Un parcours personnel de foi et de science

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Un parcours personnel de foi et de science

Je suis enseignant-chercheur en génétique évolutive. Mes travaux consistent à comprendre quels sont les facteurs qui agissent sur la diversité génétique des populations naturelles. 

Je suis aussi chrétien évangélique, coresponsable d’une communauté évangélique à Lille. Pour certains, il pourrait sembler que je suis un paradoxe ou une aberration. La science n’aurait-elle pas rendue obsolète toute religion ? La foi en un dieu quel qu’il soit n’est-elle pas le vestige d’une vision primitive où le magique et le surnaturel tenaient lieu d’explications aux phénomènes de la nature ? Pire encore, comment peut-on croire en un Créateur et accepter la théorie de l'évolution ? Ces questions sont légitimes, et je me les suis posées moi aussi. 

Je voudrais donc vous présenter le chemin que j’ai emprunté vers une réconciliation entre foi et science afin de construire une vision cohérente.

J’ai été confronté très jeune à la foi, en participant dès l’âge de cinq ans à des clubs de découverte de la Bible, organisés par une Église évangélique située à proximité de ma cité HLM, en région parisienne. 

Je me souviens encore des leçons décrivant la création du monde en général et de l’homme en particulier, en la personne d’Adam et Ève. Cet éveil à la foi s’est peu à peu transformé en une foi simple et profonde en un Dieu qui m’aime et qui s’intéresse à moi dans mon quotidien. 

Les « années collège » ont été celles de l’opposition frontale, liée à une prise de position plus ferme en tant que chrétien : opposition au discours scientifique et historique, nourrie d’une interprétation littéraliste des récits de la Bible sur les origines. Les « années lycée » ont été celles de l’enracinement de ma foi, mais aussi celles du questionnement avec la découverte de la philosophie et la lecture d’un livre de Ralph Shallis(1) qui s’éloignait d’un discours littéraliste du récit biblique. 

À l’université, ma participation à un groupe biblique universitaire m’a permis de découvrir la diversité de l’Église et différentes manières d’appréhender cette relation entre la science et la foi. Je commençais alors à prendre un peu de distance vis-à-vis d’une interprétation littérale du récit de la Genèse. En effet, il me semblait difficile de concilier l’idée d’une terre jeune (de quelques milliers d’années) avec son âge apparent. Problématique aussi de considérer l’univers comme récent, en étant témoin de son expansion ou en observant la mort ou la naissance d’étoiles à des années-lumière, il y a très longtemps de cela. Comment Dieu pourrait-il se jouer ainsi de nous ? Si j’acceptais l’idée d’une terre et d’un univers anciens, je continuais néanmoins de considérer avec méfiance la théorie de l’évolution et développais une sorte de schizophrénie intérieure : une lecture « enfantine » assez littérale de la Bible en parallèle du développement d’un esprit critique et d’une formation scientifique qui m’ont conduit à un doctorat en génétique. Comble de l’ironie, je me suis retrouvé dans un laboratoire d’évolution fondé et dirigé par un chrétien engagé. 

La découverte d’un livre écrit par Jean Humbert(2) dénonçant cette même schizophrénie m’a encouragé à m’engager dans une voie de cohérence, de travailler à une unité entre ma foi et ma perception du monde en tant que scientifique. Les livres d’Henri Blocher(3) et de R. J. Berry(4), furent décisifs dans ce grand saut. Je suis donc un voyageur sur un chemin de cohérence dans lequel je crois que Dieu m’appelle. Avec du recul, je crois que c’est finalement bien là l’œuvre de Dieu, une œuvre de construction pour devenir une personne unifiée. Ceci ne veut pas dire que tout est résolu par cette démarche, que toutes les réponses sont trouvées. Au moins, le dialogue entre la science et la foi est-il abordé avec honnêteté dans ses contradictions apparentes. Comme bien d’autres il me faut accepter de toucher aux limites de ce qu’il est possible de comprendre, de ce qui, au-delà de la connaissance, débouche sur le mystère. 

J’aimerais au travers de ces quelques pages vous inviter à faire ce voyage avec moi. 

1. Ralph Shallis, Il faut beaucoup de foi pour être athée, Marne-la-Vallée, Éditions Farel, 1986.

2. Jean Humbert, Création, évolution faut-il trancher ? Méry-sur-Oise, Sator, 1989.

3. Henri Blocher, Révélation des origines, Genève, Presses Bibliques Universitaires, 2001 (3ème édition).

4. R. J. Berry, God and evolution, Vancouver, Regent College Publishing, 2001.

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