Le corniaud

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La reconnaissance? Pas seulement pour les naïfs!

Le corniaud

Dans notre monde gouverné par l'intérêt, la gratitude apparaît souvent comme un signe de naïveté. Comme s'il fallait être simplet pour dire sincèrement, et sans arrière-pensées, un grand MERCI. À l'inverse, la roublardise passe facilement pour la marque d'un esprit supérieur «qui ne s'en laisse pas compter». C'est à partir de cette opposition qu'est construit le Corniaud (1), film comique de Gérard Oury, éclaboussé par le talent de Bourvil et Louis de Funès.

À ma droite, voici l'arrogant Léopold Saroyan. Homme d'affaire sûr de lui, il n'a que faire des politesses et des amabilités. Dire merci? Jamais. Habitué à commander, perpétuellement pressé, obnubilé par les profits (ou les pertes) qui l'attendent, le voilà qui percute, par inadvertance, la vieille 2CV d'Antoine Maréchal.

Ce dernier apparaît comme l'exact opposé de Saroyan. Humble et sans ambitions financières, il exprime une douceur de vivre, mêlée de naïveté, qui semble faire de lui une proie facile pour les escrocs en tout genre! Eh bien justement, voilà que Saroyan n'a pas la conscience tranquille. Affairiste plus que douteux, il a besoin de convoyer des produits de contrebande venus d'Italie. Comment faire? La rencontre «percutante» avec Maréchal lui donne une idée: pourquoi ne pas utiliser la gentillesse naturelle de cet homme sans histoire pour convoyer clandestinement son chargement, à l'abri de tout soupçon? Aussitôt dit, aussitôt fait.

L’égoïsme rend aveugle

Après avoir convaincu Maréchal de partir en vacances à ses frais en Italie, à condition de ramener une magnifique Cadillac blanche, débarquée à Naples, jusqu'à Bordeaux, Saroyan pense avoir fait le plus dur. Maréchal inspire confiance, n'éveille nullement l'attention des policiers, et ne se doute pas un seul instant que sa voiture cache de la drogue... ainsi que divers produits de contrebande (dont un diamant, le Youkounkoun). Mais pour vérifier que tout va bien, Saroyan suit, à distance, Maréchal.

Au long du trajet, le contraste entre les deux attitudes est saisissant. Maréchal ne cesse de remercier, de s'extasier, de sourire. Rempli de reconnaissance pour ce qui lui est donné, il passe un merveilleux voyage, et prend le temps de belles rencontres. Saroyan, lui, n'a le temps de rien. Sec et méprisant avec ses proches, irascible et tendu, il ne sait pas dire merci. Au contraire! Estimant que tout devrait lui être dû, il enrage de voir que les choses ne se passent pas comme prévu. Presque jusqu'au bout, pourtant, il se croit infiniment supérieur à ce naïf de Maréchal. Jusqu'au moment où ce dernier lui prouve magistralement... que la gratitude ne rend pas aveugle!

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<< Dire merci déjoue notre orgueil et nous rend plus lucides >>

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Dénouement inattendu

La disposition naturelle de Maréchal à la reconnaissance l'a au contraire rendu plus lucide, moins replié sur lui-même, démasquant finalement Saroyan... tout comme le chrétien, lorsqu'il sait dire merci pour ce qui lui est donné, déjoue cet orgueil de contrebande que le Mal voudrait nous voir porter en nous jusqu'à notre perte.

1. Film français de Gérard Oury, sorti en 1964, avec Bourvil, Louis de Funès, Beba Loncar, Henri Virlogeux...

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