Vérité, conviction et tolérance

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Être convaincu, c’est aussi être prêt à entendre l’autre.

Vérité, conviction et tolérance

Un sage fait entrer ses élèves à tour de rôle dans une pièce obscure où se trouve un éléphant. Il leur demande de toucher l’animal et de lui décrire ses formes. Le premier touche la trompe et lui dit que l’éléphant est un gros tube. Pour le deuxième, l’éléphant est une grosse boule, parce qu’il a caressé sa tête. Un troisième a effleuré ses défenses ; il en conclut que l’éléphant est un bâton courbé...

Chacun sa vérité ?

Cette histoire exprime assez bien l’esprit du temps. Nos sociétés dites postmodernes privilégient en effet l’expérience et le souci d’une vérité propre à chacun. Tout le monde finit ainsi par avoir raison même si les discours ne concordent pas entre eux. Du coup, on se méfie de ceux qui prétendent connaître la vérité. Toute quête de vérité absolue et tout discours prétendant à l’universel sont suspects ou immédiatement discrédités. On les perçoit comme des facteurs insupportables de division, une expression de supériorité imbuvable, voire une menace pour le corps social. Chacun n’a-t-il pas le droit de voir l’éléphant comme il veut ?

Quand la laïcité devient sourde

La vérité devient un sujet tabou. La crispation ambiante autour d’une laïcité mal comprise en témoigne : tout signe religieux ou expression d’une conviction forte tendent à être bannis de l’espace social. Le véritable débat est mis sous cloche. Michel Onfray exprime ainsi bien cet état d’esprit : « La laïcité se bat pour permettre à chacun de penser ce qu’il veut, de croire à son dieu, pourvu qu’il n’en fasse pas état publiquement ». Pour dire les choses autrement : « Croyez ce que vous voulez, mais surtout, que vos convictions demeurent secrètes. Si elles sont bonnes pour vous, n’enquiquinez pas les autres avec elles. À chacun sa vérité et les moutons seront bien gardés ». C’est aussi un peu comme si l’on disait : vous avez parfaitement raison de penser qu’un éléphant est un gros tube.

Questions légitimes

Qu’est-ce qui nous conduit à avoir peur de l’autre (et de soi-même) au point de renoncer à partager librement ce qui nous est essentiel ? Quelle conception du dialogue et de la liberté est ici impliquée ? Et comment imaginer même faire société ensemble ou construire quoi que ce soit si nous demeurons ainsi coupés les uns des autres et sourds à ce qu’ils peuvent nous dire ?

La laïcité ne doit-elle pas être au service de la tolérance et offrir la possibilité d’accueillir et d’échanger librement avec celui qui pense différemment ?

L’exemple vient d’en-haut

Au premier siècle, l’apôtre Pierre exhortait les chrétiens à exprimer leurs convictions, mais à le faire avec douceur et respect. Autrement dit à la manière du Christ, lui qui savait si bien allier amour, grâce et vérité dans chacune de ses paroles. Jésus était convaincu qu’il venait de Dieu et s’en retournait vers lui. Il n’a pas pour autant imposé ce qu’il savait mieux que quiconque. Il a laissé chacun libre de le suivre ou pas. Il a même proposé à ses disciples de le quitter. Sommes- nous prêts à suivre son exemple ?

POUR ALLER PLUS LOIN

Michel Onfray, Traité d’athéologie, Paris, Grasset, 2006.

1 Pierre 3.15 ; Jean 6.67.

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