Réinventer la relation hommes-femmes

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Comment vivre la relation homme-femme dans le couple et en société? Étonnant mais vrai: celui qui prend du recul par rapport à la culture religieuse peut entendre la nouveauté du message biblique: «en Christ, il n'y a plus ni homme, ni femme...» (Galates 3.28).

Réinventer la relation hommes-femmes

Nos contemporains perçoivent mal les différences entre masculin et féminin(1)ou, au contraire, les hypertrophient(2)... La modernité n'a pas résolu l'éternelle alternative: machisme ou féminisme!

Je suis convaincu que notre société est plus violente encore que les précédentes sur ce sujet parce qu'elle est régie par l'ignorance. Or, l'ignorance est source de peurs, de conflits d'intérêt, puis de violences diverses et parfois graves.

Qui a le pouvoir?

Dans la relation masculin-féminin, qui doit faire quoi? Qui peut ou doit avoir le dernier mot? Et comment cela peut-il se vivre? Le couple est-il l'enjeu d'un pouvoir, d'une autorité?

J'écoute la souffrance des humains, des couples en particulier, depuis bien des années. L'écueil principal relaté par chacun est souvent celui de l'autoritarisme qui revêt bien des formes subtiles, au masculin comme au féminin. Exercer une autorité dans le couple provoque des nuisances durables qui affectent le lien conjugal parfois de manière irrémédiable. Il en va de même dans toutes nos relations masculin-féminin.

Alors, faut-il exercer une autorité? Et pourquoi? Quelle est la légitimité de cette vision culturelle et religieuse?

Contrairement aux idées reçues, la Bible offre une autre voie, novatrice et différente car elle ne tient pas (ou plus) compte de la fausse alternative: machisme ou féminisme. Pour la découvrir, encore faut-il accepter de «sortir» des ornières de la pensée traditionnelle et bourgeoise du XIXe siècle.

Hiérarchisation et pouvoir

Au travers de la religion et de nos cultures ancestrales nous avons hérité des idées suivantes: le mari seul maître à bord, le masculin prime toujours sur le féminin, le pater familias revu et corrigé par Napoléon et par les églises...

Ces conceptions font-elles place à la relation désirée par le Dieu Créateur au temps des origines? Personnellement, j’observe que le machisme et le féminisme détruisent l'harmonie des couples. Ils conduisent les sociétés dans l'impasse partout et toujours car ils nous renvoient à la question: qui a le pouvoir? Cette guérilla des sexes est pour moi révélatrice des effets de la rupture d'avec Dieu.

Or, ce qui prime toujours dans la Bible, particulièrement avec le Christ, c’est le lien «amoureux» de toute relation humaine: savoir reconnaître en l'autre un être en relation, un humain à aimer.

Le temps, un cadre pour aimer

Se donner le temps, à soi et à l’autre, c’est essentiel pour apprendre à aimer. Pourquoi «apprendre à aimer»? Je ne crois pas qu’il soit inné d’aimer quelqu’un convenablement, spontanément, immédiatement… surtout quelqu’un qu’on connaît finalement si peu! Par conséquent, aimer quelqu’un, c’est apprendre à l’aimer.

Ainsi, pour la Bible par exemple, le couple a besoin de temps pour apprendre à s’aimer. C’est pourquoi je trouve extraordinaire, belle et vraie cette maxime du poète Pablo Neruda: «Je t’aime afin de commencer à t’aimer».

La relation humaine véritable apparaît alors comme un engagement inconditionnel à aimer l’autre, à concourir à son bonheur plutôt qu'à diriger sa vie. Je dois dire que cela élève sensiblement le débat par rapport à la notion actuelle de plaisir ou de relationnel.

«Je ne t’aime pas pour ce que tu pourras me donner, m’apporter ou me faire. Je t’aime pour ce que tu es.» Cette déclaration a le mérite d’assainir la relation, de l’apaiser dès son commencement. En effet, n’est-il pas courant aujourd'hui de craindre le regard de l’autre, parce que nous sommes toujours jugés sur l’apparence ou la performance?

Grâce au temps, je m’engage à tout mettre en œuvre pour que l’autre soit heureux, pour que la relation soit vivante et vivifiante pour nous et tous les autres que la vie nous donnera de croiser.

Je dois apprendre à faire confiance à l’autre et à Dieu. Confiance, dans son sens étymologique premier: se «fier» à l’autre. Pourquoi devrais-je toujours vivre dans la défiance, la méfiance, la peur de l’échec ou de la trahison? Nous savons tous que la relation ne peut pas éclore et prendre son essor dans une atmosphère aussi pessimiste. La relation a besoin d’espace, de temps, de projets durables, de croire en l’avenir. Elle a besoin de foi. Sans cela ce n’est plus une relation, c’est un désert, une infernale prison… la mort.

Aimer, c'est s'ouvrir à l'absolue différence de l'autre

Les humains apprennent à aimer en donnant, en se donnant réellement à l'autre, sans condition.

Aimer c'est justement systématiquement refuser d'exercer un pouvoir sur l'autre car l'amour ne contraint pas, l'amour libère. Le philosophe Jean Lacroix a donné de l'amour une définition assez extraordinaire: «Aimer, c'est promettre et se promettre de ne jamais utiliser à l'égard de celui qu'on aime les moyens de la puissance.»

Avec cette option, on ne désire pas l’autre pour le posséder, l’enfermer, le dominer. Bien au contraire, on atteste que l’on désire être ensemble, vivre la différence sexuelle dans le respect total de l'intégrité de l'autre, se construire ensemble, se faire l’un à l’autre. Ce respect de la différence devrait être initié avec conviction dès l'enfance.

Aimer, c'est aussi faire de nos relations masculin-féminin un lieu de paroles. Un lieu de remise en question de soi et des fausses croyances du passé. Un lieu de transformation où chacun apprend à jouer un rôle positif dans la mutation de l’autre, sa bonification et l’émergence de sa véritable identité au travers du genre. La parole échangée réunit l’homme et la femme et produit quelque chose de neuf et de solide. Ce type de parole est toujours parole de réconciliation.

Aimer, c'est contribuer à résorber le brouillage des genres. Masculin et féminin choisissent d'être et de demeurer ensemble pour parvenir à l’unité. La Bible nous apprend qu’en Christ, ils ne sont plus rivaux mais partenaires, en correspondance l’un à l’autre. Ils sont égaux.

La guérilla prend fin en découvrant comment Dieu peut y apporter la douceur, la tendresse. L'expression de la tendresse est miracle… Tendresse de Dieu pour nous et envers celle ou celui avec qui je suis en relation.

Bourvil chantant «La tendresse»(3) adresse à Dieu ces admirables paroles:

«Dans votre immense sagesse, Immense ferveur

Faites donc pleuvoir sans cesse, Au fond de nos cœurs

Des torrents de tendresse, Pour que règne l'amour, (Règne l'amour)

Jusqu'à la fin des jours»

La relation pacifiée, un chemin vers Dieu

Chaque fois que les humains prennent le chemin de l’engagement et de l’amour durables, chaque fois qu’ils acceptent de lier leur destin à celui d’un autre, chaque fois qu’ils vivent de la communauté et pour elle, alors, ils approchent la réalité spirituelle de la vie, ils approchent de Dieu, très souvent à leur insu.

Finalement, le secret d'une relation des genres réussie réside dans le modèle qu'est Dieu. La Bible nous apprend que Dieu vit en lui-même des rapports d’amour et de communion éternels entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il nous ouvre la voie au véritable amour inconditionnel. Fabriqués à son image, nous pouvons vivre de cet amour de manière consciente et responsable. Nous pouvons Lui demander d'illuminer nos relations.

Épilogue

Appelés au respect de soi et de l’autre dans la dignité et la complicité d’un amour toujours renouvelé, comment pourrions-nous vivre nos relations homme-femme dans des jeux de pouvoir ou des rapports de force verbaux ou physiques?

En Christ, nos relations sont porteuses d’un mystère qui dépasse notre réalité humaine. C’est l’entrée dans une autre vie, une autre dimension de la relation, ce qui fera dire à Saint Paul «il n'y a plus ni homme, ni femme». Hommes et femmes sont appelés à vivre en complémentarité.

C’est comme si l’alliance de nos vies donnait naissance à une autre vie, un peu à l’image de l’enfantement. Cette vie nouvelle vient d’ailleurs. Nous ne maîtrisons pas ses composantes. Elle n’est pas issue de la production de nos ego. Vie nouvelle, spirituelle, porteuse de liberté et de don qui fonde le don de soi à l’autre, la gratuité de la relation amoureuse, son inconditionnalité.

À travers cet amour authentique, Dieu se donne et vient habiter le lien «amoureux» qui relie les êtres. Il vient l’épaissir, le nourrir de son Amour, lui donner du souffle, son Souffle. Désormais, l'humanité est en marche inexorablement vers son avenir: la pacification du rapport masculin-féminin.

1. Voir les modes unisexes.

2. Voir John Gray, Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, Éd. J’ai lu, col. Bien Être, 1999.

3. Paroles et Musique: Noël Roux, Hubert Giraud, 1963.

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