N'y a-t-il pas un fossé entre le Christ de la foi et le Jésus historique ?

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Est-ce parce que les faits sont extraordinaires qu’il faut tenter de les relativiser ? De toute évidence, les premiers disciples de Jésus n’ont pas choisi cette voie.

N'y a-t-il pas un fossé entre le Christ de la foi et le Jésus historique ?

Le Christ de la foi et le Jésus historique(1)

Qu’il y ait eu un homme fait de chair et de sang(2), nommé Jésus, qui a vécu il y a 2.000 ans de cela en Judée, personne ne remet sérieusement en question la chose(3). Mais dire que ce même homme est le Christ annoncé par les évangiles et objet de la foi des chrétiens, ne va pas sans poser des questions. Questionnement qui se justifie puisque celui qu’on appelle le Christ n’est autre que le Fils de Dieu, sauveur de l’humanité. L’homme Jésus est-il bien le Christ ?

Une simple légende dorée

Il n’est pas rare que les héritiers de personnages historiques embellissent la biographie de leur héros. Exagération de certains traits, réarrangement des événements… Travers qui est d’autant plus exagéré s’il s’agit de religion où le miraculeux et l’extraordinaire sont monnaie courante. Pour s’en convaincre il suffit de constater ce que sont devenus Marie et les différents « saints » au cours de l’histoire de l’Église. Jésus fait-il exception ? Les disciples n’auraient-ils pas un peu chargé la barque qui prend l’eau de nos jours ?

Quelle distance entre l’histoire et la foi ?

Jésus n’a rien écrit lui-même. Ce que nous savons de lui nous a été transmis par des hommes et des femmes qui ont cru en lui. De plus ces personnes donnent un témoignage qui se place bien après la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Il y a effectivement une relecture des événements à la lumière de Pâques, puisque les auteurs bibliques disent eux-mêmes que – sur le moment – ils n’avaient pas compris ce qui se passait avec ce Jésus(4). Relecture qui se fait avec l’assistance du Saint-Esprit donné à la Pentecôte(5).

Le message de la crèche à la croix

L’histoire de Jésus est malgré tout assez originale. C’est la vie d’un illustre anonyme, né de parents communs dans une bourgade perdue(6). Il va toutefois ébranler son pays et se retrouver injustement condamné à mort par la puissance étrangère occupante de l’époque. C’est en un mot l’histoire d’un homme comme on en rencontre des milliers au cours de l’épopée de l’humanité. Et pourtant, seul l’illustre anonyme Jésus va laisser une trace qui, aujourd’hui encore, rythme notre quotidien. Pourquoi ? Nous sommes bien loin des embellissements traditionnels. Si ce sont les disciples qui ont fait à partir de Jésus le Christ de la foi, alors ils auraient pu faire un petit effort pour le présenter sous un meilleur jour et gagner ainsi à leur cause un plus grand nombre de fidèles… Au contraire, ils nous présentent Jésus et posent la question : « Qui est cet homme ? »(7) Leur réponse est toute simple : « C’est le Christ »(8) !

Une question de foi et de poids

Le Christ de la foi n’est pas bien différent du Jésus historique : c’est Jésus-Christ. Le fossé qui pourrait les séparer est traversé par le témoignage de ceux qui étaient désespérés d’avoir perdu Jésus à la croix et qui ont retrouvé le Christ ressuscité au matin de Pâques. Ils font le pont qui nous permet à notre tour de croire. La foi n’est pas une simple vue de l’esprit. Elle s’enracine dans une réalité historique et factuelle parce que nous-mêmes nous vivons dans ce monde marqué par nos limites et nos espérances. Jésus est venu partager notre vie, voilà pourquoi il peut aussi être le Christ de notre foi. C’est cela qui donne du sens à ma vie. Si Jésus n’a pas vécu ce que je vis, comment pourrais-je espérer vivre ce à quoi Dieu m’appelle ?

Pasteur au service d'une communauté protestante dans le Béarn.

(1) Dans Le Point, Hors série n°1 (déc 2008-jan 2009) consacré à Jésus, Elian Cuvillier, écrira : « Désormais le “Jésus de l’histoire” n’est plus tout à fait le “Christ de la foi” », p.6.
(2) Hébreux 2.14-18.
(3) Nous renvoyons à l’article d’Alain Nisus, « Jésus a-t-il réellement existé ? » publié dans le premier volume de Jésus en questions. Michel Onfray, dans son brûlot écrit au vitriol, le Traité d’athéologie (Grasset, 2005), n’hésite cependant pas à affirmer : « L’existence de Jésus n’est aucunement avérée historiquement. » Ce n’est pour lui qu’une invention de l’Église pour malades mentaux, p.147.
(4) Voir par exemple Jean 2.22, 12.26, 20.9.
(5) C’est ce que Jésus avait promis à ses disciples en Jean 14.26.
(6) Cette banalité n’a pu être supportée au cours des siècles. C’est pourquoi toute une tradition du miraculeux fera des parents de Jésus des êtres hors du commun.
(7) Ce questionnement traverse l’évangile de Marc 1.27 : « Qu’est-ce donc ? Un enseignement nouveau, et quelle autorité ! » ; 4.14 : « Qui est-il donc, celui-ci, que même le vent et la mer lui obéissent ? » ; 6.3 : « N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie ? » ; 11.28 : « De quelle autorité fais-tu cela ? Qui t’a donné autorité pour le faire ? » ; 14.61 : « Est-ce toi qui es le Christ, le Fils du Béni ? » ; 15.2 : « Es-tu le roi des Juifs, toi ? ». Questionnement qui aboutit à la réponse du garde à la croix : « Cet homme était vraiment Fils de Dieu » (15.39).
(8) C’est la réponse de Pierre en plein milieu de l’évangile de Marc (8.29).

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