La vérité au fond du cœur

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Il y a ceux qui disent que la vérité n’a pas d’importance, ceux qui la cherchent pour chercher, d’autres encore qui en ont vraiment soif. Ces derniers sont ceux que l’Évangile peut combler, car la vérité y est aussi une personne à rencontrer.

La vérité au fond du cœur

«Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent». J’avoue que j’ai été scandalisé la première fois que j’ai entendu ces propos. J’étais d’autant plus outré que c’était un homme politique de premier plan qui les prononçait. Dans ma candeur, je percevais bien que pour être élu, un candidat était tenté de faire de trop nombreuses promesses. De là à penser qu’il n’était même pas sincère au moment où il les faisait, c’était un pas que je n’avais pas franchi.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que chacun reprend facilement ces mots à son compte. C’est un peu comme si le souci de la vérité appartenait au passé et qu’il est bien plus important aujourd’hui de convaincre et de réussir (ou d’être élu) que de chercher à être vrai.

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«En vérité, en vérité, je vous le dis»....

Littéralement «amen, amen ...» Le mot hébreux amen signifie ce qui est ferme, établi.

Jésus utilise abondamment ces expressions non seulement pour attester de la véracité de ce qu’il s’apprête à exprimer, mais aussi pour souligner son importance et attirer l’attention.

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Quand la parole est à ce point dévaluée en société, il ne faut pas s’étonner que les relations entre les gens se détériorent. Rien de stable ne peut être bâti, s’il n’y a plus confiance dans la parole donnée. N’est-ce pas aussi sous cet angle qu’on peut analyser le refus de bien des couples de s’engager aujourd’hui dans le mariage? Comment leur donner tort quand on constate que, dans certaines villes, il y a plus de divorces prononcés que de mariages célébrés? Oui, notre parole a décidément perdu beaucoup de son poids. On pourrait multiplier les exemples.

Le mal fait à la vérité n’est pas moins grand quand on prétend que ce qu’on croit importe peu du moment qu’on est sincère. Chacun est bien entendu d’accord pour dire que la sincérité est indispensable. Est-ce à dire que la recherche de la vérité le serait moins? Se tromper sincèrement, c’est quand même se tromper et, parfois, avec des conséquences dramatiques. Sans vérité, la sincérité mène à une impasse. Nous en rendons-nous vraiment compte?

Faisons le tri

Les définitions et les conceptions philosophiques de la vérité ne manquent pas. On parle de réalité ultime, de «ce qui est». L’homme est-il capable d’approcher la vérité d’une chose alors que celle-ci lui restera toujours extérieure? Quelle correspondance entre une réalité qu’on perçoit et les mots ou les concepts utilisés pour la décrire? De telles questions sont passionnantes mais sans fin.

Si on en reste au sens commun du mot, la vérité s’oppose au mensonge, voire à l’hypocrisie ou à la dissimulation. Nous disons la vérité quand nous affirmons ce que nous pensons ou savons, sans ajouter ni retrancher, quand nous rapportons les faits tels qu’ils se sont déroulés.

Certains auront beau jeu d’affirmer que chacun a sa propre manière de voir une réalité et donc de rapporter les faits. Même nos livres d’histoire et nos agences de presse n’échappent pas à ce phénomène. Nous ferons donc toujours bien de multiplier et de recouper nos sources d’informations si nous voulons approcher la vérité. Attention cependant: même si nous sommes obligés de relativiser ce que nous appelons vérité, cela n’empêche pas qu’elle soit un idéal à poursuivre et qu’il faut nous en donner les moyens. Dépasser ses propres convictions en écoutant celles des autres et en les recoupant ensuite entre elles est une ascèse indispensable.

La vérité a un prix

Ce n’est pas sans raison que le Dieu de la Bible demandait à son peuple de ne juger d’un fait ou d’une accusation qu’après avoir fait des recherches sérieuses. Même si chacun savait que le faux témoignage était solennellement interdit par l’un des «10 commandements» la législation d’Israël prévoyait qu’un seul témoignage était de toute manière insuffisant pour condamner quelqu’un. La recherche de la vérité était à ce prix.

Le souci de vérité s’exprime du reste tout au long de la Bible. Le livre des Proverbes s’en fait l’écho lorsqu’il dit «Le Seigneur déteste les menteurs, mais il approuve ceux qui disent la vérité». Il ajoute un peu plus loin: «Apprends à être vrai, à réfléchir....».

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«Je vais lui dire ses quatre vérités»

C’est ce qu’on dit quand on s’apprête à dire à quelqu’un ce qu’on pense de lui, le plus souvent pour lui faire des reproches.

L’Évangile m’a appris qu’aucune «vérité» ne mérite ce nom si je ne la dis avec amour. Pas de vérité vraie s’il n’y a pas volonté d’aider la personne à prendre conscience de sa situation et lui permettre de s’en sortir.

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Être vrai, c’est aussi, dans notre comportement, pouvoir appeler «péché» ce qui doit l’être. C’est ce qu’a dû apprendre le roi David. Il avait bien volé la femme de son officier et lui avait fait un enfant, mais cela ne l’empêchait pas de mener une vie «normale» sans que sa conscience le lui reproche. Il lui a fallu du temps pour reconnaître devant Dieu le mal commis: «Oui, depuis ma naissance, je suis marqué par le péché, mais tu veux la vérité au fond de mon cœur».

Une manière d’être

Quand on y regarde de près, la «vérité biblique» ne consiste pas seulement à dire des faits qui sont vrais et vérifiables. C’est aussi, et peut-être même avant tout, une manière d’être.

Dieu lui-même n’est-il pas présenté dans la Bible comme le Dieu de vérité, c’est-à-dire fidèle et digne de confiance? Il n’en attend pas moins des hommes. C’est aussi ainsi qu’il faut comprendre ce qui est dit de lui: «Dieu n’est pas un homme, il ne ment pas. Il n’est pas un être humain, il ne change pas d’avis. Quand il dit quelque chose, il le réalise, quand il fait une promesse, il la tient».

Le traducteur de la Bible a du reste quelques difficultés quand il doit traduire les mots hébreux correspondants. Faut-il les rendre par fidélité ou par vérité? Le choix est parfois difficile tant les notions se recoupent.

La vérité selon Jésus

Quant à Jésus, son souci de vérité est constant. Même lorsqu’il n’utilise pas le mot, c’est bien à elle qu’il pense lorsqu’il dit à ceux qui le suivent: «Ne jurez pas ... dites simplement “oui” ou “non”. Ce qu’on dit en plus vient de l’esprit du mal». Autrement dit, le disciple de Jésus ne devrait jamais avoir besoin d’attester par un serment de la véracité de ses paroles parce qu’il dit toujours la vérité. Il faut que chacune de ses paroles soit vraie, sans exception. On pourra donc toujours lui faire confiance.

C’est l’exemple que Jésus lui-même a donné. Même ses détracteurs le reconnaissent: «Maître, nous le savons, tu dis la vérité. Tu enseignes en toute vérité ce que Dieu nous demande de faire. Tu n’as peur de personne, parce que tu ne regardes pas l’importance des gens». C’est la raison pour laquelle il peut parler avec autorité. Les foules ne s’y trompent pas.

Ce sont donc des faux témoins qu’on soudoiera lors de son procès pour le faire condamner, en dépit de toute justice.

Le rapport de Jésus à la vérité va beaucoup plus loin.

Il est tout d’abord nécessaire de prendre conscience de sa conviction, lorsqu’il dit à Dieu son Père: «Ta parole est la vérité». De toute évidence, c’est bien de la Bible que Jésus parle, une Bible pas encore tout à fait complète puisqu’il s’agit alors de ce que nous appelons l’Ancien Testament avec sa Thora, ses prophètes, ses Psaumes... En parlant ainsi Jésus reprend à son compte ce que déclarait déjà le Psaume 119: «Ta parole est vraie, toutes tes décisions sont justes, elles sont valables pour toujours».

Il faut écouter aussi cette parole si surprenante de Jésus à quelques-uns de ses disciples: «Je suis ... la vérité». Si c’était quelqu’un autre que Jésus qui avait prétendu cela, on l’aurait pris pour un fou. Dans sa bouche, cela oblige à réfléchir. Dans le contexte, on comprend que Jésus se présente comme la Parole vivante de Dieu, ou encore comme l’expression parfaite de Dieu le Père parmi les hommes. Il n’y a pas de vérité en dehors de lui car c’est par lui et pour lui que toutes choses ont été faites.

Étonnant donc ce silence de Jésus quand Pilate lui demande «Qu’est-ce que la vérité?». Ne sonne-t-il pas comme un jugement redoutable sur cet homme, haut fonctionnaire corrompu pour qui la recherche de la vérité n’est au mieux qu’une préoccupation intellectuelle passagère? Quelle réponse utile pourrait bien lui donner Jésus? Ni hier ni aujourd’hui, la vérité ne se donne à connaître à celui qui ne la cherche pas vraiment. Elle n’est pas d’abord un sujet de spéculation ou une chose à posséder.

Nous ne pouvons approcher la vérité que lorsque nous sommes prêts à nous y soumettre et à la laisser imprégner tous les aspects de notre vie. Venir à la vérité, c’est en définitive, venir à Jésus.

Pour aller plus loin

Deutéronome 17.4; 1 Rois 10.6; Proverbes 12.22; 23.23; Psaume 51; 31.6; Nombres 23.19; Matthieu 22.16; Psaume 119.160; Jean 14; 17.17; 18.37; Matthieu 5.37

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