Chapitre 3 - Spécificités du culte évangélique

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Chapitre 3 - Spécificités du culte évangélique

Timothée change de sujet.

— J’ai voulu te voir au début parce qu’on me propose de présider notre culte. Que dois-je absolument respecter qui est propre au culte des Églises évangéliques ?

La diversité

— Une chose est certaine : nous n’avons pas inventé le culte. Notre façon de le célébrer a, certes, des particularités, mais en même temps rien de vraiment spécifique. Tout ce que nous vivons se retrouve dans les Églises d’autres sensibilités. Un ami me disait : « Nous parlons tous la même langue, mais nous parlons avec un fort accent » !

Comme tu l’as vu en fréquentant d’autres Églises évangéliques, nos cultes ne sont pas unifiés. C’est là une conséquence de ce que la majorité des assemblées évangéliques locales n’appartiennent pas à des unions d’Églises ayant l’exigence d’une ligne liturgique. C’est peut-être même là la première particularité de nos cultes. Hélas, j’ai bien conscience que cela ne va pas beaucoup t’aider dans la pratique ! Chaque assemblée locale est seule à décider de ce que sera son culte dominical.

Le pasteur lui suggère alors de parler avec Agnès, une dame élevée dans le catholicisme et qui fréquente l’Église depuis quelques semaines.

— Tu devrais lui demander ce qu’elle trouve de particulier à notre façon de faire. Toi et moi, cela fait des années que nous vivons notre culte. Nous nous sommes habitués et nous trouvons ordinaire ce que d’autres vont lui trouver de particulier. Interroge-la !

Une atmosphère non « religieuse »

Sitôt dit, sitôt fait. Timothée convient d’un rendez-vous avec Agnès, une dame fort sympathique élevée dans la religion catholique. Agnès lui raconte son parcours. Voilà déjà six mois qu’elle fréquente l’Église évangélique. C’est un reportage à la télévision qui lui en a donné l’idée. En effet, elle cherchait une Église un peu plus dynamique que celle de son quartier.

— J’avoue, dit-elle, je suis venue avec quelques idées préconçues. Un peu par curiosité. Je ne te cacherai pas que je craignais de mettre les pieds dans une secte. J’étais plutôt sur la réserve.

Ma première impression a été que l’endroit n’était pas religieux, au sens courant du terme ! Il y avait bien un certain nombre de prières, des chants… on y parlait de Jésus, de Dieu… mais en même temps, il n’y avait pas cette atmosphère religieuse à laquelle je m’attendais. D’ailleurs, j’ai été surprise de constater qu’il n’y avait pas d’objets sacrés. Tu vas sans doute être étonné, mais mon premier problème a été d’identifier le pasteur ! Il m’a fallu venir plusieurs dimanches pour être certaine que c’était Bernard.

L’habit ne fait pas le pasteur

— Comment as-tu su que c’était Bernard le pasteur, alors ? demande Timothée.
— Tu vas rire, mais j’ai d’abord cru que le pasteur c’était Simon, parce que le premier dimanche où je suis venue, c’est lui qui a lu l’Évangile ! J’ai compris ensuite que chez vous la lecture publique de l’Évangile n’est pas réservée au pasteur. Je pensais aussi qu’un pasteur c’est l’équivalent d’un prêtre, côté protestant. Comme j’avais vu un pasteur à la télé avec une robe noire, j’ai cherché en vain. Pourquoi Bernard ne porte-t-il pas de robe ? C’est quand même un vrai pasteur, non ?

Il se trouve que Timothée s’était documenté sur la question. Il peut ainsi lui expliquer que la robe pastorale traditionnelle noire avec le double rabat blanc symbolisant les tables de la Loi, n’est pas un habit liturgique, mais un vêtement d’origine universitaire : une robe professorale. Elle indique à l’origine que celui qui la porte est un enseignant, en l’occurrence de la Parole de Dieu. Cette robe ne lui confère pas d’autre nature que celle qu’il partage avec tous les croyants. En France, ce sont plutôt les Églises réformées et luthériennes qui ont adopté cet usage depuis la Réforme. Certaines Églises évangéliques dans le monde le suivent aussi, mais c’est plutôt rare en France. Timothée a d’ailleurs vu une photo de Bernard portant cette robe à l’occasion d’une cérémonie en plein air, juste pour donner une petite touche de solennité ! Jean Calvin, le réformateur du 16ème siècle, n’était-il pas juriste ? Auquel cas, la robe serait proche de celle des avocats…

Agnès rassure Timothée :
— C’est vrai que j’ai été surprise mais cela n’a pas vraiment constitué un problème fondamental. Cela m’a plutôt amusée. Je trouve que c’est bien que le chrétien ordinaire puisse prendre une part active au culte.

La prière au culte

— J’ai l’habitude, dit-elle, de célébrations où une seule personne a essentiellement la parole et les paroissiens se contentent de quelques réponses bien balisées. J’ai été très surprise par la liberté et la spontanéité de la prière de tous. Cette prière me touche, surtout quand elle vient d’hommes et de femmes qui ne s’expriment pas très facilement. Une fois ou deux j’ai eu envie de rire devant des paroles naïves, mais je me suis dit que ça ne devait certainement pas faire rire Jésus ; que lui était capable d’entendre ce qui était dit maladroitement. J’ai un peu honte de ma première réaction, d’autant plus que moi, vois-tu, je voudrais bien prier à haute voix, mais que je n’ai pas encore osé !

— Après cette première expérience, qu’est-ce qui t’a fait revenir ? s’enhardit alors Timothée.
— Tu sais, je me suis posé la même question. Mais ce qui m’a touché, au fond, c’est qu’il y avait là des hommes et des femmes qui vivaient ce que je recherchais profondément : la présence de Dieu dans une sorte de dialogue. La place accordée à l’écoute de la Bible m’a également beaucoup touchée. Le commentaire de Bernard n’était pas moralisant, il appelait seulement à faire confiance à l’amour de Dieu. Ça m’a touchée. C’est pour ça que je suis revenue.

Timothée retrouve Bernard quelques jours plus tard et lui fait part du témoignage d’Agnès. Il remet ensuite sa question sur la table :
— Il y a une grande diversité de cultes évangéliques, d’accord, mais qu’avons-nous en commun ? Quels sont les accents qui nous caractérisent ?
— D’une manière générale, les Églises évangéliques ont voulu éviter le conformisme liturgique. Souviens-toi quand la messe était en latin, que les paroissiens connaissaient les formules mais sans en comprendre un seul mot !

Liberté et spontanéité

Bernard poursuit :
— En évitant la liturgie, les Églises évangéliques ont ainsi une grande liberté et donc une grande diversité, témoignage de l’immense grâce de Dieu qui accueille des hommes de toutes les cultures. C’est comme le prolongement de ce qui s’est passé lors de la toute première Pentecôte lorsque les auditeurs entendaient la Bonne Nouvelle dans leur propre langue. Cette diversité est probablement l’une des premières caractéristiques du culte de nos Églises.

— Avoue que cette grande diversité devient parfois du n’importe quoi !
— Bien sûr, je regrette qu’il y ait parfois des cultes qui semblent « sans queue ni tête ». Mais, comme Agnès te l’a dit, elle a été très sensible à ce que nous appelons la « prière libre », cette prière que chacun peut exprimer spontanément dans l’assemblée, une prière qui vient du cœur du croyant, de son expérience avec Dieu. Une prière qui est l’expression d’une louange, d’une requête, d’une intercession adressée à Dieu.

— Comment les Églises évangéliques ont-elles adopté cet usage ?
— Cette forme de la prière spontanée ouverte à chacun était à l’origine une forme de protestation. Là où, traditionnellement, le prêtre ou le pasteur officiaient seuls, la communauté évangélique, communauté de disciples engagés, a invité tous les participants à louer Dieu avec leurs propres mots et plus avec ceux prévus dans la liturgie. Cette forme de prière redonne voix au peuple de Dieu et réaffirme un principe fondamental du protestantisme : le refus de considérer qu’il y ait les laïcs d’un côté et les prêtres de l’autre. Chacun doit être consacré à Dieu.

Chacun doit pouvoir être entendu

Timothée hésite. Il ne veut pas paraître juger les autres. Mais il est là pour apprendre alors autant dire le fond de sa pensée.

— Je suis très attaché à notre pratique de la prière libre. Néanmoins, je suis parfois un peu gêné par des prières que je trouve… maladroites. Qu’en penses-tu ?

— Bien sûr qu’il y a parfois des prières maladroites. Il y en a même parfois des « bizarres ». Toutefois, je te conseille de les accueillir avec bienveillance. Si le culte était un spectacle, on veillerait à ce que tout soit impeccable. Mais nous vivons le culte comme l’expression commune d’une famille spirituelle composée de gens à l’éducation, à la culture et à la maturité très différentes.

T’es-tu rendu compte qu’il y a au culte des hommes et des femmes qui n’ont jamais accès à la parole personnelle ? Leur parole n’est jamais entendue ; il n’y a pratiquement qu’au culte que leur parole peut être reçue par les autres. Il est important qu’ils puissent s’exprimer pour dire à Dieu leur attente ou leur reconnaissance. Pas étonnant qu’ils soient maladroits.

— Il y a aussi des prières de personnes un peu déséquilibrées, voire perturbées, non ?
— Ce sont néanmoins des prières et je suis certain que Dieu les reçoit avec une grande joie. Agnès a raison : heureusement pour nous, notre Dieu a cette infinie capacité d’amour à bien entendre ce que nous formulons mal. Dans la réalité sociale, nombre de personnes ont de grandes difficultés à mettre des mots sur ce qu’elles éprouvent. Veux-tu qu’on leur interdise de prier ?

Par contre, toi qui es appelé à exercer un service pour les autres, tu dois veiller à ta façon de t’exprimer, car tu parles pour être compris. Si tu as été appelé à l’animation du culte, c’est que tes frères et tes sœurs ont discerné en toi des capacités, un don pour ce service. Travaille pour développer ce don, mais apprends à te réjouir de ce que les plus simples disent aussi avec toi leur foi en Dieu.

Bernard évoque une personne qui lui avait confié son grand désir de participer à la prière, mais qui, disait-il, était comme bloquée. Cette personne n’avait jamais pris la parole en public. Bernard lui a conseillé de préparer sa prière en écrivant tranquillement à la maison ce qu’elle désirait dire à Dieu, puis tout simplement de la lire au culte. Elle a suivi son conseil et une seule fois a suffi pour la libérer. S’adresser ainsi à Dieu à haute voix a été pour elle une expérience de reconnaissance de sa valeur aux yeux de Dieu et de ses frères et sœurs.

Bernard ajoute :
— N’oublie pas qu’un autre aspect de notre prière spontanée, c’est que nous la faisons normalement précéder de lectures bibliques. C’est en ayant à la fois l’oreille et le cœur ouverts, que notre prière naît en nous, car elle répond à la Parole de Dieu, s’en saisit et la reformule dans la requête ou la louange. Plus notre âme est imprégnée des Écritures plus elle y puise sa prière !

Timothée ne peut qu’être d’accord car, lui aussi, a été marqué, dans ses premiers contacts avec la foi évangélique, par ces prières spontanées faites à la fois de louanges et de demandes. Prières également pour les autorités civiles, le monde et sa souffrance, prières qui témoignent du souci des chrétiens pour leur environnement....

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