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Élizabeth Félix a connu enfant, en Pologne, les affres de la Seconde Guerre mondiale. Bien des années plus tard, dans un autre registre, elle a dû faire face avec son mari aux lourdes séquelles d’un accident qui a rendu son fils handicapé. Il en est sorti « Cris d’espérance, Témoignage sous les tumultes de l’histoire et de la maladie »(1).

L'exil

– Racontez-nous comment s’est déroulée votre enfance.

– C’est évidemment à travers un regard d’enfant que j’ai vécu cette période troublée de la guerre. Nous habitions Lódz, une ville de plus d’un million d’habitants. C’était une ville de la Pologne profonde, longtemps sous influence russe et, plus tard, allemande. Nous habitions presque à côté du ghetto juif. C’était un ghetto de tri, plus ancien encore que le ghetto de Varsovie. Un Polonais sur deux était juif à l’époque, et il y en avait dans cette ville une forte concentration. Je me souviens qu’il fallait se cacher, personne ne devait savoir qui nous étions, à cause des origines allemandes de mon père. Sa famille avait émigré et s’était établie en Russie au début du 19e siècle. Du côté de ma mère, l’ascendance est russe, et les deux familles se sont établies en Pologne après la défaite du Tsar, au début du 19e siècle. Ils cherchaient à sauver vies et biens. De nombreux membres de leurs familles ont été déportés en Sibérie à cette époque. Je suis donc née en Pologne « par hasard », et c’est là que j’ai mes racines et mon identité. Nous vivions donc dans des conditions paradoxales, ambiguës, anormales.

– Votre famille n’a fait que connaître l’exil –Allemagne, Russie, Pologne, puis avec la guerre la fuite dans les pays libres ?

– C’est exact. Nous ne sommes pas seulement des rescapés, mais aussi des exilés et des réfugiés. Nous sommes une famille qui a survécu, qui a pu rester unie. La tragédie a créé un lien profond. Dans le quotidien de la guerre, le statut de l’enfant le protège. Il arrive toujours à être heureux dans des situations dont il ne perçoit pas bien le tragique. Mon père disait toujours : « Nous allons nous en sortir. » Il nous a envoyé sans cesse des messages d’encouragement et d’espérance. C’est à ce niveau-là que tout se joue ; c’est ce qui va peut-être déterminer notre réaction face au malheur.

– Des questions vont rester sans réponses, est-ce que cela ne vous a pas tourmentée ?

– Bien sûr, mais avec les années qui passent on acquiert la distance. À un moment donné, j’ai dû ouvrir le dossier de mon passé. Mes blessures me faisaient tellement mal que je n’avais pas d’autre choix que d’élucider le fond de mon mal-être. Cela n’est possible que lorsqu’on a le recul nécessaire. On peut alors poser un regard nouveau sur ses expériences. On gagne ainsi en maturité. Nous avons peut-être des attentes plus mesurées par rapport à un bonheur qui doit toujours être plus grand et plus puissant ! Est-ce parce que nous avons traversé le pire que nous sommes plus sensibles aux belles choses que la vie nous offre ? Avoir trop d’attentes, ou vouloir tout posséder et maîtriser, c’est comme consommer trop de médicaments, c’est toxique !

Élizabeth Félix a travaillé pendant une vingtaine d’années dans l’accompagnement de personnes en fin de vie.

(1) Labor et Fides, 2002.

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