Hier était-il meilleur qu’aujourd’hui ?

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Notre monde va-t-il plus mal qu’autrefois ? Aucune réponse péremptoire n’est possible. Chaque époque a son lot de malheurs et de bonheurs.

Hier était-il meilleur qu’aujourd’hui ?

Les attentats de New York en septembre 2001 ont très certainement marqué un tournant dans l’histoire du monde contemporain. Depuis lors, le monde est entré dans une nouvelle forme de menace terroriste inter- nationale. Il semble que nous vivions désormais « dans un état d’insécurité permanente où domine la peur d’une mort violente(1) ».

Une question légitime ?

Les démocraties se sont engagées dans une guerre contre le terrorisme en pensant qu’il faut « maintenir la supériorité technologique et militaire de l’Occident sur les autres civilisations(2) », mais on est en droit de s’interroger sur la légitimité de combattre le mal par le mal(3). L’histoire du monde est complexe. Faut-il garder le goût de l’avenir ?

D’autres se demandent si les jours d’autrefois n’étaient pas meilleurs que ceux d’aujourd’hui, tentation qui existait déjà à l’époque biblique. Un sage y a répondu ainsi : « Ce n’est pas la sagesse qui t’inspire cette question(4) ». Bien sûr, nous pouvons questionner l’Histoire, mais gardons-nous d’idéaliser le passé.

Avant l’ère moderne

On s’aperçoit que les générations qui ont précédé la nôtre n’ont pas été épargnées par des bouleversements socio- politiques et religieux. Par exemple, au premier siècle de notre ère, l’apôtre Paul exhortait ses auditeurs à racheter le temps car, précisait-il, « les jours sont mauvais ». Quelques siècles après, la chute de l’empire romain en 476 fut considérée comme un événement effroyable. Jusque-là, l’empire avait assuré la pax romana, et sa dislocation plongeait le monde dans un chaos indescriptible.

Par contre, on a tendance à qualifier le Moyen-Âge d’« âge des ténèbres » notamment à cause de sa culture et sa structure inégalitaires – le seigneur et les paysans sont deux mondes qui s’ignorent et qui se méprisent mutuellement – il ne faut pas pour autant oublier qu’il bouillonne dans le domaine de la créativité et de la spiritualité. Saint Thomas d’Aquin, par exemple, opère une synthèse audacieuse entre la philosophie d’Aristote et la pensée chrétienne.

Durant la période dite de la Renaissance, l’humanisme place l’homme au centre de la réflexion intellectuelle. L’homme est doté de raison et donc, il est perfectible. De ce point de vue, on observe naturellement une volonté de liquider l’héritage du Moyen-Âge qui plaçait Dieu au cœur de toute discussion.

Des « Lumières » à nos jours

Cette volonté se prolonge au 18ème siècle, avec le rationalisme fondé sur le progrès scientifico-technique(5). Il faut bien le reconnaître, cette période a produit des résultats considérables dans bien des domaines tels que la santé ou l’amélioration de la nourriture. La philosophie des Lumières tendait vers la conception d’une humanité éclairée par la raison. Pourtant, c’est au cœur de ce 18ème siècle que des Indiens se sont fait massacrer au motif qu’ils n’appartenaient pas à l’humanité « civilisée ».

Au 19ème siècle, le marxisme, en opposition frontale avec la religion, qu’il qualifiait « d’opium du peuple », voulait changer le monde en profondeur avec ce slogan : « Du passé faisons table rase ». En fait, dans la Russie léniniste, ce sont des églises et des couvents qui ont été rasés, des chrétiens violemment persécutés et sauvagement massacrés.

Après la seconde guerre mondiale, les contemporains espéraient que leurs enfants...

1. Jean-Claude Guillebaud, Le goût de l’avenir, Éditions du Seuil, Paris, 2002, p.23.

2. Samuel P. Huntington, Le choc des civilisations, Éditions Odile Jacob, Paris, 2000, p.470. La thèse centrale de l’auteur est que « les chocs entre civilisations représentent la principale menace pour la paix dans le monde, mais ils sont aussi, au sein d’un ordre international, désormais fondé sur les civilisations, le garde-fou le plus sûr contre une guerre mondiale ».

3. Cf. J. Attali qui constate justement que « les nations les plus sophistiquées réagissent à la barbarie par la barbarie, à la peur par l’égoïsme, à la terreur par les représailles ». Une brève histoire de l’avenir, p.268.

4. Ecclésiaste 7.10

5. J’emprunte cette formule au sociologue Frédérick de Coninck, in « Routes et déroutes de l’espérance dans la société d’aujourd’hui », Hokhma, n°102, 2012, pp.5-18.

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