L’Europe pavée de bonnes intentions

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La photo du petit Aylan est maintenant bien loin. Les réfugiés eux, continuent de frapper à notre porte.

L’Europe pavée de bonnes intentions

La guerre en Syrie oppose tant d’adversaires aussi abominables les uns que les autres que, militairement, il est impossible de savoir sur qui taper. Ce conflit atroce, qui se déroule de manière analogue en Irak, ne se terminera pas demain. La Jordanie et le Liban croulent sous un nombre de réfugiés tel qu’on ne peut que les « parquer » sommairement dans des camps.

Les paroles et les actes

Et nous, en Europe, que pouvons-nous faire ? Évidemment, nous avons eu droit à des communiqués très généreux. Voici une citation : « Des voix se font entendre pour dénoncer l’afflux de réfugiés ou de migrants comme un fardeau supplémentaire impossible à porter. La Fédération Protestante de France appelle chacun à résister à cette dénonciation trompeuse qui empêche de voir l’étranger dans sa pleine humanité(1) ».

Ces déclarations me mettent toujours mal à l’aise. En effet, que suis-je prêt à faire, moi, pour ces malheureux Syriens, Irakiens, Soudanais, etc., qui sont persécutés chez eux, souvent parce qu’ils sont chrétiens, mais pas uniquement (les musulmans, comme nous, savent très bien se persécuter entre eux) ? N’aurais-je pas un appartement ou une maison de campagne à leur prêter ? Pratiquement, est-ce faisable ? Ne vais-je pas y laisser des plumes ? Et l’État ? me dira-t-on. Oui, mais se décharger entièrement sur la collectivité, c’est un peu facile.

Entre foi et raison

C’est pourquoi j’ai beaucoup apprécié ce communiqué courageux d’un responsable protestant qui confiait son désarroi en ces termes : « Comme beaucoup de nos concitoyens, j’ai du mal à y voir clair. D’un côté, ma foi, mon cœur et ma sensibilité me poussent à chercher toutes les solutions possibles d’accueil et d’hospitalité. D’un autre côté, ma raison, ma prudence, et la réalité des contraintes de ma vie quotidienne (économiques, administratives et juridiques) me poussent à m’affranchir de toute initiative. [...] Mais plus encore, c’est l’immensité de la tâche d’accueil qui me bloque... Comment allons-nous faire face, sur notre continent, à l’afflux massif et durable de tous ces réfugiés ? Ici, c’est la foi qui me porte. Je ne sais pas comment nous le ferons, mais nous le ferons(2) ! »

Difficulté d’un discours responsable

Donc : oui, il faudra faire quelque chose, ne serait-ce qu’au niveau des Églises et des associations, mais, entre ceux qui disent « Pas d’étrangers chez nous ! », et ceux qui disent « On accueille sans problème ! », le discours responsable consiste à dire « On fera ce qu’on pourra, mais ce sera difficile ! »

L’actualité européenne en a fourni très vite la preuve : après avoir ouvert en grand leurs frontières, à la mi-septembre, les Allemands, débordés par l’afflux de réfugiés, se sont vus obligés de fermer davantage le robinet.

Il est vrai que, en tant que judéo-chrétiens, nous sommes spirituellement les descendants d’un peuple dont l’origine se fonde sur la condition d’émigré, et même d’esclave en terre étrangère(3). L’émigré, ce sera peut-être nous un jour. Mais ne faisons pas comme si l’immigré ne posait aucun problème, comme s’il ne nous dérangeait pas. À table, la « place du pauvre » suppose que nous devrons nous serrer un peu, partager davantage. Ce ne sera plus du discours mais de la solidarité grandeur nature.

1. Communiqué de la FPF, 8 septembre 2015.

2. Guillaume de Clermont, nouveau Président de la Région Ouest de l’EPUdF, lettre du 8 septembre 2015.

3. Deutéronome 5.15, etc.

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