Chapitre 5 - Les « preuves » de l’existence de Dieu

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Chapitre 5 - Les « preuves » de l’existence de Dieu

Historiquement on a attaché beaucoup d’importance à ces « preuves ». Mais tout comme André Comte-Sponville, je mets le mot entre guillemets, car il ne s’agit pas de prouver Dieu par des raisonnements (d’autant plus qu’il est difficile de prouver quoi que ce soit d’ailleurs par des raisonnements abstraits – Kant l’a déjà vu avec sa Critique de la pure raison). Il me semble que les termes « arguments » ou même « indices » conviennent mieux pour désigner cet aspect de l’apologétique(1). Alvin Plantinga a publié un livre intitulé Warranted Christian belief. Par ce terme « warranted », il soutient que la foi chrétienne est bien fondée, autorisée, admissible. Plantinga propose « deux douzaines d’arguments théistes ». Il les appelle « probabilistes », car leur but n’est pas de contraindre. Il admet même que les personnes qui les rejettent ne sont pas irrationnelles tout en disant que, bien entendu, ceux qui les acceptent ne le sont pas non plus ! Cela dit, ce que l’on peut retenir de cette série d’arguments, c’est que pour chacun d’eux le curseur semble se trouver plutôt du côté de l’existence de Dieu et, par conséquent, la charge de la preuve du côté athée. Aucun argument n’est suffisant en soi, mais l’accumulation d’indices est impressionnante. 

Mentionnons brièvement quelques-uns de ces arguments sans les approfondir :

1. L’argument cosmologique ou de la cause première 

Exprimé simplement, chaque effet a une cause. Notre existence est contingente, c’est-à-dire que nous aurions pu ne pas exister, mais puisque nous existons bel et bien, cette existence dépend d’un absolu, d’un être non causé. Cet absolu n’a pas besoin de recevoir l’existence de l’extérieur de lui-même, et c’est cet être que nous appelons Dieu.

2. L’argument téléologique (du grec telos qui signifie « but ») 

On constate qu’il existe de l’ordre dans la nature avec un niveau élevé d’intelligibilité (par exemple la régularité des constantes). Puisque la matière ne peut produire spontanément de l’ordre, on peut en conclure que cet ordre est intentionnel. On ne prétend pas, par exemple, qu’un ordinateur est le résultat du hasard.

3. L’argument anthropique

Cet argument est une variante du précédent : le monde correspond parfaitement à la vie des humains. En se basant sur le Big Bang, le cosmologue Tran Xuan Thuan démontre que quelques petites différences au niveau des lois de la physique ou de la chimie rendraient impossible notre existence. C’est comme si l’univers avait été conçu pour permettre notre existence. Certains appellent ce phénomène le « réglage minutieux » (ou « fine-tuning » en anglais).

4. L’argument moral

On peut exprimer cet argument avec le syllogisme(2) suivant :

• si Dieu n’existe pas, alors les valeurs morales objectives n’existent pas ;

• or les valeurs morales objectives existent ;

• donc, Dieu existe.

Les êtres humains font sans cesse appel à des valeurs morales qui seraient vraies en tout temps et en tout lieu. C.S. Lewis attire l’attention sur l’expression « Ce n’est pas juste » puisqu’elle évoque une norme de justice qui serait au-dessus de deux protagonistes. Et justement l’ambiguïté de ce terme « normal » révèle la même réalité. On peut mesurer l’occurrence d’un acte et le qualifier de « normal » au niveau statistique, quand il s’agit de ce qui se passe le plus fréquemment. Mais un autre observateur peut s’exclamer devant une situation habituelle : « Ce n’est pas normal ! » 

En tout cas, ce genre d’argumentation peut toucher quelqu’un qui n’y voit pas seulement une joute intellectuelle. L’écrivain britannique A. N. Wilson était athée et s’est converti autour de ses 60 ans. Voici une partie de son témoignage :

« Est-ce que les matérialistes croient vraiment que le langage a simplement évolué comme les becs des pinsons ? Y ont-ils réfléchi de façon rationnelle ? Où en est la preuve ? Comment les êtres humains ont-ils pu se mettre d’accord que certains sons avaient un sens particulier ? Comment cela se fait-il que des humanoïdes aient développé la complexité morphologique extraordinaire d’une simple phrase, sans parler de tout le mystère grammatical qui a occupé la recherche de Chomsky et d’autres linguistes leur vie durant ? Non, l’existence du langage est un des phénomènes – avec l’amour et la musique – qui nous amène à penser que les êtres humains sont beaucoup plus que des tas de viande. Le langage me convainc que nous sommes des êtres spirituels et que Dieu a créé les humains à son image et continue de restaurer son image en nous ».

Au bas mot, toute cette réflexion sur les arguments concernant l’existence de Dieu nous conduit à reconnaître que la science et les autres disciplines académiques sont compatibles avec la position chrétienne. Autrement dit, il est possible d’être chrétien et d’être cohérent par rapport à tout ce que l’on observe dans la société et dans l’univers.

Cela dit, Dieu n’existe pas dans le même sens que ma voiture existe, ou que le Mont Blanc existe, ou que les électrons existent. Selon la Bible, Dieu est la source même de l’existence, en lui donnant de la consistance, de la régularité, en l’actualisant seconde après seconde. Pour utiliser l’expression du philosophe d’Oxford, Gilbert Ryle, il s’agit d’une erreur de catégorie, c’est-à-dire une confusion des sens que l’on donne au terme existence. Que penser, par exemple, d’un touriste qui, après avoir visité la Tour Eiffel et Notre-Dame, se demande s’il a visité Paris ? La ville de Paris est dans une tout autre catégorie de concept que les monuments qui s’y trouvent. Il en va de même pour Dieu par rapport à tout ce qui existe en dehors de lui-même.

En tout cas, la Bible n’aborde pas ces « preuves » classiques, mais procède tout autrement, comme nous le verrons au chapitre suivant.

1. Selon Alister McGrath dans son livre « Jeter des Ponts » (Éditions La Clairière 1999), l’apologétique, c’est « défendre de façon raisonnable la foi chrétienne », « une présentation et une défense de sa prétention à être vraie et pertinente sur le grand marché des idées ». Le terme vient du mot grec apologia (défense) dans 1 Pierre 3.15 : « Si l'on vous demande de justifier votre espérance, soyez toujours prêts à la défendre, avec humilité et respect ».

2. Un syllogisme est un raisonnement logique avec deux prémisses qui conduisent à une conclusion.

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