Faire du Notre Père une prière personnelle

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Faire du Notre Père une prière personnelle

Le Notre Père est très certainement la prière la plus connue et la plus utilisée dans le monde. Pour beaucoup de chrétiens, c’est même parfois la seule prière qu’ils connaissent.
Par contre, d’autres hésitent à l’utiliser ou ne la disent peut-être jamais. Est-ce parce qu’ils ont peur de tomber dans le piège d’un usage répétitif ?

Avec raison, nous pensons que notre prière doit venir du cœur. Ne nous exprimer à Dieu qu’à travers une prière écrite, sans que nous y ajoutions jamais rien de personnel, peut témoigner d’une relation assez pauvre. Répéter toujours les mêmes mots, même si c’est la prière enseignée par Jésus, peut aussi nous conduire à ne plus trop penser à ce que nous disons.

Comme dit la chanson, l’habitude nous joue des tours….Ceci est d’ailleurs vrai dans la vie sentimentale, familiale, professionnelle... Et quand les bonnes habitudes se transforment en routine, elles perdent alors la plus grande partie de leur intérêt. Dommage pour ceux qui ne s’en rendent pas compte. Par contre, celui qui est conscient de la tentation a la possibilité de réagir. Prendre conscience d’un danger, c’est s’offrir la possibilité de l’éviter.

Comme tout acte sincère de piété, prier le Notre Père peut lui aussi se transformer en une routine vidée de son sens. Cependant, nous croyons que si nous nous en donnons les moyens, cette prière peut tout au contraire nous conduire à une relation toujours plus belle et plus authentique avec Dieu. Oui, nous pouvons la dire, la prier, la répéter, la vivre chaque jour en agissant en sorte qu’elle reste à chaque fois un vrai élan de notre cœur.
C’est notre souhait d’aider chacun à lui donner sa juste place.

Une prière parmi d’autres

La Bible contient 150 psaumes et de multiples prières. Certaines sont longues, d’autres courtes. Il est évident que le Notre Père n’a pas vocation à les remplacer.

Cette prodigieuse variété est en effet un véritable cadeau de Dieu car chacune révèle une facette différente de ce que nous pouvons rencontrer comme situation ou comme besoin. À condition de connaître un peu ce trésor, cette abondance est à notre disposition pour nous aider à nous exprimer à Dieu de façon très personnelle. Il arrive par exemple qu’un psaume que nous avons laissé de côté un jour se révèle quelques jours plus tard d’une actualité brûlante. Il devient alors au cœur de notre prière pour la nourrir, l’inspirer…

Les prières de Jésus que nous trouvons dans les évangiles sont elles-mêmes très variées. Elles apparaissent souvent comme spontanées, répondant aux circonstances rencontrées. Jésus ne répète pas des formules toutes faites. Par contre, il connaît très bien les psaumes et nous constatons qu’il sait les utiliser au bon moment.

Il n’y a qu’à entendre ses mots lorsqu’il exprime sa joie en voyant ses disciples revenir heureux et fiers d’avoir bien rempli leur mission et cette autre prière qu’il formule au soir de sa vie lorsqu'il confie ses disciples à Dieu au début de sa passion. De toute évidence, ce n’est pas le Notre Père que Jésus a récité en ces occasions. La vie de prière de Jésus était riche. Il y avait place en elle pour d’autres prières que le Notre Père.

Une prière unique

Nous n’insisterons pas sur le fait que c’est Jésus lui-même qui a enseigné cette prière. Cela lui confère un statut unique et une autorité particulière. Peu importe dans ce cas que certaines personnes l’utilisent plus ou moins bien ou que nous puissions être tentés par la routine. La vraie question est plutôt de savoir comment faire pour échapper au piège et bénéficier au mieux de cet enseignement capital de Jésus.

Ce ne sont pas les mots qui comptent

Le Notre Père nous est rapporté dans deux évangiles de façon assez différente.

Dans Matthieu 6, elle fait partie du Sermon sur la Montagne. Elle est située pratiquement au milieu d’un ensemble bien structuré d’enseignements de Jésus. En Luc 11, elle est la réponse de Jésus à ses disciples qui lui ont expressément demandé de leur apprendre à prier.

La place manque ici pour dire dans le détail les différences entre ces deux versions. En les lisant l’une à la suite de l’autre, chacun se rendra bien vite compte de la forte similitude qui existe entre elles et en même temps des nuances qui les distinguent. Il est clair que nous sommes devant les mêmes intentions de prière mais évident aussi que les deux prières ne sont pas identiques.
Certains commentateurs en ont conclu qu'une version devait être considérée comme plus authentique. Cette conclusion ne s'impose pas du tout à nos yeux. En effet, Jésus savait que l'art d'enseigner consiste notamment à répéter. Ce n’est pas faire violence aux évangiles que d’estimer que Jésus a enseigné plusieurs fois les mêmes réalités, surtout quand il les estimait particulièrement importantes.

En bon pédagogue, il savait aussi s’adapter à son auditoire et aux circonstances pour ne pas répéter au mot à mot ses enseignements. C’est ainsi que certaines des paraboles de l’Évangile ont entre elles des points en commun sans être pour autant identiques.

Les mots du Notre Père ne sont donc pas figés, voire sacrés. Ils ne constituent pas une formule magique à répéter, une sorte de « Sésame ouvre-toi » qu’il suffirait de dire mécaniquement et qui obligerait Dieu à nous ouvrir les portes. Nous avons la liberté de les exprimer autrement tout en nous guidant par les intentions qu’ils expriment.

Nous recommandons du reste de varier les traductions de la Bible afin d’échapper au piège de sacraliser des mots. Cela stimulera également notre compréhension et notre manière de nous exprimer nous-mêmes. À cette intention, nous avons reporté en fin d’ouvrage sept traductions du Notre Père. Une pour chaque jour de la semaine ? Pourquoi pas ?

Une prière à géométrie variable

Certes, nous pouvons nous contenter de 20 secondes pour dire cette prière particulièrement dense. Nous pouvons aussi choisir de nous arrêter sur chaque demande (ou sur une plus particulièrement) en prenant le temps de la méditer : que signifie-t-elle vraiment ? Comment vais-je vivre moi-même l’intention qu’elle exprime aujourd’hui ? Quels sont les textes bibliques qui peuvent éclairer cette demande ? … Rien de tel dans ce cas que la lecture ou la méditation d’un psaume ou d’un texte biblique qui aborde le même thème.

Par exemple, si nous voulons mettre en valeur le mot Père au début de notre prière, nous pourrons lire avec profit le psaume 103. Si c’est l’expression « qui est aux cieux » que nous voulons approfondir, les Psaumes 8 ou 19 nous seront grandement utiles.

Par contre, si nous avons besoin de confesser un péché particulier, nous pourrons nous aider en relisant le Psaume 32 ou le  51. Si c’est sur le problème de la tentation que nous souhaitons nous arrêter, les psaumes 36, 37, 73 (ou d’autres à découvrir) peuvent nous apporter beaucoup.

Ce ne sont que des exemples. Bien connaître la Bible permet de mettre en relation une multitude de textes inspirés quand nous prions.

Un modèle qui inspire notre prière personnelle

Il y a des moments dans nos vies où nos besoins sont tellement pressants que nous ne voyons plus rien d’autre qu’eux. Notre prière jaillit alors comme un cri presque non contrôlé poussé vers Dieu pour qu’il nous délivre. Elle est comme une espèce d’appel au secours. Ce cri de détresse est à l’origine de plusieurs psaumes et nous sommes reconnaissants que Dieu entend ce genre de prière. Cependant, nous comprenons que Dieu souhaite éduquer notre prière pour que, dans l’ordre habituel des choses, elle ne soit pas seulement et toujours qu’un cri d’appel au secours poussé vers Dieu.

N’est-ce pas ce que nous apprenons à nos enfants ? Si nous les éduquions pas, ils ne viendraient à nous qu’en cas de besoin, que pour demander pour eux-mêmes. Il n’y aurait pas de place pour un quelconque merci ni même pour s’inquiéter de nous.

En préconisant un ordre à nos demandes et en mettant clairement celles qui concernent Dieu avant celles qui expriment nos besoins personnels, Jésus veut nous faire grandir dans la prière, c’est-à-dire dans notre relation avec Dieu.

Bien entendu, Jésus n’impose pas cet ordre mais il nous indique l’idéal et nous éduque en nous montrant ce qui est agréable à Dieu. Nous comprenons ainsi que même si les exceptions peuvent être nombreuses, il serait tellement mieux de toujours commencer notre prière en mettant Dieu au premier plan avant nos propres besoins. Voilà un bon mais difficile apprentissage qui ne sera semble-t-il  jamais terminé !
Cette prière est donc source d’inspiration pour que nous quittions le stade de l’enfance spirituelle pour devenir des chrétiens adultes.

Trop de prières sont malheureusement au service de notre égoïsme. Le Notre Père nous invite à penser et à désirer comme Dieu et pour lui.

Une prière comme un résumé

Non seulement, cette prière nous montre un ordre habituel à suivre (si possible) mais elle couvre aussi l’étendue des choses que Dieu souhaite que nous lui disions ou demandions. Au delà des modes de piété dont nous ne sommes pas toujours conscients, le Notre Père nous conduit à exprimer ce qui plait sûrement à Dieu. Que serait notre relation à Dieu si elle n’était que louange, ou que demandes matérielles, ou que confession de nos péchés… ? C’est tout cela à la fois qu’elle devrait être, au moins en tout cas si nous l’observons dans la durée.

Il devrait y avoir place dans nos journées pour tous ces aspects. Le Notre Père nous y rend vigilants car, même s’il est succinct, il est complet.

Lorsqu’un avion s’apprête à décoller, le pilote doit faire une checklist, comme l’on dit dans le jargon aéronautique. Il s’agit de vérifier méthodiquement si l'appareil est prêt pour un nouveau voyage. Cette prière peut avoir cette valeur. Elle nous permet de vérifier que nous n’oublions rien d’important dans nos prières quotidiennes.

Une prière pour toutes les circonstances

Chaque chrétien peut rencontrer des moments où il se trouve un peu sec, comme en panne d’inspiration. Cela peut arriver même aux plus spirituels : les mots viennent moins facilement qu’autrefois, ils ont tendance à se répéter, l’élan du cœur semble avoir disparu…

Les prières de la Bible sont une aide précieuse que Dieu nous a donnée pour venir à notre secours dans ces cas. Nous voilà portés par ces prières inspirées. Le Notre Père y tient une place de choix à ne pas négliger. Avec lui, je suis certain de ne jamais me tromper.

Une prière pour être en lien avec les autres chrétiens.

Cette prière a le grand mérite de nous unir aux disciples de Jésus du monde entier. Il arrive que les chrétiens de différentes confessions aient de la peine à s’entendre, à se comprendre, ou même à vivre en réelle communion les uns avec les autres. Quelle tristesse !

Si nous pouvons nous accorder le privilège de la confiance en disant ensemble « Notre Père », nous voilà réunis tous ensemble comme une grande famille sous le regard bienveillant de notre Père commun. Ceci ne gomme pas nos différences d’un coup de baguette magique mais nous apprenons à les mettre à leur juste place, à les voir dans une perspective plus large.

Et non seulement nous prions ensemble mais nous prions également les uns pour les autres car en nous invitant à dire « nous » et non pas « je ». Prier pour soi est naturel ; prier pour les autres l’est beaucoup moins. Il est vrai que si nous nous contentons de dire « nous » sans penser personnellement à qui que ce soit nous ne demandons pas grand chose dans notre prière. Nous courons le risque de ne réciter qu’une formule.

Par cette prière, Jésus nous invite à suivre son exemple et à prier pour nos frères et soeurs chrétiens comme il l’avait fait pour Pierre et ses disciples par exemple. À nous bien entendu de faire l’effort de les nommer, de penser à eux, à ce qu’ils vivent, aux combats qu’ils mènent, aux tentations qu’ils subissent… pour que notre prière soit vraie.

Cela ne nous empêchera pas bien entendu de prier pour des personnes que nous ne rencontrerons jamais, parfois dispersées dans le monde entier comme nos frères et soeurs persécutés pour qui la tentation de renier leur foi est très grande.

Nul doute que cela va nous demander du temps. Comme le temps que Jésus a passé pour prier pour les siens.

Une prière trop souvent négligée

Pourquoi tant de chrétiens ne s’adressent-ils à Dieu qu’en l’appelant Dieu, Éternel, ou encore Seigneur ? Pourquoi si peu  l’appellent-ils Père dans leur prière comme Jésus l’a fait lui-même et comme il nous recommande ?

N’est-ce pas parce qu’ils n’ont pas tout à fait saisi l’intention profonde de Jésus lorsqu’il nous invite à nous adresser à lui comme à notre Père qui est aux cieux ?
Appeler Dieu Seigneur, c’est se reconnaître esclave ou serviteur. C’est une partie de la vérité mais ce n’est pas toute la réalité.

Appeler Dieu en tant que Père, c’est prendre conscience de l’immensité de son amour et c’est répondre à l’invitation de Jésus en franchissant nous aussi le gouffre qui nous séparait de Dieu avant qu’il ne vienne le combler par sa mort à la croix. C’est un vrai bond qualitatif que Jésus nous invite à faire par cette prière modèle ! Il est bien triste que tant de chrétiens négligent cette qualité de relation que Jésus est venu rendre possible entre Dieu et nous. Tous ceux qui mettent leur confiance en Dieu par Jésus sont désormais ses fils. Un privilège dont nous pouvons nous réjouir chaque jour et notre prière va témoigner en même temps qu’elle l’approfondira.

Pour aller plus loin, lire :
Matthieu  26.30, Luc 10.21 ; Jean 17. Luc 22.34 ; Matthieu 27.46 ; Psaume 88 : Matthieu 6. 9-15 ; Luc 11.1-4 ; 22.32.

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Commentaires

sur le notre Père
18 janvier 2016, à 12:27
Je voudrais savoir comment ont cet qond et baptisé du Saint-Esprit
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Georges Mary
18 janvier 2016, à 13:52
Tout dépend du sens qu'on donne à "baptisé du Saint-Esprit". Ce que le Nouveau Testament dit clairement, c'est que reconnaître que Jésus est Seigneur ne peut se faire qu'à partir du moment où le Saint-Esprit nous a éclairés pour le dire (1 Corinthiens 12.1,2). C'est ce qui fait dire à l'apôtre Paul (Romains8.9) : "Si quelqu'un n'a pas (enlui) l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas". C'est vrai qu'il n'est pas suffisant de réciter une prière ou de répéter un dogme pour que tout cela soit authéntique. C'est en nourrissant notre relation avec Dieu que nous en devevons bien conscients... et ainsi confiants.
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