La douce fierté d’être chrétien et arabe

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Saïd Oujibou est un pasteur d’origine marocaine, qui a connu l’islam radical avant de découvrir l’Évangile. Rencontre.

La douce fierté d’être chrétien et arabe

Dans l'un des très élégants salons de la Fédération protestante de France à Paris, Saïd Oujibou s’agite derrière son téléphone portable, à la recherche d’un pasteur iranien de passage dans la capitale. Plus tard dans la soirée, ce pasteur d’origine marocaine parlera à la radio et à la télévision de son nouveau livre, «Fier d’être arabe et chrétien»(1).

Pourtant, Saïd n’est ni chrétien ni arabe de naissance, mais musulman et berbère. Il est né à Kénitra, un grand port marocain, où son père travaille comme maçon. Il grandit dans ce qu’il appelle un «bidonville». Il a quatre ans quand l’entreprise de son père «expulse» la famille vers la France, qui manque cruellement de main-d’œuvre. Nous sommes en février 1972. «Le regard que les Vosgiens portaient sur nous était difficile et discriminatoire. Certains nous lâchaient les chiens» se souvient le jeune immigré. En même temps, il découvre ce qu’il appelle «le luxe: les HLM avec leurs interrupteurs et leur… baignoire!»

Cependant l’intégration en France se passe mal. Le racisme est omniprésent, et le père de Saïd se met à battre sa mère. « Je me glissais sous mon lit, et je criais: “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi mes parents se battent-ils?” Je croyais que nous avions la plus belle religion du monde, l’islam. Pour nous, le christianisme, c’était ce que nous voyions à la télévision: la débauche, l’alcool, etc.» Alors, Saïd pose sa peau de mouton en direction de La Mecque: «C’était ma protection». Pour lui, les chrétiens «sont des idolâtres, qui adorent trois dieux et mangent du porc». L’islam traditionnel de ses parents illettrés devient peu à peu politique dans le cœur du jeune rebelle. Il se souvient de l’invasion soviétique en Afghanistan, et puis de la révolution islamiste en Iran. «Khomeiny était notre Che Guevara à nous. Il osait défier l’Occident, le grand Satan! Je suis devenu très violent».

Un vrai tsunami

À l’âge de quatorze ans, il déclenche une bagarre générale dans son quartier, à l’issue de laquelle sa propre mère est hospitalisée. Ce soir-là, ce sont des voisins français qui proposent de garder les petits frères et sœurs. Une amitié étonnante naît entre ces deux familles que tout sépare a priori. Des échanges de plats culinaires se développent, entre couscous et gâteaux au chocolat. Et puis un jour, dans un plat de tajine, la famille Oujibou découvre un Évangile. Dans la fratrie de douze enfants, la plus grande des sœurs, Fatima, fait la découverte du Christ.

«Cela nous a choqués et outrés. C’était comme un tsunami, un choc pétrolier ou la troisième guerre mondiale. Nous l’avons vécu comme une trahison de la famille et de la patrie. Nous avons tabassé ma sœur et déchiré toutes les pages de sa Bible. Mais elle, elle était si paisible. Elle n’était plus la tigresse que j’avais connue, mais un agneau».

Saïd est mandaté pour l’espionner dans son église. Quelle surprise! «Quand ils priaient, c’était comme si la personne à qui ils parlaient était dans la salle. Ils étaient connectés, et pas moi». Pour autant, il trouve ces chrétiens bien prétentieux. «Ils étaient sûrs de leur salut. Moi, je faisais mes cinq prières par jour, mes ablutions, le ramadan, et je donnais ma dîme. C’est à cela que je mesurais mon salut. Et eux me disaient que ce n’est pas ce que je faisais qui comptait, mais ce que lui, ce Jésus, avait fait pour moi. Certes, la figure du Christ me subjuguait, mais pourquoi prendrait-il mes fautes, mes péchés, mes erreurs? » Le jeune Saïd rentre chez lui perplexe. Et bientôt, il fait une expérience de conversion: il reconnaît en Jésus-Christ son Sauveur. Il se met à lire la Bible en cachette, mais sa mère le découvre. Il est très sévèrement puni, la Bible disparaît. Il n’a que quatorze ans, alors Saïd se soumet à sa famille et revient à l’islam.

Demander pardon

Pour gagner de l’argent, il devient trafiquant de drogue, il est exclu de son lycée professionnel et paie une forte amende pour éviter la prison. À vingt-et-un ans, il fait le bilan. «J’étais devenu raciste et violent. Je n’étais plus rien». Il se souvient que sa sœur a caché une Bible dans sa chambre. Il la dépoussière. En la lisant, «j’ai senti que Dieu m’aimait toujours. Il était allergique à ce que j’avais fait, mais moi, Saïd, j’étais aimé».

Par la grâce de Dieu, il retrouve une place dans un lycée, juste à côté de chez sa sœur. Qui l’oblige à aller à l’église tous les dimanches matins avec elle. Et là, il fait une deuxième expérience de conversion, accompagnée d’une «vraie repentance: à travers la Bible, l’Esprit Saint m’a foudroyé et j’ai abdiqué. Je n’avais pas besoin d’aller au ciel, car le ciel était venu à moi. Le lendemain, tout était différent. Je voyais la France comme Jésus me la révélait. Je suis allé dans mon quartier demander pardon pour l’argent que j’avais volé et la drogue que j’avais fait circuler». Plus tard, «je suis aussi allé voir mon père à qui j’ai demandé pardon pour ma haine et l’argent volé. Il s’est effondré en larmes et m’a dit, en arabe, que lui aussi voulait accepter Jésus».

Depuis, son père est devenu un ami et un frère, grâce au Père céleste. À la mosquée, c’est sa mère qui explique qu’elle préfère voir Saïd tel qu’il est devenu plutôt que tel qu’il était. Saïd étudie la Bible dans un institut de théologie. Il rencontre sa femme, Fatima, une belle Algérienne, étudiante dans un autre institut biblique, en région parisienne. Ils sont aujourd’hui mariés et parents de deux enfants: Farès, 10 ans, et Ambre, 8 ans.

Jésus en babouches

Après ses années de théologie, Saïd ressent un appel pour travailler dans les banlieues. Il devient éducateur sportif et animateur social. Il travaille cinq ans à la Mission Populaire évangélique de Trappes, puis devient «consultant en violences urbaines» pour différents interlocuteurs dans les Yvelines. Aujourd’hui, il est « pasteur itinérant » de l’association Agape Mosaïc. Il intervient dans les paroisses qui font appel à lui, autant réformées, évangéliques que catholiques, pour témoigner de la culture arabo-berbère de ses frères chrétiens. Il a monté deux spectacles: «Liberté, Égalité, Couscous» et «La parabole du fils prodigue, version orientale».

Son action vise deux publics. Tout d’abord les chrétiens d’origine arabo-musulmane. Il les encourage à vivre pleinement leur foi tout en gardant leur culture orientale. Oui, on peut prier en langue arabe et appeler Dieu «Allah». Oui, on peut faire un mariage coutumier avec du henné sur les mains. Son deuxième public est constitué de chrétiens blancs, à qui il rappelle que le christianisme n’est pas uniquement occidental: «Jésus n’est pas né à New-York. Bethléem et Nazareth ne sont pas au Colorado. Jésus était un sémite qui parlait araméen, une langue proche de l’arabe. Jésus s’habillait en djellaba avec des babouches et mangeait du couscous avec ses mains. Et les plus grands théologiens chrétiens ne sont pas américains mais nord-africains, comme Saint-Augustin et Tertullien». Oui, on peut être fier d’être chrétien et arabe.

1. Éditions Première Partie, 2010

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Commentaires

martin clairevoix
29 mai 2014, à 12:13
Etre chrétien, c'est d'abord croire en l'amour du Christ et suivre ses commandements.Etre chrétien n'a rien à voir avec l'état civil.Peut importe votre nom et votre prénom.Se prénommer pierre , paul ou marcel ne fait pas de vous un chrétien.Jésus sauve.Etre chrétien, c'est suive Jésus.C'est le reconnaitre comme sauveur personnel.Etre chrétien, c'est suivre l'enseignement de Jésus.
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