Chapitre 6 - La révélation

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Chapitre 6 - La révélation

Chaque année plusieurs soirées sont organisées dans des villes universitaires sous le titre « Forum Veritas »(1). L’objectif est de chercher à comprendre la vie dans sa globalité, de façon interdisciplinaire et non cloisonnée. Ces Forum Veritas existent dans plusieurs pays, mais le premier s’est déroulé à l’Université d’Harvard dont la devise est justement « Veritas », ce qui explique le nom donné ensuite à ces débats.

Au mois de mars 2012, c’était le tour de Paris, et un des débats a porté sur la question « Pourquoi tant de religions ? » L’intervenant était Jean Baechler, professer émérite de sociologie historique à Paris IV - Sorbonne, et ancien président de l’Institut de France. Il a démontré de façon brillante(2) qu’il n’existe que trois explications possibles à notre existence. À partir du rappel que rien n’a sa raison d’être en lui-même et n’aurait pu ne pas exister (en termes philosophiques, tout ce qui existe est « contingent »), Jean Baechler a proposé le syllogisme suivant :

1. s’il n’y avait que du contingent, il n’y aurait rien ;

2. or il existe quelque chose ;

3. en conclusion l’absolu existe.

Autrement dit, le contingent implique l’absolu, c’est-à-dire quelque chose qui a sa raison d’être en lui-même, qui n’est pas dépendant d’autre chose. Selon Jean Baechler, on constate par l’étude de l’histoire qu’il existe trois conceptions de cet absolu… sans qu’il soit possible à un être humain de choisir entre les trois, étant donné que chacune est parfaitement cohérente en elle-même : 

• le créateur transcendant de créatures contingentes (le judaïsme, le christianisme, l’islam) ;

• l’être immanent au cœur de tout existant contingent (par exemple, l’hindouisme) ;

• l’ensemble en devenir du devenant contingent où l’ensemble est l’absolu (par exemple les sagesses orientales telles que le taoïsme).

Mais selon Jean Baechler, on ne peut pas aller plus loin. Il est impossible de trancher en faveur de l’une ou l’autre de ces possibilités, car le choix de la vérité métaphysique est « au-delà de l’horizon cognitif humain ».

À l’issue de la conférence, je me suis dit : « Voilà ce que pensent les chrétiens depuis deux mille ans. L’intellect humain est insuffisant pour saisir le sens de notre existence ». Deux considérations poussent les chrétiens à cette conclusion. 

D’abord, Dieu est au-delà de tout ce que l’on peut comprendre : l’univers est tellement grand que l’on a du mal à saisir les distances qui se mesurent en millions d’années-lumière. Et Dieu est forcément plus grand et plus complexe que l’univers qui tient son existence de sa seule volonté. 

Ensuite, il est notoire que l’être humain préfère mener sa vie tout seul, même s’il lui arrive de pratiquer une religion ou d’invoquer Dieu dans les moments difficiles. La Bible parle même de rébellion, lorsque l’homme refuse de tenir compte de Dieu. On le constate aisément en France, dans la vie de tous les jours où certains se moquent avec une facilité étonnante de toute personne qui fait son « coming-out » en tant que chrétien. Dire que l’on croit en Dieu provoque un sentiment de malaise général. Bref, la grandeur de Dieu et les préjugés humains nécessitent la révélation.

Pour reprendre les trois catégories de Jean Baechler, seule la première option nous offrirait une porte de sortie de cette impasse intellectuelle. A priori, rien n’empêcherait un Dieu transcendant d’entrer dans sa création pour révéler aux êtres humains ce qui est « au-delà de l’horizon cognitif humain ». En tout cas, c’est la conviction des chrétiens que cette démarche divine a bien eu lieu.

Voici comment l’exprime un auteur du Nouveau Testament : « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu a parlé autrefois à nos ancêtres par les prophètes. Et maintenant, dans ces jours qui sont les derniers, c’est par son Fils qu’il nous a parlé »(3). Cette révélation, d’abord orale, apportée par les prophètes, a été mise par écrit. Ce sont des textes rédigés certes par des hommes, selon les règles de la grammaire et en empruntant divers genres littéraires, mais les chrétiens croient que c’est bien Dieu qui a veillé à ce que ces manuscrits communiquent sa pensée aux êtres humains. Ces documents constituent les Écritures, et c’est la raison pour laquelle les chrétiens désignent la Bible comme « parole de Dieu ». Le verset biblique cité au début du paragraphe précise d’ailleurs que l’aboutissement de cette révélation est « le Fils », c’est-à-dire Jésus-Christ. C’est la raison pour laquelle on l’appelle également la Parole de Dieu. L’apôtre Jean écrit : « Celui qui est la Parole est devenu homme et il a vécu parmi nous. Nous avons contemplé sa gloire, la gloire du Fils unique envoyé par son Père : plénitude de grâce et de vérité ! »(4) Pendant son procès truqué, le gouverneur romain, Ponce Pilate, rebondit sur l’accusation portée par les autorités juives et pose une question directe à Jésus : « Es-tu donc roi ? » Jésus répond : « Tu le dis toi-même : je suis roi ! Si je suis né et si je suis venu dans ce monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité. Celui qui appartient à la vérité écoute ce que je dis »(5). Voilà la raison pour laquelle Jésus est venu, Dieu incarné en homme. 

En effet la Bible constate, elle aussi, que Dieu est au-delà de l’horizon cognitif humain et affirme : « Personne n’a jamais vu Dieu : Dieu, le Fils unique qui vit dans l’intimité du Père, nous l’a révélé »(6). Et cela en chair et en os. Un des disciples de Jésus l’a exprimé ainsi : « Nous vous annonçons ce qui était dès le commencement : nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos propres yeux, nous l’avons contemplé et nos mains l’ont touché »(7). Un autre auteur de la première génération chrétienne l’a formulé de façon plus...

1. Soirées proposées par les GBU (Groupes Bibliques Universitaires).

2. http://www.veritasforum.eu/pourquoi_tant_de_religions.html consulté le 10.04.14

3. L’épître aux Hébreux, chapitre 1, versets 1 et 2.

4. L’Évangile selon Jean, chapitre 1, verset 14.

5. L’Évangile selon Jean, chapitre 18, verset 37.

6. L’Évangile selon Jean, chapitre 1, verset 18.

7. Première épître de Jean, chapitre 1, verset 1.

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