Une rencontre décisive

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Une rencontre décisive

— Aller en prison, n’est-ce pas une bonne nouvelle, ça, avec le recul : ça voulait dire Stop là ?

— Oui, on peut voir ça comme ça ! Et si j’ai été libéré vite fait, en trois jours, j’allais y retourner plus tard. Une voyante m’avait dit que j’aurais des problèmes à la frontière, que je me séparerais d’une femme et que je me marierais plus tard. Je ne suis toujours pas marié !

— Mais de toute façon, vous n’y croyez plus à votre voyante ?

— Non, bien sûr, mais c’est pour dire que certaines choses s’accomplissent, de telle sorte que le diable nous laisse croire qu’on est sur le bon chemin. Tant qu’on y croit et qu’on voit que ça marche, on continue. C’est comme ça qu’il nous tient. Les choses ensuite vont se compliquer pour moi.

Quelques mois plus tard, je suis arrêté en Espagne et je me retrouve à la prison de Figueras avec quelques autres Français. Quand on m’a arrêté, une pensée m’est venue : Dieu appuie, mais ne noie pas. Ce n’était pas une affaire grave : j’avais 15 jours ou 3 mois au plus à faire. Il y a eu trois mois d’incarcération. Un mois et demi à Figueras, puis transfert à Barcelone. A Figueras, j’ai rencontré des gens qui me donnaient des tuyaux pour affaires. L’impératif du commercial : acheter le moins cher et vendre à un bon prix. J’avais ce dont ils avaient besoin, et réciproquement. Le mauvais business pouvait continuer, une autoroute s’ouvrait devant moi. On rentre en prison voleur d’autoradios, on en ressort braqueur. La prison n’est pas une bonne école de la vie.

Mais voilà que je suis transféré à la prison Modelo de Barcelone — pas vraiment un modèle ! C’était le chaos. D’une manière que je m’explique seulement par l’intervention de Dieu, j’ai été mis dans l’unique cellule où on étudiait la Bible ! Pas évident de rentrer dans ces lieux quand on ne connaît personne : tout le monde est aux aguets, on cherche à voir de quoi on peut te dépouiller. Il y a des clans, par quartiers de ville. J’ai rencontré quelqu’un qui m’a donné le nom de l’un de ses amis, Luís Oufad Caixa. J’ai donné ce nom au fonctionnaire qui me recevait. Il l’a repéré dans son listing, et m’a mis dans sa cellule. Il y avait déjà 4 personnes dans cette cellule de 12 m². Je n’avais pas demandé ça, je voulais juste savoir s’il le connaissait, car j’avais appris qu’il était respecté.

J’ai donc été conduit à la cellule, et là je me suis présenté, me recommandant de la personne qui m’avait parlé de Luís. On m’a invité à boire un café, et moi à fumer un joint, le dernier que je possédais. Mais quand je tends le stick, en signe d’honneur, à Luís, afin qu’il l’allume, au lieu de cela il prend un livre, la Bible, et me dit qu’il ne fume plus. Au lieu des drogues, il avait désormais la Parole de Dieu. Cela m’a fait le même effet que lorsque je voyais un signe. J’ai eu la conviction que la Bible était la Parole de Dieu. C’était tout de même incroyable d’atterrir ici alors qu’il y a à la Modelo peut-être deux mille cellules.

Luís et son ami José Luís Banaña Bailon s’étaient convertis une quinzaine de jours auparavant ! Cela faisait trois mois qu’ils assistaient à des cultes d’évangélisation à la prison. Ils avaient demandé une cellule, on leur en avait donné une pourrie et désaffectée. Ils l’ont aménagée eux-mêmes. Il n’y avait que deux lits, et les deux autres détenus dormaient par terre sur des matelas. Un de leurs amis qui avait quitté sa cellule leur avait laissé toutes ses affaires. On avait meubles, armoires, lits, réchaud, casseroles, etc. Il y avait à peine la place de mettre un matelas pour moi.

Dieu avait pourvu. On étudiait la Bible, on priait ensemble. J’ai passé un mois et demi avec eux. Je me suis mis à lire la Bible tout seul. Ils me disaient : « Ton Dieu n’est pas le même que le nôtre, mais tu comprendras plus tard. » J’aimais parler de Dieu, je prêchais moi-même, mais à ma façon ! Ma petite spiritualité orientalisante ne correspondait pas à l’enseignement biblique. Non, le Dieu de la Bible n’était pas exactement celui auquel je pensais. Je m’étais pris pour un Jésus, je disais mon évangile à moi, j’étalais ma religiosité, sans jamais mettre le doigt sur mon péché, ou sur le mal en général, sur la nécessité d’une justice.

Or, au fur et à mesure que je lisais la Bible, je tombais des nues. A quoi te sert tout l’or du monde si tu perds ton âme ? J’avais des choses à régler quant à mon rapport à l’argent. Puis il y avait la question de l’occultisme. La Bible est claire à ce sujet. « Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui se livre à la magie, qui cherche des présages, qui pratique la divination ou la sorcellerie, qui jette des sorts, qui interroge les spirites ou les médiums, qui consulte les morts. »(1) Ou bien je lisais ceci dans les Évangiles : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : “Seigneur°! Seigneur°!” qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »(2) 

Je me rendais compte que je parlais beaucoup de Dieu ; en réalité, je ne le connaissais pas. Quand j’ai lu qu’il dénonçait le mal, le péché, j’ai pris conscience que le dieu que je suivais, c’était du toc. Du coup un voile est tombé, le diable était démasqué. Il pouvait bien venir avec son plus beau sourire, loup déguisé en agneau, je ne voulais plus être dupe.

J’étais à un croisement important de ma vie. Je pouvais continuer à fricoter avec mes contacts de la prison de Figueras, penser pouvoir développer mon business, autrement dit asseoir mon statut de grand délinquant. Ou tout arrêter. J’avais devant moi les deux plateaux d’une balance. D’un côté la vie de la chair, de l’autre celle de l’Esprit(3). Je pouvais espérer gagner ce monde par la délinquance ou, au contraire, me dépouiller.

Je sentais en moi un appel du Seigneur à renoncer à la vie délinquante et à placer ma confiance en lui. Il me donnerait ce dont j’aurais besoin, et la vie éternelle. Il fallait à tout prix que je prenne une décision. C’est arrivé trois jours après que ces passages bibliques aient été lus. Ils avaient fait en moi leur effet. Quand tout devient clair, il ne faut pas hésiter, mais prendre les décisions qui s’imposent.

1. Deutéronome 18.10-11.

2. Matthieu 7.21.

3. Cf. Galates 5.16-25.

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