Le judaïsme aujourd’hui : 1. Les divers courants religieux

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Le judaïsme aujourd’hui : 1. Les divers courants religieux

 

Les ultra-orthodoxes


Les hassidim ultra-orthodoxes s’efforcent de respecter les 613 mitsvot, les divers commandements répertoriés dans la Bible. Il est toutefois impossible d’observer les nombreuses règles liées au rituel du temple (sacrifices), désormais détruit. Leur attention se porte donc tout particulièrement sur le respect inconditionnel de la Halakha (règles à caractère juridique).
Les hassidim pensent que la présence de Dieu se manifeste dans l’accomplissement formel et précis de la mitsva (singulier de mitsvot). De là vient l’attention portée aux détails des lois et à leurs définitions énoncées par les rabbins au cours des siècles. Les hassidim pensent ainsi parachever le monde en pratiquant la justice et de bonnes actions.

Cela se traduit par l’observance minutieuse des règles du shabbat (le samedi ou sabbat), des fêtes juives, de pureté alimentaire (cacherout) et conjugale (menstruations de la femme, sexualité, rites autour de la naissance d’un enfant, etc.). Leur doctrine et leur pratique sont très fortement influencées par la Kabbale.

Les hommes ont conservé l’habillement traditionnel de la bourgeoisie polonaise du 18ème siècle : chemise blanche, pantalon court, bas et chaussures à boucle, longs manteaux noirs, borsalino ou chapeau aux larges bords en fourrure (shtraïmel). Ils portent la barbe, non taillée, et de longues franges de cheveux bouclées sur les tempes (péot) pour se conformer à l’ordre biblique (Lévitique 19.27). Ils se vouent, parfois exclusivement, à l’étude du Talmud et à la prière.

Les femmes sont habillées de jupes longues et de chemisiers à manches, boutonnées jusqu’au cou. Elles sont coiffées d’une perruque (les plus « orthodoxes » sont rasées le jour de leur mariage) et couvertes d’un foulard, d’un bonnet ou d’un chapeau. Elles élèvent de nombreux enfants (il n’est pas rare de voir des familles de plus de dix enfants) et travaillent pour subvenir aux besoins de la famille, dans des conditions souvent précaires. En Israël, ces familles reçoivent pour la plupart une aide extérieure de leurs proches vivant à l’étranger (ou éventuellement de l’État). Les hommes et les femmes sont strictement séparés dans la synagogue et dans divers lieux publics.

Une dissidence radicale

Les ultra-orthodoxes vivent le plus souvent en vase clos, dans des quartiers parfois réservés, comme Mea Shearim à Jérusalem. Ils refusent de se compromettre avec les « pièges » de la vie moderne comme la télévision, la radio ou les journaux. Les jeunes garçons, les adolescents et les jeunes hommes n’ont pas d’autre éducation « scolaire » que l’étude des textes religieux (la Bible et surtout le Talmud, la Kabbale, etc.). Ils étudient dans des yeshivot (singulier yeshiva), des centres d’étude dirigés par un rabbin reconnu pour son érudition talmudique et sa sagesse.

Certains adeptes de ces courants très religieux, qu’ils soient d’origine ashkénaze ou séfarade, ne reconnaissent pas l’existence de l’État d’Israël ; ils refusent de servir dans l’armée et de payer leurs impôts. Cette question est l’objet de débats parfois houleux dans la société israélienne. Les Neturei Karta (gardiens de la cité), par exemple, sont résolument contre toute forme de sionisme moderne au point de soutenir parfois sans nuance la cause palestinienne. Selon eux (et d’autres), seul le Messie peut établir un État ou Royaume d’Israël.

Une présence politique

Cependant, des ultra-orthodoxes issus de divers courants militent dans des partis politiques religieux comme l’Agoudat Israël et le Shass. Ils visent à promouvoir et faire voter des lois qui renforcent la pratique religieuse en Israël (respect du sabbat, cacherout, etc.). Ils ont une influence certaine dans ce domaine. Ils offrent leur poids électoral, parfois décisif, aux principaux partis laïcs qui se partagent le pouvoir dans des proportions à peu près égales, en échange de promesses pour voter des lois à caractère religieux. Deux grands rabbins ultra-orthodoxes, l’un ashkénaze, l’autre séfarade, ont été élus en juillet 2013 (en principe pour une durée de dix ans) à la tête du Grand Rabbinat d’Israël.

Les Israéliens non-orthodoxes ou non-religieux contestent la mainmise excessive des ultra-religieux sur les fonctions de l’état civil (mariage, divorce et définition de l’identité juive pour valider ces actes) et sur la délivrance des certificats de cacherout dans le domaine alimentaire. Ils dénoncent également l’absence de femmes dans les tribunaux rabbiniques et souhaitent une séparation nette de l’État et de la religion.

Le rabbin, « phare » de la communauté

Les ultra-orthodoxes se regroupent autour d’un rabbin éminent, reconnu pour ses qualités exceptionnelles, son intelligence, sa piété, sa profonde connaissance du Talmud, de la Kabbale et de l’application des mitsvot (commandements). On le considère volontiers comme un tsadik, un juste, auquel on prête souvent des pouvoirs surnaturels.

En France, les ultra-religieux sont peu nombreux. Ils se recrutent surtout dans les rangs des Loubavitch (mouvement Habad) et vivent relativement en marge de la société. Leurs synagogues ou lieux de prière sont peu visibles. Mais ils exercent, comme dans les autres pays où ils sont présents, un prosélytisme très actif auprès des Juifs qu’ils jugent éloignés de toute pratique religieuse, afin de hâter si possible la venue du Messie par l’observation d’au-moins deux commandements jugés fondamentaux : la confession de foi juive (le Chema) en un Dieu unique et le respect du sabbat.

Les Juifs orthodoxes

À la différence des « ultras », avec lesquels ils ont de nombreux points communs, les orthodoxes se caractérisent par leur pratique régulière et stricte du judaïsme, sans toutefois former des communautés séparées. Ils sont donc intégrés dans les divers secteurs de la société, mais ils restent assez faciles à identifier. Les hommes sont en général vêtus d’un costume noir et d’une chemise blanche, ils portent une kippa (calotte) ou un chapeau « classique », mais ils restent libres de tailler ou non leur barbe ou les cheveux de leurs tempes.

Ils exercent des activités professionnelles variées, tout en veillant à ne pas enfreindre leur code éthique. Les femmes n’ont pas de vêtements particuliers, mais elles respectent les règles de décence propres à leur communauté, qui se rapprochent parfois de celles des femmes ultra-orthodoxes, quoiqu’elles vivent de façon plus « libre ».

Les Juifs conservateurs

Il est toutefois difficile de « compartimenter » ainsi les divers courants du judaïsme, qui ne sont d’ailleurs pas étanches, en raison de leurs différences parfois subtiles. Beaucoup de Juifs se situent dans un « entre-deux », ce courant intermédiaire entre l’orthodoxie hassidique, plus ou moins « séparée », et le mouvement (religieux) libéral (ou « réformé » dans les pays anglo-saxons), très ouvert. Ils se distinguent encore des laïques qui ne pratiquent pas du tout la religion juive et se disent volontiers non-croyants ou tout simplement athées. C’est le cas des Juifs conservateurs. Ils sont associés, notamment, au mouvement Massorti, que certains jugent orthodoxe et d’autres libéral ! Tout dépend du point de vue où l’on se situe…

Les conservateurs sont respectueux des diverses règles religieuses. Ils observent le sabbat et les fêtes, ainsi que les principaux préceptes de la vie quotidienne. Mais ils interprètent la Halakha de façon plus large, les femmes sont souvent mélangées aux hommes et partagent davantage les responsabilités religieuses au sein de la synagogue (lecture publique de la Torah, animation des cercles d’étude talmudique, etc.). Ils se définissent donc volontiers comme religieux et laïcs, à l’écoute de la tradition juive et de la société dans laquelle ils vivent, ils sont souvent très engagés dans l’action sociale.

D’autres Juifs sont moins assidus aux services de la synagogue. Ils se contentent de célébrer la Pâque (Pessa’h) et de jeûner le jour de Yom Kippour et ils prennent davantage de liberté avec les règles alimentaires. Ils mettent plutôt l’accent sur un judaïsme « culturel », qui fait partie de leur identité et de leur histoire, mais dont le motif religieux est moins profond, ou en tout cas moins formel.

La synagogue « officielle »

En France, la synagogue « officielle » est animée par un grand rabbin élu par le consistoire israélite central, une assemblée composée de représentants (religieux et laïcs) élus dans chaque région ou grande ville (consistoires régionaux). Cette organisation a été mise en place sous le 1er Empire, en 1808. Elle fait partie des réformes entreprises par Napoléon pour harmoniser les sphères religieuses et publiques. La Révolution a apporté aux Juifs une existence « légale » et une certaine liberté qui s’est épanouie au début du 20ème siècle, non sans soubresauts ni craintes d’assimilation.

Après la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905, qui s’étend aux divers cultes reconnus par l’État français, le Consistoire israélite demeure l’instance officielle du judaïsme. Il est chargé de représenter les communautés juives qu’il fédère (environ 500 synagogues et divers lieux de culte) et de défendre leurs intérêts auprès des pouvoirs publics.

Le Consistoire central assure la formation des rabbins, basée sur l’étude du Talmud complétée par un enseignement profane de qualité (sciences, philosophie, etc.). Il coordonne les aumôneries israélites (armée, prisons, hôpitaux) et les écoles communautaires. Il délègue des « spécialistes », rabbins et laïcs, pour délivrer le certificat officiel « cascher » qui garantit le respect des règles alimentaires de la cacherout (abattage rituel des ovins, bovins et volailles, production d’aliments et boissons divers, etc.). Il assume les fonctions de l’état civil (dans le domaine religieux, après leur validation par les pouvoirs publics) : mariage, divorce, décès, et les cérémonies comme la bar mitsva (majorité religieuse). Enfin, il organise l’entraide et la solidarité religieuse et sociale ; il anime la communication interne et externe de la communauté juive ; il stimule le soutien à l’État d’Israël, la lutte contre l’antisémitisme et le devoir de mémoire en faveur des victimes de la Shoah et des autres persécutions que les Juifs ont subies au cours des siècles.

Les synagogues consistoriales représentent une sorte de « milieu » dans le judaïsme français : elles accueillent des Juifs pratiquant plus ou moins profondément et régulièrement leur foi. Elles se démarquent assez nettement de l’orthodoxie radicale comme du libéralisme et n’ont pas de liens formels avec les communautés conservatrices. Dans les autres pays, le Grand Rabbinat est également l’instance religieuse officielle du judaïsme.

Les Juifs libéraux

Le courant libéral se situe dans le prolongement de la Haskala née en Europe au 18ème siècle. Il rassemble aujourd’hui des Juifs influencés par le mouvement théologique « réformateur » (ou progressiste) qui a pris une certaine ampleur dans le monde anglo-saxon pendant le dernier quart du vingtième siècle. Il s’appuie sur une logique d’évolution du judaïsme au cours des siècles, qui se traduit par une liberté d’interpréter et de commenter la Bible et le Talmud de façon toujours renouvelée et ouverte. On recourt volontiers à la critique moderne des textes, tout en respectant les fondamentaux des écrits traditionnels.

L’Union Mondiale pour le Judaïsme Libéral, dont le siège est à Jérusalem, fédère 1.200 communautés (près de 2 millions de membres) dans une quarantaine de pays.

En France, le mouvement libéral s’est implanté officiellement au début du 20ème siècle. La synagogue de la rue Copernic, à Paris, en est l’un des principaux « phares », mais ce courant s’est diversifié et recouvre des réalités assez variées (trois courants majeurs en France).

Les Juifs libéraux sont bien intégrés dans la société. Ils ne portent pas nécessairement de signe distinctif en public et leur observance des mitsvot paraît très lâche, voire inexistante aux yeux des orthodoxes, quoiqu’elle soit réelle à bien des égards. Les hommes et les femmes sont considérés comme égaux, ils sont mélangés lors des offices à la synagogue. Les femmes rabbins sont désormais admises dans de nombreux cercles libéraux, même si elles sont encore rares en France.

Dans tous les milieux juifs, le prosélytisme envers les non-Juifs n’est pas encouragé. Le processus de conversion au judaïsme reste laborieux, excepté dans certains cercles libéraux.

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