Et l’âme dans tout ça ?

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Et l’âme dans tout ça ?

Dans mes discussions, je rencontre parfois des gens qui sont surpris de ce que j’accepte l’approche mécanistique de la neurobiologie tout en étant chrétien. L'argument que je viens de développer et qui montre que cette approche ne met pas en péril notre identité et notre humanité, ne les apaise guère. « Mais crois-tu encore en l’âme ? », me demandent-ils. Je réponds que cela dépend de ce qu’ils veulent dire par âme. La culture occidentale est marquée par la notion cartésienne (et platonicienne) d’une âme immatérielle, une sorte de fantôme qui interagirait avec le corps et qui le quitterait à la mort. Certains prétendent même que cette âme aurait un poids mesurable ou qu'on l’aurait vue, choses que Descartes n’a jamais affirmées. Il est important de se rendre compte que la notion cartésienne n’est pas enseignée dans la Bible. Elle nous vient de certains penseurs grecs anciens, notamment de Platon, qui attribue à Socrate les mots suivants :


« On est mort, quand le corps, séparé de l’âme, reste seul, à part, avec lui-même, et quand l’âme, séparée du corps, reste seule, à part, avec elle-même. La mort n’est pas autre chose que cela, n’est-ce pas ? » Socrate, dans le Phédon de Platon.


Cette notion d’une âme immortelle a été adoptée par les théologiens influencés par le néoplatonicisme, comme Saint-Augustin, et ensuite Luther et Calvin. Elle a amené aussi Descartes à l’idée d’un esprit immatériel interagissant avec le cerveau. Il y a actuellement des controverses, même entre chrétiens attachés à l’autorité de la Bible, concernant la question de savoir comment il faudrait concevoir l’âme. Cependant, la plupart des spécialistes bibliques sont d’accord pour dire que la Bible n’enseigne pas la notion cartésienne d’une âme interagissant avec le cerveau.

Dans l’Ancien Testament, le mot le plus souvent traduit par « âme » est nephesh. Son sens primaire est simplement vie ou vitalité, avec souvent la connotation de mouvement. Mais le mot a parfois d’autres significations, allant de personnalité à sang. Au chapitre 2 de la Genèse, quand Dieu souffle dans les narines de l’homme un souffle de vie, l’homme devient un nephesh – traduit généralement « être vivant » mais « âme » dans certaines vieilles traductions. Le sens est qu’il commence à vivre et à se mouvoir – comme les animaux – et c’est pour cela qu’il est appelé nephesh.

Le mot traduit par « esprit » (ruah) dans l’Ancien Testament véhicule l’idée de l’air en mouvement. Ainsi, dans beaucoup de cas il veut dire simplement « vent », et il est traduit ainsi, mais il peut aussi signifier le souffle de vie que toute la création animale partage avec l’homme (Genèse 6.17). Quand il est traduit par « esprit » (dans le sens de l’esprit de l’homme – il peut aussi faire référence à l’Esprit de Dieu), il exprime généralement l’intelligence ou la vitalité de la personnalité (Psaume 32.2 ; 78.8), ou bien les inclinations et désirs humains (Osée 4.12).

Le Nouveau Testament n’enseigne pas davantage la notion platonicienne d’une âme éternelle désincorporée. Il accentue plutôt la doctrine de la résurrection du corps. Par exemple, dans un long traitement de la question dans sa première lettre aux Corinthiens (au chapitre 15), St. Paul affirme d’abord la résurrection de Jésus, et enseigne ensuite que « ceux qui appartiennent au Christ » seront également ressuscités avec un « corps spirituel ».

Ainsi, ni nephesh ni ruah n’impliquent le dualisme cartésien. Cela ne veut pas dire que le chrétien doit abandonner toute notion de dualité corps-esprit (les subtilités de cette question sont finement analysées dans L’âme et le cerveau(1)). La Bible et l’expérience humaine concordent en affirmant l’intériorité de la personne humaine, qui ne peut être confondue avec son corps. Mais le dualisme cartésien présent dans la culture populaire n’est pas enseigné dans la Bible.

Relation entre le cerveau et l’esprit

Cependant, si nous rejetons la notion cartésienne de l'âme, une chose séparée du corps qui interagit avec lui, il reste toujours la question de savoir comment concevoir la relation entre le cerveau, qui est un objet matériel, et l'expérience consciente de l'homme. D’abord, il faut admettre que personne ne comprend comment un objet physique peut être à la base de l’expérience consciente. Du coup, le sujet est controversé. Plusieurs positions ont été proposées. Je n'en mentionnerai que quelques-unes....

1. Jaeger, Lydia, dir., L’âme et le cerveau. L’enjeu des neurosciences, Charols et Vaux-sur-Seine, Excelsis et Édifac, 2009.

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