Je note donc je suis

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On a peut-être détesté les notes à l’école, mais qu’est-ce qu’on en donne aujourd’hui !

Je note donc je suis

Étoiles, « j’aime », « like »... et autres commentaires sur Internet : on ne se prive pas d’émettre un avis. À quels besoins répond donc cette nouvelle manière de vivre ?

Tout y passe

Resto, ciné, boutique, musée, hôtel, dentifrice ou service client... Désormais, dès qu’on ouvre son porte-monnaie, on est invité à noter, classer et commenter son achat sur des centaines de sites. On n’a rien demandé, mais hop ! Nous voilà embarqués ! On nous installe dans un fauteuil réservé autrefois aux journalistes et experts en tout genre : guide Michelin pour la cuisine, revue spécialisée pour le cinéma...

Dès qu’on saisit un nom dans un moteur de recherche... la page de résultats affiche des scores étoilés, accompagnés ou non de commentaires, courts ou argumentés. Ils jugent de la qualité du lieu, de l’accueil, du maquillage de la responsable... Les objets n’y échappent pas. Sur certains réseaux, les consommateurs notent les performances d’une montagne de produits : de la chaine hifi aux chaussettes.

Du jugement au discernement

Le sociologue Dominique Pasquier (1) soutient que « les consommateurs ont toujours évalué les produits par le bouche-à-oreille ou en écrivant aux services consommateurs, mais ce comportement a augmenté considérablement avec la facilité de notation offerte par le net... »

Une démarche qui a bien des répercussions économiques, même si elles restent difficiles à chiffrer. Car, si neuf internautes sur dix lisent les avis-consommateurs, presque autant pensent que des faux se cachent parmi eux (2). La méfiance dans ce domaine est de plus en plus grande, car il est facile à un professionnel de faire poster des avis positifs sur son commerce et négatifs sur celui de ses concurrents. Pour Oliver Clerc (3), « Nous vivons dans une culture pétrie de jugements et ce, dès l’enfance. Critiquer, juger est une manière de dire j’existe, et de rendre la justice en se plaçant sur le trône du puissant, ce qui valorise notre ego ». Selon lui, il faudrait se débarrasser de la petite voix dans notre tête qui passe son temps à juger tout le monde. En d’autres termes, il faut passer du jugement au discernement.

Mauvaise humeur en ligne

Mais comment expliquer que nous dégainions plus facilement nos commentaires pour râler que pour distribuer de bonnes notes ? Exprimer sa colère n’est-il pas aussi un moyen de parler de soi, de son éventuel mal-être ? Quand on est mal, tout est nul. La critique devient alors un prétexte, un exutoire.

Une sale journée, un moment de solitude... et voilà que l’on râle sur la toile comme on enguirlanderait la première personne croisée, en guise de décompression. Ou alors comme on jetterait une bouteille à la mer pour lancer un « SOS ». N’y a-t-il pas une façon plus efficace d’appeler à l’aide ?

 

POUR ALLER PLUS LOIN

(1) Dominique Pasquier, co-auteure de Évaluations profanes, le jugement en ligne, La Découverte.

(2) Version Femina : www. femina.fr

(3) Olivier Clerc, J’arrête de (me) juger ! Eyrolles.

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