de textes bibliques en partenariat avec le service biblique de la FF, la SNPP et la SBF.

À noter la sortie, cet automne, d’une toute nouvelle édition de la Bible Déchiffrée, complètement révisée et considérablement augmentée.

Enfin, nos projets de guides non datés visent à compléter la collection 1ère approche de la Bible pour un public non averti de lecteurs bibliques et le lancement d’une nouvelle collection Bible B.A.BA pour non initiés. Celle-ci proposera des commentaires sous forme dialoguée dans un langage très accessible.

 Le directeur de la Ligue a-t-il envie de dire quelque chose de particulier aux Églises qu’il connaît bien ?

Je suis toujours triste quand dans nos cultes la part de la lecture de la Bible est réduite à sa portion congrue, au détriment des chants aussi beaux soient-ils, des prières libres aussi importantes soient-elles, des annonces aussi nécessaires soient-elles. Si dans notre Église nous négligeons la lecture de ce livre que nous aimons appeler la Parole de Dieu, n’attendons pas des chrétiens qui la fréquentent d’en faire leur livre de chevet, mieux leur livre de vie ! Laissons-nous habiter par la passion de cette Parole vivante, en communauté comme personnellement !

Propos recueillis par Louis SCHWEITZER


Numéro Journal: 52

Date: 2003-04-26

Titre: Une grande famille au Pays de Montbéliard : L’Église baptiste de Seloncourt

Préambule: Entretien avec le pasteur Christophe Halling

Texte

Parlez-nous de Seloncourt

Seloncourt est une petite ville de 6.400 habitants, à 10 kilomètres de Montbéliard, sous-préfecture du Doubs, à 25 kilomètres de Belfort. Le « Pays de Montbéliard », comme on l’appelle communément, compte 120.000 habitants, et comprend 29 communes situées dans une zone relativement urbanisée. Située entre le Massif des Vosges et celui du Jura, la région est belle et invite à la balade. L’air y est pur.

Comme le disait un ami, c’est « le pays de la saucisse et de la 106 » !

En effet, la saucisse de Montbéliard est très connue, de même le Comté, son fromage. De son côté, l’industrie automobile, née il y a plus de 150 ans à 5 km de Seloncourt, donne du travail à six personnes sur dix qui sont en activité. La région vit aussi grâce à l’agriculture et à d’autres industries telles que l’horlogerie… Ajoutons que la région n’est pas peu fière de Sochaux, son club de football.

 Racontez-nous l’histoire des Églises dans le pays de Montbéliard

La Réforme a pénétré ici dès ses origines avec Guillaume Farel prêchant sur la fameuse  « pierre à poissons » située à coté du Temple Saint Martin de Montbéliard. Il fut suivi de Pierre Toussain, le réformateur du Pays de Montbéliard.

Plus tard, les ducs du Wurtemberg ont amené le luthéranisme. C’est ce qui explique la présence d’un temple luthérien dans presque tous les villages. Les Mennonites, les Darbystes, les Baptistes (dont le pasteur bien connu Jean-Baptiste Crétin) et les Pentecôtistes sont venus ensuite…

C’est ainsi qu’il y a aujourd’hui davantage de protestants et d’évangéliques que dans la plupart des régions de France.

 Comment est née l’Église Évangélique Baptiste de Seloncourt ?

Elle a été officiellement fondée le 15 février 1962 sous le nom d’ « Église Évangélique de Réveil du Pays de Montbéliard » sous l’impulsion du pasteur Samuel Dubois. À la suite d’une mission de réveil par l’évangéliste Thomas Roberts, un terrain a été acheté, rue de Paupin, à la sortie du village. On y a d’abord construit une petite maison appelée « Le Refuge », puis la chapelle proprement dite, et ensuite le presbytère.

Depuis le 31 mai 1962, l’Église est affiliée à la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de France.

Plusieurs pasteurs ont succédé à Samuel Dubois : Wadeck Kenio, Jean-Louis Ramphft, Karel Van Berghem et Barry Laube. Quant à nous, nous sommes arrivés en 2001.

 Pouvez-vous nous dresser un petit portrait de votre Église ?

Elle est connue dans la région sous le nom « L’Église de Paupin ». Elle est paisible, vivante, accueillante. Elle compte officiellement 47 membres. Entre 45 et 80 personnes, dont une douzaine d’enfants et une dizaine d’adolescents, participent au culte. Animée par des personnes venant d’horizons et de milieux divers, l’Église jouit aujourd’hui d’une stabilité et d’un équilibre réjouissants.

Un Conseil composé de huit personnes dont deux anciens et le pasteur, veille à son bon fonctionnement. Un évangéliste (William Oeuvray, membre de l’Église) stimule nos actions de témoignage.

 Qu’en est-il de vos activités ?

Plusieurs groupes de louange se retrouvent à tour de rôle les vendredis soir afin de préparer le culte. L’étude biblique et la prière du mercredi rassemblent 15 à 20 personnes très fidèles. Il faut aussi compter une réunion de maison, deux groupes de dames, un groupe d’adolescents, et bien sûr l’école du dimanche.

Plusieurs membres sont également engagés dans des œuvres inter dénominationnelles : « Radio Oméga » (voir encadré), la chorale « Les Pèlerins de Montbéliard », la troupe chorégraphique « Les Artisans de Foi », « Les Gédéons », le groupe local de l’Alliance Évangélique, « Portes Ouvertes », une cellule de prière inter jeunes…

Il ne faut pas oublier non plus les actions régulières ou occasionnelles d’évangélisation, les visites aux personnes âgées, les cultes dans une maison de retraite de la ville, l’entretien régulier des bâtiments, les voyages humanitaires, le soutien de missions, etc.

 Et les plus jeunes ?

L’Église compte des clubs d’enfants qui se réunissent chez des particuliers. Deux semaines par an (en février et août), une trentaine d’enfants sont réunis en centres aérés dans nos locaux. Nous bénéficions du concours de l’Association pour l’Évangélisation des Enfants. Depuis deux ans, un camp pour adolescents a lieu pendant une semaine en août.

 Quelles sont vos relations avec les autres églises et votre région ?

Madame le Député-maire de Seloncourt étant une chrétienne engagée, nos relations avec l’ensemble de la municipalité sont chaleureuses.

Chaque année, nous organisons avec les deux autres Églises de la ville (luthérienne et catholique) une veillée de Noël œcuménique (voir Construire Ensemble de décembre 2002) sans compter d’autres activités ponctuelles. Cette « Année de la Bible » devrait multiplier les occasions.

Les chrétiens du Pays de Montbéliard forment une grande famille ! Nous le constatons, par exemple lors des réunions de prière de l’Alliance Évangélique de janvier qui réunissent pour les sept soirées de 60 à 160 personnes sans compter l’après-midi inter jeunes et le culte en commun où nous étions cette année environ 500 participants. C’est un vrai privilège.

Propos recueillis par Brigitte GOMA MABIKA


Numéro Journal: 52

Date: 2003-04-26

Titre: Devenir animateur d’étude de la Bible

Préambule: Avec Laurence Belling, responsable des Clubs Bibliques Lycéens

Texte

Pas toujours facile de préparer et d’animer une étude biblique de manière à enthousiasmer son public ! Sans compter que le temps et les idées manquent souvent alors que le trac, lui, est bien au rendez-vous ;

Pour vous aider et vous stimuler, nous reproduisons ici l’essentiel d’une page d’Efferv’Essence 2, recueil d’abord conçu pour les jeunes, lycéens, étudiants…mais adaptable à chacun. Le mieux est encore de commencer à en profiter pour vous-même. Vous aurez sans doute envie ensuite de partager ces richesses avec d’autres….Un serviteur peut en cacher un autre ! L’apôtre Barnabas, un homme fantastique !

Pour savoir qui était Barnabas, cette étude vous propose non pas d’étudier UN texte, mais d’évoluer dans le livre des Actes des Apôtres pour y chercher la trace de Barnabas.

Prêts à feuilleter votre Bible ?

 1 Tous ensemble.

 Carte d’identité : Ac 4.36 ; 13.1

Tous ensemble, listez tout ce que l’on apprend sur Barnabas dans ces passages ; ce que l’on dit de lui. (1)

Demandez aux participants de dire tout ce qu’ils savent du début du ministère de l’apôtre Paul : quelles difficultés a-t-il dû affronter ? (2)

Que déduire du fait que dans Ac 13.1, Barnabas est en tête de liste et Saul / Paul, à la fin ? (3)

 Barnabas et Paul : Ac 9.26-28

Voyez à présent quel rôle a joué Barnabas dans la reconnaissance de la vocation de Paul. (4)

 2 Scindez-vous en deux groupes.

Barnabas, Paul et l’Église : chacun répond à la même question : quelles sont les qualités de Barnabas et de Saul mises en évidence ici ?

Premier groupe : Ac 11.22-26 et 11.29-30 ; deuxième groupe : 13.1-3, 26 ; 15.32-35. (5)

Puis revenez ensemble et mettez vos observations en commun.

 Couac ! Ac 15.36-40

Quelle leçon tirer de ce désaccord entre Paul et Barnabas ? Quelles en sont les conséquences ? (6)

Questions

Que vous inspire l’exemple de ce chrétien ?

Quelle est la qualité de Barnabas que vous appréciez le plus ?

Dans laquelle vous reconnaissez-vous un peu ?

Y aurait-il une personne dans votre entourage qui a joué ce rôle de Barnabas dans votre vie, qui vous a accompagné ?

Avez-vous ce rôle de « formateur » pour des personnes plus jeunes dans la foi ?

Envers qui pourriez-vous devenir un « Barnabas » ?

 Nous devrions tous devenir des Barnabas, des « encourageurs ». Eclairage

 1

 Barnabas est mentionné dès les débuts de l’Église

Prêtre juif (Lévite), il est cohérent, s’engage entièrement au service du Christ, notamment en offrant ses biens à la communauté. Il est enseignant, prophète, un « encourageur ». 2

 Saul / Paul s’exposa non seulement à la haine des juifs mais aussi à la méfiance des chrétiens et à la défiance des apôtres. N’étant pas l’un des « douze », il eut de la peine à faire reconnaître son ministère (Ac 9.21, 23-26).3

 À ce stade de l’histoire de l’Église, Barnabas était davantage connu et reconnu que Paul, qui faisait office de « novice » !4

 On pourrait dire que Barnabas a cautionné Saul auprès des apôtres et lui a ouvert la voie de la reconnaissance.5

 On reconnaît en lui un homme de valeur, capable de s’adresser à une Église mixte (juifs et grecs, Ac 11.19-20). Il se réjouit de voir Dieu agir, exhorte à tenir ferme dans la foi. Il est droit, rempli de l’Esprit Saint et de foi. Il sait reconnaître aussi qu’il a besoin d’aide, va chercher Saul et sait travailler en équipe. Un homme honnête et fiable (Ac 11.30).

Barnabas n’est pas un franc-tireur. Il se soumet à la direction du Saint-Esprit et se laisse envoyer par l’Église (Ac 13.2-4). 6

 

 On peut collaborer avec un grand ami, servir Dieu de tout son cœur… on n’en reste pas moins humains ! La dispute porte vraiment sur un détail pratique. L’aspect positif de cela est que Paul et Barnabas forment deux équipes et partent évangéliser dans deux directions différentes. L’Évangile se propage, malgré les désaccords des frères…

À partir de cet épisode, le livre des Actes des Apôtres ne mentionne plus Barnabas, mais relate les périples de Paul.

C’est comme si Barnabas lui avait « mis le pied à l’étrier » et lui cédait la place désormais…

Belle leçon d’humilité.

Canevas préparés par Laurence Belling


Numéro Journal: 51

Date: 2003-04-26

Titre: La S.G.M.

Préambule: Entretien avec Zbigniew Szalbot, coordinateur de la communication pour la Scripture Gift Mission (Mission pour le Don de l’Ecriture).

Texte: La S.G.M. Racontez-nous quelle est l’histoire ainsi que la vision de cette mission.

Et bien, c’est une mission déjà ancienne qui fut fondée en 1888 mais qui est aussi très moderne dans ce qu’elle produit. Elle a commencé à Londres avec l’imprimeur William Walters qui ressentait le besoin de rendre la Bible plus accessible pour tout un chacun. Il voulait imprimer des passages choisis de la Bible qui pourraient aider les gens à comprendre qui est Dieu, quel est le sens de la vie, ce que veut dire  croire, etc. Walters commença donc à publier des fascicules d’extraits bibliques en anglais et il dut bientôt aussi faire face à des demandes dans d’autres langues. Depuis le commencement ce qu’il souhaitait était que ces fascicules puissent encourager des non-croyants à s’intéresser à la Parole de Dieu. Il voulait aussi qu’ils soient de bonne qualité afin que les chrétiens n’aient pas honte de les distribuer. Enfin, il voulait qu’ils soient accessibles gratuitement pour les non chrétiens qui ne sont peut- être pas prêts à payer pour lire la Bible. Nous gardons fidèlement ces principes et nous faisons toujours tester nos fascicules avant de les faire imprimer. Depuis 115 ans nous donnons ces fascicules bibliques à tous ceux qui nous le demandent.

 Vous disiez que depuis l’origine il y avait eu des demandes dans d’autres langues, vous êtes donc implantés dans d’autres pays.

Tout à fait, d’ailleurs notre bureau européen est basé en Pologne. Nous y sommes responsables du développement, de l’impression et de la distribution de nos produits pour toute l’Europe, exceptées les Îles Britanniques. Nous avons aussi des antennes un peu partout dans le monde.

 Vous donnez gratuitement votre matériel, comment financez-vous un tel travail ?

Premièrement, nous pensons que se sont les non chrétiens qui devraient avoir accès à la Parole de Dieu gratuitement. Nous essayons d’obtenir le soutien des chrétiens en leur demandant de nous aider à couvrir le coût de leur commande. Ce n’est pas une obligation, et bien souvent ils ne le peuvent pas, particulièrement en Europe de l’Est.

Nous essayons aussi de mettre en place des partenariats avec d’autres missions chrétiennes et de partager ainsi les frais. C’est bien sûr très difficile d’obtenir un soutien total et jusqu’à présent nous dépendons beaucoup du Royaume-Uni.

 Parlez-nous un peu plus de ces fascicules, quel est leur contenu, comment évoluent-ils ?

Ils doivent rencontrer des exigences bien précises et nous suivons toute une procédure pour nous assurer qu’ils y répondent bien.

Tout d’abord, comme les destinataires prioritaires sont les non chrétiens, le design, les couleurs et les caractères d’impression sont tous testés par nos équipiers qui font des recherches auprès des non croyants. La seule chose que nous ne testons pas ce sont les extraits de l’Écriture choisis pour les livrets.  Nous croyons que la Parole de Dieu est au-dessus de tout test.

 Ensuite, notre politique est de ne pas laisser un titre donné plus de 7 ans en circulation. Après cette période il doit subir de nouveau les tests afin de nous assurer que le thème et la mise en page correspondent à la culture présente. Grâce à ce système, nous pouvons offrir des titres qui soient parlants dans la culture moderne.

Enfin, nous ne restons pas attachés à une même traduction de la Bible mais à toute traduction moderne et fiable dans une langue donnée. Nous croyons que la Bible doit être claire et compréhensible afin que les gens sachent ce que Dieu veut leur dire.

 Quel public essayez-vous d’atteindre avec vos livrets ?

La plupart de nos titres sont destinés aux non chrétiens. Nous souhaitons aider les croyants à répandre la Bonne Nouvelle en leur proposant un matériel biblique de bonne qualité. Voilà par exemple, quelques titres en français : Chrétien ? Est-elle juste, la vie ? Qui d’autre... ?, Tu comptes ! Ce sont vraiment des outils pour l’évangélisation, ils parlent de façon assez directe de la relation avec Jésus. Des titres comme Le petit livre de la vie ou Le petit livre de secours peuvent être utilisés pour aider des personnes dans le besoin en ne leur parlant peut-être pas directement de Jésus mais en les orientant vers la Bible comme une source qui peut les aider dans des passages difficiles de la vie. De ce point de vue ils peuvent aussi être utilisés par des chrétiens.

 Dans une époque qui est plus tournée vers l’image du fait de la télévision, du cinéma, quel peut être l’impact de livrets ?

Je pense qu’ils ont encore un impact très important. Nous essayons d’adapter le design afin qu’il parle à l’homme moderne et que cela  encourage à prendre un livret et à le lire. Quand vous partagez votre foi avec un collègue de travail ou une personne dans le bus, cela porte plus de fruits si vous leur laissez quelque chose qu’ils pourront lire plus tard et ainsi repenser à ce que vous leur avez partagé. Mais, à côté des livrets, la SGM est en train de préparer un matériel biblique destiné à la génération de l’Internet.

 Est-ce que vous travaillez plutôt avec des Églises (ou des organisations ecclésiales) ou avec des individus ?

Un peu des deux, bien que la majorité soient des chrétiens qui utilisent notre matériel de façon personnelle.

 Est-ce que vos livrets peuvent être distribués de façon massive et systématique, par exemple dans des boîtes aux lettres ?

Non, la distribution de masse n’est vraiment pas l’objectif pour lequel nous produisons ce matériel. Voyez-vous, nous essayons d’avoir des produits de haute qualité afin que les personnes qui le reçoivent aient le sentiment de recevoir quelque chose de valeur.

 Quel en est alors le meilleur usage ?

Nous croyons qu’aujourd’hui la façon la plus efficace de toucher les gens est de se faire des amis. En Pologne, par exemple, chanter dans la rue et organiser des campagnes d’évangélisation n’est plus très efficace. Les gens sont submergés de publicité dans leur boîte aux lettres et y ajouter un livret chrétien n’a plus guère d’effet

Par contre, des conversations amicales, une invitation pour le café, partager des intérêts communs sont autant d’occasions de partager ce en quoi on croit sur un mode plus sympathique. C’est dans ce genre de cadre que notre matériel peut être vraiment bien utilisé.

 Parlez-nous de votre projet spécial pour les enfants.

Effectivement, la SGM ne se résume pas à ses livrets. Nous essayons de produire du matériel biblique pour aider les chrétiens à travailler avec différents groupes sociaux. Un des projets dans lesquels nous sommes impliqués depuis pas mal de temps s’appel le projet « Pavement ». Ce sont des outils basés sur la Bible dont l’objectif est d’aider à guérir et restaurer des enfants de la rue au travers de la Parole de Dieu. Le projet Pavement est un ensemble d’outils comprenant des cartes d’images, de jeux et des coloriages ainsi qu’un manuel d’instruction. Il est actuellement disponible en anglais, espagnol, portugais, roumain, kannada, tagalog et zoulou. Chaque coffret nous coûte environ 380 € à la production, ce qui vous donne une idée de l’échelle de l’ensemble du projet.

 Est-ce la première fois que vous faites ce genre de projet spécial ?

Non, nous en avons fait plusieurs autres. Nous avons eu par exemple des projets pour les jeunes, pour des peuples qui n’ont pas encore la Bible dans leur langue, etc. Un des projets récents que nous avons mis en place est orienté vers les réfugiés. Nous publions des livrets bibliques  bilingues en anglais et dans la langue des réfugiés, ainsi ceux qui travaillent auprès des réfugiés et les réfugiés eux-mêmes peuvent se comprendre un peu mieux.

 Votre matériel est traduit dans plusieurs langues, est-ce que vous faites toujours de la traduction du même matériel dans chacune de ces langues ou vous arrive-t-il de publier des livrets plus spécifiquement pour une culture ?

Dans la plupart des cas nous avons traduit les mêmes livrets mais nous encourageons chaque centre de la SGM dans les différentes régions du monde à produire son propre matériel, plus spécifiquement adapté à son contexte. Même si la globalisation domine largement, nous essayons de travailler au niveau le plus local possible.

Propos recueillis par Pierre de MAREÜIL


Numéro Journal: 51

Date: 2003-05-21

Titre: Sébastien Fath

Préambule: Sébastien Fath est historien de formation, chercheur au Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité (CNRS/EPHE). Son terrain de spécialisation est l’histoire et la sociologie du protestantisme de type “évangélique ”. Il enseigne également tous les quinze jours à la Sorbonne, à la section des Sciences Religieuses de l’École Pratique des Hautes Études. À l’occasion de la sortie récente de ses deux derniers livres nous avons tenu également à vous le présenter.

Texte: Sébastien Fath, pourriez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?

Natif d’Alsace, j’ai grandi dans une famille à la fois marquée par l’identité évangélique, et par les valeurs de laïcité (à ne pas confondre avec le laïcisme). Je reste très attaché à cette articulation. J’ai “roulé ma bosse” à Nancy, à Paris, au Caire, pour aboutir en Picardie où je réside depuis 7 ans avec mon épouse (professeur d’histoire en collège) et mes trois enfants. J’y suis membre de l’Église baptiste de Chauny (Aisne)

Pour définir mon profil, je dirais que je tiens du félin, avec ses qualités de souplesse et de ressort. Mais ces atouts de vivacité et de percussion ont leur revers : la souplesse peut conduire à vouloir être sur tous les fronts, à en faire trop : lorsque j’étais à Normale Sup. Fontenay/Saint-Cloud, par exemple, je n’ai pas toujours su parer à ce risque. Quant au ressort, il permet d’avancer, mais avec trop d’élan on peut se laisser emporter, sans plus savoir dire “stop”. La thèse d’histoire baptiste que j’ai eu le privilège de soutenir à l’EPHE en 1998 illustre tout cela. L’œuvre dit toujours quelque chose sur son auteur.

 Pourquoi cette thèse sur l’histoire des baptistes français ?

Ce projet s’est situé à la croisée de quatre centres d’intérêt : l’histoire, les questions interculturelles, la dimension de l’immigration et l’appartenance au milieu chrétien, protestant, évangélique et baptiste. La rencontre de ces éléments m’a donné envie d’analyser l’itinéraire baptiste (qui n’avait jamais fait l’objet d’une thèse aboutie), en évitant le piège d’une histoire myope et partisane. Dans ce but, j’ai cherché à creuser la thématique de l’implantation, c’est-à-dire du contact entre deux cultures au départ très opposées (le catholicisme hégémonique du début du XIXe siècle, le revivalisme baptiste), qui vont peu à peu s’influencer réciproquement, et apprendre à cohabiter dans un contexte où s’impose peu à peu une civilisation du choix personnel. au départ perçus comme des “immigrés de l’intérieur”, les baptistes français ont graduellement acclimaté “une autre manière d’être chrétien en France”. L’histoire du baptisme ne peut sérieusement se concevoir sans faire aussi, en même temps, l’histoire des “autres” : c’est ce que j’ai cherché à traduire dans mon travail.

 Votre dernier livre, paru chez un éditeur grand public, parle de Billy Graham. Qu’est-ce qui vous a intéressé chez ce célèbre évangéliste ?

La première chose qui a attiré mon attention, c’est son pouvoir de mobilisation. Sans comparaison dans le protestantisme, il peut être rapproché de celui de Jean-Paul II ou du Dalaï Lama. Voilà qui n’est pas banal. Mais le problème avec des figures aussi “célèbres”, c’est que la renommée peut faire écran à l’analyse. Il y a mille et une “pelures” (tantôt caricaturales, tantôt hagiographiques) qui recouvrent le noyau individuel

Pour moi qui aime la cuisine, j’ai trouvé passionnant de tenter d’éplucher mon objet d’étude de ses clichés, pour relever le défi d’une analyse socio-historique (que j’espère digeste). Mon fil directeur à été la comparaison avec le pape, qui me conduit à conclure que tout compte fait, Graham est avant tout une “star”, avec tout ce que cela comporte de fabrication, d’artifice parfois. Mais c’est une “star” particulière, car elle est dotée d’un impact institutionnel important (trop sous étudié), et d’un message spécifique, celui du protestantisme évangélique dans ce qu’il a de plus générique : l’appel à “naître de nouveau” en Jésus-Christ. Ce message renvoie donc non pas à la star elle-même (qui, du reste, n’a jamais créé sa propre Eglise), mais à un “Autre”, connaissable au travers de ce que “la Bible dit” (formule favorite de Graham).

 Vous êtes maintenant connu comme un spécialiste des évangéliques, qu’est-ce qui explique le développement récent des études sur ce milieu qui semble n’avoir guère jusque là intéressé les sociologues et les historiens ?

J’attribue ce développement récent des recherches (cf. encadré) à trois éléments. D’abord, l’épaisseur historique atteinte aujourd’hui par diverses Eglises et mouvements évangéliques en France : quatre, cinq, parfois six générations de protestants évangéliques ont sédimenté une identité très repérable, aux travers de leurs organisations, mais aussi de leurs archives, parfois très abondantes. Ensuite, la visibilité actuelle des protestants évangéliques dans l’espace public a suscité une demande sociale d’explication. Qui sont-ils ? Comment les situer ? Si les évangéliques ne représentent qu’un tiers du protestantisme français, ils constituent les 3/4 des pratiquants et dans la plupart des villes de France, il y a davantage d’assemblées évangéliques que de paroisses luthériennes ou réformées. Regardez Montpellier, ville typique du protestantisme huguenot : environ 80% des assemblées protestantes qui s’y rassemblent aujourd’hui le dimanche sont évangéliques. Ce n’est pas sans conséquences. Enfin, on voit poindre depuis une dizaine d’années une nouvelle génération de protestants issus des milieux évangéliques, qui ont bénéficié d’études universitaires et d’une solide formation générale, et qui ne se satisfont pas, ou plus, de la “mémoire interne” de leur groupe d’origine. Ils souhaitent porter un regard de type “sciences sociales” sur le parcours et le profil des Eglises dont ils sont issus.

 La cohabitation, en vous, du croyant et de l’historien est-elle facile ou pose-t-elle quelques problèmes ?

Un point de vue parfaitement neutre n’existe pas. Tout historien commence son parcours avec un ancrage préalable, qu’il soit athée, agnostique, croyant. Mais un bon travail d’historien suppose de mettre à distance ses représentations de départ, pour produire une analyse distanciée, critique et rigoureuse

Pour donner un exemple, un historien de conviction athée pourra être tenté, s’il ne se détache pas assez de ses présupposés, de réduire le message chrétien à de l’anecdote, au profit d’une explication par le “tout charismatique”, le “tout économique” ou le “tout politique” qui ne rend pas justice à la consistance propre du contenu religieux. À l’inverse, un historien de conviction chrétienne pourra être enclin à accorder trop de crédit à la “mémoire interne” des Eglises qu’il étudie, sans prendre suffisamment en compte les déterminations sociales globales qui orientent les événements. Quand on est conscient du problème et que l’on a été bien formé, je pense qu’il est possible d’éviter ces dérives, même si nobody is perfect. Comme tous mes collègues, je me livre à ce travail méthodologique, et je n’ai pas le sentiment, ce faisant, d’une ascèse surhumaine, loin s’en faut.

 Comment articulez-vous les deux dimensions ?

Je suis à l’aise avec le label “historien et chrétien”, mais je n’aime pas celui d’”historien chrétien” (pas plus que “historien ou chrétien”!). Je pense qu’il faut vivre l’articulation (d’où le “et”) sans confusion des registres. Ce serait tragique si demain, on évoluait dans une société où Mr ou Mme Untel ne se fournit que chez un “boulanger darbyste”, ne lit qu’un “journaliste libriste”, etc. À mon sens, dès lors que l’on conduit un travail séculier, ce n’est pas l’étiquette convictionnelle qui doit primer, sans quoi on plonge dans une logique communautariste qui ne m’apparaît, ni laïque, ni vraiment chrétienne. C’est la qualité du travail qui importe. Celle-ci s’examine à partir de critères valables pour tous, et que l’on apprend en faculté dans le cas de l’histoire et des “sciences sociales”.

 L’histoire a-t-elle quelque chose à nous apporter ?

Une “vie sans histoire”, cela n’existe pas. Nous inscrivons notre trajectoire dans un temps donné, fait d’événements tristes ou heureux, de crises et de fêtes. Alors, quitte à vivre notre vie “dans l’histoire”, autant essayer d’en comprendre le sillage ! Aux côtés des diverses “sciences sociales” (sociologie, anthropologie, politologie etc.…), l’histoire bafouille souvent, mais elle peut aider chacun de nous, individuellement et collectivement, à y voir parfois un tout petit peu plus clair, à dissiper le brouillard de l’ignorance ou des légendes (y compris des légendes dorées) pour discerner ce qui relève de nos responsabilités... et mieux “construire ensemble”.

Propos recueillis par Louis SCHWEITZER


Numéro Journal: 51

Date: 2003-05-23

Titre: L’Église Réformée de France

Préambule: Entretien avec Marcel Manoël, président du Conseil National de l’ERF

Texte: Construire Ensemble s’est fait l’écho (n°25) du lancement de « Débat 2000 et 2000 débats » en votre sein

Pouvez-vous en tirer pour nous le bilan ?

Il s’agissait pour nos Églises de chercher à dire l’Évangile en abordant les questions que se posent nos contemporains.

Le bilan que le synode en a tiré est globalement positif. Nous retenons que ce sont les petites paroisses qui en ont le plus bénéficié. Grâce au matériel proposé et aux idées suggérées (exposition sur le protestantisme, théâtre, conférences …), elles ont en effet été encouragées à vivre des choses qu’elles n’auraient sans doute pas osé entreprendre toutes seules. La dimension œcuménique de ce témoignage a été également appréciable.

On s’est rendu compte qu’à chaque fois que nous organisions un débat, les gens de la société étaient intéressés à écouter notre témoignage de chrétiens.

 Quelle est selon vous la spécificité de l’Eglise Réformée dans le paysage chrétien ?

Comme toutes les Eglises de la Réforme, nous sommes une Église basée sur la Parole. Avec les luthériens en particulier, nous disons que l’Église se trouve partout où la Parole est proclamée, écoutée et administrée sous la forme de la Cène.

Notre spécificité est sans doute d’être une Église populaire au sens où nous disons que toute personne baptisée, inscrivant un peu de sa vie dans cette Église, est membre de l’Église sans autre condition. Ceci se vivait très bien autrefois dans les régions à majorité protestante. Aujourd’hui, dans un monde très sécularisé, nous voulons être une Église à la fois confessante et très largement ouverte. Nous nous refusons par exemple à avoir des listes de membres.

Pour nous, l’Église est constituée non pas par les membres mais par la Parole qu’on entend.

 Comment s’organisent les paroisses s’il n’y a pas de membres ?

Il y a bien sûr un support légal qui est l’association cultuelle mais nous disons bien que l’association cultuelle n’est pas l’Église. Les personnes qui confessent une foi personnelle en Jésus-Christ sont inscrites à leur demande. Ce sont elles qui élisent un conseil presbytéral, à la manière d’un conseil d’anciens. Il est mis en place de telle manière qu’il n’est pas dépendant de l’assemblée.

Parce que nous discernons dans ces personnes une aptitude au ministère de gouvernement de l’Église locale, c’est ce conseil, une fois élu, qui représente l’Église, davantage que l’Assemblée Générale.

Ceci implique notamment qu’une personne qui n’est pas de confession réformée mais qui a la foi en Jésus-Christ, peut avoir un ministère au sein de l’Eglise. Il en est membre à nos yeux s’il participe à sa vie, quelle que soit sa confession.

 Et qu’en est-il de la dimension nationale de l’Eglise Réformée ?

Le pari de notre système presbytérien synodal, c’est que l’Église est pour nous à la fois pleinement et entièrement l’Église locale (elle n’est pas une succursale de l’union nationale) et que l’union des Églises est aussi pleinement l’Église. C’est dans la tension entre ce que se disent les Églises, leur synode régional et le synode national que se vit l’unité de l’Église.

Dans la pratique, un synode régional (il y en a huit) se tient une fois par an (en général à l’automne). Il est composé de deux délégués par poste pastoral (le pasteur plus un membre du conseil). Il a autorité pour veiller à la vie de l’Église dans la région ; il donne également au synode national des avis, lui pose des questions.

Le synode national est composé des délégués des synodes régionaux. Il se réunit actuellement chaque année à l’époque de l’ascension. C’est lui qui a compétence pour formuler la foi de l’Église Réformée, soit par sa confession de foi, soit sous forme de liturgie ou encore de textes disciplinaires ou d’orientation …

 Faut-il distinguer l’Eglise Réformée de France et l’Église Réformée d’Alsace-Lorraine ? (ERAAL)

Fondamentalement, c’est la même chose. La différence structurelle vient de la différence du régime des cultes puisque l’Alsace-Lorraine est sous le régime du concordat*.

Il faut dire aussi que la situation elle-même est assez différente en Alsace puisque c’est sans doute la région de France la moins déchristianisée. De plus, sa situation proche de l’Allemagne lui fait percevoir les problèmes d’une autre manière qu’en « France de l’intérieur ». 

 N’enviez-vous pas la situation où l’Église est liée à l’État et donc, bénéficiaire d’avantages substantiels ?

Non. Même si cela a été imposé en 1905, cela était également assez largement souhaité par les milieux protestants de l’époque qui tenaient à leur liberté vis-à-vis de l’État. Nous sommes maintenant habitués à une situation où les membres de l’Église sont responsables de la vie de leur Église, y compris la nomination de leurs responsables et le nécessaire soutien financier à pourvoir.

 Les chrétiens évangéliques sont parfois déstabilisés de trouver des Églises Réformées dans lesquelles ils se sentent parfaitement à l’aise et d’autres où ce n’est pas le cas…

Nous tenons beaucoup à être une Église où l’on accepte de vivre ses convictions en dialogue avec celles des autres. Il a pu arriver par le passé que certains débats soient violents ; c’est beaucoup moins vrai aujourd’hui. Nous pensons du reste qu’on trouve dans les textes bibliques eux-mêmes certaines tensions que nous trouvons fécondes.

Nous restons malgré tout une famille assez unie. Nous constatons dans nos synodes par exemple que des pasteurs qui n’ont pas les mêmes théologies témoignent d’une belle solidarité.

 Quelles sont les joies que vous vivez tout particulièrement ?

Il pouvait arriver dans un passé pas si lointain que les membres des conseils presbytéraux étaient plus des notables que des membres d’Église engagés. C’est quelque chose qui a beaucoup changé. Aujourd’hui, beaucoup s’investissent dans la vie, le témoignage de leur Église, dans la formation aussi. Ce sont eux aussi qui permettent à l’Église de tenir en l’absence de pasteur.

 Vos difficultés ?

C’est un peu le revers de la médaille. Comme nous voulons être présents partout (proclamation de l’Evangile, diaconat, le domaine associatif …) et que nous sommes peu nombreux, ce sont toujours les mêmes personnes sur qui reposent bien des responsabilités. Cela représente parfois une charge lourde, difficile à supporter.

Quelque chose qui me pose question, c’est le constat que nos Églises sont en fait assez perméables à l’esprit de notre société où la recherche de l’épanouissement personnel est devenu la règle, même lorsque c’est au détriment des autres. Le refus de la discipline cache souvent celui de se mettre au service des frères. Nos Églises ne doivent-elles pas rendre un témoignage beaucoup moins non conformiste dans ce domaine ?

 Qu’en est-il de l’évolution des effectifs de l’Église Réformée ?

Nous constatons une érosion qui se continue dans les lieux traditionnellement protestants et un maintien dans les autres régions. Il arrive aussi de constater des augmentations en certaines villes, notamment en région parisienne. C’est souvent la qualité de la vie d’Église, le soin donné aux personnes, qui fait la différence.

 Pour beaucoup, être protestant veut dire être réformé ou luthérien. Que répondez-vous ?

De temps en temps, il faut bien le confesser, nous cédons à cette simplification mais je crois qu’on essaye de plus en plus d’être attentif à la diversité du protestantisme.

Ceci est dû pour une bonne part à ce que nous nous sentons plus proches aujourd’hui de bien des églises évangéliques. Alors qu’elles étaient encore des églises de première génération il y a quelques années et que plusieurs d’entre elles tenaient à leur originalité, beaucoup rencontrent aujourd’hui les mêmes problèmes que nous liés à la transmission de la foi à leurs enfants. Le fait qu’elles tiennent de plus en plus à souligner aujourd’hui leurs racines historiques nous rapproche aussi

Pour moi, cette diversité doit enrichir le débat.

 Etes-vous globalement favorable à l’élargissement de la Fédération Protestante ?

Sur le principe oui. C’est d’autant plus vrai qu’il y a bien des pasteurs réformés qui seraient parfaitement à l’aise dans telle Église baptiste ou telle Église pentecôtiste….

Oui, à la condition que les Églises qui y entrent jouent le jeu fédératif sachant bien que la FF n’est pas une Église qui s’exprime au nom de tous mais qu’elle essaye d’être un lieu où chacun accepte d’être interpellé par les autres.

 Où voyez-vous la distinction essentielle entre le réformé et le baptiste ? Est-ce le baptême ?

Peut-être est-ce ainsi qu’un baptiste perçoit les choses.

Pour moi, je la vois un peu en amont au sens où pour un réformé, ce qui nous constitue en Église, ce n’est pas la réponse que nos donnons à Dieu (par notre baptême ou par notre confession de foi) mais c’est d’abord le fait que nous entendons la Parole de Dieu.

Comme vous le savez, si nous baptisons les petits enfants, il nous arrive aussi de baptiser des adultes, à leur demande. Mais là n’est pas l’essentiel de la différence pour nous.

 Comment percevez-vous les Églises baptistes ? Quel message leur adresseriez-vous ?

Vous êtes pour nous et comme nous un visage de l’Église de Jésus-Christ. Il est important à mes yeux que vous restiez baptistes et que nous restions réformés, en perdant nos complexes et envies d’être comme l’autre. S’il y a de temps à autre des passages de membres d’une Église à l’autre, l’heure est au respect de chaque démarche et l’urgence est toujours à la réconciliation lorsqu’il y a des blessures.

Nous avons besoin de votre parole pour nous exhorter à confesser notre foi, à ne pas nous contenter de transmettre l’Évangile dans nos seuls cercles familiaux. Il y a une proposition d’Évangile à faire dans notre société, ce qui implique de sortir de nos murs. Vous pouvez nous aider dans cette dimension que vous vivez plus fortement que nous.

En même temps, nous aimerions vous encourager à ne pas vous enfermer en communautés chaudes, sympathiques et accueillantes mais d’oser vous confronter aux questions et aux difficultés de vie de nos contemporains en leur proposant des réponses éclairées par l’Évangile.

Propos recueillis par Georges MARY


Numéro Journal: 52

Date: 2003-05-23

Titre: Le loup séjournera avec l’agneau : Le réalisme et la prophétie

Préambule: Le message qui suit, inspiré d’Ésaïe 11, a été prononcé devant l’assemblée de la Cimade, par son actuel président, le pasteur Jacques Stewart, ancien président de la Fédération Protestante de France.

Texte:

Je voudrais évoquer les images insolites utilisées par le prophète Ésaïe sans doute dans les années 700-701 avant notre ère, dans une actualité particulièrement tourmentée : menaces des armées assyriennes aux portes de Jérusalem, politique de peur et d’urgence à l’intérieur…

Esaïe annonce, dans ce contexte, la venue d’un roi particulier. Il annonce le règne de l’homme sur qui reposera le souffle de Dieu, l’esprit de sagesse, d’intelligence, de courage. Ésaïe annonce le règne et le service de l’homme roi qui ne jugera pas à partir de ce qu’il aurait seulement vu de ses yeux, qui n’arbitrera pas à partir du seul discours que ses oreilles auraient retenu, mais qui rendra justice aux plus faibles et tranchera en faveur des courbés de la terre ; l’homme dont la parole défera les fatalismes et désarmera les violences.

Et le prophète commente cette annonce par des images, par la vision d’une création réconciliée, d’un monde où les différences n’auraient pas disparu mais auraient cessé d’être tabou, sources de haine et de mort :

Le loup séjournera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau, le veau et le lionceau iront ensemble, un jeune garçon les conduira… La vache et l’ourse auront un même pâturage, leurs petits une même litière… le petit enfant jouera près du trou de la vipère…

Les propos d’Ésaïe ont certainement dû paraître aussi décalés par rapport à l’actualité de son époque qu’ils peuvent l’être par rapport à celle d’aujourd’hui.

C’est la fuite dans le rêve, dans le merveilleux, dans la légende et le mythe pour conjurer les peurs, dira-t-on.

Mais Ésaïe n’incitait et n’incite encore à aucune évasion par le merveilleux ou le mythe.

La légende ou le mythe sont ailleurs et tout autres : c’est Héraclès pour les Grecs ou Hercule pour les Romains, le héros qui, à peine né, se dresse dans son berceau pour étrangler de ses bras hyper musclés deux énormes serpents. La légende, le mythe, c’est le champion solitaire qui lance et relève tous les défis, multiplie les exploits terrifiants, atteint et terrasse n’importe quel adversaire, se charge de toutes les croisades purificatrices.

Paradoxalement, ce sont les figures mythiques diverses du justicier ou celles du pouvoir absolu qui imposerait le bien par la force, éliminerait le mal à sa guise et chasserait tout ce qui menace ou dérange l’ordre qu’il s’est fixé et qu’il sacralise, ce sont ces figures qui entretiennent l’illusion du réalisme, du nécessaire, du souhaitable, bien que n’ayant finalement conduit qu’à des catastrophes humanitaires et à des impasses au cours de l’histoire, à l’aggravation des problèmes et à l’empêchement de la réconciliation.

Le réalisme est ailleurs. Je crois qu’il est vraiment du côté de la vision d’Ésaïe, du côté de l’annonce du service et du règne de l’homme animé du Souffle qui l’entraîne à ne pas juger à partir de ce qu’il aurait vu, à ne pas arbitrer seulement à partir de ce qu’il aurait entendu, mais à manifester la sagesse, l’intelligence, le courage, en rendant justice aux pauvres et en faisant les choix décisifs en faveur des courbés de la terre. Le réalisme et l’espérance sont du côté de la parole de l’homme roi, qui défait le mensonge des soi-disant fatalismes et désarme les violences.

Je souhaite que ce souffle nous oriente, nous accompagne encore et toujours, à travers notre diversité, qu’il inspire notre service solidaire et nous donne la joie d’être témoins et acteurs, avec d’autres, de paix et de réconciliation.

Pasteur Jacques STEWART


Numéro Journal: 55

Date: 2003-06-16

Titre: La Wycliffe

Préambule: La Wycliffe compte plus de 5200 membres, ressortissants de 55 pays différents. Tous travaillent, soit en capacité de linguistes traducteurs de la Bible, soit dans des rôles de soutien. Son premier objectif : que la vision de Townsend (fondateur de l’association) devienne un jour réalité.

Texte: L'origine et les objectifs de la Wycliffe

C’est au Guatemala qu’un beau jour un Américain du nom de William Cameron Townsend, alors missionnaire auprès de la tribu indienne des Mayan Cakchiquel, se voit demander par un autochtone « Si votre Dieu est si grand, pourquoi ne parle-t-il pas ma langue ? ». Townsend (appelé affectueusement « l’oncle Cam » par les membres de la Wycliffe) est bouleversé. Il prend alors cette résolution : que tout homme, femme et enfant puissent un jour lire la Parole de Dieu dans leur langue maternelle. À l’instar du précurseur de la Réforme, John Wycliffe, qui en l’an 1382 traduisit la Bible en anglais pour la toute première fois, il fonde le « Camp Wycliffe », association qui a pour but de former aux principes de la linguistique descriptive et analytique des jeunes enthousiastes, partageant sa vision. C’est donc aux bancs de cette école d’été de traducteurs, en 1934, que l’on peut retracer les origines de ce qu’est aujourd’hui la Wycliffe.

 Structure de la Wycliffe : un corps, deux visages

Officiellement, la Wycliffe ne représente pas un seul mais deux organismes séparés.

Pour dire les choses simplement, l’association « Wycliffe Bible Translators » (Association Traduire la Bible) est une mission évangélique qui a pour but de traduire la Bible dans toutes les langues du monde

Par contre, une fois sur le champ de mission, la Wycliffe n’existe pour ainsi dire pas et c’est une « autre » association, la ‘Summer Institute of Linguistics’ (Société Internationale de Linguistique – SIL), un organisme laïque de recherche, qui fait son apparition. De par son statut d’ONG et d’institut de recherche pour le développement, la SIL bénéficie d’un champ d’opération bien plus vaste et œuvre dans bien plus de pays qu’il n’aurait été possible pour une « mission ». C’est uniquement en regardant de plus près que l’on s’aperçoit que la liste des membres de la Wycliffe est exactement identique à celle de la SIL. La SIL remplit donc son contrat qui est de documenter les langues minoritaires d’un pays donné, de commencer des projets d’alphabétisation, de former des linguistes autochtones, etc. Tant qu’elle continue à publier des grammaires et dictionnaires et contribue ainsi à la recherche et au développement du pays, elle a libre cours pour commencer en parallèle des projets de traduction de la Bible.

 La linguistique

Pourquoi ?

La recherche linguistique représente la base même sur laquelle reposent les domaines de la linguistique appliquée que sont l’alphabétisation et la traduction. Ce travail est, par conséquent, l’un des rôles-clé de la SIL. Les problèmes que l’on rencontre dans le cadre d’un projet de traduction sont bien souvent attribuables à un manque d’égards aux réalités linguistiques de base d’une langue donnée. Une bonne traduction exige une analyse minutieuse du sens exact de chaque mot et de chaque phrase employés dans la langue d’origine. Il s’agit ensuite d’examiner la structure syntaxique et sémantique de la langue réceptrice. Une bonne traduction sous-entend souvent une restructuration de chaque phrase, selon le principe de traduction de « l’équivalence dynamique » (ex. : dans Jean 6, Jésus se décrit comme le pain de vie. Que signifie cette métaphore ? Jésus prétendait-il être la base de notre alimentation ou un produit de luxe complètement superflu ? En lingala, il est le «kwanga na bomoi » : le manioc de vie).

Le travail de traduction nécessite une collaboration très étroite avec toutes les églises qui se serviront du matériel traduit au sein de leurs programmes.

 Le savoir-faire de la Wycliffe / SIL

Bien que les desseins missionnaires de la SIL soient bien connus et pas toujours vus d’un oeil bienveillant chez linguistes et anthropologues, la qualité de son travail finit par attirer inéluctablement le respect. Dans les milieux académiques, quelle que soit la prise de position vis-à-vis de cette raison d’être évangélique, l’énormité du travail de recherche de la SIL n’en est pas moins incontournable pour tout membre de la profession. Si jamais quelqu’un dans le monde désire se renseigner sur un petit dialecte dont il a entendu parler, c’est vers l’ethnologue de la SIL que l’on se tourne (consultable en ligne www.ethnologue.com) véritable livre d’or du patrimoine linguistique mondial. Car, finalement, excepté l’Eglise, qui se préoccupe de la moindre petite tribu au fin fond de chaque petit recoin de la planète ? Qui s’en soucie ? À tête reposée, cela paraît logique que cette tâche nous incombe. Mais il n’en est pas moins remarquable que l’on soit obligé de se tourner vers un groupe de chrétiens dans le monde actuel, pour obtenir de telles informations sur les petites gens de cette Terre, les oubliés de la mondialisation. Un témoignage somme toute impressionnant ! La SIL est également devenue LA référence par excellence dans le domaine de l’alphabétisation en langue maternelle pour les pays du Tiers-monde – à tel point que l’UNESCO a prié la SIL d’accepter le rôle de consultant principal dans son programme d’alphabétisation et a nommé le Dr Clinton Robinson de la SIL britannique directeur du projet global.

 Différentes étapes d'un projet de traduction

Avant tout projet de traduction, plusieurs étapes sont nécessaires. Tout d’abord, au moyen d’enquêtes sociolinguistiques, une équipe de linguistes doit parcourir une région et recenser quelles langues sont parlées, quel niveau d’intelligibilité existe entre plusieurs dialectes, ce qui constitue une langue distincte et pas simplement le dialecte d’une autre langue, etc. Une fois que le besoin d’un projet a été établi pour une communauté linguistique donnée, vient l’étape de l’apprentissage préliminaire de la langue par un linguiste. Ensuite, cette personne doit étudier la langue de manière très approfondie et en analyser les structures grammaticales et discursives. Le système phonologique de la langue doit également être étudié pour pouvoir ensuite concevoir un système alphabétique adapté. Alors commence la formation de moniteurs d’alphabétisation autochtones. C’est à ce moment seulement que peut débuter le travail minutieux de traduction en étroite collaboration avec des linguistes issus du groupe linguistique, préalablement formés aux principes de traduction, à l’exégèse, etc.

Généralement, la traduction commence par des histoires bibliques, celle de David et Goliath par exemple, qui seront publiées, au fur et à mesure, sous forme de petits fascicules. Ensuite, la priorité est donnée au Nouveau Testament. Ce travail de stakhanoviste représente entre 12 et 20 années de labeur (et parfois même davantage), bien que le tout dépende en grande partie de l’engagement à un niveau local.

 Comment les chrétiens peuvent-ils soutenir ce travail ?

La SIL / Wycliffe est présente sur tous les continents, dans plus de 70 pays. Depuis sa fondation en 1942, cette organisation a effectué plus de 500 traductions destinées à environ 30 millions d’individus. Cela dit, nous sommes toujours loin du compte. La plus grande partie du travail a déjà été achevée en Amérique, mais en Afrique, en Asie et dans le Pacifique, ce sont plus de 3000 langues qui n’ont pas la moindre partie de la Bible traduite. En tout, plus de 380 millions de personnes n’ont pas la possibilité de lire la Bible dans une langue qu’ils comprennent bien.

 « Il leur dit: La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers.

Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson. » Luc 10:2

Il nous appartient de participer à cette tâche du mieux que nous le pouvons. Au moyen de la prière tout d’abord. Apporter une aide financière à un projet spécifique est une étape supplémentaire. Et finalement, il y a la possibilité de devenir ouvrier de la moisson nous-mêmes. Les baptistes suédois comme nombre d’autres missions d’églises à travers le monde  « prêtent » régulièrement certains de leurs missionnaires à la SIL pour participer à cette grande oeuvre. Est-ce là un exemple que nous pourrions suivre au sein de notre Fédération ?

Que tout peuple puisse un jour entendre Dieu lui parler dans sa langue !


Numéro Journal: 82

Date: 2006-04-08

Titre: UN CORPS POUR DIRE MA FOI

Préambule:

Texte:


Numéro Journal: 55

Date: 2003-06-16

Titre: A Morlaix, Une Église dans la ville et pour la ville

Préambule: Entretien avec le pasteur André Letzel

Texte:

Morlaix est une ville charmante de 16.000 habitants (24.000 avec ses alentours) presque au bord de la mer. Elle vibre tout particulièrement pendant l’été grâce au tourisme.

 Quelle est la physionomie actuelle de l’Église ?

L’Église compte 25 membres. Une moyenne de 35 personnes avec les enfants participe au culte. La moyenne d’âge est d’environ 40 ans. Une bonne moitié habite Morlaix, une autre dans ses environs.

Malgré la modestie de ses effectifs, presque toutes les tranches d’âge sont représentées. On y trouve également pas mal de professions.

Par la grâce de Dieu, il n’y a pas de chômeur dans l’Église au moment où je vous parle.

Quelques familles sont dans l’Église depuis plus de 20 ans.

Plusieurs personnes nous ont rejoints du fait de leurs déplacements professionnels.

Mon prédécesseur, le pasteur Karl Skaghammar a fait un travail remarquable après que l’Église ait vécu une période troublée. Les gens se sont réconciliés, se parlent et ont du bonheur à vivre leur foi ensemble. Un point faible cependant : on ne compte pas de conversions récentes.

 Une Église dans la ville et pour la ville ?

Oui. C’est quelque chose qui me réjouit énormément.

En voici un exemple : derrière l’église, il y a une petite rivière qui traverse la ville. Celle-ci était encombrée de bien des détritus depuis un certain temps. Un samedi, avec le matériel prêté par la commune, les membres de l’Église et d’une autre des environs en ont nettoyé les bords sur 300 mètres. Cela nous a donné droit à de bons échos dans la presse locale. C’est le type d’engagement citoyen que nous aimerions poursuivre. Nous sommes citoyens d’une ville ; nous voulons être attentifs à ce qui s’y passe.

 D’autres exemples ?

En mai, nous avons organisé une table ronde sur la violence avec plusieurs personnalités (directeur de collège, procureur de la république ….) et notamment Madame le ministre Marylise Lebranchu. Robert Somerville y a également participé en tant que théologien. Ici aussi, c’est l’occasion de montrer que les chrétiens sont partie prenante à la vie de la société.

En juin, le temple accueille les peintures d’un peintre amateur de l’Église.

Presque tous les mois, nous organisons quelque chose de particulier dans nos locaux. Ce n’est pas le même public qui se déplace et ce ne sont pas toujours les mêmes objectifs que nous visons mais cela contribue à faire connaître l’Église dans la ville.

En octobre ou novembre, nous organiserons quelques soirées thématiques sur la Bible dans le cadre de l’année de la Bible.

 Quelles sont vos autres activités ?

La traditionnelle étude hebdomadaire de la Bible au temple est en train d’évoluer puisqu’elle se déplace maintenant dans les maisons. Nous espérons ainsi atteindre de nouvelles personnes et augmenter les effectifs. Il n’est pas interdit de penser que nous pourrons aboutir à un ou deux groupes de maison dans l’avenir.

Mon épouse participe également activement à deux groupes de dames. Ils se tiennent alternativement tous les quinze jours, l’un à Roscoff et l’autre sur l’Ile de Batz. Ce sont des groupes de découverte de l’Évangile. Il s’y vit des choses importantes.

Quant à moi, je dessers un dimanche par mois l’Église de Roscoff avec le pasteur Robert Somerville

Par contre pendant les mois de juillet et août, un culte y est célébré chaque semaine grâce à des pasteurs venus pour l’occasion.

 Comment cela se passe-t-il financièrement ?

L’Église est une Église dite « majeure ». Cependant, l’entretien de son patrimoine immobilier vétuste (deux temples plus un presbytère) mange une partie considérable de ses ressources financières. Il lui est donc impossible aujourd’hui de salarier elle-même son pasteur. Je suis donc soutenu par un réseau d’amis et encadré par ma mission en Allemagne (la VDM).

 Comment voyez-vous le rôle de la Fédération ?

C’est plutôt un vœu que j’émettrais à ce propos tout en mesurant bien la difficulté à le réaliser car notre Fédération est en sous effectif.

Pourtant, il me semble que ce serait une bonne chose de prévoir plus systématiquement des visites des membres du bureau ou même du Conseil de la Fédération dans chaque Église. Il me semble que le rôle de la Fédération n’est pas seulement de résoudre les crises quand il y en a mais d’assurer un lien plus solide et plus permanent avec ses Églises.

 Quelles évolutions prévoyez-vous pour l’Église ?

Nous avons noué d’excellentes relations avec l’Église évangélique de Saint Martin des Champs à l’occasion de la campagne d’évangélisation Pro Christ 2003 que nous avons organisée ensemble dans la région.

Nous étudions aujourd’hui la possibilité de réunir nos effectifs pour organiser un groupe de jeunes ou de jeunes adultes en commun.

Nous avons également de très bons contacts avec les amis catholiques. Ici aussi les choses sont en devenir. Nous réfléchissons en particulier à chercher à nous exprimer ensemble sur des sujets de société où nous nous trouvons en harmonie.

 Quel est aujourd’hui votre souhait le plus cher pour l’Église de Morlaix ?

Que l’ouverture de l’Église se poursuive et que notre témoignage soit de plus en plus présent. Tout cela pour mettre nos contemporains en contact avec l’Évangile libérateur.

Propos recueillis par Georges MARY


Numéro Journal: 55

Date: 2003-06-16

Titre : Passage à l’acte… Exemples d’action concrètes pour l’Année de la Bible

Préambule: L’Année de la Bible fait peu de bruit sur le plan médiatique, mais elle est en marche et il se passe de nombreuses choses sur le plan local partout en France et dans des Eglises très différentes. Quelques nouvelles transmises par la cellule de presse de l’Année de la Bible.

Texte: Un départ prometteur

Un regard sur les publications protestantes locales et régionales de ce début d'année en témoigne. L'exposé du projet est relayé dans le détail et l'on aperçoit d'emblée la double ambition des concepteurs : rassembler dans cette entreprise des protestants de toute obédience : réformés, luthériens, évangéliques, pentecôtistes, à qui se joignent parfois les catholiques ; faire sortir les croyants de leurs temples ou de leurs églises et s'adresser au grand public là où il se trouve : les rues, les marchés, les centres commerciaux, les salles municipales. Le comité de pilotage met à la disposition des paroisses une brochure recensant les outils disponibles, mais n'organise rien. C'est aux paroisses de se prendre par la main et de faire preuve d'imagination. De fait, les projets foisonnent. Expositions de toutes sortes : A Bourgoin, le thème sera « La Bible et l'Europe ». A Carcassonne, tout se fera avec la mairie et l'on recevra les scolaires. A Montbéliard on montrera les « Bibles de famille ». A Vallon Pont d'Arc, ce sont des œuvres d'art que l'on montrera et ce sera aux visiteurs de trouver les récits bibliques représentés dans les tableaux. Des spectacles sont prévus : lecture à voix haute d'un évangile, contes bibliques, théâtre. Et l'on distribuera des milliers de Bibles, de Nouveaux Testaments, d'Evangiles. Tout cela ne se fera pas sans beaucoup d'animateurs bénévoles. La  « Ligue pour la lecture de la Bible » organise à cet effet des stages de formation. On trouve, ici ou là, des idées hors du commun. Lyon prévoit un « téléthon de la Bible » (?), ailleurs des « plats bibliques » (?), et dans beaucoup de lieux « une nuit de la Bible » ou une « nuit du conte biblique »…

 Quelques actions

En octobre dernier, pendant les trois jours de la Fête du livre, la Bible a été lue en continu, de 10 h à 22 h, dans une rue animée de Versailles. Certes, la proportion des gens qui se sont arrêtés est faible, mais en trois jours, plus de 300 personnes ont manifesté leur intérêt. En février 2003, la médiathèque d'Enghien a organisé une exposition en collaboration avec des communautés catholiques, protestantes, juives. Quarante artistes ont relevé le défi suivant :

Partir d'une phrase de la Bible choisie par eux et en faire une œuvre. Bel exemple de dialogue entre les spiritualités par le moyen de l'art ! La Rochelle, janvier 2003 : Lucien Clerc, pasteur baptiste à la retraite, et sa femme Suzanne installent chaque semaine leur stand sur le marché et proposent aux passants des bibles et différents ouvrages. Point de harangue ni d'apostrophe, mais une présence attentive

Parfois, une relation s'ébauche, un dialogue s'instaure, un rendez-vous est pris (Renouveau, Moselle). Jean Bouhelier, prêtre de la paroisse catholique de Montbéliard, anime, en collaboration avec un pasteur, un groupe de partage biblique : Souvent nous divisons le groupe de vingt-cinq personnes environ en deux afin de favoriser le partage. En effet, nos séances se déroulent en trois phases : comprendre le texte, l'actualiser, prier les uns pour les autres. Le petit groupe est nécessaire pour que chacun puisse s'exprimer librement dans chacune de ces étapes. (L'ami chrétien, mars 2003). Tout ceci n'est qu'un début. Il fait bien augurer de la suite.

Jean-Claude WIDMANN


Numéro Journal: 55

Date: 2003-06-16

Titre: Le chrétien et la musique

Préambule: Stéphan PATIN, qui est enseignant musical (notamment à l’Institut Biblique de Nogent), compositeur, chef de chœur et responsable culturel dans son Église nous invite à la réflexion. Celle-ci est accompagnée de quelques témoignages de lecteurs.

Texte:

juin03


Numéro Journal: 55

Date: 2003-06-16

Titre: Le chrétien et la musique Réflexions…

Préambule:

Texte:

Dieu, dans sa grâce souveraine et son infinie prodigalité, a pourvu l’homme d’une panoplie de moyens d’expression, de stimuli de sa sensation, de son émotion, dont la musique demeure l’un des privilégiés. Vocale, rudimentaire et individuelle -du domaine privé ou instrumentale, très technologisée, support d’un texte, d’un spectacle, d’images ou valable pour elle-même ; imposée, subie, perçue à notre insu, ou au contraire désirée, produite ou consommée, la musique exerce aujourd’hui encore sur notre intellect, nos sens et, finalement, tout notre être, une action spécifique, intense, quelquefois durable, et de toute façon non négligeable.

Jamais auparavant dans l’histoire, l’homme n’avait domestiqué le son et ne s’était de la sorte approprié les musiques du monde et ce, grâce à des outils technologiques encore inimaginables il y a un siècle. Avec Internet, le téléphone mobile, le lecteur MP3…, le monde musical d’aujourd’hui et d’hier (grâce aux travaux d’exhumation et de reconstitution des pratiques d’antan) est à la portée, pour ainsi dire instantanément, de tous. La musique actuelle jouit de potentialités techniques, d’un champ de possibles vertigineux qu’il s’avère donc nécessaire d’aborder avec une certaine réflexion distanciée.

 « Ma musique » m’affirme, me raconte, m’intègre, me distingue

Tout d’abord, il nous faut insister sur la composante culturelle, la portée de sociabilité structurante que revêt la pratique musicale quotidienne de tout un chacun. Nos choix musicaux, l’écoute préférentielle de tel programme sur telle radio ou telle émission musicale de télévision, par exemple, l’élaboration de notre discothèque, son recours plus ou moins régulier, la fréquentation des concerts, tout cela traduit non seulement nos goûts, mais toute notre histoire sociale, familiale, ecclésiale, spirituelle, voire professionnelle : le tronc commun de l’éducation, l’héritage musical transmis par les parents, les grands-parents, oncles, tantes, cousins…, les camarades de classe, fratries estudiantines, cercles d’amis…, le conjoint, même les enfants, les petits-enfants grandissant ; les objets admis dans la communauté de valeurs référentielles que l’on partage avec ces différents cercles de connivence culturelle, les productions artistiques distinguées parmi toutes, celles auxquelles nous tenons tout particulièrement parce qu’elles se sont révélées comme dans une illumination de notre entendement sensible ; enfin, les œuvres ou productions musicales accueillies et élevées au sein du panthéon personnel, par provocation, transgression ou débordement du goût commun, qui constituent autant de points de cristallisation de la volonté de distinction qui pousse chacun à sortir ou à élargir le cadre proposé par les filiations plus ou moins consenties.

 En faveur d’une hygiène de vie… musicale

 « TOUT M’EST PERMIS, MAIS TOUT N’EST PAS UTILE, TOUT M’EST PERMIS, MAIS JE NE ME LAISSERAI PAS ASSERVIR PAR QUOI QUE CE SOIT. » (1 Co. 6. 12). Combien l’affirmation de l’Apôtre peut faire l’objet de notre méditation et de son application à notre vie. Or, si l’on n’y prend garde, l’intrusion latente des médias dans notre quotidien (radio, télévision, recours constant au baladeur pour une grande partie de la jeunesse -alors comme sous « perfusion » sonore) peut exercer sur nous une pression permanente de consommation musicale, un habitus d’écoute semi consciente qui envahit nos activités de loisir, et même de travail (du moins pour certains types de professions), peuplant notre activité cérébrale de bribes mélodico rythmiques, court-circuitant nos idées…, parasitant notre prière. D’ailleurs, la notion même de rythme (le rythme correspondant en fait à une réalité humaine bien plus vaste et diversifiée que ce que l’acception sous-entend généralement ; une pièce musicale communément reconnue comme « rythmée » n’est souvent que martelée par une empreinte rythmique très répétitive…), sa puissance intrinsèque et sa très forte action psychophysiologique sur le comportement humain, individuel et collectif (souvent au détriment de l’attention portée au texte), d’une part ; l’influence de l’insinuation en nous des paroles chantées, la trace laissée par les chaînes de mots soutenues par la mélodie, d’autre part, feraient l’objet d’analyses dont l’ampleur déborde considérablement le cadre imparti à cette bien modeste contribution. La question de l’humeur induite par l’écoute de la musique  « pure » ou indépendante de tout texte, est si vaste et s’appuie sur une conjonction de facteurs si variés interagissant subtilement entre eux, que nous ne l’aborderons pas ici, sinon en rappelant qu’une introspection (pas toujours évidente à mener à bien) peut révéler s’il y a bienfait ou, au contraire, retentissement néfaste de telle musique à tel moment de notre vie spirituelle… A la suite de l’audition musicale, ce questionnement peut m’aider à en déterminer l’influence: suis-je ému, « entamé », ragaillardi, rasséréné, consolé, plus joyeux, ou bien nostalgique, languissant, « dés-espéré », etc.

Le risque du « trop-plein » (notamment sonore, musical) fait partie de la réalité de notre existence elle-même trop ou mal « remplie » et est à prendre en considération. A nous, disciples du Seigneur soucieux de maîtriser toujours mieux avec son aide les éléments qui nous incombent, à nous donc de rejeter délibérément le carcan que nous nous laisserions si facilement imposer par l’habitude des gestes quotidiens, par une attitude finalement résignée, passive, fataliste, qui réduirait notre vie, pour partie, à une succession d’actes par négligence obligés, loin de la richesse de la vie spirituelle intense et variée que le Seigneur veut nous faire et nous voir vivre.

Pour la plupart d’entre nous, des expressions musicales extrêmes, tel le hard rock, le punk ou, plus actuelle, la musique techno génèrent des signaux négatifs, répulsifs, qui nous maintiennent au seuil de leur univers propre, peu engageant : trop bruyant, trop hargneux, trop arrogant, trop différent, trop inhumain… Mais des attaches plus subtiles, des liens plus intimes jouant de ressorts notamment affectifs, sont à passer au crible de notre discernement. Je suis plus libre que je ne le vis : la musique de fond –chrétienne ou pas-, vous savez, l’omniprésente, qui finit par être une coutume incontournable, n’est pas aussi indispensable que je le pense ; la façon qu’a le rap de prendre en bouche le texte, l’attitude et la gestique qui accompagnent le discours codifié (pour les initiés auxquels je suis heureux, au moins partiellement et momentanément, d’appartenir), et, avant tout, la prépondérance rythmique absolue qui évacue tout un pan expressif incompatible, n’est pas, loin s’en faut, la seule manière d’être au monde musicalement, à l’exclusion de toutes les autres ; la fascination audio-visuelle pour les clips –qui charrient hélas si souvent un flot d’images lascives, de sous-entendus trompeurs, de connivences malsaines dont je peux être le spectateur plus ou moins assidu, ne représente guère un rendez-vous à ne pas manquer ; mon amour pour l’Opéra, la magnificence des voix, le pathos déployé au fil des actes, le fatum qui dirige fréquemment la trame des livrets, bref ce monde parallèle dans lequel le flot d’émotions paroxystiques coule abondamment, n’est pas nécessairement l’exutoire aux difficultés – ou à la platitude…du monde réel…

 Il est beau de chanter en l’honneur de Ton nom…

La « musique chrétienne » -c’est-à-dire celle à qui nous reconnaissons (a priori ou a posteriori) un degré de familiarité assez poussé avec notre intimité spirituelle et l’expression de notre foi familière, celle-là même avec qui j’entretiens une relation encore plus intime et peut-être plus fréquente –comme une part de moi-même ou une extension de moi-, dont j’use sans modération puisque son label l’affranchit tout naturellement à mes yeux des soupçons pesant éventuellement sur le reste de la musique, quels reflets de la nature divine renvoie-t-elle ? De quelle envergure spirituelle se fait-elle l’écho dans mon cœur ? Quelle image de Dieu et de ma relation au Père projette-t-elle, jour après jour, en moi ? Par ailleurs, quelle est la part du silence dans nos vies ? Silence recueilli, silence tranquille, silence de la réflexion, de la prière, de l’écoute attentive ?

Plus généralement, j’en appelle à une remise en question de notre attitude de consommation musicale, insistant sur les bienfaits d’une pratique plus personnelle et plus productive de la louange, par exemple par la mise en chant spontanée des textes bibliques ou des paroles de louange qui nous viennent à la bouche. Cette cantillation personnelle, que notre culture chrétienne peut avoir évacuée, est un moyen simple et naturel de s’approprier paroles bibliques et chant, de les mélanger au gré de notre inspiration pour en former une louange immédiate à offrir au Seigneur dans l’intimité. Gageons que cette pratique improvisatrice qui nous est quelque peu éloignée débouche sur une meilleure appropriation du texte. J’y vois au moins deux avantages : une expression personnelle chantée plus libre et la prise de conscience de la difficulté de l’exercice, pour apprécier plus finement (et moins subir) les chants proposés dans le cadre ecclésial … Tous ces points méritent, ce me semble, un temps de réflexion, une analyse éclairée d’en haut, en vue d’une amélioration délibérée de notre qualité de vie au profit d’une écoute spirituelle mûrie, plus consciente et volontairement investie, dans laquelle la musique prendra une place de choix, en connaissance de cause.

Un mot, pour conclure, sur l’exercice du discernement –à tous les niveaux dans la pratique musicale, au sens large. La musique, sous toutes ses formes, ne doit pas prendre la première place dans notre vie, ni même dans notre louange au Seigneur, cela évoqué lapidairement, mais qui peut entraîner une réévaluation de l’ensemble de notre hymnodie et de notre attitude, à l’aune de cette exigence qui ne va pas de soi. Elle ne doit pas non plus prendre la place de la Parole, dont elle demeure en fin de compte la servante dévouée, ni même l’utiliser, la déformer, la tordre pour la rendre peu ou prou adéquate à une forme musicale prédéterminée. Ceci dit pour (nous) les auteurs ou adaptateurs de chants... Tout un chacun doit donc exercer son discernement dans le choix qu’il est amené à faire à tous les niveaux : élaboration, pratique, écoute.

Que le Saint Esprit du Seigneur de l’Univers, notre Dieu infiniment élevé, nous guide dans nos choix musicaux quotidiens, à la maison, au travail, pendant nos loisirs, à l’Eglise… ; que l’exercice de notre liberté ne soit pas in fine un asservissement, mais qu’il nous conduise à une vie spirituelle pleine, intense, mais aussi plus joyeuse, plus reconnaissante, notamment grâce à la mise en œuvre de notre salut par une louange renouvelée.

Stéphan PATIN


Numéro Journal: 55

Date: 2003-06-16

Titre: Colloque de l'ABEJ Nationale L’ABEJ, Quel projet pour demain ?

Préambule: C’est en novembre dernier que s’est tenu le colloque pour l’année 2002 ; le premier en 2000, avait brossé l'histoire de la naissance de l’ABEJ et son développement au cours de ses 55 ans d'existence. Le second a voulu réfléchir sur l’organisation actuelle de l’ABEJ, sur les relations entre ses diverses composantes et aussi sur ses rapports avec la Fédération Baptiste et les Eglises locales, afin de pouvoir mieux relever les défis de notre époque.

Texte: Les oeuvres locales de l’ABEJ sont de deux sortes :

I. Les ABEJ locales qui fonctionnent seulement avec des bénévoles ; ce sont les plus nombreuses. Elles sont le plus souvent en prise directe avec une église locale qui a lancé l’initiative d’un travail à caractère social, en général dans les locaux de l’église, à la suite de l’intérêt d’un membre de l’église : repas, distribution de vêtements ou de denrées alimentaires en liaison avec la Banque Alimentaire, par exemple. D’autres se lancent dans des activités de loisirs pour les enfants et les jeunes, d’autres accueillent des personnes démunies durant une partie de la journée etc.

 II. Que faire quand la demande devient forte et dépasse les capacités et les moyens de l’église ?

Lorsqu’une telle diaconie se développe, à cause de la demande, cela veut dire qu’elle a du “succès” parce qu’elle répond à un manque évident dans la société d’aujourd’hui et dans son environnement. Les responsables de la diaconie s’adressent aux administrations concernées pour que l’oeuvre soit reconnue et aidée financièrement sous forme de subventions ponctuelles ou régulières. Bientôt se fait jour l’idée que le simple engagement de bénévoles ne suffit plus parce qu’il y a de quoi faire pour une ou plusieurs personnes à plein temps ou à temps partiel.

C’est ainsi qu’est née la seconde sorte d’ABEJ ; des établissements qui fonctionnent avec du personnel diplômé : éducateurs, assistants sociaux, infirmiers, infirmières, aides-soignants hommes et femmes, personnel d’entretien et du personnel administratif. Remarquons bien que la présence de ces professionnels rend d’autant plus importante la présence des bénévoles dans ces établissements, lesquels le plus souvent les accueillent avec satisfaction. Ces ABEJ regroupent un nombre important de salariés plein temps ou temps partiel puisqu’une maison de retraite, par exemple, emploie une cinquantaine de professionnels pour assurer la vie de la maison de jour comme de nuit et tout au long de l’année.

Trois implantations importantes caractérisent l’ABEJ. La plus ancienne, l’ABEJ Picardie, autour de Compiègne avec ses extensions à Beauvais et dans l’Aisne ; les deux autres sont les ABEJ Lille et Vitry. Outre l’accueil des enfants et des personnes âgées par lequel l’ABEJ a commencé, c’est l’accueil de personnes les plus démunies et leur réinsertion qui constitue le gros du travail et de la responsabilité des établissements de l’ABEJ. Avec une entraide entre eux, puisque les personnes accueillies peuvent bénéficier de formations professionnelles données par l’ABEJ dans son secteur Ressource/Formation (voir article sur les auxiliaires de vie).

 L’ABEJ NATIONALE

De ce constat, est née l’idée de rapprocher les grandes ABEJ des plus petites et c’est ainsi que fut créée, en 1995, l’ABEJ Nationale pour fédérer les divers comités locaux qui existaient jusqu’alors. C’est à l’occasion du Colloque de 2002, le second du genre, que les délégués présents se sont interrogés sur la raison d’être de l’ABEJ Nationale et sur ses rapports avec la Fédération des Eglises Baptistes.

Voici un écho de ces réflexions auxquelles nous devrons apporter une suite dans les mois qui viennent.

 L’ABEJ n’est pas un LIEU mais un LIEN :

Elle n’est qu’une fédération qui fonctionne sans permanent salarié mais qui, cependant, a fait la preuve de son utilité. Car il existe des solidarités de fait entre les ABEJ, en particulier lorsqu’un établissement traverse une période difficile, les autres ABEJ, via la fédération nationale, peuvent lui donner une aide appréciable.

Elle favorise la communication entre les ABEJ.

Elle est là pour aider les ABEJ, les petites ou les plus importantes à porter des projets locaux.

Elle veut être un garant du maintien des racines de l’ABEJ : les oeuvres sont issues de l’engagement dans le social de nos Eglises Baptistes, qui avait commencé longtemps avant la seconde guerre mondiale.

Notre société fait face à des enjeux éthiques d’une extrême importance et l’ABEJ se doit de définir l’éthique de son action et d’être le gardien de cette éthique auprès des différentes ABEJ locales.

 L’ABEJ et L’ÉGLISE

Il s’agit d’entretenir un échange permanent entre les deux entités qui doit fonctionner dans les deux sens :

L’ABEJ Nationale doit être le moteur pour l’église locale en l’informant des projets et des réalisations des diverses ABEJ, dans le but de l’inciter à créer  son propre projet.

L’église locale doit rappeler la place de la prière et la dimension de l’amour agapè dans la démarche de l’ABEJ.

 L’église doit pouvoir être un lieu de ressourcement et d’assistance spirituelle tant pour les personnes accueillies que pour les salariés.

Cet échange permanent est rendu difficile, de nos jours, par la Loi qui tend à séparer de plus en plus église et oeuvre sociale et ce sur tous les plans : juridique, financier, fonctionnement. Souvenons-nous que la 'Loi réglemente l’hébergement mais pas la chaleur humaine' !

D’où les propositions :

De création d’aumôneries dans les établissements, principalement pour les résidents mais aussi éventuellement pour le personnel.

De rencontres offertes librement aux résidents pour la prière ou pour un entretien autour d’un thème éclairé par un texte biblique.

De mise à la libre disposition des résidents, par l’église, d’ouvrages d’information sur la foi chrétienne.

De fournir des Bibles dans les chambres.

Mais il est un autre rôle majeur de l’église dont dépend le style de travail des ABEJ grandes ou petites et aussi son avenir : Recruter des ouvriers sur deux plans :

Des salariés pour travailler dans nos oeuvres rémunérés selon des Conventions Collectives.

Des bénévoles de deux sortes :

A) Pour l’aide pratique auprès des bénéficiaires de notre action

B) Pour tenir leur place dans les Conseils d’administration qui gèrent nos associations ABEJ locales. Elles ont besoin de gens engagés sur le plan de la foi et en même temps compétents, chacun dans son domaine précis, afin d’aider les bénévoles comme les salariés engagés dans le travail, à garder la ligne définie par la Charte de l’ABEJ, tout en étant ouverts sur les besoins du monde qui nous environne. N’oublions pas que le rôle des administrateurs est aussi de proposer le lancement d’actions nouvelles.

 L’AVENIR/RELATIONS AVEC LA FEEB

Il apparaît nécessaire de repenser notre projet associatif, étant donné la diversité des activités lancées par les églises, diversité qui ne fera que s’accroître, vu les besoins nouveaux constatés dans la société. Il s’agira de définir les buts de l’ABEJ et, en conséquence, de définir aussi les activités qu’elle pourra couvrir.

Il y a quelques années encore, l’ABEJ était intégrée à la Fédération Baptiste ; la Loi nous a obligés à scinder les deux entités, principalement pour une plus grande transparence des finances de chacune d’elles. Il ne faudrait surtout pas en déduire que l’ABEJ est indépendante de la Fédération pour ce qui est de la philosophie de son travail. C’est pourquoi la refonte du projet associatif devra se faire en partenariat avec la Fédération représentée par son Conseil, mais aussi en partenariat avec ses Commissions Ethique, Evangile et Société, Jeunesse etc.

Si le premier Colloque qui s’est tenu en 2000 a rappelé tout l’historique de l’ABEJ, ce deuxième s’est attaché à réfléchir sur l’engagement et les valeurs de notre Association, afin d’être mieux à même de répondre aux défis de la société de demain.

André SOUCHON


Numéro Journal: 55

Date: 2003-06-16

Titre: Micro-trottoir

Préambule:

Texte: Quelle musique écoutez-vous ?

En vrac: DIXIT, SOUL IMPACT, Soleil de Justice, Mickael W. SMITH, Bob FITTS, Nicolas DESMARETS, RIJA, Rencontre, Christafari, BURLAP, ISTWA ou encore VISA ... quasi exclusivement des albums composés par des chrétiens. Côté artiste non chrétien, difficile de trouver des textes en accord avec Jésus et impossible d'écouter un album sans garder la télécommande à la main. A part la chanson 'la rumeur' de Yves DUTEIL, je ne vois rien d'autre à la maison !

 Croyez-vous qu'il y a des musiques qu'un chrétien ne devrait pas écouter ?

Oui, toutes celles dont les paroles ne sont pas en accord avec Jésus.

 Pourquoi ?

Par définition, le chrétien est un petit Christ, un disciple de Jésus. Du côté du texte, c'est assez simple: tout ce qui est anti-biblique est à proscrire.

Pour ce qui est du style, difficile de dire si tel style est ou non en accord avec Jésus. Mais les deux questions suivantes m'aident à trancher: Quand ai-je envie d'écouter ce style? Quelle influence a-t-il sur moi?

 Quelle musique écoutez-vous ?

En voiture, par exemple, de la musique classique, ou du jazz, des negro-spirituals. J’aime bien aussi la musique folklorique (bretonne, flûte des Andes, etc. …)

 Croyez-vous qu'il y a des musiques qu'un chrétien ne devrait pas écouter ?

J’ai été « choqué » lors de certains concerts chrétiens par le hard rock. Cette violence n’est pas évangélique.

 Pourquoi ?

Des radios comme « Skyrock » sont pour moi des canaux de l’Ennemi : ce que l’oreille a entendu, même par inadvertance, pollue durablement l’esprit. Certaines chansons sont carrément blasphématoires.

 Quelle musique écoutez-vous ?

Un peu de toutes sortes à partir du moment où on comprend bien les paroles, et chrétiennes de préférence. J'aime les chansons dans lesquelles il y a de la recherche technique (vocale ou musicale), de bons arrangements. En fait, on dit que la musique 'groove'. J'aime autant les chansons douces que les chansons un peu rock ou R'N 'B, tant que les paroles ont du sens et sont comprises.

 Croyez-vous qu'il y a des musiques qu'un chrétien ne devrait pas écouter ?

Oui certainement.

 Pourquoi ?

Certaines musiques ne glorifient pas Dieu et ne nous permettent pas de laisser notre subconscient enregistrer des messages ou mélodies qui ne seraient pas compris au premier abord mais peuvent parfois avoir un effet néfaste sur nos idées, nos pensées

Pourtant, certaines musiques non chrétiennes sont très plaisantes et ne posent certainement pas de problèmes à écouter car elles n'influencent pas notre éthique mais comme on sait que les plus belles chansons parlent d'amour, n'hésitons pas à écouter les chansons qui parlent de la plus belle histoire d'amour pour l'humanité, celles qui parlent de Jésus. Aussi, je pense qu'en s'approchant de Jésus et en entrant dans le plan qu'il nous a réservé, on aspire de plus en plus à lui ressembler et donc à mettre des priorités. Les choses de ce monde vont nous paraître vaines et sans intérêt car les valeurs de Christ auront donné un autre sens à ce que nous faisons, disons, entendons etc...


Numéro Journal: 56

Date: 2003-09-16

Titre: Foi et Engagement

Préambule: Il est de notoriété publique que l’engagement a mauvaise presse. La tendance actuelle est bien souvent de privilégier des actions ponctuelles : appels pour des causes humanitaires, grands rassemblements, etc. mais d’hésiter à s’engager à long terme. Ce diagnostic est partagé par les associations, les syndicats ou les partis politiques. La valeur la plus importante est, de nos jours, la liberté. On veut pouvoir mener des actions qui semblent utiles et bonnes, mais sans se lier par des engagements qui pourraient devenir rapidement difficiles à supporter. Nous devons bien reconnaître que les Églises connaissent le même problème.

Texte:

septembre03


Numéro Journal: 56

Date: 2003-09-16

Titre: Membre d’Église, Pourquoi pas ?

Préambule:

Texte: L’individualisme et l’air du temps

Bien des personnes viennent au culte, participent souvent aux activités de la communauté, peuvent même à l’occasion se montrer généreuses mais hésitent à faire le pas de l’engagement. Elles souhaitent pouvoir aller dans d’autres Églises, participer à des rencontres occasionnelles, mais reculent devant le fait de devenir « membres » d’une Église. Il arrive même que l’on cherche à donner à ce comportement des justifications spirituelles. Dans cette perspective, l’adhésion à une Église, une « association cultuelle », serait un acte non spirituel puisqu’il concernerait une institution humaine, alors que seul l’engagement « spirituel » a de la valeur. La diversité des dénominations elle-même devient un argument.

Pourquoi faire partie de telle Église plutôt que de telle autre ? Pourquoi se coller sur le dos une étiquette, alors que nous sommes membres du Corps du Christ et que cela seul compte ? Peut-être un certain sectarisme que l’on a pu, à l’occasion, rencontrer est-il devenu une sorte de repoussoir qui justifie une certaine facilité. Car reconnaissons que, au moins dans les Églises évangéliques, le confessionnalisme est peu prononcé.

Pourquoi la plupart des personnes qui appartiennent à telle ou telle Église, sont-elles baptistes, libristes ou méthodistes, etc. ? Généralement parce que l’Église est bien située pour eux, parce que le groupe de jeunes est dynamique, la prédication du pasteur stimulante ou simplement agréable… Le danger de s’enfermer dans une confession est d’autant plus faible que les communautés évangéliques vivent de plus en plus une communion réelle entre elles et que les passages de l’une à l’autre sont monnaie courante. La raison la plus importante me semble être que la foi est perçue comme une affaire personnelle qui ne regarde que moi. Je peux aller dans une Église, comme je vais dans une librairie, dans un supermarché ou dans une salle de concert qui me propose un programme alléchant, mais de là à en « faire partie »…

Membres d’un corps

Or, que veut dire devenir chrétien ? Certainement entretenir avec Dieu une relation personnelle, mais pas seulement. C’est aussi entrer dans un corps spirituel, le corps du Christ.

 « Vous êtes le corps du Christ, vous en faites partie, chacun pour sa part », disait l’apôtre Paul aux Corinthiens (1 Co 12.27). Il avait auparavant précisé : « C’est dans un seul Esprit que nous tous soit juifs, soit grecs, soit esclaves, soit hommes libres nous avons reçu le baptême pour appartenir à un seul corps ; et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Co 12.13). Cette réalité du corps qu’est l’Église, elle-même structurée, comme le dit Paul, par les ministères que Dieu accorde à son Église, est la manière naturelle de vivre la vie chrétienne. Nous sommes ensemble pour apprendre les uns des autres, pour nous soutenir et pour manifester déjà sur cette terre, et de manière encore bien imparfaite, une esquisse de la réalité du Royaume qui existe déjà, même si elle n’est pas encore pleinement manifestée. L’amour que les disciples auront les uns pour les autres est le signe de la réalité nouvelle que Dieu vient susciter.

Cette notion de corps est bien plus qu’une image, elle repose sur le don de l’Esprit en chaque croyant. C’est parce que, d’une manière mystérieuse mais réelle, nous avons tous le même Esprit que nous sommes membres d’un même corps, celui du Christ, et par là même membres les uns des autres.

Il est donc vrai que cette réalité de l’Église est d’abord spirituelle (au sens de créée par l’Esprit de Dieu), mais, parce qu’elle est aussi humaine, elle ne peut qu’être aussi institutionnelle. C’est bien ce que nous voyons dans les Actes des apôtres où la première communauté de Jérusalem va peu à peu s’organiser pour répondre aux situations nouvelles et aux besoins qu’elles suscitent. Bientôt, toutes les Églises d’Antioche, de Corinthe, de Rome, etc. auront leur manière de s’organiser, leurs anciens et leurs diacres et elles ne pourront manquer, comme les Églises d’aujourd’hui, de connaître les tensions et les rivalités, les relations et les incompréhensions. Là encore, elle trouveront des modes de relation et des manières de maintenir entre elles l’unité. L’Église ne peut donc qu’être à la fois une réalité spirituelle et une institution humaine. À vouloir supprimer cette dernière dimension, il ne resterait plus qu’une vision idéale et désincarnée, toute intérieure, du corps du Christ. Qu’on puisse le penser, pourquoi pas ? Mais il faut alors accepter de reconnaître que ce n’était manifestement pas la manière de penser des apôtres ni celle des premières communautés chrétiennes. Les uns et les autres mettent en effet l’accent sur la réalité de la communauté fraternelle qui, sans être idéale et avec ses difficultés, est à la fois le signe visible et le lieu concret de cette vie commune animée par l’Esprit du Christ.

Engagés et responsables

Il existe des Églises qui sont d’abord de grandes institutions. Ce n’est pas le cas des Églises évangéliques qui ne peuvent fonctionner que si leurs membres s’engagent. En cela, elles me semblent proches de l’esprit de la communauté du Nouveau Testament. Quels sont les domaines pour lesquels l’engagement est nécessaire ?

Osons commencer par les finances. Certes, ce n’est pas la question la plus importante d’une Église, mais reconnaissons qu’elle est bien nécessaire. Nos Églises ne reposent, dans ce domaine, que sur la participation de leurs membres. S’engager, ce n’est pas donner de temps en temps sur un coup de cœur, mais apprendre à être fidèle dans la régularité. Toutes les activités de l’Église ou presque dépendent de cette fidélité.

S’engager, c’est aussi chercher à discerner sa place dans la communauté. On peut participer au culte, voire à l’étude biblique ou à un groupe de maison, mais de quoi puis-je être responsable ? Quels sont les dons que le Seigneur veut accorder par moi à la communauté ? Car ce que le Seigneur donne n’est pas pour la personne seulement, mais pour la construction harmonieuse du corps dans son ensemble (1 Co 14.12). Or, chacun reçoit de Dieu des dons particuliers ; certains sont très visibles et évidents, d’autres sont plus discrets et il faudra de l’aide pour les discerner, mais tous nous pouvons faire quelque chose. Dans ce domaine, ce n’est pas la quantité qui compte le plus, mais le fait d’être à sa place et d’être le canal voulu par Dieu. Les différentes activités de l’Église et avant tout son témoignage et son rayonnement supposent la participation de chacun.

Enfin, notre engagement dans l’Église concerne également sa direction, le choix des grandes orientations de la communauté. Dans nos Églises, l’autorité finale est l’assemblée. Le pasteur et le conseil proposent, préparent les décisions, mais c’est l’assemblée qui décidera en fin de compte de l’orientation finale. La conception d’Église de professants* facilite bien sûr cette démarche communautaire et il va de soi que seuls les membres, ceux qui ont accepté de s’engager, ont aussi la possibilité de voter. Il est vrai que, dans nombre d’Églises, l’assemblée ressemble à s’y méprendre à une A.G. d’association. Nous avons certainement du chemin à parcourir pour que nos assemblées d’Église soient des lieux de discernement communautaire de la volonté de Dieu. Mais là où cette volonté existe et où l'Église se donne les moyens, et peut-être aussi le temps de cette recherche, celle-ci devient pour chacun un apprentissage du discernement qui pourra ensuite être appliqué dans sa vie personnelle.

Il nous faut donc lutter contre les tentations si fréquentes de la consommation spirituelle sans engagement. Dans la vie de l’Esprit, ne pas s’engager, c’est demeurer à la surface des choses, c’est refuser d’entrer jusqu’au bout dans la démarche de Dieu pour chaque croyant. À nous, sans doute, de le faire comprendre et de donner envie par la qualité de la vie fraternelle et les fruits manifestés dans la vie de ceux qui s’engagent sur ce chemin.

Louis SCHWEITZER


Numéro Journal: 56

Date: 2003-09-16

Titre: Henri Franz

Préambule: Après 35 années au service de la Fédération baptiste en tant que pasteur et président (de 93 à 97), Henri Frantz et son épouse partent pour une retraite active… au Canada ! Excellente occasion de présenter un riche parcours dont le fil conducteur fut toujours de répondre à l’appel du Maître.

Texte: Henri Frantz, comment êtes-vous devenu pasteur ? Et pourquoi dans la Fédération Baptiste ?

Vers 13-14 ans alors que mes copains rêvaient de devenir pilote de chasse ou capitaine des pompiers, moi j’espérais, quand je serais grand, partir à Lambaréné rejoindre le bon docteur Albert Schweitzer. Je me voyais débarquer chez lui, après un long et périlleux voyage, avec ces mots qui résumaient toute mon ambition : « Docteur, je suis Henri Frantz d’Erstein, je viens vous aider… ». À ce jour, je ne suis allé qu’une seule fois en Afrique et c’était au Cameroun !

Quelques années plus tard, le jeune luthérien que j’étais, passait par l’expérience d’une vraie rencontre de Dieu. Je participais alors au camp de jeunes organisé par l’Église évangélique de la « Bonne Nouvelle » de Strasbourg. Deux ans après, dans le même camp, Dieu m’appelait à son service. En 1960, porté par cette conviction, je partais à l’institut biblique de Lamorlaye, désireux avant tout d’acquérir une meilleure connaissance de la Bible. J’espérais par la suite être mieux à même de servir Dieu, mais ni à plein temps, ni comme pasteur. Au bout des trois ans d’études, impressionné par la campagne de l’évangéliste Billy Graham, je me suis retrouvé pendant près d’un an à présenter dans des Églises aussi nombreuses que variées les films de l’association Billy Graham.

Puis vint le service militaire, suivi d’une prise de conscience encore plus aiguë de mon ignorance des choses de Dieu et d’une impérieuse nécessité de poursuivre ma formation puisque perdurait mon désir de servir Dieu.

Revenu à Paris, je fréquentais l’Église de l’avenue du Maine. Le pasteur André Thobois me trouva un logement et me confia la responsabilité du groupe de jeunes…

Très motivé, je commençais mes études à la faculté de théologie protestante du boulevard Arago. En 1969, en troisième année de fac, la Mission Intérieure Baptiste me demandait de desservir le poste de Tours.

Vous aviez donc choisi de rester dans la Fédération baptiste…

Oui, ce poste de Tours fut l’occasion de mieux découvrir la Fédération que je ne connaissais en fait qu’à travers l’Église de l’avenue du Maine et par ma participation à ses congrès depuis 1966 (St Quentin). Deux raisons ont motivé mon entrée à la FEEB : en premier lieu, la clarté et la fermeté de l’affirmation de sa théologie évangélique et en second lieu, dans ce cadre théologique, une grande ouverture. En effet, hier comme aujourd’hui, s’expriment à l’intérieur de notre fédération, en pleine liberté et dans un vrai respect, des sensibilités aussi diverses que celle de nos Églises charismatiques et celle de nos Églises plus classiques avec toute la gamme de nuances particulières pour chacune d’elles. Ce respect des autres se vérifie également dans le choix délibéré de l’ouverture au dialogue avec les autres Églises et de la collaboration quand elle est souhaitable et possible. Oui ! J’ai été heureux de trouver cet état d’esprit, de fermeté et d’ouverture, en arrivant dans notre fédération et je me réjouis de ce que nous continuions à relever ce défi évangélique.

Quels ont été vos différents postes ? Y en a-t-il un que vous avez particulièrement aimé ?

J’ai été un pasteur heureux à Tours pendant 3 ans, à Strasbourg durant 17 ans et ces dernières 14 années à Paris, avenue du Maine. Toutes ces années m’ont aidé à comprendre que dans le fond, l’œuvre du Seigneur c’est la construction de son Église, et plus précisément de ses Églises locales. Je crois que tout service pour Dieu devrait avoir cette finalité. J’ai aimé ces postes pastoraux et je peux le dire aujourd’hui, ces Églises me l’ont bien rendu.

J’ajouterais qu’aucune de ces Églises n’a été pour moi un bocal fermé ! Bien au contraire. Au-delà de mes activités dans l’Église locale, j’ai vécu comme un privilège des engagements très différents et enrichissants : Les camps de jeunes à Chambéry, les colonies à Gex et en Alsace, les conventions de jeunesse… J’ai aimé vivre les rapprochements et les projets communs avec l’Entente des Églises libres ou le Conseil Protestant à Strasbourg, avec les Églises Évangéliques de Paris Rive Gauche, le Conseil Protestant en Région Parisienne, et plus largement au sein de la Fédération Protestante… J’ai été heureux dans les rencontres œcuméniques, édifié par les dialogues théologiques avec les Églises protestantes et avec l’Église catholique. Et plus récemment, enthousiasmé par les conseils de la Faculté de Théologie de Vaux sur seine, et de l’Institut de Théologie Évangélique… J’arrête là cette énumération à laquelle je n’ai cédé que pour rendre justice à ce qui, avec l’activité pastorale proprement dite, a fait mon bonheur dans le service du Maître. Je voudrais aussi par-là, encourager mes collègues et les Églises, à élargir leur vision et à réaliser que de semblables engagements participent pleinement à l’heureux ministère du pasteur et au témoignage des Églises.

Et avec tout cela, vous avez aussi été président de la Fédération

Oui ! J’ai été nommé président du conseil de la FEEB, de 1993 à 1997. Ce fut un grand honneur pour moi et une lourde charge car elle venait s’ajouter à mes autres activités et nous n’avions pas, à cette époque, de secrétaire général à la rue de Lille. Je connaissais bien la Fédération en entrant dans cette charge, mais j’ignorais tout de la présidence. Heureusement pour moi, Thérèse Ventura et d’autres, pour qui notre fédération n’avait pas de secrets, étaient là, efficaces et rassurants. Nous ne valoriserons jamais assez nos collaborateurs ou collaboratrices sans lesquels nous serions bien handicapés dans nos ministères.

Selon vous quelles sont les difficultés et les joies de ce service ?

Ma réelle joie, et peut-être aussi le plus excitant dans ce service a été, je crois, d’être plus que jamais dans le tourbillon de la vie de nos Églises, d’être en prise directe avec les situations concrètes, au coude à coude avec des personnes et des histoires si différentes. Sans être avec nos Églises sur le terrain, sauf lors de mes trop rares visites, je voyais arriver, se bousculer et quelquefois s’entasser à la Fédération, les remontées nombreuses et variées de la vie de nos Églises.

Projets de nouvelles implantations, questions de formation et de suivi des ministères, problèmes immobiliers, défis constants de notre solidarité… S’y ajoutaient les interpellations des Églises, les appels à l’aide, les besoins de plus en plus nombreux de médiation dans des situations de crise, les difficultés financières, les situations de détresses dans lesquelles nos Églises ne pouvaient rester absentes, tout comme les invitations à la représentation de nos Églises, en France et à l’étranger, … Décidément, la vie de nos Églises n’engendre pas une petite routine tranquille. Je ne me suis jamais ennuyé à la rue de Lille ! Et je ne crois pas que ce danger guette mes successeurs.

J’ai souvent regretté le manque de temps pour faire les choses et surtout pour visiter les Églises. Trop fréquemment l’urgent mangeait notre temps, ne laissant que peu de place au recul et à la réflexion pourtant tellement nécessaires.

 Quels sont vos projets maintenant ?

Arrivé à l’âge de la retraite, après trente-cinq ans de service à la fédération et finissant un deuxième septennat à l’avenue du Maine, le vent a soufflé ! (Espérons que c’est le souffle d’en haut…) et nous hissons les voiles ! En effet, nous avons accepté, mon épouse et moi, l’appel de l’Union des Églises Baptistes Françaises au Canada pour un poste pastoral à l’Église de St Constant, près de Montréal, dans la province du Québec. Nous espérons également poursuivre, depuis notre province lointaine, le travail du Partenariat Baptiste Francophone et trouver les moyens pour initier et renforcer les échanges entre nos Églises de France et celles du Québec. Assurément, nous partirons le cœur serré, mais avec, encore dans nos oreilles, la prière de bénédiction et d’envoi prononcée lors du dernier congrès de notre fédération à Orléans. Nous avons bien conscience d’être arrivés à un carrefour dans notre parcours avec le Seigneur, une nouvelle étape se présente, mais loin de nous l’idée qu’elle puisse être la dernière. Nous n’envisageons pas de nous retirer définitivement au Canada.

Quel message adresseriez-vous aux Églises baptistes pour l’avenir ?

Disons d’abord que nous porterons les bons messages de nos Églises à leurs sœurs du Canada. Et si, en partant, il me fallait vous laisser un mot, ce serait surtout pour vous dire notre grande reconnaissance pour le chemin parcouru avec vous. Quant à l’avenir, recevons-le de la main de notre Dieu et accueillons-le avec une pleine confiance car notre Dieu est, et reste, le Dieu fidèle et bon.

Propos recueillis par Nathalie GUILLET


Numéro Journal: 56

Date: 2003-09-16

Titre: Le Service biblique de la Fédération Protestante de France

Préambule: Entretien avec Sophie Schlumberger, sa responsable.

Texte: Comment en êtes-vous venue à diriger ce service ?

Ma venue au service biblique de la FF s’est passée par étapes. Durant mes études et lorsque j’étais animatrice biblique, j’ai toujours été associée aux travaux des Équipes de recherche biblique et j’y ai beaucoup appris, sans trop faire le lien avec la FF. Lorsque le conseil de la FF a mis en cause l’existence du service en 1998, l’Assemblée générale a demandé qu’une analyse de la situation et une réflexion soient menées pour évaluer s’il était important que la FF ait ou non un service biblique. J’ai alors proposé mes services et pendant deux années, j’ai participé à ce travail et continué à maintenir vivant ce service avec l’aide d’une équipe. Au terme de ces deux années, le conseil et l’AG ont estimé important le maintient du service, ont tracé les contours de sa mission et rédigé un nouveau cahier des charges. Le poste de responsable a alors été déclaré vacant et un appel à candidature a été lancé. J’ai postulé et j’ai été nommée. Après avoir eu un permanent à plein temps, le poste a été réduit à un mi-temps puis ramené à ¾ temps.

Quels sont ses objectifs ?

Voici ce qu’en dit le cahier des charges : « Le service biblique de la FF assure un travail d'animation et de formation bibliques dégagé d’a priori et de visée confessionnels, destiné à un large public, croyant et non croyant. La pédagogie mise en œuvre cherche à promouvoir une lecture informée et respectueuse des textes bibliques tout en favorisant le débat autour de ces textes. Ce service ne se substitue pas à ce que les différentes Églises membres ont mis en place dans le domaine biblique ».

Les approches de la Bible sont très diverses, parfois antagonistes. Comment arrivez-vous à réunir des personnes aux conceptions si différentes ? Selon vous, quels en sont les résultats ?

La réponse à cette question mériterait un long développement, impossible ici. Je dirai simplement que je conçois toujours l’espace d’un groupe biblique non comme un ring où vont s’opposer des adversaires, de futurs gagnants et de futurs perdants, mais comme un espace de rencontre, de dialogue, de découverte. Lire ensemble un texte biblique, c’est découvrir ce texte mais aussi ceux qui s’y expriment (avec leur vision des choses et leurs questions), l’autre lecteur (contemporain, proche de soi, ou ancêtre, lointain), Dieu, Jésus-Christ...

En tant qu’animatrice, voilà ma préoccupation : créer les conditions de rencontres entre ces différentes « instances ». En allant de l’un à l’autre, il est fréquent que les participants se découvrent eux-mêmes, sous un jour nouveau, dans le regard et la parole de l’autre. C’est un objectif qui nécessite de se mettre au service de chacun et qui demande, en coulisses, un gros travail sur le texte, les images de l’autre et de Dieu qu’il véhicule, sur soi-même également. Les effets sont souvent de la surprise, de l’intérêt, une curiosité réactivée, de la joie. Mais au fond, les résultats restent l’affaire de chacun, dans la trame de son existence. Je ne vise pas le résultat ni l’aboutissement ; la mise en route, plutôt.

Concrètement, quelles sont les actions menées ?

Le service veille à établir des contacts avec des partenaires membres des Églises (de la FF et autres), des Communautés, Institutions, Oeuvres et Mouvements de la FF (CIOM) et de la Société civile (Éducation nationale par exemple). Le livre Pour lire les textes bibliques, Collège et lycée, réalisé en lien avec la Fédération protestante de l’enseignement et édité par le Centre régional de documentation pédagogique de l’académie de Créteil est un très bon exemple de ce travail en partenariat et connaît un grand succès. Tout récemment, le service a invité trois maisons d’édition protestantes à collaborer (la Ligue pour la lecture de la Bible, la SNPP-Parole Pour Tous, la Société biblique française) à un même projet : la réalisation d’une petite anthologie de textes bibliques destinée à des personnes ne connaissant pas la Bible. Ce projet est en très bonne voie. Un petit ouvrage paraîtra à l’automne, sous le titre Imagine… Une souscription est possible dès aujourd’hui, jusqu’au 30 septembre 2003 (1,50 euros TTC + frais de port). Toutes les Églises peuvent se procurer ce livret et l’offrir aux autorités civiles, par exemple au moment des vœux de fin d’année, ou le diffuser largement dans le cadre de  « l’année de la Bible ».

Le service, par ailleurs, suscite, assure, accompagne des formations bibliques. Il propose des animateurs lorsqu'il reçoit des demandes et ne peut y répondre lui-même. Il favorise un échange entre les Églises sur l'approche biblique, c’est le cas notamment dans le cadre des dialogues avec les Églises qui désirent adhérer à la FF. Le service est également très impliqué dans la réalisation et l’édition de documents bibliques divers, en particulier de documents pédagogiques à l'usage des formateurs, par exemple les Cahiers bibliques de Foi et Vie, les dossiers constitués dans le cadre des week-ends de formation biblique, le Bulletin d’Information Biblique. Il a enfin mission de représenter la FF dans différentes instances impliquées dans la formation à la lecture de la Bible.

À qui s’adressent les week-ends de formation à la lecture des textes bibliques ?

À un large public, croyant et non croyant. La pédagogie mise en œuvre durant ces journées cherche à promouvoir une lecture respectueuse des textes bibliques tout en favorisant le débat autour de ces textes. Nous y alternons des exposés donnés par des personnes compétentes dans le domaine étudié et dans celui de la communication ainsi que des moments où, en petits groupes les participants sont accompagnés dans une lecture attentive des textes bibliques. Les familiers de la Bible comme les néophytes y sont invités et semblent y trouver leur place, avec intérêt et joie. Ces week-ends se déroulent dans des villes différentes, aux quatre coins de la France et permettent ainsi de toucher un public varié et favorisent de nombreuses rencontres entre des personnes venant de lieux (dans tous les sens du terme) très différents.

 Vous organisez aussi des formations à l’animation. Est-ce si nécessaire que cela ?

Nous avons saisi l’occasion de « l’année de la bible » pour affronter une réalité préoccupante : la désaffection pour la lecture de la Bible, en groupe notamment. Nous faisons le pari que si les groupes bibliques étaient plus vivants, ils attireraient davantage. Nous mettons donc en place des formations pour les personnes (pasteurs ou non) qui ont en charge des groupes bibliques. Les formations qui ont déjà eu lieu cette année ont révélé une attente forte en ce domaine et les participants nous ont encouragés à poursuivre notre effort

Pour l’année 2004, deux formations auront donc lieu, une de sensibilisation, l’autre d’approfondissement.

Qu’attendez-vous de la Fédération Baptiste en général et des lecteurs de Construire Ensemble en particulier ?

Je vous invite à profiter de « l’année de la Bible » pour venir voir ce qui se passe au service biblique et rencontrer d’autres lecteurs de la Bible. Si vous hésitez à vous déplacer, rappelez-vous que le service, tout comme sa permanente, est nomade ; il passera bien un jour près de chez vous ! Et si ce n’était pas le cas, faites-le venir !

Propos recueillis par Georges MARY


Numéro Journal: 56

Date: 2003-09-16

Titre: Toute la Bible sur une carte de visite

Préambule

Pour ceux qui cherchent un support informatique à offrir à des personnes non familières du message biblique, voici une façon originale de faire découvrir la Bible : donnez une carte de visite...

Texte:

On connaissait bien sûr les inévitables Bible Online et Biblia Universalis, outils très utiles à l’étude de la Bible, à la préparation de prédications et à la recherche personnelle. Mais ces outils s’adressent à des chrétiens désireux d’approfondir leurs connaissances. Ils ne sont donc pas orientés spécifiquement vers un public non averti.. On ne saurait le leur reprocher !

Pour ceux qui cherchent un support informatique à offrir à des personnes non familières du message biblique, plusieurs CD ROM viennent de sortir dans le cadre de l’Année de la Bible.

 

Le site TopChrétien.com a mis au point un « CD carte », c'est-à-dire un CD ROM (pour C uniquement) qui n’est pas plus gros qu’une carte de crédit. Deux versions de la Bible y sont disponibles : la Segond 1910 et la Parole de Vie (français fondamental) alliant ainsi la tradition à la modernité…. Ces deux versions sont accompagnées du moteur de recherche de la Bible Online, outil qui permet toute sortes d’investigations dans le texte.

Plus que la Bible

Trois autres modules accompagnent le texte lui-même et ces outils de recherche :

Le module Nouvelle Vie accompagne le lecteur/surfeur dans sa découverte de l’Évangile et lui explique, pour reprendre les termes utilisés par les concepteurs, comment devenir chrétien. Il est enrichi de témoignages d'hommes et de femmes dont la vie a été changée par Jésus-Christ, la lettre d'amour du Père, une vidéo de plusieurs minutes…

Questions de foi est un ensemble de cours bibliques qui doivent permettre l’approfondissement de la connaissance du lecteur sur Jésus, les bases de la vie chrétienne, les grandes questions de la vie ...

Enfin, comme cela devient de plus en plus courant, il y a les immanquables bonus (un écran de veille à partir de versets de la Bible pour votre C, des animations flash bibliques...).

 

Laissons le mot de la fin pour la présentation de cet outil à ses concepteurs :

 « Toute la Bible sur une carte de visite est un nouvel outil pour faire connaître la Bible et son message, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Sur un support convivial, technologique et moderne, vous pourrez atteindre des gens qui n'ont peut-être jamais touché une Bible papier et leur donner le désir de la lire. »

Avec ça, si vous n’êtes pas convaincus… !

Pierre de MAREÜIL


Numéro Journal: 56

Date: 2003-09-16

Titre: Engagement du chrétien dans le monde : Il n’y a pas de bonnes raisons pour hésiter !

Préambule:

Texte:

Au début de cette année, Nicolas Sarkozy écrivait à un pasteur qui l’avait invité à une manifestation de sa fédération. Quelques lignes de cette lettre méritent d’être méditées :

 « …Je tiens à vous faire savoir que je reconnais un rôle déterminant aux Églises appartenant à votre fédération, comme aux Églises en général, pour leur influence positive dans la paix sociale. Le fait social est postérieur au fait religieux dans l’ensemble des civilisations. Ce dernier est en train de reprendre la place que la modernité lui avait contestée. Le fait religieux est l’un des ciments essentiels de la fraternité... En tant que ministre … et en tant que citoyen, je vous exprime ma confiance et mon espérance pour poursuivre votre mission… »

Les politiques sont des diplomates et nous pourrions penser que ces lignes du Ministre de l’Intérieur ne sont que de la rhétorique, mais ce serait une grave erreur. Il y a là, comme chez beaucoup de nos élus, une attente qui n’ose pas dire son nom et une espérance que nous ne pouvons décevoir.

Service obligatoire

Quoi que nous pensions des clivages partisans et de quelque côté que penche notre cœur citoyen, les chrétiens que nous sommes doivent impérativement et sans réserve, se mettre au service de la nation (en tant que rassemblement du peuple), avec le seul motif de manifester concrètement et dans toutes les sphères de la société, l’amour du prochain. Cet amour du prochain n’est pas une option, moins encore une technique d’approche dans l’évangélisation : il est un ordre du Dieu qui a tant aimé le monde qu’il n’a pas sélectionné ceux pour qui il donnait son fils.

Notre responsabilité et notre rôle ne sont pas de déclarer, du haut de notre salut (pour lequel nous n’avons aucun mérite sinon d’avoir reconnu notre incompétence et notre faiblesse) que le monde est mauvais et qu’il faut s’en dégager. La Bonne Nouvelle est celle qui sauve, non celle qui condamne.

Pas d’autre champ d’action

Nos hésitations à être engagés dans la société civile qui nous accueille est un manquement grave à notre vocation. Lorsque Mardochée se demande si Esther n’a pas été placée là où elle est pour y remplir une mission de salut, il répond implicitement à son questionnement. Et si nous sommes contemporains d’une société française (ou autre), au creux d’une histoire chaotique qui cherche son sens au-delà d’une définition boiteuse de la post-modernité, c’est parce que c’est là, et nulle part ailleurs, que nous devons être levain dans la pâte. Il n’y a pas d’autre environnement humain que celui dans lequel nous sommes : c’est ici et maintenant que nous devons agir au nom de Jésus-Christ.

Et même si nous nous lamentons de n’être que quelques-uns, forts démunis, le Seigneur nous a déjà prévenus : un peu de levain fait lever toute la pâte !

Et les risques ?

Alors, concrètement, comment agir ? Comment faire surtout sans courir trop de risques ? Celui de la compromission ; celui de la récupération ; celui de la dispersion ; celui de l’incompréhension ; celui de la condamnation et pourquoi pas celui de la persécution…

Premièrement accepter, et oublier aussitôt, ces prises de risques, et tant d’autres. Si, pour sauver un homme, Dieu donne son fils, nous pouvons sans peine accepter de perdre la face aux yeux de quelques-uns, d’être manipulés ou critiqués, d’être incompris et écartés. Et quand bien même l’amour de l’autre passerait par la blessure de l’amour propre, ce serait un progrès pour notre sanctification !

Ce que ta main trouve à faire

On s’interroge souvent : où et comment s’engager pour répondre à un tel appel ? C’est une mauvaise façon de poser le problème. Lorsque nous voulons le meilleur pour nos enfants et les personnes qui nous sont confiées, nous n’attendons pas, pour agir, de feuilles de route ni de listes de choses à accomplir : nous aimons et nous faisons ce que notre intelligence, notre bon sens, notre conscience, notre analyse nous dictent…

S’engager dans la société, c’est donc avant tout l’aimer et aimer chaque personne qui la compose. Même si peu sont assez aimables pour mériter notre engagement. Si Jésus n’était là que pour les gens aimables (dignes d’être aimés) il ne serait sûrement pas là pour moi !

Nostalgie et leçons de l’histoire

Le protestantisme, et donc une certaine lecture de l’Évangile, a été performant et innovant dans l’histoire lorsqu’il a cherché à vivre l’amour du prochain en portant le geste d’amour (plus que le discours) auprès de tous ceux qui vivaient l’injustice des hommes sous toutes ses formes. Il a perdu de sa pertinence lorsqu’il a pensé que l’État pouvait faire ce que l’Évangile commandait. Il a perdu aussi de son crédit lorsqu’il a pensé que l’engagement politique suffisait pour faire changer la société et la conduire sur un chemin de Justice. Il a enfin perdu de son sens lorsqu’il a remplacé Dieu par un parti, Jésus par une idéologie et l’Évangile par un programme. L’équilibre est difficile, mais il n’est pas impossible : Je te montrerai la voie que tu dois suivre !

Point d’ancrage

Pour garder l’équilibre, il faut sans cesse revenir vers celui qui inspire nos gestes et nos propos. Avant tout, pour l’adorer certes, et c’est ici le meilleur moyen de ne pas changer de dieu en cours de route et se fourvoyer avec des idoles séduisantes. Ensuite, pour rechercher la connaissance, pour saisir la sagesse et le discernement ; car c’est ce que Dieu accorde à ceux qui lui sont assez proches pour qu’il leur confie ses desseins. Car l’étonnant de l’aventure, c’est que Dieu souffle ses plans aux oreilles de ses enfants ; il leur donne le sens de l’Histoire et les invite à y participer. Mais il n’entre dans une telle action qu’avec ceux qui veulent être co-ouvriers.

 

Or, nos Églises sont beaucoup préoccupées par elles-mêmes et par leur propre survie pour espérer exister utilement encore longtemps. Si l’Église devient pour le chrétien un refuge au lieu d’être une rampe de lancement, nous ne sommes plus dignes du beau nom que nous portons, et nous sommes coupables de non-assistance à société en danger.

Éric DENIMAL


Numéro Journal: 56

Date: 2003-09-19

Titre: Compiègne, une Église en marche

Préambule: Entretien avec André Souchon

Texte: Une invasion venue du Nord…

L’ÉGLISE ÉVANGELIQUE BAPTISTE DE LA VALLÉE DE L’OISE est le résultat d’une invasion venue du Nord en suivant la vallée de l’Oise. Il s’agissait plus d’une pénétration, selon l’expression du pasteur Georges Rousseau, « celle de certaines idées religieuses, jugées en ce temps-là dangereuses, parce que subversives et révolutionnaires ». Il faut dire que nous étions dans la décennie 1828-1838 !

Comme Napoléon 1er n’avait reconnu que les Églises Catholique, Réformée et Luthérienne, les Églises Évangéliques devaient vivre à l’écart des agglomérations, dans des villages plus ou moins importants. Notre Église eut donc des racines dans les bourgades entourant Compiègne, ville interdite puisque sous-préfecture où les croyants se réunissaient dans des familles ou des salles louées. Les premiers baptêmes furent célébrés en 1839. C’est en 1873 que fut construit le premier temple baptiste de cette région à Saint-Sauveur. En 1906, un an après la loi sur les associations cultuelles, l’Église Baptiste de Saint-Sauveur était déclarée à la sous-préfecture de Compiègne. Elle devint l’une des 10 Églises qui fondèrent notre Fédération.

Des Baptistes chez les Anglicans

En 1954, 80 ans après cette construction, on commença à célébrer des cultes à Compiègne, dans la Chapelle Anglicane érigée en 1868 par les Britanniques. En 1960, les Anglais nous ont laissé l’usage de la chapelle qui était encore propriété de la Couronne britannique. On ne pouvait pas l’acheter parce que le titre de propriété était perdu. Il fut retrouvé à la fin des années 80 et notre communauté l’a achetée en 1990.

Aujourd’hui, notre communauté regroupe près de 90 membres et comprend autant de personnes qui la fréquentent régulièrement. Elle se doit d’être accueillante aux divers courants évangéliques qu’ils soient d’origine darbyste, pentecôtiste, luthérien ou réformé sans oublier les charismatiques, tout en restant attachée à l’enseignement. Avec plus de cinquante enfants à l’école du dimanche, plusieurs cultes sont animés chaque année par les divers groupes. Outre ces classes d’animation biblique, nous avons aussi des rencontres de jeunes, une ou deux fois par mois, répartis en deux groupes selon leur scolarité : le groupe “Mosaïque” de la 6ème à la 4ème, et le groupe H²0, de la 3ème à la terminale, pour des jeunes « qui se mouillent avant d’être baptisés ». C’est ainsi qu’en 2001, une partie d’entre eux sont allés « en mission » au Nord Cameroun, pendant trois semaines. D’autres projets sont en cours de gestation…

 Une Église ouverte aux autres

Notre Église entretient depuis plus de cinquante ans d’excellentes relations avec l’Église Réformée, au point que nous avons un compte joint (CCP), alimenté par les deux Églises, pour venir en aide aux démunis qui frappent à nos portes. Des cultes communs sont organisés à Noël et le Vendredi Saint alternativement dans l’un et l’autre temple.

Toujours dans le domaine du social, il faut rappeler que notre Église de Compiègne est à l’origine du développement de l’ABEJ, puisque c’est la famille Geoffriau qui a lancé la  « Clairière » en 1957, à Pierrefonds, bientôt suivie de la « Roseraie », la maison de retraite qui porte le nom de Vallée Verte, elle aussi à Pierrefonds. C’est dans cette maison que nous avons tous les dimanches un culte pour les résidents qui est aussi ouvert au public, géré par notre Église à la même heure que le culte à Compiègne. L'engagement social de bon nombre de nos membres et amis se traduit de diverses manières. D'abord au sein de l'Association des Amis de la Vallée Verte qui organise les fêtes pour les résidents plusieurs fois par an. Certains donnent de leur temps chaque semaine pour rendre visite aux pensionnaires, d'autres prennent leur tour de rôle dans l'animation des cultes ; parfois des jeunes se joignent à eux pour l'animation musicale.

Par ailleurs, il y a cinq ans, l'Association JALMALV (Jusqu'À La Mort Accompagner La Vie), association laïque et apolitique a lancé son antenne à Compiègne. Les premiers volontaires qui ont terminé leur formation à la visite auprès des malades en fin de vie, étaient tous, sauf un, engagés sur le plan de la foi

Plusieurs viennent de notre Église ainsi que d'autres bénévoles qui ont accepté de servir au Conseil d'Administration.

Personnellement, cela fait sept ans que je suis pasteur ici et je me réjouis de ne pas devoir être le « pasteur à tout faire » grâce à la présence active de deux prédécesseurs, Jean-Yves Thobois et François Luc, et au grand nombre de membres, hommes et femmes, engagés dans la gestion des divers groupes déjà cités, de la chorale et du groupe musical; sans oublier les travaux qui se font peu à peu dans l’annexe de notre temple. C’est là que se déroule l’animation biblique et que nous tenons les repas d’Église. Comme la plupart des membres habitent dans les villages environnants, nous avons « décentralisé » les études bibliques et les réunions de prière. Le groupe d’évangélisation travaille aussi dans les maisons d’accueil de l’ABEJ.

Par ailleurs, grâce aux activités oecuméniques régulières, l’Église ainsi que ses pasteurs jouissent d’une reconnaissance certaine de la part de tous les secteurs de la société.

Propos recueillis par Brigitte GOMA MABIKA


Numéro Journal: 56

Date: 2003-09-19

Titre: Mission Évangélique Tzigane. Quand les méprisés des hommes sont des bien aimés de Dieu

Préambule: Entretien avec le Pasteur Christian D’hont, représentant de la METz auprès de la Fédération Protestante de France

Texte: Quand la Mission a-t-elle vu le jour ?

En 1950, à l’occasion d’un miracle de guérison d’un enfant. C’était la réponse de Dieu à la prière du pasteur Githnard. Cette guérison a été dûment constatée par la médecine. Très rapidement, le pasteur Clément Le Cossec s’est occupé des nouveaux convertis. C’est lui qui a créé l’association Vie et Lumière à laquelle il a consacré toute sa vie. Nous sommes entrés à la Fédération Protestante de France en 1975.

Combien êtes-vous aujourd’hui ?

La croissance n’a jamais cessé. Aujourd’hui, sur une population des gens du voyage estimée à 350.000 en France, on compte près de 100.000 membres baptisés et autant de sympathisants. La Mission Evangélique Tzigane est ainsi la plus importante composante du peuple tzigane dans ce pays.

1.300 pasteurs desservent 150 églises locales sédentaires et 200 groupes itinérants, avec chapiteau, pour évangéliser.

Comment vous organisez-vous ?

La manière de vivre et la mentalité des gens du voyage sont très différentes de celles de l’ensemble de la population. Bien entendu, nos vies d’églises en tiennent compte.

Pratiquement tous nos pasteurs exercent une activité lucrative en parallèle : ils sont par exemple sur le marché le matin et s’occupent de leur église l’après-midi et le soir.

Un des défis importants que nous relevons est leur formation. Il ne faut pas oublier qu’une grande proportion des gens du voyage est analphabète.

Pourquoi ces difficultés ?

La plus grosse partie de nos problèmes vient de la loi de 1969 qui limite le stationnement de nos caravanes à 48 heures. Comment voulez-vous que nos enfants aillent à l’école dans ces conditions ?

Toute notre histoire a été marquée par le rejet et le mépris. Nous continuons à les vivre aujourd’hui. Les ministres et leur cabinet nous reçoivent avec bienveillance en tant que représentants mais sur le terrain, les maires et les députés nous ignorent ou nous créent les pires difficultés. On constate hélas parfois des attitudes comparables au sein des Églises.

Est-ce que cela n’est pas dû un peu à votre volonté de rester entre vous ?

C’est vrai que les Tziganes ne se lient pas facilement aux gadjé, les sédentaires, et que même les tziganes évangéliques ont des difficultés dans ce sens. Mais il faut aussi remarquer que c’est grâce à cette identité forte que nous n’avons pas disparu alors qu’on nous a chassés et persécutés tout au long de notre histoire. Savez-vous qu’il n’était pas rare, autrefois, qu’on pende un gitan à l’entrée du village pour montrer que ceux-ci n’étaient pas les bienvenus ? Aujourd’hui, près d’un de nos pasteurs sur dix (environ une centaine) est un sédentaire.

Et votre réputation de voleurs de poules et d’enfants ?

De poules, c’était certainement vrai au début du siècle. Mais pas d’enfants car les familles des gitans étaient suffisamment nombreuses (entre 10 et 12 enfants en moyenne) pour ne pas avoir besoin des enfants des autres !

Ce que je peux vous dire en tout cas, c’est que lorsqu’un gitan se convertit, il se convertit vraiment. Il n’y plus de place pour les voleurs et les violents parmi nous.

On vous reproche parfois de ne pas être très œcuméniques…

Je suis certain que si vous aviez vécu la même histoire que la nôtre, vous ne le seriez pas non plus. Il ne faut pas oublier que tous nos convertis sont issus du catholicisme.

Et votre culte ?

C’est un culte basé sur la Parole de Dieu. Rien de plus, rien de moins. Nous lisons et commentons la Bible, nous baptisons et enseignons les nouveaux convertis. Nous prenons la Sainte Cène tous les dimanches. Il y a des gens parmi nous qui exercent des dons spirituels comme le parler en langue ou quelques autres, mais pas tous. Le plus important à nos yeux, ce sont les conversions. Nous nous sentons en fait très proches des baptistes.

Quel est votre plus grand souci ?

L’avenir de mon peuple. Nous avons peur de perdre notre culture. Savez-vous que nous sommes passibles de la prison lorsque nous ne respectons pas les règlements sur le stationnement ? Il n’y a qu’à regarder ce qui est arrivé à nos frères de l’Europe de l’Est qu’on a forcés à se sédentariser : ils ont perdu leurs racines et sont aujourd’hui dans la misère la plus noire. Beaucoup sont devenus des délinquants ; ceci ne serait pas arrivé si on avait respecté leurs spécificités.

Que pouvons-nous faire pour vous aider ?

Nous ne voulons pas être assistés. Nous voulons simplement être reconnus et estimés pour ce que nous sommes. Nous voulons aussi qu’on nous fasse confiance en nous croyant capables de nous gérer nous-mêmes. Combien de fois n’ai-je pas dû constater que les subventions dont nous avons besoin pour aider notre peuple étaient beaucoup moins importantes que celles données à d’autres associations du même genre ! Pourquoi ? Parce qu’on ne nous fait pas confiance !

Et les Églises, que peuvent-elles faire ?

Vous pouvez nous inviter. Nous avons de très bons musiciens qui pourront rendre leur témoignage à travers leur musique. Nous avons aussi d’excellents évangélistes. N’ayez pas peur. Ils pourront aussi faire des conférences pour faire connaître le peuple gitan, son histoire, sa culture … et annoncer l’Évangile.

Propos recueillis par Georges MARY


Numéro Journal: 57

Date: 2003-10-18

Titre: La Clairière : maison d'enfants à caractère social

Préambule: Le village de Pierrefonds est célèbre pour son château fort, l'un des plus beaux de France, lieu de tournage de plusieurs films. C'est aussi dans ce village que se situe l'une des toutes premières oeuvres de l'ABEJ, la maison d'enfants LA CLAIRIÈRE, fondée en 1957 par Claudine et Daniel Geoffriau. Dans notre numéro de Juin juillet 2001, nous vous annoncions que les travaux étaient en pleine exécution. Ils étaient devenus indispensables pour répondre aux normes de sécurité, d'hygiène et de confort exigés actuellement. On a donc démoli les bâtiments qui avaient été ajoutés au fil du temps à la maison principale : le chalet qui contenait les anciens dortoirs des garçons ainsi que l'ancien appartement côté jardin.

Texte:

Avec quelque retard, le nouvel ensemble de bâtiments a été inauguré officiellement le 5 juin 2003. Conformément à la volonté de l'ABEJ, l'architecture garde le cachet qu'on lui connaissait puisque la maison à colombages a été conservée, mais rénovée intérieurement, et que les nouveaux bâtiments reproduisent également les colombages de la maison d'origine.

C'est là une réussite tant sur le plan fonctionnel que sur le plan architectural. La maison d'origine conserve toute sa force, entourée qu'elle est de locaux dont l'échelle, les volumes et les couleurs correspondent tout à fait à ce qui était souhaité.

Des difficultés :

Toufic NAHME, l'actuel directeur de la Clairière, nous explique ainsi toute la difficulté de vie de la maison durant la construction : tous les travaux se sont déroulés sur un site qui continuait à être habité par les enfants sans qu'on ait réduit leur nombre et l'ensemble du personnel a eu le mérite d'avoir su s'organiser pendant les deux années de 2001 à 2003, afin que les gênes provoquées par les travaux n'affectent pas trop le fonctionnement de l'établissement.

Néanmoins, ils ont bouleversé aussi bien le fonctionnement des enfants que des adultes puisqu'il a fallu d'abord se replier dans la partie ancienne puis s'installer dans les nouveaux locaux au fur et à mesure de leur finition. Ce qui a entraîné plusieurs déménagements à l'intérieur des locaux. De plus, nous avons eu durant cette période un petit nombre de nouveaux pensionnaires qui ont fait preuve d'une rare violence entre eux, contre eux-mêmes et envers les adultes, en se livrant à des dégradations, des agressions verbales et aussi physiques.

 Les nouveaux locaux :

Le projet architectural répond au projet éducatif d'une répartition des enfants en trois groupes : les 'petits' (6-9 ans), les 'moyens' (10-13 ans) et les 'grands' (14-18). Chaque groupe occupe son 'lieu de vie' qui est, bien sûr, adapté à l'âge des enfants. Les chambres, prévues pour deux ou trois enfants, sont de couleurs gaies en accord avec celles du mobilier. Elles sont décorées par les enfants à leurs convenances, dans le respect des règles de vie en collectivité. Chaque jeune y trouve son espace personnel avec bureau et armoire qu'il peut fermer à clef. Dans l'ensemble, les nouveaux espaces sont assez lumineux, ce qui est beaucoup apprécié par les enfants. De plus, même si les repas sont confectionnés à l'extérieur, la cuisine est dotée d'équipements de restauration de collectivités. Les enfants y ont accès pour y préparer des repas en compagnie de la maîtresse de maison ou de leurs éducateurs.

 Qui sont les enfants que vous recevez ?

Autrefois, il s'agissait souvent d'enfants orphelins ; de nos jours, la majorité d'entre eux vient de familles en souffrances dont les agissements dangereux pour leurs enfants ont entraîné le placement d'office en maison d'accueil par l'Administration.

Puisqu’ils n'ont pas fait le choix de vivre dans notre maison, c'est à nous d'offrir à ces enfants un lieu d'accueil aussi agréable que possible qui leur donne également la possibilité de se reconstruire intérieurement. Cette reconstruction de l'individu ne peut pas toujours se réaliser s'il est coupé de sa famille et de son environnement d'origine. Même des parents indignes restent des parents. C'est pourquoi le personnel s'attache à travailler avec les familles toutes les fois que c'est possible.

 Comment se passe la scolarité ?

Pour les petits, elle se fait naturellement à l'école primaire de Pierrefonds puis, plus tard dans le secondaire, au collège qui se trouve à quelques kilomètres de Pierrefonds. Toutefois, on s'est aperçu que le choix du collège d'enseignement général ne répond pas forcément aux capacités ni aux aspirations de tous les enfants. Il est de beaucoup préférable d'orienter certains d'entre eux vers une filière professionnelle comme nous l'avons réussi récemment, par exemple, en trouvant une formation en mécanique agricole pour un garçon et une formation dans la filière canine pour une fille, même s'il s'agit pour eux de passer la semaine entière dans leur école pour revenir à la Clairière seulement durant le week-end.

 Et la suite ?

Si la maison d'enfants n'est qu'un pis-aller, il n'en reste pas moins qu'elle est beaucoup appréciée à en juger par le nombre de ceux qui, devenus majeurs, demandent une prolongation de l'assistance éducative dont ils bénéficiaient jusque-là. Le jeune fait alors la preuve de son intérêt dans la poursuite de son projet individuel. C'est le cas, cette année, d'Emmanuel, passionné de graphisme, qui prépare un CAP de dessinateur en communication graphique. Il a fait la fierté de l'ensemble de ses camarades et du personnel en remportant le concours régional de graphisme, auquel participaient plus de deux cents jeunes (voir encadré). C'est là un sujet d'encouragement pour l'ensemble du personnel. D'autres jeunes s'engagent dans les métiers de boulangerie, maçonnerie, de services d'aide, etc.

 Vous avez aussi la maison des Courlis

24 enfants, garçons et filles, habitent dans le bâtiment de la Clairière à Pierrefonds. Quand on a passé son enfance et son adolescence dans une maison d'accueil en collectivité, se retrouver tout seul dans la nature est souvent un pas extrêmement difficile. Depuis plusieurs années, nous nous occupons aussi de 12 jeunes filles majeures qui ont quitté la Clairière en souhaitant bénéficier d'un suivi éducatif qui les conduira à leur autonomie. Elles vivent en appartements, au centre de Compiègne, où le suivi des éducateurs et éducatrices leur permet de se préparer à la vie, en se prenant en charge sur tous les plans pratiques comme la gestion du budget par exemple.

 L'inauguration

Plus de deux cents invités ont répondu présents avec de nombreuses personnalités politiques locales, départementales et régionales ainsi qu'un certain nombre de représentants des Administrations dont relève la Clairière. Comme c'était un jeudi après-midi, les enfants de la Clairière ont eu le droit de ne pas aller à l'école pour participer à la fête. Ils n'ont pas boudé leur plaisir de tenir le ruban qui, une fois coupé, donnait le coup d'envoi de la cérémonie officielle qui commença par la visite de l'établissement.

Puis on a entendu le mot de bienvenue et de remerciement prononcé par une enfant de la Clairière, ainsi que les allocutions prononcées par Madame le maire de Pierrefonds et par le député conseiller général du Canton. Enfin, les enfants ont procédé à un lâcher de ballons fort apprécié.

 C'est un travail de conviction ?

Oui, aussi déstructuré que puisse être l'enfant qui nous est confié, c'est la conviction de chacun des adultes qui l'entourent, de miser sur les potentialités du jeune à surmonter ses difficultés. Il faut croire à la chance que peut avoir chaque enfant dans sa reconstruction ; c'est-à-dire qu'il faut constamment nourrir l'espérance que chaque enfant, quels que soient son parcours et son vécu avant d'arriver chez nous, peut prétendre à un recommencement possible. Cette éthique ouvre l'avenir de l'enfant pour qui on peut toujours envisager une progression possible.

Toufic NAHME


Numéro Journal: 57

Date: 2003-10-18

Titre: Connectez-vous à Dieu

Préambule: La Bible a toujours bénéficié des techniques les plus modernes, ce qui a permis sa remarquable diffusion. À l’heure du numérique, il est heureux de voir que l’Année de la Bible a donné la volonté à plusieurs de réaliser des logiciels permettant de découvrir, lire et approfondir sa connaissance des Écritures. Après le CD carte de Top Chrétien, nous proposons un CD-ROM pour se « connecter à Dieu ».

Texte:

La Bible a toujours bénéficié des techniques les plus modernes, ce qui a permis sa remarquable diffusion. À l’heure du numérique, il est heureux de voir que l’Année de la Bible a donné la volonté à plusieurs de réaliser des logiciels permettant de découvrir, lire et approfondir sa connaissance des Écritures. Le mois dernier, nous vous présentions le CD carte publié par Top Chrétien, ce mois-ci, nous proposons un autre CD-ROM pour se « connecter à Dieu ».

Ce CD-ROM nous présente la Bible comme « le premier FAD (Fournisseur d’Accès à Dieu) » inscrivant, non sans humour, la Parole de Dieu dans l’univers de l’informatique et de la grande toile…

Il contient bien sûr plusieurs versions de la Bible : Nouvelle édition de Genève Segond 1910 et Darby (au travers d’une version limité du logiciel Biblia Universalis) le Nouveau Testament Parole de Vie.

En plus de ces versions, il est accompagné d’une présentation de la Bible, d’une aide à la lecture et de témoignages. Différents outils sont aussi proposés pour l’approfondissement et l’étude : Une version interactive du livre 'la Bible Vrai ou Faux' (sous la direction de Alain Stamp) Des cours bibliques.

Un Quiz ainsi que différents jeux sont aussi présentés afin de découvrir la Bible de façon ludique. Quant à « l’espace enfants » (jeux, histoires bibliques illustrées), il donne au logiciel une dimension familiale appréciable. Enfin, une liste de contacts et de liens Internet est proposée pour aller plus loin ou se procurer un exemplaire papier de la Bible.

En plus du logiciel, le CD contient aussi 4 courts messages audio qui peuvent être écoutés sur n’importe quel lecteur de CD.

Voici donc encore un logiciel complet, bien présenté et donc facile à offrir… il présente en outre l’avantage non négligeable d’être compatible C et MAC…

L’Année de la Bible n’est pas finie… il est encore temps de proposer des outils qui permettront à plusieurs de bénéficier d’un « accès illimité, 100% gratuit » à Dieu ! Bien sûr il sera encore temps plus tard mais pourquoi attendre ?!?

Fiche réalisée par Pierre de MAREÜIL à partir des informations recueillies sur le site : « Connectez-vous à Dieu »


Numéro Journal: 57

Date: 2003-10-18

Titre: Saint Quentin, une envie d’Église

Préambule: L’Église de Saint-Quentin est née de l’évangélisation commencée sous l’impulsion du pasteur Jules Thobois. Après trois années d’une campagne intitulée « salut et guérison », une communauté commence à se structurer pour s’établir officiellement en 1954 au 52, rue Michelet.

Plusieurs pasteurs se sont succédés, chacun avec ses dons. MM Duhem, Dorotte, Bonneau, Saut Ivan (18 ans de service), Miahle, Kéglo, et Pincemin. Ce dernier, en place depuis 2000, voit l’Église évoluer et s’éprendre d’une « en-vie de vie »…contagieuse !

Texte: Nouvelle installation

Pour présenter l’Église aujourd’hui, on pourrait dire tout simplement que nous commençons à prendre nos marques. Ces dernières années, en effet, la communauté a été particulièrement secouée. Il y a eu la vente difficile des anciens locaux, l’achat du 52, rue Pierre Ramus et les travaux, puis mes études à Vaux. À cela s’ajoute la période où nous faisions nos cultes le dimanche après midi dans une salle que nous louions à l’Église réformée, mais toute triste et très difficile d’accès !

Néanmoins, les travaux dans nos futurs locaux avançant, cela nous procurait un véritable baume au cœur. Lorsque tout a été achevé en mai 2002, nous avons été impressionnés par la beauté de ces lieux, tellement accueillants et chaleureux. Un véritable cadeau quand on a vécu au 52, rue Michelet !

L’inauguration officielle a eu lieu en octobre 2002 avec la participation des Églises de la région, de la mairie, du groupe Master Music ainsi que de Pascale Benman et Daniel Pialat. Nous étions une bonne centaine de personnes.

 Aujourd’hui, ce que vit Saint Quentin, c’est l’en-vie !

L’en-vie de vivre (comme disait un chanteur connu) une vie chrétienne dynamique et riche de la présence du Seigneur

Par la grâce nous avons vécu une année bénie. L’idée de base, malgré les finances, était de faire un programme d’évangélisation sur une année avec une manifestation par mois. Grâce à la collaboration de Master Music Picardie les budgets ont été minimisés, les contacts soigneusement étudiés et optimisés. Concerts, films, théâtres, prédicateurs, se sont succédés, tous nous communiquant à chaque fois l’en-vie de poursuivre, d’aller plus loin encore. Six baptêmes (plus trois à venir) sont nés de ce travail.

Parallèlement la fraternité et la paix se sont affermies, autant d’éléments moteurs qui favorisent l’en-vie pour les nouvelles personnes de venir et l’en-vie pour les paroissiens et le pasteur de servir avec passion. Rien n’est plus beau que de voir l’œuvre du Seigneur se faire dans les cœurs !

Plus concrètement, notre Église compte aujourd’hui 44 membres. Soixante personnes environ assistent au culte. Nous avons une dizaine d’enfants que nous regroupons en une classe unique, garderie comprise.

Nous avons redémarré un groupe de jeunes. Une dizaine participent dont 2 de l’Église des Assemblées de Dieu. C’est pour nous un secteur très encourageant. Les jeunes font preuve d’un dynamisme réel et contagieux.

 Prochains objectifs

L’objectif pour les mois qui viennent est clair :

Poursuivre notre percée dans la croissance !

Nous n’avons pas de méthode, nous ne savons pas vraiment où tout cela nous mènera (voir le projet du festival Gospel à Saint Quentin, 2.600 places sur 2 jours), mais nous y allons par l’impulsion que seul communique l’Esprit Saint. La vie chrétienne est une aventure extraordinaire ! Ce qui me semble essentiel aujourd’hui, c’est de retrouver la passion pour le Seigneur. Nos contemporains ont besoin de rencontrer des chrétiens convaincus et pétillants de vie ! Ce n’est certainement pas seulement un programme, si formidable soit-il, qui va changer les choses ! Seule une véritable passion pour le Christ toute renouvelée, rafraîchie par l’Esprit (cf. Éphésiens 4.23) peut embraser toute une communauté. Il ne s’agit pas là de triomphalisme « charismaniaque » mais d’une marche patiente et attentive. C’est ensemble que nous voulons construire pour le Royaume. Cette volonté s’inscrit concrètement dans l’encouragement de chacun à découvrir (ou redécouvrir) le ou les dons que le Seigneur leur a confiés pour l’édification commune (1 P 4.10).

 Le petit mot de la fin

 « L’avenir, tu n’as pas à le préparer mais à le permettre » (Saint Exupéry).

Propos recueillis par Nathalie GUILLET


Numéro Journal: 57

Date: 2003-10-18

Titre: A.E.P.F.

Préambule: Interview avec le président de l’AEF, le pasteur André Courtial

Texte: Un proverbe de la Bible dit qu’un enfant, même lorsqu’il est grand, ne se séparera pas de la bonne instruction qu’il a reçue. À 46 ans, quelles sont aujourd’hui les valeurs et activités phares de l’AEF ?

Les valeurs que nous tenons sont celles des Églises de professants. C’est par exemple la reconnaissance de la seule autorité de l’Écriture Sainte en matière de foi et de vie, la proclamation du salut par grâce, reçu par la foi seule, l’unité avec les autres Eglises qui passe par la même fermeté doctrinale sur des questions essentielles comme la divinité du Christ, Jésus, la pleine efficacité de son sacrifice sur la croix, la nécessité de la conversion et le retour du Christ. C’est aussi la constitution des Églises locales qui ne reçoivent comme membres que des personnes qui professent une foi personnelle en Jésus-Christ car le peuple de Dieu est formé uniquement de personnes qui se sont converties à Jésus-Christ et lui ont donné leur vie. Ces mêmes valeurs ne nous poussent pas à affirmer que tous les membres des Eglises de professants sont d’authentiques chrétiens, car Dieu seul connaît les cœurs. Toute la vie des Églises comme celle de leurs membres est placée sous l'autorité de la Bible. La prédication de la Parole de Dieu occupe une place centrale dans le culte des communautés locales. Elle est associée à la louange et à la communion fraternelle. Le culte est généralement d'une grande simplicité et permet une libre expression de la foi. Comme la vie chrétienne ne se limite pas aux actes de piété, les chrétiens s’efforcent de rendre témoignage à Jésus-Christ par leur comportement, et surtout par leur amour. Cet amour se manifeste dans la vie des Eglises par l'entraide entre frères, ainsi que par des engagements divers au service des hommes. Voilà les valeurs sûres de l’AEF. Quant aux activités principales de notre association elles concernent surtout la formation des chrétiens, un objectif que nous avons toujours eu.

 Quels sont les moyens que l’AEF se donne pour réaliser cet objectif ? Avez-vous des employés ou travaillez-vous uniquement avec des bénévoles ?

Nous organisons un congrès en principe tous les trois ans sur un thème précis et nous diffusons les travaux qui en résultent. Le prochain congrès aura lieu à Valence, du lundi 15 au mercredi 17 mars 2004 : « Pour une éthique biblique », avec, comme intervenants : Jacques Blandenier, Frédéric de Coninck, Lydia Jaeger, Louis Schweitzer et l’ancien ministre de l’intérieur, Pierre Joxe.

Nous mettons en place aussi des séminaires ou des rencontres de responsables d’Églises en vue d’étudier ensemble des questions concernant la foi ou la vie des Églises. Actuellement une formation pour directeurs de stages s’organise dans le but de mieux préparer les jeunes candidats au ministère pastoral sortant de Facultés de théologie ou d’Instituts Bibliques. En partenariat avec l’Institut Biblique de Nogent, l’Institut Biblique d’Emmaüs et l’École pastorale de Massy, les deux premières rencontres ont eu lieu les 12 mai et 19 septembre derniers. La prochaine aura lieu le10 mai 2004.

L’AEF pense aussi à la formation des enfants et des jeunes de nos Églises et veille à la rédaction de manuels d’enseignement biblique. Actuellement, elle prépare les cahiers et cd-rom pour la série des 12-15 ans.

Par ailleurs, nous éditons chaque année un livret de séjours qui répertorie les colonies, camps, voyages et stages de formation organisés par des unions d’Églises membres et œuvres coopérantes ou associées de l’AEF.

Enfin, notre association fonctionne principalement grâce aux bénévoles mais elle a un contrat d’auteur avec Pascale Bittner, justement pour la création du matériel catéchétique. Nous procédons de la même manière, mais ponctuellement, avec des professionnels maquettistes.

 Quel rôle la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes joue-t-elle en tant que membre fondateur de l’Association ?

Le conseil de l’AEF a comme membre le secrétaire général de la Fédération, Étienne Lhermenault. C’est lui qui représente la Fédération au sein de nos activités. Il faut savoir aussi que le travail de Pascale Bittner est en fait une continuation et renouvellement de matériel de la Fédération Baptiste pour l’école du dimanche qui avait vu le jour grâce à Robert Somerville. Christine Frantz et la librairie 7-ICI ont facilité la création des premiers cahiers catéchétiques de notre Association.

Je ne veux pas oublier que deux des pasteurs de la Fédération ont été de remarquables présidents qui, par leurs actions, ont marqué notre association : André Thobois et Robert Somerville.

 Quelle parole justement voudriez-vous adresser aux chrétiens des Églises baptistes de la Fédération et aux autres lecteurs de Construire Ensemble ?

Aujourd’hui la foi chrétienne fait place à de nombreux problèmes, la société est en pleine mutation, l’éthique générale est malmenée et les sectes sont en pleine expansion. Dans ce contexte, l’AEF doit maintenir sa fidélité aux principes bibliques : un enseignement solide, un témoignage efficace et une vision missionnaire renouvelée, en cela nous y voyons la responsabilité de chaque chrétien. Implantées en Belgique, en France et en Suisse, les unions membres de l’AEF ont un privilège immense : elles partagent les même convictions et peuvent unir leurs efforts pour un témoignage vivant au nom de l’Évangile. La Fédération Baptiste doit continuer à jouer un rôle important dans cette dynamique. L’AEF n’est pas un « club » fermé. Elle tend la main à toutes les unions qui souhaitent vivre pour la seule gloire de Dieu.

 Quels sont les plus grands défis que doit affronter l’AEF en tant qu’association ?

L’AEF relève plusieurs défis : celui d’accomplir sa mission de « lumière du monde » au service de Jésus-Christ. Heureusement, nous ne sommes pas les seuls et nous sommes appelés à ouvrir les yeux et à reconnaître l’œuvre merveilleuse du Saint-Esprit dans le monde entier. Nous devons manifester plus ouvertement notre unité tout en appréciant les richesses et les diversités d’expressions. Un autre défi : la mobilisation des responsables d’Églises qui continueront à prendre une part des préoccupations de l’AEF au travers des pastorales, des séminaires, des formations et des congrès. Le troisième défi : c’est la participation active des unions d’Églises. La présence de ces unions au sein des divers projets de l’AEF est vitale à la réussite de nos objectifs.

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 Le nouveau PROJET AEF : un « CATÉ » pour les 13-15 ans

Me voilà devant une mission importante : enseigner 7 jeunes de 13-15 ans pendant une année scolaire, rendez-vous chaque samedi ! Première tâche : trouver un matériel existant pour m’aider à préparer ce survol biblique ! Je me rends dans une librairie évangélique pour y trouver du matériel pour préados, pas un support pour des études bibliques ponctuelles, mais un matos suivi, conçu pour un catéchisme régulier, hebdomadaire : rien ! Il va donc falloir composer pendant un an, en glanant ici et là…Ceci n’est pas une histoire fictive, mais bien ce qui m’est arrivé pendant ces 10 derniers mois. Et en face de ces jeunes, on a qu’une seule chose dans le cœur : montrer que ce livre n’est pas un vieux truc inutile !

La conclusion de cette anecdote : il y a un public dans nos milieux qui est souvent négligé (contre X manuels pour enfants, nous n’en trouvons que peu pour les 12-15 ans…) Force est de constater que pour ces jeunes, les réserves s’épuisent, vieillissent…

Mais bonne nouvelle : l’A.E.P.F. s’étant aperçu de ce manque, a décidé de remédier à cette grave lacune, et de se préoccuper enfin de ces jeunes (richesse pour nos Églises !)…

Voici donc en quelques mots, une rapide présentation du projet : Il n’existe pas à cette heure un matériel qui regroupe à la fois des thèmes, des doctrines, des sujets bibliques, des pages d’Histoire de l’Église et qui parle en même temps des réalités de la vie ! Ce nouveau matériel (qui reprend un peu des thèmes de l’ancienne série B rédigée par Robert Somerville faisant partie de la collection « À l’école de la Bible ») sera assez complet puisque pour chaque grand thème, il proposera une approche biblique, une approche historique et une approche pratique : le but étant de montrer que tout cela ne forme qu’une seule et même réalité. La Bible n’est pas un vieux truc qui ne sert à rien, mais c’est un livre « à part » qui est encore en phase avec ce que je vis aujourd’hui en 2003 (que j’ai 6, 14, 25, 40 ou 70 ans !)

Parmi les grands thèmes : la Bible, Dieu, la Trinité, le plan initial de Dieu, le problème du mal, le mal en nous, la préparation au salut, Jésus, l’œuvre du Saint-Esprit, la Prière, Témoin du Christ, l’Église, l’amour, la fin des temps…

Exemple d’un thème traité : la prière, 1 (biblique) : Les psaumes et la prière de Jésus, 2 (historique) : Des hommes de prière, Spurgeon ; les Coréens et la prière ! 3 (pratique) : Est-ce que Dieu m’écoute ?

Actuellement, les trois premiers thèmes sont déjà traités (7 fiches-test participant et 7 fiches-test animateur présentées sur un CD Rom disponible auprès des responsables de vos unions d’Églises).

Ce « catéchisme du 3ème millénaire » se présentera sous forme de fiches (ado + animateur) au design très actuel ! Consultables plus tard sur le Net ! Ces fiches se veulent peu chargées en textes, résumant plutôt l’essentiel : l’accent portera sur l’échange et la discussion au sein des groupes, à travers des activités proposées sur la fiche animateur.

La fiche de l’ado sera là pour être une trace visible de ce qui est à assimiler.

Nous voulons vraiment nous engager à donner le meilleur à nos préados, pour leur transmettre la bonne saveur de l’Évangile, l’envie d’avoir une foi personnelle… susciter la curiosité… pour leur donner envie d’aller plus loin, et de continuer la marche aux côtés de leurs aînés !

Les questions sont là, dans leur cœur, dans leur tête, elles concernent aussi bien la Bible (avec certaines histoires difficiles à admettre !), que tout ce qui se passe autour d’eux quotidiennement… Ce matériel (dans l’ensemble de sa conception) s’efforcera de mieux les rejoindre, essayant de répondre à un maximum de questions.

Ce projet de réalisation d’un catéchisme pour les 12-15 ans a besoin, pour voir le jour et pour vivre, de votre engagement personnel, et en Église !

Que cela puisse se faire pour la Gloire de Dieu et pour l’avancée de son Royaume en France parmi les jeunes !

À bon entendeur, salut !

Interview

 

Propos recueillis par Hunter FITEProjet caté

 

Pascale BITTNER (Église Baptiste St Jean de la Ruelle) &


Numéro Journal: 57

Date: 2003-10-22

Titre: L’enseignement à distance : Une autre façon d’apprendre la Bible !

Préambule: C’est une autre façon d’étudier la théologie. Quelques privilégiés sont appelés à consacrer leur vie à l’étude de la Bible. Mais tous les chrétiens n'en ont pas la possibilité. L'enseignement à distance permet ainsi à ceux dont la disponibilité est limitée, mais qui ont le désir de mieux connaître la Bible, d’y consacrer quelques heures depuis leur domicile.

Texte:

L’Institut de Théologie Évangélique (ITE) est la fédération d'associations qui regroupe la Faculté Libre de Théologie Évangélique (Vaux sur Seine) et l’Institut Biblique de Nogent. Néanmoins, chaque école gardant sa spécificité et ses programmes, nous présentons ici les cours que chacune d’elles proposent dans ce domaine.

L’IBN (Institut Biblique de Nogent-sur-Marne) est le premier établissement biblique créé en France (en 1921) par Ruben Saillens pour être un lieu de formation ouvert à tous ceux qui désirent servir Dieu. Cette école est restée fidèle à ses premiers principes tout en s’adaptant au monde moderne et aux besoins des Églises. Différents types de formations y sont proposés, depuis le cursus complet de trois ans jusqu'au séminaire thématique et aux week-ends de formations spécialisées. C’est ainsi qu’elle accueille, dans la banlieue est de Paris, de nombreux étudiants venus d’horizons très divers.

Les cours par correspondance de l’IBN existent depuis plus d'une trentaine d'années. Ils proposent un premier approfondissement biblique ainsi qu'une initiation aux langues bibliques. Leur principe pédagogique est celui de questionnaires associés à des manuels de cours que l'élève étudie attentivement avant de répondre par écrit aux questions posées. Le travail est renvoyé au professeur-correcteur qui évalue l’acquis de l’élève sur le sujet étudié et lui permet de passer au questionnaire suivant. Sur sa demande, l’élève reçoit une attestation pour chaque cours validé. Une bonne formule qui permet à chacun de travailler à son rythme, et de s’inscrire au moment le plus adapté pour lui dans l’année.

Les cours proposés sont les suivants : Doctrine (Les grandes doctrines évangéliques d’après les Écritures).

 Introduction au Nouveau Testament  (La formation, le contexte, les auteurs et le contenu des livres du Nouveau Testament).

Introduction à l’Ancien Testament  (La formation, le contexte, les auteurs et le contenu des livres de l'Ancien Testament).

 Histoire de l’Église (Les grandes étapes de l'histoire de l'Église). Grec biblique

 (Cours basé sur le « cours de grammaire grecque » de J.M. Nicole). Hébreu biblique

 (Cours basé sur le « Manuel d'hébreu biblique » de Dany Pegon). Deux cours d’études bibliques

  Les Épîtres de Paul  (Analyse du contenu des épîtres, sauf l'épître aux Romains) L’Épître de Jacques.

 

La FLTE (Faculté Libre de Théologie Évangélique) a été fondée depuis 1965 sous les auspices de l'Association d'Églises de Professants des Pays Francophones. Elle offre une formation théologique de niveau universitaire et se place au service de toutes les Églises évangéliques correspondant au système universitaire. Ici aussi, la proximité de Paris offre de grandes possibilités de choix dans les diverses bibliothèques, Églises ou manifestations académiques et culturelles que la capitale offre.

Le département d'enseignement à distance de la FLTE a été créé en 1999 en partenariat avec le London Bible College. Il permet de suivre par correspondance des cours de théologie de niveau universitaire, jusqu'au niveau du DEUG en théologie. Ces cours sont proposés aux pasteurs, prédicateurs, anciens, diacres, membres de conseils d'Église... qui désirent parfaire leurs connaissances bibliques et théologiques. L’étudiant reçoit ainsi un enseignement de niveau universitaire et d’orientation évangélique. Le système permet de s'inscrire à tout moment de l’année (excepté en août), pour suivre un cours dans le laps de temps d'une année.

Pour chaque cours, l'étudiant bénéficie d'un suivi par un professeur tuteur, dont la mission est de conseiller et d’encourager l’étudiant et aussi de corriger ses travaux. Chaque étudiant définit son cursus en fonction de ses centres d’intérêt et de ses objectifs. Trois formules possibles : cursus libre sans validation des cours, cursus niveau DEUG pour ceux qui visent l’obtention du diplôme en théologie, le « certificat de théologie » pouvant être décerné à ceux qui valident des cours représentant la moitié du cursus niveau DEUG .

Voici le détail des cours proposés à ce jour par la FLTE :

Théologie de l’apôtre Paul : Ce cours traite de la compréhension de Paul de la personne du Christ, de l’Esprit Saint ainsi que de l’Église.

 Histoire de l’Église ancienne : Vie quotidienne des chrétiens des premiers siècles, relations   entre l’Église et l’Empire romain, l’art chrétien…

 Première Épître aux Corinthiens : Ce cours présente le contexte culturel, religieux et  philosophique des Corinthiens ainsi que les circonstances de la rédaction de ce texte, et son   interprétation.

  Introduction à la doctrine chrétienne : approche générale des grands thèmes de la foi chrétienne.

Introduction à l’éthique chrétienne : Après une réflexion approfondie sur les fondements et la méthodologie d’une éthique chrétienne, le cours aborde les grandes questions éthiques (mariage, sexualité, homosexualité, avortement, euthanasie, racisme, justice, travail, loisirs…).

Le Livre de Jérémie : La nature du ministère du prophète replacé dans son contexte.

 Initiation à l’Hébreu biblique : Ce cours permet l’acquisition des connaissances de base pour la lecture des textes hébreux de l’Ancien  Testament.

Initiation au grec biblique : à la fin de ce cours, l’étudiant est en mesure de lire la plupart des textes du Nouveau Testament grec avec un lexique.

Cours de Grec du Nouveau Testament : Permet à l'étudiant qui a validé le cours d’initiation d’approfondir sa maîtrise de cette langue, d’analyser et de traduire des textes du Nouveau Testament.

Brigitte GOMA MABIKA


Numéro Journal: 58

Date: 2003-11-21

Titre: L’Alliance Biblique Française

Préambule: Entretien avec Christian BONNET son secrétaire général

Texte: Les origines

En 1818, après un siècle et demi de privation religieuse où il était quasiment interdit de posséder une Bible en français, quelques protestants influents fondent une société dans le but d’éditer et de promouvoir la Bible. La « Société biblique de Paris » est née. À cette époque, la Bible n’était disponible que dans une quarantaine de langues. Avec d’autres, les sociétés bibliques vont servir de base arrière pour de nombreux projets de traduction et d’édition dans les principales langues des peuples évangélisés.

Alliance Biblique et Société Biblique. Quelle différence ?

L’Alliance Biblique est une association (loi 1901) qui a été créée pour pouvoir proposer la Bible dans un langage compréhensible sans que le public ait à payer le coût réel que représente l’énorme travail de traduction. Dans ce but, c’est elle qui prend en charge les frais de traduction et de préparation de chaque édition. Elle remplit donc sa mission grâce au soutien des chrétiens. La Société Biblique est quant à elle une S.A.R.L. dans laquelle l’Alliance biblique détient la majorité des parts. Elle se charge de l’édition, de la production et de la commercialisation des produits bibliques.

Une Alliance Biblique Universelle, pour quoi faire ?

Dès 1948, les sociétés bibliques ont choisi de former une fraternité mondiale dans laquelle les ressources financières sont mises en commun afin que la Bible puisse être diffusée partout le plus largement et au prix le plus bas possible. L’objectif visé est que, quel que soit le pays du monde, on puisse y trouver une Bible pour l’équivalent d’une journée de nourriture. La solidarité est donc indispensable.

Aujourd’hui, 140 sociétés bibliques travaillent dans plus de 200 pays dans le monde, au service de toutes les Églises, sans distinction. 25 millions de Bibles et presque autant de nouveaux testaments sont diffusés chaque année dans le monde par leur intermédiaire.

I L’action de l’Alliance Biblique en France

 Des traductions

Depuis les années 70, l’Alliance biblique a mis en œuvre cinq traductions différentes de la Bible.

 -  La TOB (Traduction Oecuménique de la Bible) en 1974

Elle a représenté un grand pas dans le rapprochement entre Églises.

Pour la première fois, des biblistes catholiques, protestants et orthodoxes se sont mis ensemble pour traduire le texte et rédiger les introductions et les notes explicatives.

 -   La Bible à la Colombe en 1978

Destinée au monde protestant, elle est une révision du texte de Louis Segond déjà révisé en 1910.

 -  La Bible en français courant en 1982

Pour la première fois en français, cette Bible utilise la méthode de traduction dynamique. Elle cherche à atteindre les gens qui lisent la Bible pour la première fois.

-  La Bible « Parole de vie » en 2000

Elle est destinée prioritairement à ceux dont le français n’est pas la langue maternelle. Dans ce but, son vocabulaire se limite à 3.500 mots, sa syntaxe et sa grammaire obéissent à des règles très strictes. Si elle est appréciée en Afrique, elle permet aussi de toucher un public beaucoup plus large, même en Europe francophone.

-  La Nouvelle Bible Segond en 2002

Utile aux utilisateurs les plus exigeants : une correspondance formelle en français traduit une correspondance formelle dans les langues originales. La première édition est une Bible d’étude qui propose un nombre important d’informations exégétiques ou historiques. D’autres éditions suivront.

 II Des expositions bibliques

Depuis une vingtaine d’année, l’Alliance Biblique a développé des expositions bibliques itinérantes qui connaissent un grand succès.

Leur approche est résolument culturelle : les origines et la transmission de la Bible, son influence sur notre civilisation et quelques aspects de son contenu. Ces expositions sont souvent présentées dans des lieux publics avec l’appui des collectivités locales. Des modules plus restreints ou plus ciblés (Bible et philatélie par exemple) sont actuellement disponibles.

 III Des gestes de solidarité internationale

Parmi les plus récentes actions auxquelles l’Alliance Biblique française a participé, on notera : le soutien du programme d’alphabétisation à Madagascar par l’impression de 6 livrets bibliques en français fondamental, l’impression et l’envoi de 60.000 livrets bibliques pour les enfants des écoles primaires et secondaires d’Arménie, l’aide substantielle apportée en Chine pour l’impression de la Bible en braille, la diffusion de Nouveaux Testaments en Haïti, et bien d’autres actions (Pérou, territoires palestiniens, Soudan …)

Tout ce travail est rendu possible par les dons des chrétiens.

L’Année de la Bible

Comment est née cette idée d’une année de la Bible ?

C’est en Allemagne qu’elle est née. Les Églises protestantes et catholiques s’y sont unies dès 1993 pour mieux faire connaître la Bible à leur public. Devant le succès de l’opération, l’Année de la Bible a été reconduite en 2003 où elle a pris une dimension plus européenne. En France ce sont les Églises protestantes qui ont beaucoup œuvré pour la mise en route de ce projet.

Pour la première fois, toutes les sensibilités du protestantisme se sont senties concernées par ce projet. Des associations comme l’Alliance biblique, la Ligue pour la lecture de la Bible, ou Agapè France se sont fortement investies dans l’organisation matérielle de l’événement et dans la production d’outils spécifiques pour promouvoir la Bible.

 Concrètement, pour vous, qu’est-ce que cela a changé ?

Concrètement, pour moi cette Année de la Bible a représenté un énorme surcroît de travail, des déplacements multiples pour des expositions bibliques, des conférences ou des rassemblements. Mais à la fois, la satisfaction de constater partout en France que les barrières entre les chrétiens de sensibilités différentes tombent les unes après les autres et que l’on redécouvre la joie de travailler ensemble pour le même Seigneur. L’Alliance biblique française a pleinement joué son rôle de service aux Églises : c’est elle qui a prêté sa structure juridique et qui a assuré l’administration de tout le projet, le secrétariat et les mailings, qui a assuré la fabrication des outils de communication et leur expédition tout au long de l’année. Je crois qu’un projet comme celui-ci a permis aux Églises et aux communautés de mieux percevoir le travail important que fournit l’Alliance biblique pour les seconder dans leur témoignage et leur annonce de l’Évangile.

 Quel est votre premier bilan ?

En terme de participation, le bilan est encourageant. De très nombreuses Églises ont mis en place un programme spécifique à l’occasion de l’Année de la Bible, beaucoup ont retrouvé la joie du témoignage et le plaisir de travailler en semble avec des chrétiens de sensibilité différente. Certaines Églises ont fait preuve de beaucoup d’imagination et d’audace, beaucoup ont pris des risques financiers. Je suis personnellement très heureux de constater que dans bien des endroits les paroisses ou diocèses catholiques se sont mobilisés pour se joindre aux initiatives locales. Dans le contexte de déchristianisation que connaît notre pays, le fait que les chrétiens se montrent capables de poser des gestes de proclamer la bonne nouvelle en commun est un signe qui peut être très fort.

Si l’on observe les quantités de matériel biblique qui a été diffusé gratuitement, il y a de quoi être impressionné : 110.000 coffrets Chercher et trouver, 300.000 Nouveaux Testaments Français Arabe. Le comité de pilotage avait envisagé d’orchestrer une grande campagne de communication sur la Bible et la pertinence de son message au cours du second semestre. Les ressources financières recueillies auprès des Églises n’ont malheureusement pas permis de concrétiser ce projet pour le moment. Mais nous ne désespérons pas d’arriver à activer des financeurs du monde industriel pour que dans quelques mois ce projet puisse aboutir.

 Et si c’était à refaire ?

Nous n’aurions pas la force de refaire l’Année de la Bible en 2004. Nous avons consacré à ce projet beaucoup d’énergie, au détriment du fonctionnement même de l’Alliance biblique et au détriment de notre santé ou de notre vie familiale. Un tel investissement ne peut être consenti que s’il est limité dans le temps. Nous attendons de tirer le bilan de la Fête de la Bible et de faire un sondage auprès des Églises pour voir s’il serait intéressant de maintenir ce point fort pour notre témoignage chrétien avec un rythme régulier, par exemple tous les deux ans. Mais si dans quelques années, les Églises se mobilisent à nouveau pour un projet de grande ampleur sur une année complète, nous serons présents bien entendu.

Par Georges MARY


Numéro Journal: 58

Date: 2003-11-21

Titre: La Semaine de la Bible 30 nov. 7 déc. 2003

Préambule: La Semaine de la Bible existe depuis cinq ans. Elle a pour but de faire réfléchir les chrétiens sur la place que tient la Bible dans leur foi, dans leur vie et dans leur témoignage. Elle veut aussi les sensibiliser à la dimension internationale de la diffusion de la Bible.

Texte

Pourquoi une semaine de la Bible ?

La Semaine de la Bible existe depuis cinq ans. Elle a pour but de faire réfléchir les chrétiens sur la place que tient la Bible dans leur foi, dans leur vie et dans leur témoignage. Elle veut aussi les sensibiliser à la dimension internationale de la diffusion de la Bible. Les chrétiens de France ne peuvent pas se replier égoïstement sur leur pouvoir d’achat élevé et oublier les déséquilibres économiques qui prévalent encore dans le monde. La diffusion de la Bible auprès des populations les plus pauvres nécessite de mettre en œuvre une solidarité concrète. L’Alliance biblique universelle s’y emploie activement puisque plus de 50 millions d’euros sont ainsi redistribués chaque année pour soutenir les projets de traduction et de diffusion de la Bible dans des pays où le pouvoir d’achat ne permet pas d’acquérir la Bible, même au prix coûtant de sa fabrication. Chaque année, un projet concret de solidarité est ainsi proposé aux chrétiens. L’année dernière, il s’agissait d’équiper en littérature biblique les aumôniers catholiques et protestants qui annoncent l’Évangile aux prisonniers. Cette année, nous voulons aider à la diffusion de la Bible en Algérie, notamment en produisant, à la demande des Églises catholiques et protestantes de Kabylie 10.000 exemplaires d’un Nouveau Testament français/kabyle.

 En quoi consiste-t-elle ?

L’Alliance biblique prépare chaque année un dossier d’animation qui est envoyé gratuitement à 8.000 paroisses catholiques, protestantes et orthodoxes. Le thème de la Semaine est choisi en collaboration avec les responsables d’Églises. D’ailleurs, c’est avec l’accord du Conseil Chrétien des Églises en France (CECEF) que la date de la première semaine de l’Avent a été choisie.

Les thèmes pour 2002 et 2003 étaient fortement influencés par l’événement exceptionnel de l’Année de la Bible. « Comprends-tu ce que tu lis ? » en 2002 voulait interpeller les chrétiens sur leur propre relation à l’Écriture et sur les présupposés de lecture qu’ils mettent en œuvre plus ou moins consciemment. Le thème de 2003 « Un livre à vivre et à partager » se tourne résolument vers l’annonce de la bonne nouvelle de l’Évangile à nos contemporains. Les chrétiens ne doivent pas se contenter d’être croyants, ils doivent aussi être crédibles. C’est à dire vivre d’une façon conforme avec leurs convictions. Ils doivent aussi se montrer audacieux pour ne pas taire un message qui peut aider à vivre mieux des millions d’hommes et de femmes qui se sentent « fatigués et chargés ».

Si l’an dernier le dossier encourageait la création d’un groupe de partage biblique, cette année il détaille un certain nombre de pistes concrètes pour le témoignage : le projet Semer l’Évangile autour des coffrets Chercher et trouver, les expositions bibliques, l’évangélisation par la radio ou par l’accompagnement pastoral.

 Faites-vous quelque chose de particulier en cette année spéciale ?

L’objectif de ce dossier qui a été reçu début octobre dans les Églises est de donner à celles qui n’ont encore rien entrepris pour l’Année de la Bible, une occasion de se joindre au projet en leur proposant plusieurs types d’actions.

Nous avons notamment produit en lien avec le service biblique de la Fédération protestante de France un livret intitulé « Imagine… » qui contient les 15 textes les plus connus de la Bible. Nous souhaitons que les chrétiens de France puissent offrir ce petit livret à une personne de leur entourage à l’occasion des fêtes de fin d’année et les accompagner ensuite dans une découverte ou redécouverte de ces textes fondamentaux.

 Qu’attendez-vous des lecteurs de Construire Ensemble ?

Ce que je me souhaite à moi-même : que les paroles bibliques ne soient jamais un ronron auquel nous nous habituons. Qu’elles ne soient pas une histoire sainte que nous allons écouter à l’Église le dimanche matin. Qu’elles deviennent plutôt une histoire sainte que nous vivons sept jours par semaine. Oui, que nous gardions toujours très vive dans notre esprit l’exigence d’une parole à vivre et à partager.

Propos recueillis par Georges MARY auprès de Christian BONNET


Numéro Journal: 58

Date: 2003-11-21

Titre: Brignoles, Une Église en Provence

Préambule: Rencontre avec Bruno Gary, le pasteur de la communauté… Un pasteur pas comme les autres car il est aussi kinésithérapeute !

Texte

Parlez-nous de Brignoles et de sa région

Carrefour des voies de communication depuis l’Antiquité, située autrefois sur la voie Aurélienne, Brignoles fut à la fin du XVIIIème siècle la ville préfecture du département, et mérite, d’après les Brignolais, sa réputation de « capitale du Centre Var ». De son passé prestigieux, la ville a conservé, outre le Palais des Comtes de Provence, la structure de l’enceinte fortifiée du XVIIIème siècle, avec ses portes, ses façades romanes et ses ruelles étroites, ainsi que des hôtels particuliers, des fontaines et des lavoirs, tous situés sur de charmantes places. C’est donc une ville provençale typique où il fait bon vivre sous le ciel bleu et le soleil… Brignoles n’est ni une grande ville, ni un village, c’est un bourg d’environ 15.000 habitants en pleine expansion démographique, mais qui voit surtout arriver des personnes à la retraite. Ici, ce n’est pas dans la ville que vous risquez de vous perdre, mais dans les ruelles étroites du bourg fortifié ou dans les collines qui entourent Brignoles. Ces collines, typiques de la végétation méditerranéenne, attirent plusieurs mois par an les touristes qui fuient la trop grande affluence de la Côte varoise (à 50 km environ).

En ce qui concerne le paysage spirituel, nous sommes dans une région très imprégnée de catholicisme. Les paroisses protestantes les plus proches sont les Églises réformées de Hyères et de Toulon. Sur Brignoles même, outre notre communauté qui se nomme « Centre Chrétien Évangélique », une autre Église est venue s’implanter, celle des Assemblées de Dieu avec qui, à notre grand regret, nous n’entretenons que des rapports épisodiques.

 Pouvez-vous nous présenter la communauté aujourd’hui ?

La communauté se compose de 25 membres baptisés et de quelques personnes qui cheminent vers le baptême. Nous avons aussi 5 préados, et 3 enfants plus petits. La moyenne d’âge est élevée, si l’on considère que beaucoup sont à la retraite. Nous n’avons pas de jeunes ni de jeunes adultes, c’est notre grande souffrance… Nous avons eu une année très difficile, trois membres engagés souffrant d’un cancer. Tout n’est d’ailleurs pas fini en particulier pour l’une de nos sœurs. Néanmoins, l’innovation de cette année a été de mettre en place un cours Alpha. Nous avons eu trois sessions successives de onze semaines, d’octobre à juin. Nous avons pu ainsi annoncer l’évangile à plusieurs personnes et avoir la joie d’en voir deux s’engager pour le Seigneur.

Un des points forts de notre communauté est la louange. Depuis des années, nous avons toujours eu plusieurs musiciens. Ils constituent un bon groupe qui nous entraîne tous les dimanches matin dans la présence de Dieu. Le deuxième point fort est notre engagement pour la mission. Malgré la petitesse de la communauté, nous avons toujours eu à cœur de communiquer une vision missionnaire. Au cours des années, et suite à des liens fraternels que nous avions entretenus, Véronique et moi, avec des amis partis en mission, l’Église s’est progressivement engagée en faveur de trois missions : la C.E.M. (Coopération Évangélique dans le Monde), qui est la branche missionnaire de la Porte Ouverte, et plus spécialement pour une sœur qui travaille actuellement au Centrafrique, dans des conditions très difficiles.

Pour pouvoir mieux la soutenir, mieux comprendre son contexte de vie, Véronique a même effectué un voyage là-bas avec une sœur de l’Église ; un couple qui travaille en Colombie, dans un quartier pauvre de Bogota et qui essaie d’apporter l’Évangile à des gens vivant dans une misère autant matérielle que morale ; enfin, en tant qu’Église de la F.E.E.B., nous essayons aussi de soutenir la Mission Baptiste Européenne, plus par nos dons il est vrai que par un engagement particulier envers un missionnaire.

Cet engagement envers la mission est à la fois spirituel, moral et financier. Spirituel : nous avons, une fois par mois, une réunion de prière uniquement consacrée à la prière pour les missionnaires et œuvres que nous soutenons. Moral : nous sommes bien conscients que le courrier, pour ces frères et sœurs complètement déracinés, est un soutien moral extrêmement important. Il y a donc un échange régulier de courriers. Financier : nous voulons être fidèles et réguliers dans le soutien financier, sachant que, sans finances, un missionnaire ne peut pas continuer son travail…

 Vous êtes à la fois pasteur et kinésithérapeute. Comment vivez-vous cela ?

Mon métier de kiné m’a toujours rendu bien des services dans le sens où il ne m’a jamais été difficile de trouver un travail chaque fois que j’en ai eu besoin. En arrivant à Brignoles, la nécessité de reprendre mon métier s’est imposée d’elle-même. Il me fallait bien trouver un moyen de subsistance, l’Église n’ayant pas les moyens de payer un salaire. Les choses ont quand même évolué depuis puisque, depuis 2 ans, elle peut assurer un tout petit salaire.

Maintenant, dans le quotidien, il n’est pas toujours facile de jongler entre les deux activités : la kiné le matin (6 jours par semaine), l’Église l’après-midi. Heureusement (si on peut dire…), l’assemblée n’est pas très nombreuse. Il ne serait pas possible d’envisager ce mode de fonctionnement avec une plus grande Église. J’ai bien conscience qu’elle souffre de mon manque de disponibilité, surtout pour les entretiens, les visites pastorales.

D’un autre coté, je vois deux avantages à garder mon métier. D’une part, le contact avec les patients me permet de ne pas me « déconnecter » de la société. Comme je travaille uniquement à domicile, je vois les gens dans leur quotidien, je les vois dans leur souffrance physique d’abord, mais souvent aussi morale, et j’ai énormément d’occasions de leur parler du Seigneur. La kinésithérapie est un métier très relationnel. Il faut aimer parler avec les gens et sur ce plan-là, ce travail me convient tout à fait. D’autre part, le fait de ne pas perdre pied avec le monde du travail me permet de comprendre les difficultés de ceux qui travaillent dans la société.

Mais le manque de temps pour l’étude de la Parole se fait souvent ressentir. J’ai parfois le sentiment de parer au plus urgent uniquement.

Préparer les prédications, les études bibliques, les réunions de prière, le club biblique pour les ados…, sans avoir une vision à long terme pour l’Église. Mais je rends grâces au Seigneur qui vient souvent combler les déficiences.

 Dans quel sens aimeriez-vous voir l’Église évoluer ?

Dans tous les sens… Mais bien sûr, avant tout, notre plus grand désir serait d’accueillir des familles avec enfants et jeunes. Notre prière aussi est que chacun puisse mettre les dons que le Seigneur lui a donnés au service de la communauté… Nous aimerions voir un plus grand engagement de chacun, que ce soit dans l’Église ou dans la ville.

Propos recueillis par Nathalie GUILLET


Numéro Journal: 58

Date: 2003-11-21

Titre: Internet : de la v@gue à l’âme

Préambule: Si vous lisez ce dossier c’est que vous êtes connectés à Internet. Vous ne vous posez plus la question de savoir s’il faut-il vous y mettre. La question se pose pourtant pour nos Églises tant ce nouveau média est devenu incontournable. Nous espérons que ce dossier apportera quelques pistes utiles quant au bon usage de ce moyen de communication…

Texte:

novembre03


Numéro Journal: 58

Date: 2003-11-21

Titre: Un nouvel outil pour le témoignage des Églises

Préambule: Le pasteur Jérôme Cottin est responsable du multimédia pour l’Église Réformée de France. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages sur la place de l’image dans la foi (Le regard et la Parole, une théologie protestante de l’image, Labor et Fides 1994, Dieu et la Pub, PBU-Cerf 1997) ainsi que de « Vers un Christianisme virtuel » (voir encadré). Il était donc bien placé pour donner quelques indications sur un usage réfléchi d’Internet par les Églises.

Texte:

Les nouveaux médias, et en particulier Internet, se sont maintenant installés durablement dans notre société. Après quelques années d’un engouement irraisonné et d’un matraquage commercial sans précédent (dans les années 1998-2000), nous entrons maintenant dans une période de vitesse de croisière, où l’on cherche à mieux comprendre et à mieux utiliser ces nouvelles technologies.

.C’est pourquoi je voudrais commencer par proposer mon propre diagnostic, qui servira de base à une utilisation d’Internet pour les Églises.

 Cinq constats

 

 Ce nouveau média aux fonctions multiples ne va pas disparaître. Il ne s’agit pas simplement d’une  mode passagère (comme c’est le cas avec les vêtements). Il ne s’agit pas non plus d’un gadget plus ou moins inutile, à l’image de tant d’objets qui encombrent nos maisons et envahissent notre société. Il s’agit d’une réelle invention. Nous avons assisté à la naissance d’un nouveau média.  

Ces nouveaux médias ne se substituent pas aux anciens. Ils viennent s’y ajouter. Internet ne supprimera pas la radio, la TV, la presse, mais propose une communication complémentaire, autre, différente.  

Internet est un média qui a plusieurs caractéristiques. Il est à la fois universel, facile, séduisant, efficace. Il est en train de changer en profondeur notre société, laquelle ne sera plus jamais comme avant. On pourrait comparer Internet à l’introduction de nouvelles techniques qui ont changé en profondeur notre société : le rail, l’électricité, le téléphone, la voiture. Qu’on le veuille ou non, Internet agit sur la société (et donc aussi sur nous-mêmes) ; il faut donc le connaître, le comprendre, sous peine de nous marginaliser dans la société.

Quelles sont les caractéristiques d’Internet ? C’est un média qui supprime les frontières ; il franchit les limites du temps (on peut communiquer en temps réel) et de l’espace (on peut théoriquement communiquer partout). Média universel, Internet propose un mode de communication virtuel : on n’est pas physiquement présent l’un à l’autre quand on communique par Internet.  

Enfin, comme tout média, comme toute technologie, Internet a des effets pervers. Il n’y a pas que des avantages, loin de là. Il y a de nombreux risques, parmi lesquels, la séduction : ce peut devenir une drogue dont on ne peut plus se passer, l’inversion : le virtuel devient plus important que le réel, ou encore l’illusion : on croit communiquer avec un autre, alors qu’on parle avec soi-même, ou avec quelqu’un qui se cache derrière un pseudonyme.

Mal utilisé, mal compris, Internet peut devenir une forme moderne de l’idole : un objet qui se substitue non seulement à l’homme, mais aussi à Dieu. Certains ont donné à Internet des qualificatifs qui ne valent que pour Dieu : omniprésence, dépassement des limites, invisibilité, toute puissance. Il nous faut donc rester vigilants.

 Internet peut-il aider nos Églises ?

Peut-il être une aide efficace pour le témoignage des chrétiens dans le monde ? La réponse est, sans hésitation, oui. À condition bien sûr de bien comprendre et de bien utiliser ce nouveau média.

 1. La gestion

Internet est un média qu’on utilise avec l’ordinateur, et toutes les fonctions qui lui sont liées. Cela veut dire que toutes les tâches importantes pour le bon fonctionnement d’une Église peuvent être traitées par le moyen d’Internet. On peut chercher des nouvelles informations, télécharger des logiciels, stocker des données, les archiver, les consulter facilement. Et cela, dans tous les domaines qui touchent à la vie des communautés : gestion, administration, comptabilité, secrétariat, etc. Nos ressources peuvent être mises en commun, facilement consultables par tous ou au contraire par un petit nombre de personnes choisies. Il faut donc bien se poser la question, quand on met une information en ligne : à qui cette information est-elle destinée ? Qui intéresse-t-elle ? Qui pourra ou ne pourra pas la consulter ? Il faut donc apprendre à hiérarchiser les informations : depuis celles qui sont les plus confidentielles, jusqu’à celles qui concernent le plus grand nombre de personnes, en passant par celles qui sont utilisées pour les seuls membres confessants, les responsables d’activités.

Internet nous oblige donc à clarifier la manière dont une Église fonctionne, quelles sont les tâches respectives des uns et des autres. Sans ce travail de clarification préalable, Internet risque d’apporter plus de confusion que d’aide. Ce nouvel outil doit toujours rester au service d’un projet et d’un fonctionnement d’Église, et non l’inverse. C’est un média au service d’un idéal, d’une cause, d’une conviction, mais il n’est pas en lui-même cet idéal. Internet peut donc servir à un meilleur fonctionnement interne de nos Églises. Cet aspect d’Internet au service d’une gestion saine et efficace d’une Église ne doit pas être négligé : car c’est une condition indispensable pour une mission efficace.

 2. La communication

Internet peut aussi aider nos Églises à mieux communiquer à l’extérieur, avec d’autres : d’autres Églises, d’autres groupes ou individus. On sait qu’aujourd’hui, il faut communiquer pour exister. Internet nous permet de communiquer à un large public (théoriquement, les habitants de la planète), pour un prix très modique. C’est évidemment grâce à la construction et à l’animation de sites que nous pouvons le mieux le faire. Mais là encore, il faut se poser les questions incontournables : quel public nous voulons atteindre en priorité ? Quel message nous voulons mettre en avant ? Visons-nous une audience nationale, ou internationale (il faut alors envisager de communiquer en plusieurs langues) ? Voulons nous mettre surtout de l’écrit, ou aussi des images et du son ? Et alors, de quels types ? Voulons nous mettre l’accent sur ce qui nous distingue des autres communautés, ou sur ce que nous avons en commun avec les autres ? Voulons-nous être plutôt un site d’information, d’expression ou d’échange ?

Cette nouvelle forme de présence au monde doit aussi pouvoir s’accompagner d’une sorte de conversion : Internet est un média interactif. Si nous voulons être efficaces sur la Toile, il nous faut multiplier les échanges avec le plus grand nombre de partenaires. Il faut que nous ayons beaucoup de liens avec d’autres, et ces autres avec nous. Cela suppose que nous acceptions de partager un certain nombre d’informations avec d’autres, que nous acceptions le partage, notion qui est d’ailleurs au centre de l’Évangile.

Une autre manière de communiquer efficacement par Internet est de mettre en avant l’interactivité. Cela suppose que l’on donne les moyens au récepteur (celui qui reçoit notre message) d’être aussi émetteur (il peut à son tour transmettre un message).

Plus l’interactivité est importante, plus le message est entendu. L’interactivité de base est celle du message électronique (le e.mail), mais il y en a d’autres : les forums et les chats. Mais toutes ces nouvelles possibilités techniques, il faut les animer. Internet est alors une formidable occasion de mettre dans le coup de nouvelles personnes, en particuliers les jeunes qui sont très friands des nouvelles technologies (attention toutefois : les jeunes aiment souvent créer des sites, mais répugnent ensuite à les mettre à jour régulièrement, ce qui est pourtant une des conditions de leur réussite).

 3. L’évangélisation

En tant que chrétien, je vois encore une troisième utilité d’Internet, sans doute la plus fondamentale : Internet peut être le lieu d’un témoignage de foi, l’outil d’une évangélisation plus ciblée, plus personnalisée, plus efficace.

Internet peut en effet devenir un moyen d’établir une relation pastorale, personnelle, avec des personnes en recherche, qui n’osent pas franchir les portes de l’église : on commence par une relation virtuelle, qui débouche sur une rencontre réelle ; à un certain moment, la relation par écran interposé ne suffit plus ; on éprouve le besoin de se rencontrer, de se connaître, de faire une expérience d’interactivité non plus virtuelle, mais réelle. Comme pasteur et responsable de communauté, il arrive aussi souvent maintenant de faire l’expérience inverse : un contact réel avec un membre de la communauté se prolonge et se poursuit virtuellement. La vie moderne oblige en effet à de nombreux déplacements, à des changements incessants de rythme, qui font que certains, de part leurs engagements professionnels, ne peuvent plus suivre régulièrement les activités de la communauté. Quoi de plus beau que de continuer le dialogue et le partager avec eux, quand ils sont loin ? La communauté chrétienne s’étend alors bien au-delà de son territoire réel. Grâce à Internet, chaque Église locale peut devenir universelle. Un dernier cas de figure arrive : une personne fait des recherches sur Internet, et décide ensuite de prendre contact avec la communauté à l’origine du site. Voyant arriver un nouveau venu, et lui demandant comment il a connu notre communauté, il m’est ainsi arrivé d’entendre la réponse (impensable il y a quelques années) : grâce à Internet !

Internet permet ensuite d’aider le croyant (ou la personne qui cherche à croire) à approfondir sa foi par un contact régulier avec la Bible ; Internet aide en effet à une confrontation régulière avec la Bible, grâce à de nombreux sites bibliques : Bibles en ligne, méditations quotidiennes, études bibliques, témoignages etc. Internet nous offre une bibliothèque biblique et théologique de qualité, et souvent gratuite : on ne compte plus les sites sur la Bible, sur l’histoire du christianisme, sur la spiritualité chrétienne, sur la prière, etc. Certains sites proposent même des temps de prière communautaires. Il se développe ainsi une spiritualité en ligne. Attention toutefois de ne pas tomber sur des sites sectaires, sur des personnes à identité floue, sur des chrétiens aux convictions problématiques. Une des règles : il faut toujours savoir qui est derrière un site, pouvoir avoir une présentation claire des personnes, Églises, organismes à l’origine d’un site. Une manière de situer notre interlocuteur virtuel : regarder avec qui il est en lien.

Enfin, Internet nous permet de bâtir de nouvelles solidarités, d’envisager des programmes d’échanges, des rencontres, avec des partenaires éloignés, avec lesquels nous ne pourrions pas être en contact, sans l’aide de la communication virtuelle et interactive. En Afrique, Asie, Amérique, dans des lieux où le christianisme est souvent florissant, nous pouvons établir des contacts, envisager des partenariats et des échanges. Nous vivons alors vraiment l’un des idéaux de l’Évangile, qui est d’être une Église universelle, présente partout sur notre terre.

Jérôme COTTIN


Numéro Journal: 58

Date: 2003-11-21

Titre: Maintenant que vous êtes connecté…

Préambule: Avec Internet, un formidable outil de connaissance est à votre disposition. Devant votre écran d’ordinateur, une simple ligne téléphonique vous relie au monde… Vous vous sentez perdu ? Voici une sélection, forcément un peu subjective, de sites essentiellement bibliques

Pour débuter… et pour aller un peu plus loin.

Texte:

Si vous entrez “ bible ” dans un moteur de recherche généraliste (par exemple), vous trouverez tout et n’importe quoi ! Pour affiner la recherche, vous pouvez y associer plusieurs autres mots (découverte, histoire, archéologie, commentaire…)

Plus il y a de mots plus la recherche sera précise. Mais vous risquez de passer pas mal de temps à chercher…

 Les moteurs de recherche spécialisés

Une autre solution consiste à vous rendre sur un site portail ou un moteur de recherche spécialisé. Un site portail oriente vers d’autres sites, en proposant des liens regroupés dans différentes catégories ou accessibles par un moteur de recherche interne.

Citons en premier lieu Protestants en réseau,  le site portail du protestantisme français. Sur le plan biblique il propose aussi des ressources, notamment des études bibliques élaborées par le service d’animation biblique de la FF. Associé à ce site, l’annuaire (HUG pour les intimes…) est un répertoire de sites protestants. Du côté des évangéliques, la référence dans le domaine est le TopChrétien : En plus d’un répertoire de sites essentiellement protestants évangéliques, le TopChrétien offre de nombreux autres services (infos, forum, tchat, etc.). Quant au site, il a la particularité d’être un répertoire non pas de sites mais de documents chrétiens. Les liens orientent directement vers les pages qui contiennent les documents. Régulièrement mis à jour, c’est un site fort utile.

Pour être complet, citons encore deux autres répertoires de sites chrétiens.

En anglais, vous pouvez cliquer en priorité sur. Lié à ce site portail chrétien généraliste, vous trouverez un site portail sur la Bible et un moteur de recherche de sites chrétiens. Et pour aller plus loin, toujours en anglais, les sites recensent de nombreux articles spécialisés sur l’AT et le NT.

 Les sites sur la Bible

Vous pouvez commencer avec celui de l’Alliance Biblique française : Vous y trouverez une présentation générale de la Bible et des différentes traductions françaises. Vous aurez aussi accès au catalogue.

A noter aussi un site catholique très bien fait : Graphiquement réussi, il propose des ressources nombreuses et intéressantes (chroniques, questions-réponses, découverte du monde biblique, Bible et archéologie…).

Signalons encore trois sites personnels intéressants sur la Bible, assez bien documentés (même si les sources ne sont pas toujours clairement nommées… un problème récurrent sur Internet), avec notamment des présentations graphiques ou des tableaux : le site Ta Biblia.

Il est aussi possible de télécharger gratuitement des Bibles et des logiciels bibliques.

Au niveau des Bibles, vous trouverez tout sur Les Bibles. Dix versions anglaises, textes anciens grec et hébreu, Bibles dans de nombreuses langues, y compris le français ! peuvent être consultées en ligne, avec des outils de recherche, mais aussi être téléchargées gratuitement.

Au niveau des logiciels bibliques, plusieurs sont proposés gratuitement, avec le logiciel de base et quelques modules : les Bibles libres de droit (Segond 1910, Darby…) et quelques ouvrages, eux aussi libres de droit.

Pour les Bibles récentes, il faut acheter le CD-ROM... Mais en téléchargeant le logiciel gratuit vous possédez déjà une concordance électronique et vous pouvez tester les logiciels avant un achat éventuel !

Pour terminer, voici d’autres sites intéressants liés à la Bible. Il y a bien sûr des ressources bibliques avec les articles en archive de vos mensuels préférés.

Pour la Vérité (sur le site de l’UEEL) et Construire Ensemble. N’oublions pas le site de l’École Pastorale, avec plusieurs articles en ligne et un forum de discussion.

Au niveau des revues théologiques en français, sachez que vous avez accès à tous les articles de la Revue Réformée depuis 1997 à l’adresse.

Le site La Bible en public, lié au ministère des comédiens Alain et Marion Combes et Alain Portenseigne, propose des articles et des études sur la lecture publique et la mise en scène de la Bible.

Enfin, pour acheter des Bibles ou des ouvrages sur la Bible, les librairies chrétiennes sont aussi présentes sur le web. Le site est un portail commun aux librairies Excelsis  et 7ici. Il y a aussi le site de la Maison de la Bible.

Avec ces quelques adresses, vous pourrez déjà vous jeter à l’eau. Mais de nombreuses découvertes vous attendent en allant plus au large, au gré de vos propres recherches. Alors bon surf !

 


Numéro Journal: 58

Date: 2003-11-21

Titre: La toile des Églises

Préambule: Depuis quelques années, les sites d’Églises ou de paroisses se multiplient sur Internet. Les Églises libristes ou baptistes se sont lancées elles aussi dans cette course sur la grande toile Cinq web masters (ou webmestres en bon français…) ont accepté de présenter leur site. Voici une synthèse de leurs motivations, du contenu qu’ils ont choisi d’y présenter et des moyens mis en œuvre. A prendre comme une invitation à rendre une petite visite virtuelle (puis peut-être plus si affinité) à ces Églises… et à vous mettre au travail.

Texte:

Donnez donc la parole à un web master sur son site, vous verrez qu’il peut être assez intarissable sur le sujet ; du contenu et message de son site aux langages et outils informatiques les plus appropriés, il faut dire que le sujet est vaste et la première chose que l’on peut dire c’est que la réalisation et la maintenance d’un site Internet demandent un minimum de compétences (nous y reviendrons) et surtout beaucoup de temps. Il nous faut saluer le travail de ces maîtres de la toile.

 Un site d’Église, pourquoi faire ?

Même s’il y a une grande variété de raisons qui ont poussé un membre d’une Église ou son conseil à se lancer dans l’aventure de la création et de la maintenance d’un site sur Internet, certains éléments reviennent quasiment constamment. Le premier est le désir de l’Église de se faire connaître : les sites sont souvent conçus (en tout cas au départ) comme des vitrines de l’Église qui pourront permettre de faire connaissance avec l’Église, ses activités, ses convictions, son enracinement dans la ville ou la région dans laquelle elle se trouve, etc.… plusieurs témoignages montrent que cela a permis à certaines personnes de découvrir qu’il y avait une Église Évangélique de telle ou telle sensibilité dans tel ou tel lieu. À Strasbourg, nous raconte Patrick Bauer « un Coréen est venu à notre Église simplement parce que depuis chez lui, il a trouvé notre Église sur Internet ». Ne serait-ce que cela pourrait justifier l’intérêt de la présence sur le Net de nos Églises mais aucun des sites présentés ici ne se cantonne à cette vitrine et c’est à partir de là que réside toute leur variété…

Le Site de l’Église Libre de Meulan par exemple, a été conçu au départ pour « soutenir notre projet de construction de notre propre lieu de culte à Meulan en utilisant un nouveau canal de communication : Internet » et ce projet y est d’ailleurs fort bien présenté, de façon claire, imagée et attrayante.

Le Site de l’Église Protestante Baptiste d’Angers lui, a choisi de mettre en avant l’évangélisation. « Nous voulions utiliser l’outil Internet comme une manière de plus pour l’Église d’obéir à cet ordre du Christ : faire sur toute la Terre des disciples » nous dit Étienne Delépine, son web master. Et de fait, la partie « vitrine de l’Église » qui était à l’origine du projet n’est aujourd’hui que secondaire sur le site où elle est présentée aux côtés de pages présentant d’autres Églises Baptistes, ce qui est d’ailleurs là un autre service rendu par ce site… Par contre, pour ce site, le rôle de l’Église est essentiel dans la prise en compte et la réponse aux nombreux messages qui lui sont transmis par le biais du site. Ce peut même là devenir un véritable ministère de l’Église sur le net.

L’Église Évangélique Baptiste de Clermont-Ferrand donne aussi une bonne part à l’évangélisation sous forme de textes, animations, vidéos

D’autres, comme le site de l’Église Évangélique de Strasbourg  incluent cette dimension d’évangélisation sans pour autant en faire l’élément principal du site.

Les sites d’Églises peuvent aussi être des lieux d’information et de ressource pour les chrétiens. Celui de l’Église Évangélique Libre de Paris Alésia propose ainsi le texte des prédications. Cette Église a aussi choisi d’orienter une partie de son site pour les habitués de cette Église (avec accès réservé par mot de passe…) où ceux-ci peuvent par exemple trouver les adresses des membres. Ce site devrait leur permettre « de trouver en un lieu unique toute l’information et une mise à jour directe par les membres de l’Église ». Ceci doit favoriser la communion fraternelle au sein de l’assemblée (ou avec des anciens membres qui peuvent par ce biais rester informés et en contact avec leur ancienne communauté) ; pourtant le web master admet volontiers que « en pratique, nous nous heurtons à une difficulté essentielle qui relève un peu du cercle vicieux : si les membres n’ont pas le réflexe de déposer l’information, le site n’est plus mis à jour et il devient inutile de le consulter. » Ceci entraînant une baisse sensible de la fréquentation du site… Et c’est tout un travail de recherche et de mobilisation qu’il faut faire pour que le site continue à vivre, ce qui nous amène à l’investissement en temps et énergie nécessaires à la mise en place et la maintenance de tels sites.

 Un site d’Église, comment faire ?

Tous les web masters disent que construire et entretenir un site demande une bonne disponibilité. Aujourd’hui, des outils permettent de créer un site assez facilement mais pour présenter un site de bonne ou assez bonne qualité, il faut avoir un minimum de connaissances en informatique. Voici ce que Dimitri Didorenko () nous conseille : « Pour pouvoir créer un site d'Église :

-  Il faut quelques connaissances en Html (un langage de programmation très facile). Un bon livre de la vulgarisation fera l'affaire. … Puis pour égayer votre site, et aussi pour le personnaliser, vous pouvez utiliser Java Script, un autre langage, plus compliqué celui-là, qui permet de créer toute sorte d'effets possibles et imaginables. On trouve sur le Net des scripts en Java Script prêts à l’emploi. Il suffit de recopier le code et de l'insérer dans sa page Web.

- Puis il y a aussi le PHP, un langage qui, une fois compris, vous facilite la tâche.

Par exemple vous avez une page Web dont le texte change souvent. Plutôt que de retoucher les codes à chaque fois, vous pouvez grâce à PHP, modifier le contenu de votre page en envoyant un simple fichier texte.

-  Puis il faut de l'imagination. Il y a ceux qui préfèrent tout prévoir à l'avance sur papier. Cette méthode ne me convient pas personnellement. Moi, je commence la création avec une vision intérieure de ce à quoi mon site doit ressembler. Le travail qui suit réalise cette vision. Je cherche à faire quelque chose de différent de ce qui se fait habituellement. Trop de gens pensent que la vie de l'Église est triste et 'grise', c'est pour cette raison que j'ai voulu casser cette image en utilisant de la musique, des effets spéciaux et des couleurs vives. -

 -  Puis enfin, il faut de la patience. Créer un site c'est amusant au début. Mais c'est après qu'on se rend compte du temps que ça nous demande. Combien de nuits blanches passées devant son ordinateur ? ! Demandez-le à ma femme !  

Si vous vous sentez l’âme d’un web master, vous voilà averti !

Pour ce qui est des animations, musique et autres éléments pour égayer les sites il est aussi bon d’avoir l’avis de Patrick Bauer. Voici ce qu’il dit « Un site doit être agréable à visiter, mais il ne faut pas tomber dans le piège de la sophistication. D’abord, une page ne doit pas être trop longue à charger, ce qui signifie que les photos ne doivent pas être trop volumineuses en kilo-octets. Il faut donc trouver un compromis entre la qualité de la photo et la taille du fichier. Il ne faut pas perdre de vue que tout le monde n’a pas le haut débit, ni un ordinateur très puissant. Je n’utilise pas d’animations du style « flash » ou autre, pour la même raison. J’avais vite compris qu’il ne faut pas abuser des images animées (gif) qui finissent par lasser. L’important pour un site est d’être clair, facile à consulter, sans fioritures excessives. »

 Tout dépend de ce que vous souhaitez

Entre ces deux points de vue et styles de sites, c’est à chacun de voir ce qui convient le mieux... C’est vrai que quand on compare ces sites, on remarque que certains ont choisi d’être « pro ». En changeant quelque peu le contenu, ce pourraient être de bons sites d’entreprises  « branchées ». Cela donne une image de sérieux et de fiabilité qui est un point de vue qui peut se défendre. D’autres se présentent plus comme de bonnes (voire très bonnes) « pages perso » : on voit que le web master s’en est donné à cœur joie, qu’il a pris plaisir à réaliser un site où il cherche à favoriser l’image de convivialité et de gaîté. À mon humble avis, les deux points de vues se défendent. Tout dépend de l’image qu’on souhaite faire passer et aussi du contenu du site

Par exemple si un site a plutôt pour vocation de proposer des prédications, études bibliques et autre matériel de réflexion pour des chrétiens ou des personnes en recherche mais ayant déjà une bonne connaissance de la Bible, la crédibilité importe plus que le divertissement.

Par contre, si l’objectif premier est d’attirer l’attention de l’internaute tombé plus ou moins par hasard sur le site, alors les images, animations et musiques peuvent être utiles pour l’orienter vers le message que l’on veut lui transmettre. Cependant si celles-ci sont trop nombreuses cela risque d’agacer ceux qui n’ont pas une très bonne connexion et les faire fuir s’ils n’ont pas la patience d’attendre leur chargement.

En conclusion, il ne semble pas que les sites Web de nos Églises sur le Net ajoutent vraiment de nouvelles dimensions à leurs tâches. Qu’ils aient pour objectifs le témoignage ou la communication au sein de l’assemblée, qu’ils permettent de découvrir les activités de l’Église ou de présenter un projet particulier, ces sites touchent différents domaines que nos communautés vivent déjà de différentes manières.

Par contre, ces sites permettent d’élargir notre champ d’action et de trouver d’autres modes pour développer tel ou tel aspect de la vie de nos Églises à condition que l’on soit prêt à y mettre le temps, les moyens et les compétences nécessaires. Mais n’est-ce pas vrai aussi pour tous les domaines de la vie de nos assemblées ?

Pierre de MAREÜIL Avec l’aide des web masters des sites mentionnés. Merci à chacun


Numéro Journal: 55

Date: 2003-11-28

Titre: 19, 20 et 21 avril 2003 Grand Rassemblement Jeunesse FEEB & UEEL

Préambule:

Texte:

Plus de 200 jeunes ont participé au rassemblement que nous (comité jeunesse Baptiste) avions organisé avec le comité jeunesse des Églises Libres (UEEL). A Cibeins, dans un cadre merveilleusement bien adapté, nous avons certainement vécu le rassemblement le plus riche de ces dernières années. La louange fut animée par EXTRA CELESTE de la région Lyonnaise. Le thème “A toi la Parole …” fut judicieusement développé par le duo Eric Denimal (LLB) / Jean Marc Razafindranary (Eglise Baptiste de Chambéry) à partir de la parabole du semeur. La réflexion fut menée en réunion plénière, mais aussi sous forme de petits groupes dont la teneur a été résumée aux orateurs pour qu’ils en tiennent compte dans leurs interventions suivantes. L’animation fut explosive et délirante avec Les MOUSTIQUAIRES, de la région Lilloise.

Présentation du règlement sous forme parodique lors de la première réunion, illustration des 10 commandements pendant le petit déjeuner et animation de la soirée du dimanche

Plus de 15 contributions de qualité des groupes de jeunes s’ajoutèrent aux sketches préparés par Les MOUSTIQUAIRES et nous emmenèrent au-delà de 1h du matin. Les jeunes ont pris la parole … prions pour qu’ils gardent maintenant 'La Parole' semée !


Numéro Journal: 55

Date: 2003-11-28

Titre: 1er et 2 mars 2003 Coupe de la bonne Espérance

Préambule:

Texte:

Le tournoi international de football en salle a connu, cette année encore, un franc succès ! Organisé depuis sept ans par les Églises baptistes allemandes, il a réuni 24 équipes venues d’Allemagne, d'Angleterre, des Pays-Bas et de France. La France était représentée par l’Église Baptiste de Strasbourg. C'est finalement l’équipe locale de Duisburg qui a remporté la coupe de la bonne Espérance.

 

“… nous avons pu partager plus que l'amour du ballon rond. … Tous les joueurs s'engageaient avec sérieux et détermination dans leurs matchs, ce qui n'empêchait pas de se retrouver par la suite au moment des repas et des temps de pause pour échanger en allemand, en anglais, et plus rarement en français.”Alex

 

Les organisateurs, par des tombolas, des ventes aux enchères de maillots de grands sportifs et d’autres articles, ont collecté plus de 13 000 € qui seront remis à Jürgen KLINSMANN, fondateur de AGAPEDIA qui vient en aide aux enfants abandonnés dans les rues de Roumanie, Bulgarie et Moldavie. La ville et les autorités portent un grand intérêt à ce rassemblement. Leur présence tant à l'ouverture du tournoi que pendant le culte de dimanche matin fut appréciée. Les dirigeants du MSV Duisburg (club professionnel de la ville) ont même versé spontanément un don de 1000 €. L'Église de Duisburg Centre nous a chaleureusement offert l'hospitalité. Qu'il est bon, loin de la maison de ressentir l'amour fraternel !6 belles coupes étaient à gagner. Nous avions l'espoir de remporter l'une d'entre elles, mais les 23 autres équipes en rêvaient tout autant. Tout comme les Anglais de Horsham nous nous sommes retrouvés à l'issue de la première journée sans avoir pu marquer le moindre but. Nos deux équipes ont alors sympathisé et se sont soutenues mutuellement. Qui de nous ou des Anglais allait inscrire le premier but ? C’est Nicolas puis Edouard qui ont trouvé le chemin des filets. Nos amis anglais ont finalement eux aussi marqué 2 buts. Nous avons terminé le tournoi 22ème sur 24, mais une merveilleuse surprise nous attendait : la coupe du fair-play !!! Ce prix nous a beaucoup touchés ! En effet, aucun de nos joueurs n'avait écopé de cartons jaunes et dans l'ensemble nous nous étions plutôt bien comportés sur et en dehors du terrain.

 

“Malgré nos piètres résultats, nous avons vécu des moments de communion véritable, où le Seigneur a été la pierre angulaire et le ciment. Nous avons aussi étonné par le respect, l'amitié, la joie et la bonne humeur que nous avons manifestés tout au long du tournoi …”Louis

 

“Le fait de remporter la coupe du fair-play est un excellent témoignage. Je crois que c'est ce qui pouvait nous arriver de mieux. … Je n'ai jamais été aussi content de faire une rentrée des classes le lundi matin !!”Matthieu

 

A Strasbourg, lorsque nous organisons des tournois de foot, j'insiste sur le bon état d'esprit qui doit l'emporter dans nos rencontres. Face à la violence dans les stades, en tant que chrétien, nous devons montrer que nous sommes une autre ‘race’ de joueurs et que nous devons briller sur le terrain. Nous sommes appelés à être des champions de Dieu, prêts à mouiller notre maillot pour Jésus. Cette coupe du fair-play nous encourage à continuer dans l'esprit du message floqué sur nos maillots : "Jésus est Seigneur, je cours pour Lui !" Ces deux journées nous ont également permis de mieux nous apprécier, de méditer et de prier ensemble.

 

“On a pu faire plus ample connaissance à l'intérieur du groupe. … le fait de partager ensemble notre foi, m'a beaucoup enrichi.” Edouard

 

“Tout en espérant faire mieux à un prochain tournoi, on peut déjà être fiers de ce qui a été accompli : la coupe du fair-play tout de même c'est pas rien !!”Gaby

 


Numéro Journal: 55

Date: 2003-11-28

Titre: Cambrai, Denain & Sin-le-Noble : les trois font la paire !

Préambule:

Texte:

Les rassemblements nationaux, c’est loin du Nord ! Les rassemblements régionaux, ce n’est pas assez fréquent … alors ils se sont lancé le défi de réunir les 3 groupes de jeunes en janvier, en mars et en mai. Les festivités ont commencé à Sin-le-Noble, le 17 janvier avec des jeux, des chants et un partage biblique. Le deuxième round a eu lieu à Cambrai, le 12 avril : sport et détente, repas, louange et étude biblique. Le prochain rendez-vous est prévu à Denain, en mai.  Cet article a été rédigé en avril. Cette dynamique locale (30 km à peine séparent ces 3 villes) est le fruit d’une entente fraternelle entre responsables qui se construit année après année et qui avait permis la préparation du dernier rassemblement régional (mars 2002) par une étroite collaboration des Groupes de Jeunes, pour la louange en particulier.


Numéro Journal: 55

Date: 2003-11-28

Titre: 1er février 2003 Il était une FOI le sport

Préambule:

Texte:

Organisée par Michaël NUSSBAUMER (Église Baptiste d’Annecy) de l’association 'Jeunesse Pour Christ Haute-Savoie', cette journée a commencé sur la route du sommet « le Semnoz », au dessus du lac d'Annecy. Une trentaine de jeunes de Chambéry, Cluses, Annecy, Annemasse ... ont affronté le froid et la neige, à pieds ou en raquettes dans une trentaine de centimètres de neige fraîche. Toute l'équipe se retrouva au sommet pour une photo souvenir en face du Mont-Blanc. Météo France avait prévu une journée maussade et neigeuse mais la main de Dieu a été plus forte. Il a fait beau et la neige était au rendez-vous. Merci Seigneur ! Après le repas, la soirée ! Les musiciens se sont défoulés pour faire monter des louanges vers notre Dieu. .Pour cette journée exceptionnelle, le comité avait invité 2 grands sportifs de renom : Eric Meleville, ex international de rugby et actuel entraîneur du rugby Club de Rumilly, et Raphaëlle Monod-Sjostrom, championne du monde de ski de bosses. Ils ont apporté leurs témoignages, racontant leur rencontre avec Dieu et le quotidien de leur foi parmi les sportifs de haut niveau. Devant un parterre de 80 personnes, Raphaëlle et Eric ont répondu aux questions des jeunes, curieux de connaître leur passé de sportif mais aussi de chrétien. La soirée s’est terminée chaleureusement autour de gâteaux, tisanes et sodas.


Numéro Journal: 59

Date: 2003-12-12

Titre: Une fête autour de la Bible

Préambule: Dans la continuité de « 2003. Année de la Bible » des festivités ont eu lieu ces dernières semaines afin de tenter de redonner à la Bible une place plus importante et une meilleure reconnaissance dans l’opinion publique de notre pays.

Texte:

Dans la continuité de « 2003. Année de la Bible » des festivités ont eu lieu ces dernières semaines afin de tenter de redonner à la Bible une place plus importante et une meilleure reconnaissance dans l’opinion publique de notre pays. Dans de nombreuses villes, des chrétiens, principalement protestants mais aussi catholiques, là où une collaboration était possible, se sont rassemblés pour témoigner que cette Parole est pour nous source de vie et d’une grande richesse pour les hommes et les femmes de tous les temps.

Dans bien des villes, nos contemporains ont eu l’occasion d’écouter cette parole au travers de lectures publiques de la Bible qui ont pris différentes formes selon les lieux :

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 À Paris, puisqu’il faut bien mettre à l’honneur notre capitale, c’est sous la forme d’un marathon de 83 heures (près de 4 jours complets) sur la Place de la Bastille que la Bible a été lue dans son intégralité. 500 personnes de 42 Églises parisiennes se sont ainsi relayées pour cette lecture. « C’est la première fois depuis Paris Bercy (Billy Graham) qu’autant d’Églises ont participé ensemble à l’évangélisation de la Capitale » nous dit Jacques Barbero (Une Bible Par Foyer), l’un des organisateurs de l’événement.

 L’idée de la lecture publique, la plupart du temps d’un choix de textes, a été reprise dans d’autres villes : à Dijon l’ensemble des Églises chrétiennes, des pentecôtistes aux catholiques, a participé à la Nuit de la Bible où les Dijonnais et Dijonnaises étaient invités à aller écouter une lecture commentée dans trois lieux de la ville (église pentecôtiste, cathédrale et temple réformé). Le lendemain, ils se sont rassemblés pour lire un choix de textes dans des lieux et places publiques (y compris l’hôpital, une maison de retraite et la prison). La presse locale a d’ailleurs largement fait écho à ces manifestations… Dans la même idée, au Mans un choix de textes a été lu pendant 10 heures sur une place centrale de la ville afin de montrer que cette Parole n’est pas réservée à un petit groupe de personnes, mais que c’est une Parole publique à découvrir ou re-découvrir. -

 Il y a eu aussi bon nombre de concerts de Gospel et autres musiques dont la principale source d’inspiration est la Parole qui nous est donnée au travers des Écritures. Ces concerts (Dijon, Le Mans…) étaient l’occasion de témoigner de la joie qu’il y a à vivre la foi dans le Dieu révélé dans la Bible.

D’autres villes ont mené des actions plus insolites : -

 Ainsi, les protestants de Strasbourg ont fait appel à l’artiste Raymond Waydelich qui a enfermé la Bible, en trois éditions (anglais, allemand et français) et sur différents formats (livre, CD-ROM, microfilms), dans un caisson remis au musée historique de la ville qui ne devra pas être ouvert avant 3454, c'est-à-dire 2000 ans exactement après la première édition de la Bible de Gutenberg. -

 À Valence, sous le signe de la convivialité, 200 chrétiens d’Églises différentes se sont rassemblés pour offrir un barbecue géant à la population de midi à 22 heures. Marc Derœux (LLB) conclut le récit de cet événement en nous disant que « la Bible est une parole à vivre avant d’être proposée. Sûr que les Valentinois ont été impressionnés par cette générosité déployée, par cette unité manifestée, par cette joie partagée, que certains ont même pu discerner comme étant le fruit d’un Évangile qui transforme les cœurs.

Prions que ces mêmes valentinois portent alors un regard nouveau sur la Bible qu’il leur sera proposé de découvrir dans les semaines à venir ! » (Concerts et exposition bibliques jusqu’à la mi-décembre).

Quel qu’ait été le mode qui a dirigé ces festivités dans les différentes villes, nous pouvons, j’espère,  nous joindre à Marc Derœux quand il nous dit que « de l’avis de tous, l’expérience est à renouveler. Alors, rendez-vous l’année prochaine… » Ainsi la Bible pourra-t-elle continuer à être lue et rendue publique au-delà de 2003 !

Pierre de MAREÜIL


Numéro Journal: 59

Date: 2003-12-12

Titre: L’Alliance Évangélique Française

Préambule: Questions posées à Stéphane Lauzet, son secrétaire général.

Texte: Depuis quand l’AEF existe-t-elle et dans quelles circonstances est-elle née ?

La création de l’Alliance Évangélique est le fruit d’un processus de plusieurs années et qui aboutit en août 1846, à Londres, au rassemblement d’un millier de pasteurs et de laïcs, représentant quelque cinquante Églises ou dénominations, se réclamant du double héritage de la Réforme et des Réveils. Ensemble, ils créent l’Alliance Évangélique, premier mouvement œcuménique des temps modernes.

Les fondateurs voulaient manifester la réalité de leurs liens en dépit de leur diversité. Sans chercher à créer une nouvelle Église (l’Alliance Évangélique n’est pas une dénomination) mais, cons