Est-ce que t’as déjà mouru ?

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C’est souvent au travers de questions d’enfants que surgissent les interrogations les plus profondes de l’existence…

Est-ce que t’as déjà mouru ?

«Dis, est-ce que t’as déjà mouru?» me demande l’enfant.

Pour me protéger, je veux répondre vite, rassurer ce petit, je veux le protéger d’une question d’adulte, des abîmes et des angoisses réservées aux adultes. Et puis il y a toutes ces certitudes qui font la trame de fond de mes pensées, tout ce que je crois: les morts sont morts et les vivants sont vivants. Je suis vivant, et un jour je serai mort. Au moins ça c’est sûr. Et mon intelligence cherche à se cabrer, à se rassurer sous prétexte de rassurer l’enfant.

«Est-ce que j’ai déjà été mort? Non pas que j’aie frôlé la mort. Mais est-ce que j’ai déjà été vraiment mort?» C’est un peu étrange de demander à des vivants s’ils ne sont pas déjà morts une fois ou l’autre. Mais en fait, si je ne suis jamais passé par la mort, alors pourquoi Jésus, les témoins bibliques, l’Église jusqu’à aujourd’hui continue à parler de résurrection à des gens qui sont bien vivants? Quel intérêt de parler du passage de la mort à la vie à des gens qui seraient déjà vivants? Ça reviendrait à expliquer à un chauffeur de taxi l’intérêt d’un volant … Aucun. Un vivant n’a pas besoin de recevoir la vie. Ce sont les morts qui doivent ressusciter.

Parler de Pâques et de résurrection n’intéresse donc que ceux qui sont morts. L’enfant a raison: si je suis déjà vivant, ça ne me concerne pas, en fait, ou pas complètement.

Il y a là un profond paradoxe: l’Évangile de la vie retrouvée doit être annoncé à des morts, mais s’ils sont morts, ils ne peuvent pas l’entendre. À moins que…

À moins que ceux qui croient qu’ils sont vivants ne soient pas vraiment des vivants? L’enfant me pousse dans des retranchements que je n’aurais pas soupçonnés. J’y suis presque: il ne faut donc peut-être pas se fier à la biologie, aux électroencéphalogrammes, à toutes les certitudes techniciennes, pour mesurer la vie ou juger de la mort de quelqu’un? La question de la vie et de la mort se joue aussi ailleurs, dans les profondeurs inexplorées de l’âme et de l’esprit.

Tout est bousculé

À Pâques, c’est le retournement de nos valeurs quant à la vie et à la mort. Celui qu’on croyait mort est vivant. Jésus n’est plus là, le tombeau est vide. Et, de la même façon, ceux qui se croyaient vivants s’aperçoivent qu’ils étaient comme morts. Spirituellement morts, car ils avaient confondu la mort et la vie, cherchant le prince de la vie au milieu des morts.

À Pâques, non seulement nous recevons de plein fouet ce message: «Dieu a fait passer Jésus de la mort à la vie, la mort est vaincue», mais en plus, nous sommes bousculés par cette autre nouvelle: nous qui nous croyions vivants, nous sommes peut-être vivants biologiquement mais la plupart du temps, nous sommes morts spirituellement.

Reconnaître qu’on est mort, c’est vital

Ça nous choque, nous n’avons pas envie de le reconnaître. Tous les mouvements de notre cœur, les miasmes de notre ventre nous font croire que tout ça bouge, et que tout ça est bien vivant. Mais spirituellement…qu’en est-il? Peut-être y a-t-il quelque chose en nous qui refuse ce constat? Ce n’est jamais plaisant de remuer la terre au fond de sa tombe.

Ne sommes-nous pas morts quand nous fermons nos frontières, celles de notre cœur ou celles de notre pays, pour vivre repliés pour nous-mêmes dans le tombeau d’une nation étroite ou d’une existence étriquée?

Ne sommes-nous pas morts quand nous sommes capables de dépenser plus de mille euros par jour pour un malade ici, quand à Kinshasa, Brazzaville ou Dehli, cette somme ressusciterait un hôpital entier?

Ne sommes-nous pas morts quand nous nous lavons les mains dans la joie d’avoir refusé la guerre ici ou là, mais qu’au même moment nous dressons tous les préparatifs d’une guerre civile avec nos prisons pleines et nos jeunes sans espérance?

Ne sommes-nous pas morts enfin quand nous disons vivre en Église mais que le pardon, qui devrait être notre mode de vie, est rangé sur l’étagère des souvenirs lointains?

Réaliserons-nous à quel point nous sommes morts?

Réveillons-nous

Pour autant, au moment même où cette «mauvaise nouvelle» nous rejoint au coeur, alors résonne l’autre annonce, celle de la vraie vie pour toujours! Sors de ton tombeau, l’ami! Dieu t’appelle au dehors! «Réveille-toi, toi qui dors. Lève-toi du milieu des morts et le Christ t’éclairera de sa lumière.»

Si nous reconnaissons que nous sommes endormis dans le sommeil paisible de l’orgie moderne, que nous sommes à terre, étendus dans le caniveau d’une société qui ne nous a pas forcément donné la place qu’elle avait promise, alors, réveillons-nous, et levons-nous! Car la lumière du Christ resplendit sur nous.

Pâques et la résurrection ne sont pas un événement lointain dans le passé. Et notre résurrection n’est pas un événement lointain dans le futur.

La résurrection n’est ni un concept théologique ni encore une croyance. La résurrection, c’est un saut, c’est un bond, c’est une puissance de Dieu dans notre faiblesse. C’est un cri de joie, c’est un enthousiasme, c’est un cœur qui bat. Et surtout, c’est maintenant, pour tous les morts qui veulent bien entendre l’appel de Dieu. C’est maintenant, mais pas parce que c’est le temps de Pâques. C’est maintenant tout simplement parce que c’est urgent; ça l’était déjà hier! Ce sera Pâques aujourd’hui, si je l’accepte. Et ce ne sera jamais Pâques si je m’accroche à mon tombeau.

Merci à toi, l’enfant, de m’avoir précédé et conduit dans le Royaume avec ta question impertinente et pertinente.

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