Conclusion

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Conclusion

Il y a, en simplifiant, essentiellement deux visions du monde. La première est la vision athée, dans laquelle l’univers est un mystère et le demeurera toujours, car les progrès de la science ne suffiront pas à dévoiler son origine ultime ni sa signification. Cela, d’autant plus que l’humanité est vouée à une extinction inéluctable d’ici quelques siècles, quelques millions d’années ou, au plus, quelques centaines de millions d’années (1). La seconde est la vision judéo-chrétienne d’un monde passager, certes, mais qui sera remplacé par le Royaume de Dieu d’une manière mystérieuse. Le mystère n’est pourtant pas de même nature, car il est appelé à se dissiper : en présence de Dieu, les élus seront comblés d’une compréhension intime de l’origine et du sens de l’aventure humaine et de l’univers entier.

Cette seconde vision du monde est infiniment plus vaste que la première, pour la simple raison que Dieu est par définition transcendant. Tout lui est donc subordonné, et la connaissance humaine n’a plus ici ce caractère d’absolu qu’elle revêt par défaut, comme à contre-cœur et malgré elle, dans la vision athée ; la science est en effet pour l’athée, la seule et unique source de connaissance objective et fiable. Pour le chrétien, son champ d’application se rétrécit aux domaines sur lesquels Dieu a établi l’homme souverain, qui sont nombreux mais circonscrits.

Ainsi, toute tentative d’appliquer la science au-delà de ces domaines est d’avance vouée à l’échec, non par l’effet de quelque complot d’un Dieu jaloux de ses prérogatives ou de clercs artisans d’un obscurantisme actif, mais tout simplement par nature et par construction. C’est pourquoi Calvin pouvait écrire, il y a cinq siècles déjà, ces mots qui sont un scandale pour certains esprits qui se veulent scientifiques : « Nous dirons donc que bien que toutes choses soient en réalité conduites par la volonté de Dieu, à nos yeux elles paraissent fortuites. Non pas que nous estimions que le hasard gouverne les hommes et met aveuglément tout sens dessus dessous (un cœur chrétien doit bannir une telle extravagance), mais parce que, du fait que l’ordre, la raison, le but et la nécessité des événements sont souvent cachés dans la volonté de Dieu, nous ne pouvons les discerner.

C’est ainsi que le hasard paraît gouverner les faits que nous savons de la façon la plus certaine être régis par la volonté de Dieu… » (2). On peut donner comme exemple, la façon dont les livres bibliques 2 Rois et 2 Chroniques relatent les règnes des rois de Juda et d’Israël : ces récits donnent des raisons spirituelles aux événements, alors que des historiens modernes donneraient des raisons économiques, politiques, voire psychologiques. Cela implique-t-il que les secondes sont incompatibles avec les premières ? Certainement pas : elles résultent simplement d’une autre perspective.

......

1. Un exemple particulièrement frappant de cette vision est L’évangile des hommes perdus d’Edgar Morin, op.cit., p. 94.

2. L’institution chrétienne, de Jean Calvin, mis en français moderne par Marie de Védrines et Paul Wells, Kerygma-Excelsis, Aix-en-Provence, 2009, Livre 1, chap. 16.

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