Les bancs publics mis au ban

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Hier, ils permettaient la rencontre, la méditation... Aujourd’hui, ils font débat.

Les bancs publics mis au ban

Le banc public a une valeur symbolique, nostalgique, qui a été utilisée par de nombreux artistes, à l’image de la chanson « Le Mistral Gagnant », composée par Renaud en 1995 :

Ah... m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi

Et regarder les gens tant qu’y en a

Te parler du bon temps qu’est mort ou qui r’viendra

En serrant dans ma main tes p’tits doigts...

Toujours dans le domaine de la musique on pourrait citer le fameux « Bancs publics » de Georges Brassens...

Histoire

Apparus à la Renaissance, les bancs vont se multiplier alors que la durée de vie et le temps de loisirs des Français s’allongent, tout comme se fait sentir leur besoin croissant de confort et de repos.

Autre évolution : les bancs vont s’installer en ville. Ils vont agrémenter les boulevards, les parcs et les jardins, les places, les promenades publiques. Le célèbre baron Haussmann va ponctuer les rues parisiennes de milliers de bancs situés en bordure des trottoirs. En région, on fera écho à cette nouvelle organisation urbaine.

Le banc va également évoluer dans sa forme. On va le pourvoir de dossier et accoudoirs, le bâtir avec de la pierre ouvragée, de la ferronnerie. Certains bancs deviennent de véritables ouvrages d’art. Aujourd’hui, on les fabrique même en acier, en béton, en matériaux composites.

Contemplation

Le banc public est un lieu de contemplation. Voici à ce propos, une citation de Louis-Ferdinand Céline : « Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve. C’est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c’est notre sanctuaire moderne, la rue ».

Lien social

Le banc public est également un lien social important, un lieu de convivialité. S’y rencontrent des vieilles dames, des jeunes mères, des employés lors de la pause déjeuner, des étudiants en examen, des spectateurs de jeux de boules, des promeneurs, des touristes, des pique-niqueurs, des lecteurs, des peintres... La conversation s’y engage avec plus de facilité qu’ailleurs. Le fait d’être assis sur le même siège, cela crée un début de lien, voire un rapport d’égalité, en tout cas, un prétexte pour pratiquer le vieil art de causer.

Mis au ban

D’autres, moins chanceux y trouvent un refuge pour quelques heures ou pour la nuit. En effet, le banc est aussi la maison du SDF... et ce n’est pas du goût de tout le monde. À la suite de pétitions, bon nombre de bancs sont enlevés dans les grandes villes pour faire disparaître les « indésirables » qui les squattent. À Londres, une association s’y oppose fermement. Profitant des nuits sans lune, elle réinstalle des bancs publics là où la municipalité les avait enlevés. Nommée « guerilla benching » (« la guerre des bancs », de bench qui signifie banc en anglais), cette lutte est menée par des guérilleros modernes décidés à prendre les choses (les bancs en l’occurrence) en mains. Revêtus de vestes vertes qui les font ressembler à des employés municipaux, ils percent le sol, réimplantent les bancs supprimés, puis reviennent s’y asseoir pour y prendre une... tasse de thé, of course.

En Allemagne, des designers ont inventé un banc-boîte qui contourne la loi. On l’ouvre en plein jour, en bas de son immeuble et il se transforme rapidement en banc de rue. Malin, et convivial. Le passant s’étonne, s’amuse et se prend au jeu de la convivialité.

On est passé de la défense nostalgique des rues conviviales d’autrefois, à de l’authentique relation. Vive l’inventivité !

POUR ALLER PLUS LOIN :

Hubert Delobette, Au coin de la rue, Le Papillon Rouge Éditeur, p 42-44.

 

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