Peut-on faire dire n’importe quoi à la Bible ?

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 Peut-on faire dire n’importe quoi à la Bible ?

Comme pour tout autre livre, on peut probablement faire dire n’importe quoi à la Bible ! L’histoire passée et le présent nous en donnent des exemples. Ce genre de pratique est encore plus gênant pour la Bible que pour tel ou tel roman ou essai, car elle inspire l’action de nombreuses personnes. Or si l’inspiration est erronée, l’action pourra partir dans des directions dangereuses. La Bible traite de questions sensibles qui impliquent le statut de l’être humain, son rapport à Dieu, sa destinée, le problème du mal et sa solution. Si j’interprète un livre de recettes en lui faisant dire n’importe quoi, les conséquences seront limitées. Mais si, pour préserver mes intérêts, je m’efforce de faire dire à la Bible le contraire de ce qu’elle dit, alors les conséquences peuvent être graves, en tout cas si je dispose d’un certain pouvoir.

On pourrait citer des exemples, parfois anecdotiques, de personnes faisant une lecture sélective de la Bible (ne prenant que ce qui les arrange) ou même une lecture en parfaite contradiction avec son message. Mais lorsqu’une classe dirigeante se sert de la Bible pour maintenir un groupe dans l’asservissement, alors il ne s’agit plus seulement d’erreurs de lecture mais de tragédies. L’esclavage et l’apartheid ont parfois été justifiés par la lecture de la Bible, de même que la répression ou la violence.

Il est important de préciser immédiatement qu’on ne peut pas se contenter de dire que toutes les lectures sont possibles. S’il est vrai que la Bible peut susciter de multiples réflexions et applications, on ne peut pas déduire de sa lecture, par exemple, que l’Église doit fonctionner comme un groupe sectaire. Ce serait lui faire dire ce qu’elle ne dit pas.

Distinguer les intentions

Il faut cependant distinguer plusieurs cas de figure. Faire dire ce qu’on veut à la Bible suppose une intention, et peut-être même une intention malveillante. Mais l’erreur de lecture peut aussi être sincère (ce qui n’empêche pas qu’elle ait des conséquences négatives). Et dans bon nombre de cas, il n’y a pas d’intention particulière. Les lecteurs concernés se contentent de projeter dans la Bible leurs propres idées, ou de lire de façon littérale ce qui, dans le langage de l’époque biblique, était une image, ou encore de refuser inconsciemment de lire ce qui les met mal à l’aise ou dérange leur vision des choses.

Les particularités de la Bible

Le respect d’un livre suppose qu’on le lise d’abord comme lui-même nous y invite. Les auteurs mettent généralement dans leurs livres des indices de lecture. Prenons un exemple : le chapitre 9 du roman que je suis en train de lire est un flashback, qui renvoie 10 ans avant les événements présents. Eh bien, si j’ai commencé la lecture du livre au début, j’ai suffisamment d’indices pour me rendre compte que ce chapitre parle du passé.

Lire la Bible comme on lirait un autre livre permet d’éviter certains contre-sens. Parce que la Bible est un livre « religieux », on peut avoir tendance à la lire comme on lirait dans une boule de cristal… en arrachant des phrases à leur contexte, en commençant par la fin, etc. Ce n’est pas interdit ! Mais avant de lire des extraits d’un livre biblique, il est bon de le lire du début à la fin, pour en saisir la pensée générale, l’orientation et le message.

L’esprit de la Bible

Ensuite, il est bon d’apprendre à connaître « l’esprit de la Bible ». De même qu’on finit par connaître un auteur dont on a lu plusieurs livres – son style, son état d’esprit, ses sujets de prédilection – de même la fréquentation de la Bible nous permet de découvrir son message.

Pour les chrétiens, la Bible n’est pas simplement une collection de textes que le hasard a rapprochés les uns à des autres. Si ces textes de divers auteurs, de diverses périodes, se sont retrouvés ensemble, c’est en quelque sorte parce qu’un même esprit les anime. Ils ont en commun, malgré la spécificité de chacun – spécificité de style, d’époque, de culture – le portrait d’un même Dieu, la même conception de l’être humain et de ses problèmes, etc. Les chrétiens parlent à ce propos d’unité dans la diversité.

L’esprit de la Bible – et c’est là qu’apparaissent les problèmes – ne va pas nécessairement dans le sens de la logique humaine. La notion de grâce (générosité gratuite de Dieu), par exemple, bien présente dans la Bible, est parfois difficile à accepter dans un monde où l’on fonctionne beaucoup par le donnant-donnant, où tout se monnaie. De même, chaque être humain a spontanément tendance à avoir peur de ceux qui sont différents de lui. Aussi, lorsqu’il lit dans la Bible : « aimez vos ennemis » (Matthieu 5.44) ; ou : « ne faites pas de distinction entre les personnes » (Jacques 2.1-4), il aura tendance à regarder ailleurs.

La richesse du sens

Une fois que l’on a admis les égarements possibles, il faut ajouter que des millions de lecteurs ont, au fil des siècles, trouvé dans la lecture de la Bible une source d’inspiration positive, dynamisante et réconfortante : William Wilberforce, en Angleterre aux 18ème et 19ème siècles, pour travailler à l’abolition de l’esclavage ; le pasteur John Bost, en France au 19ème siècle, pour créer des institutions d’accueil pour personnes handicapées (il disait : « ceux que tous repoussent, je les accueillerai au nom de mon Maître ») ; Martin Luther King aux États-Unis au 20ème siècle, pour lutter pour les droits civiques des personnes de couleur. Et ces grands noms ne doivent pas faire oublier les millions d’anonymes qui ont compris l’esprit de la Bible, et qui ont été inspirés par la profondeur de son sens et par la richesse de ses applications.

Lire à plusieurs

Un dernier point. Seul, on pourrait se convaincre de trouver logique telle conclusion à notre lecture, alors que lire à plusieurs nous montrera que ça ne l’est pas forcément. La Bible accorde beaucoup d’importance à l’individu, mais comme chacun peut s’en rendre compte en ouvrant les yeux, nous avons tendance à tout orienter dans notre propre intérêt et à écarter ce qui nous dérange. Lire la Bible à plusieurs peut nous ouvrir les yeux sur cette réalité. Lorsqu’il y a intention malveillante, ou récupération de la Bible au profit d’un projet contraire à l’esprit de l’Évangile, les personnes qui lisent la Bible ensemble s’en rendront plus facilement compte et pourront s’y opposer.

Christophe Paya, docteur en théologie et pasteur de l’Union des Églises Évangéliques Libres, est professeur de théologie pratique à la Faculté Libre de Théologie Évangélique (Vaux-sur-Seine ; www.flte.fr). Il anime un « blog théologique et pratique » (http://christophepaya.free.fr/).

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