Bricoler sa foi ou la recevoir

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La satisfaction du bricolage n’est pas toujours égalée par celle du résultat, surtout quand on ne suit pas les règles de l’art. La foi ne fait pas exception au principe.

Bricoler sa foi ou la recevoir

Richard, avec une satisfaction certaine, recula pour juger de l’effet final. L’ensemble des meubles de cuisine maintenant fixés au mur faisait bon effet, Gwen serait contente. Certes un œil exercé remarquait tout de suite que deux des portes n’étaient pas parfaitement d’aplomb et coinçaient à la fermeture. Il avait été impossible de les régler. Mais il suffisait de ne pas les fermer en même temps et de légèrement soulever celle de gauche pour que tout se passe bien. C’était probablement la faute à ces fichues charnières qu’il avait d’abord vissées à l’envers abîmant l’empreinte pré-percée. Et puis, bien sûr, la fixation au mur n’était pas aussi solide qu’il l’aurait voulue. C’est que le mur lui même, fraîchement repeint, cachait un plâtre en mauvais état tenant mal les chevilles. Richard pensait qu’il s’agissait d’un plâtre, mais peut être était-ce une plaque de plâtre? En tous les cas, quand il l’avait percé, la poussière était blanche. Ce n’était donc pas de la brique, ça il en était sûr! Il s’était longuement interrogé sur le type de cheville à utiliser, mais ça ne devait pas avoir beaucoup trop d’importance, d’autant plus que le mur au lieu d’être bien plan, comme il le croyait, s’était révélé fortement concave. L’angle du dernier meuble baillait de quelques centimètres.

Richard eut tout à coup l’impression que son montage, qui lui avait coûté des heures de travail, n’était peut-être pas d’une grande fiabilité. Hélas, il était trop tard pour demander conseil et, comme à chaque fois, il avait lu les consignes longtemps après avoir commencé! Après tout, Gwen n’aurait qu’à les remplir de choses légères. Elle avait prévu d’y ranger des boites assez lourdes, mais là, Richard craignait que ça ne tienne pas. Tant pis, elle fera avec, à chacun son métier. Richard n’était pas installateur de cuisine mais pasteur!

Bricolage à l’épreuve du temps

Cette pensée, par laquelle il cherchait à s’excuser de son bricolage douteux, lui rappela un récent entretien qu’il avait eu avec François. Ce jeune homme lui avait expliqué qu’il avait «construit» son Dieu, à lui, tout seul, avec des bribes d’idées récupérées ici et là et des impressions dont il avait été sûr. En fait, il s’était bricolé un Dieu à sa mesure. François ne devait rien à personne. Comme Richard pouvait dire qu’il avait une cuisine installée, François pouvait dire qu’il avait un Dieu. Mais ni la cuisine de Richard ni le Dieu de François ne pouvaient servir à grand chose. L’ensemble des meubles posés par Richard faisait bien sûr ressembler la pièce à une cuisine et le Dieu de François constituait pour beaucoup un Dieu convenable. Mais qu’est-ce qu’un Dieu convenable?

Le pasteur pseudo bricoleur se souvint alors de la vieille parole d’un prophète: « Mettez-moi à l’épreuve, dit Dieu, et vous verrez…» (1). Mieux ne valait pas trop mettre les meubles posés à l’épreuve, mais le pire qui pouvait arriver serait qu’ils tombent. Mais quand nous mettons «notre» Dieu à l’épreuve, alors un dieu bricolé, montage biscornu de vérités de récupération, perdra vite sa majuscule en se révélant n’être qu’un dieu factice. C’est ce qui se passe quand dans une situation particulière on s’appuie sur ce que l’on croit de Dieu: beaucoup de souffrance et une profonde déception. Une vie tombée à terre est bien plus grave qu’une casserole cabossée.

Nous avons dû apprendre les choses les plus ordinaires de nos vies: se tenir debout, manger, parler le français, conduire une voiture. Nous avons eu besoin d’être guidés. Richard, au fil des années, avait eu le plaisir de rencontrer des bricoleurs de très haut niveau. Ceux-ci se donnaient à eux-mêmes des exigences de qualité professionnelle. Le peu qu’il savait faire, c’est d’eux qu’il l’avait appris. Eux-mêmes avaient appris au moins toutes les bases auprès d’un père ou d’un grand-père. Un bon bricoleur est toujours quelqu’un qui a reçu et qui a cherché à apprendre les gestes et les savoir-faire. Ce besoin d’apprendre est si fort que les grandes enseignes du marché du bricolage organisent quasiment toutes des stages d’initiation et de perfectionnement. Regardant ses meubles, Richard se dit qu’il faudrait bien qu’il finisse un jour par suivre un des ces stages!

Un Dieu à l’épreuve de la vie

Richard pensa à sa conversation avec François, finalement si déçu de ce Dieu bricolé qui ne le gênait pas aux entournures, mais qui se révélait si inconsistant, si inexistant quand on espérait vraiment pouvoir s’appuyer sur lui. Il se souvint lui avoir cité quelques paroles d’un des premiers chrétiens s’adressant à un jeune homme pour l’encourager à tenir ferme dans la foi, sachant de qui il l’avait reçue (2). La foi est une réalité personnelle. Personne ne peut croire à la place d’un autre. Mais le contenu de la foi se transmet. Pour être autre chose qu’une illusion, pour être une relation vraie au Dieu vrai, la foi a besoin du Dieu véritable. Chacun bricole chez lui pour toutes sortes de raisons, souvent économiques. Mais le beau geste qui crée résulte toujours d’un savoir-faire lié à une transmission. C’est la rencontre du Dieu de l’Évangile dans la personne unique de Jésus qui ouvre la foi à son Dieu véritable et non à une divinité imaginaire. Certes un dieu imaginaire est pratique. Il ne discute pas nos choix et il ferme les yeux sur nos petits trafics. Mais c’est un dieu en trompe l’œil. Richard pensa que demeurait quand même une grande différence. Dieu n’est pas un outil que l’on utilise pour notre plaisir ou notre besoin. En vérité, nous sommes, nous, les outils dans les mains si précises, si puissantes de Dieu. Ou encore, c’est lui Jésus-Christ, Dieu véritable de l’Évangile, qui par son amour et son Esprit, de nos vies disjointes, de nos existences fracturées, salies, gauchies, rabote, redresse, restaure, crée du neuf à partir de l’ancien (3). Là, dans ce travail de l’Esprit à l’intérieur de l’homme, se manifeste le Dieu véritable, unique, inimitable qui donne vie à ce que ses mains créent, à vous et à moi.

Ne vous privez donc pas de rejoindre un de ces multiples groupes de chrétiens où l’on apprend ensemble à se laisser travailler par la main de Dieu.

1. Malachie 3.10.

2. 2Timothée 3.14-15.

3. 2Corinthiens 5.17.

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