Quand je mourrai…

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Les états de mort imminente sont-ils une fenêtre entr’ouverte sur une vie après la vie? Point de vue d’un neurobiologiste.

Quand je mourrai…

Une clé fascinante mais ambiguë de la vie après la mort nous est donnée par les états de mort imminente (EMI). Ceux-ci nous sont en général racontés par des personnes ayant subi une profonde ischémie cérébrale, mais ils peuvent être parfois provoqués par le stress ou par une crise émotionnelle, et se produisent quelques fois spontanément. Les EMI sont étonnamment fréquents (5 à 10% de la plupart des populations), et sont plutôt constants d’une culture à l’autre.

Entre vie et mort

Dans toutes les cultures et quel que soit l’élément déclenchant, les personnes concernées mentionnent en général la plupart des expériences suivantes: premièrement, quitter leur corps et flotter au-dessus de lui; puis traverser un espace sombre (souvent un tunnel); ensuite voir défiler leur vie devant leurs yeux, ce qui les rend profondément conscientes des conséquences de leurs actes; puis entrer dans un domaine de lumière respirant l’amour où elles rencontrent un «être de lumière» ainsi que des parents ou des amis décédés; enfin rentrer dans leur corps. Je trouve remarquable que des EMI provoquées par des événements aussi divers qu’une ischémie cérébrale et un stress émotionnel aient un contenu aussi similaire.

Les personnes qui passent par une EMI en ressortent généralement transformées. Elles deviennent plus compatissantes et attentionnées. Elles perdent la peur de la mort et, dans certains cas, toute autre peur. Elles sont convaincues de retourner dans le domaine de lumière, que les Occidentaux identifient en général au ciel.

Deux écoles

Comment interpréter de tels faits? Les attitudes sont très polarisées. D’une part de nombreux «dualistes» affirment que les EMI prouvent l’existence d’une âme consciente qui peut quitter le corps, voyager jusqu’au ciel et revenir ensuite dans le corps.

Par contre, les sceptiques sont convaincus que les EMI ne sont qu’une illusion. Ils font remarquer que certains aspects peuvent être induits par une stimulation cérébrale. Par exemple, dans une étude récente, la stimulation électrique du cerveau d’une femme au niveau du gyrus angulaire droit (près de la frontière entre les lobes pariétaux et temporaux) a évoqué une expérience hors-du-corps. Les stimulations suivantes ont conduit à des illusions de légèreté et de survol jusqu’au plafond. La région stimulée est connue comme participant à la conscience de la position corporelle, les auteurs ont donc interprété les sensations de la patiente comme une distorsion de cette conscience(1). Des expériences hors-du-corps comme celle-ci ne sont qu’un aspect d’un EMI, et un EMI total n’a jamais été produit par une stimulation cérébrale localisée. Cependant, la perturbation de l’activité cérébrale par des médicaments peut engendrer des EMI plus complets, et c’est en particulier le cas avec un anesthésique, la kétamine, qui est également utilisée comme drogue euphorisante.

Illusion ou réalité?

Je ne suis pas convaincu que ces observations nient l’interprétation dualiste. Tout comme les visions induites par la drogue ne réfutent pas la vue, les EMI induites par des médicaments ne réfutent pas celles qui sont réelles. La question critique est de savoir si des personnes peuvent, avec un EMI, rapporter des faits qu’elles n’auraient pas pu connaître par une sensation naturelle. De nombreux rapports vont dans ce sens.

Par exemple, une femme décrite dans un livre du cardiologue Michael Sabom(2) a été opérée du cerveau à très basse température (moins 16°C), ce qui élimine toute activité cérébrale. Après l’opération, elle a rapporté s’être sentie «sauter» hors de son corps et planer au-dessus de la table d’opération à observer le travail des chirurgiens. Ce qui est important est qu’elle a donné une description détaillée de ce qu’elle a vu qui s’est révélée exacte. Par exemple, elle a décrit la scie utilisée pour ouvrir son crâne et rapporté avec exactitude les paroles des infirmières. Il y a de nombreux récits de ce type, mais les sceptiques ne les considèrent pas comme suffisants. Ils avancent que les descriptions d’EMI peuvent être modifiées pour coller aux faits ou peuvent être correctes par pur hasard, et que, dans certains cas, le patient qui peut avoir semblé être inconscient était en fait conscient.

Scientifique et chrétien

Mon point de vue personnel est que de nombreux récits d’EMI sont fascinants, mais n’apportent pas encore de preuve solide d’une vie après la mort. Ils pourraient n’être qu’illusion. Même quand un EMI semble avoir eu lieu dans une période d’activité cérébrale zéro, comme pour la patiente décrite ci-dessus, ils peuvent être un faux souvenir évoqué au moment du réveil par un cerveau stressé par une ischémie ou une température basse. Mais je trouve fascinant que de nombreux patients aient pu parler d’événements passés pendant leur anesthésie. Pour le moment ceci repose en grande partie sur des interrogations informelles, comme dans le livre de Sabom, et doit être confirmé avec une précision plus scientifique. J’ai conscience que plusieurs études rigoureuses sont en cours actuellement et j’en attends les résultats avec un grand intérêt.

Comme chrétien, je ne suis pas attaché à la traditionnelle notion dualiste d’une âme éternelle et immatérielle qui peut flotter hors du corps. Cette idée provient essentiellement de philosophes grecs anciens comme Platon. De nombreux philosophes chrétiens, de Saint Augustin à Descartes, ont été profondément influencés par Platon, mais la Bible ne mentionne pas d’âme désincarnée, platonique. Elle enseigne au contraire que nos corps ressusciteront comme le corps de Jésus est ressuscité. Mon espérance de la vie éternelle repose sur Jésus et sur sa résurrection, mais je reste prudemment ouvert à toute nouvelle information provenant des EMI.

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Peter Clarke est professeur associé à l’Université de Lausanne, où il enseigne l’anatomie et la neurobiologie.

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1. Blanke O, Ortigue S, Landis T et al. Stimulating illusory own-body perceptions. Nature. 2002; 419:269-270

2. Sabom MG. Souvenirs de la mort : une investigation médicale. Paris: R. Laffont, 1992

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