Savoir ce que l'on veut

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Nous désirons souvent le beurre et l'argent du beurre. Ce qu'il nous faut apprendre, c'est que choisir ne va pas de soi. Il y a toujours un prix à payer.

Savoir ce que l'on veut

Lorsque nous sommes enfant, tous les chemins nous sont ouverts. Mais dès la fin des études secondaires, et parfois bien avant, nous faisons des choix, conscients ou non, qui nous ferment certaines portes.

Chaque choix est un renoncement

Le fait d'aller à droite ne me permet pas d'aller à gauche en même temps. Choisir un chemin empêche d'en prendre un autre. Et c'est évidemment vrai pour notre vie. Si j'opte pour un métier, l'investissement en temps et en formation fait que je renonce, sauf exception, à un autre. Et c'est encore plus vrai dans le mariage. Choisir une femme implique – n'en déplaise à Don Juan – que l'on renonce par là même à toutes les autres. C'est sans doute ce que nous avons le plus de mal à accepter. Et pas seulement pour la dimension amoureuse! Lorsque l'on se perçoit comme consommateur, on espère toujours que tous les marchés resteront ouverts, que tous les choix seront possibles. Or, c'est bien sûr faux. L'âge qui avance, par exemple, ne permet plus certaines choses alors qu’il en permet d'autres. Cela suppose qu'on ait conscience du temps qui passe et que l'on n'est plus un jeune homme.

Chaque choix suppose la persévérance

Il y a un moment où les choix sont simples: c'est lorsqu'ils correspondent à des envies. J'ai envie, donc je veux. Nous connaissons cela depuis notre petite enfance. En effet, quoi de plus simple? Mais les vrais choix supposent de dépasser les envies les plus immédiates. J'ai envie de jouer du piano ou d'apprendre le russe; quoi de plus naturel? Nous allons acheter une méthode et nous y mettre. Et cela est agréable. Le plaisir de la découverte et les progrès rapides des premiers temps nous confirment dans le bien fondé de notre désir. Mais très vite les choses se compliquent. Une fois dépassé le miracle de la découverte, nous nous engageons sur une partie du chemin plus aride.

Apprendre une langue ou à jouer d'un instrument suppose une discipline. Et c'est là que bien des gens abandonnent. Il serait intéressant de savoir quel est le pourcentage de gens qui se lancent dans l'apprentissage d'une langue ou d'un instrument de musique et qui persévèrent jusqu'à une maîtrise au moins élémentaire.

Il en va de même dans la relation amoureuse. Il est facile de tomber amoureux, mais il est difficile d'aimer. L'ancienne formule des engagements du mariage parlait sagement de la fidélité dans les bons et les mauvais jours. Construire un couple suppose en effet de dépasser les désirs naturels enthousiasmants du début pour entrer dans la patience d'une construction. Aux yeux de certains, l'amour peut sembler disparaître avec le temps. En fait, il se transforme pour durer même lorsque les jours seront moins favorables.

Accepter de choisir et le dire

Avez-vous remarqué qu'à plusieurs reprises dans les évangiles, Jésus demande à celui qui s’adresse à lui de préciser son attente? À nos yeux, leur besoin est évident: lorsqu'un aveugle ou un paralytique l'appellent, nous nous doutons bien que c'est parce qu'ils espèrent être guéris. Pourtant Jésus leur demande: «que veux-tu que je te fasse (1)?» C'est que Dieu répond à une volonté véritable et non à un vague désir sans vraie consistance.

Quel que soit le chemin sur lequel on s'engage, si l'on veut avancer, il faut apprendre la patience et la persévérance. Il est nécessaire de choisir «vraiment». Seuls de tels choix peuvent déboucher sur autre chose que le rêve.

Et cela est vrai dans tous les domaines de l'existence. Vouloir être disciple de Jésus suppose également un choix. Jésus nous donne en exemple ces rois qui doivent bien réfléchir avant d'engager une guerre, ou ces hommes qui commencent par s'asseoir avant de bâtir une tour pour être certains qu'ils ont les moyens d'aller au bout de leur projet (2).

Nous confondons si souvent le vouloir avec un désir superficiel. Celui qui suit Jésus doit savoir qu'il y a un prix à payer et des risques auxquels il s'expose (3). Pour que son oui soit vrai, il doit en savoir le prix possible.

Si le Christ insiste tant sur cette dimension, c'est tout simplement parce qu'elle est humaine. Il faut savoir ce que l'on veut, commencer par se le dire, être lucide sur soi-même. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons nous engager dans la vérité. Cela concerne les choses les plus essentielles de la vie, comme les plus anodines. Reste enfin à bien vouloir.

L'être humain est un être de désir; encore faut-il que celui-ci soit bien orienté. «Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur» (4). Pour nous orienter vers le bien et le vrai, le désir ne doit pas être seulement comme les courants d'air qui nous portent en tous sens. Il doit être le fruit d'une volonté réfléchie, patiente et persévérante, élaborée dans le dialogue avec le Seigneur. Les vraies volontés bien orientées sont nourries de celle de Dieu. Alors seulement, ce que nous voudrons pourra porter du fruit.

1. Marc 10.51.

2. Luc 14.28-32.

3. Luc 9.57-62 ou Matthieu 5.10-12.

4. Matthieu 6.21.

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