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La parole à ... J’ai choisi le 93

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La parole à ... J’ai choisi le 93

Gillette Gaudit habite ce fameux «93» que les événements des banlieues de l’automne dernier ont rendu tristement célèbre.

Vous avez choisi de vivre à Stains…

Enseignante en collège, j’ai eu plusieurs fois la possibilité de choisir d’autres lieux. Je suis restée fidèle à ma ville d’adoption. À la retraite depuis deux ans, j’y suis toujours très attachée, consciente du rôle que je peux y jouer. Je suis présente dans la vie locale et engagée au sein de la Mission Populaire Évangélique sur le plan national.

Parleriez-vous de racisme dans les banlieues?

Bien des gens y sont devenus «racistes» un peu par la force des choses. Dans les années 70, vivre ensemble la diversité ne posait pas de problème particulier dans nos HLM. À partir des années 80, avec l’afflux de personnes étrangères, les vrais problèmes ont commencé. Au début, les habitants ont fait face en nettoyant ou réparant eux-mêmes les murs tagués ou les vitres brisées. Devant la recrudescence de ces phénomènes et l’absence de réponse en haut lieu, ils se sont découragés, préférant changer de cité. Même les gardiens ont baissé les bras.

Le racisme, c’est quoi?

Réduire le racisme à sa définition classique serait une erreur. Certes, Noirs et Maghrébins se supportent parfois difficilement. Les Blancs se voient régulièrement reprocher l’esclavage et la colonisation. L’intégrisme musulman et la crise économique n’expliquent pas tout. La haine et le rejet de l’autre se vivent déjà entre garçons et filles, à l’égard des adultes, voire d’autres jeunes, même quand ils ont la même origine. Il suffit de ne pas habiter la même cité.

Plus que l’appartenance ethnique ou religieuse, c’est la notion de territoire qui explique bien des comportements. Les espaces publics sont devenus «zonés» en quelque sorte. Certains incendies de voitures s’expliquent sous cet angle: «ta voiture occupe un territoire où je fais la loi!».

À faire et à ne pas faire

Si on parle remèdes, il y a d’abord ce qu’il faut refuser: le jugement. Mais aussi l’attitude de victimisation que des médias et acteurs sociaux entretiennent parfois. Ce discours qui favorise la haine et le repli sur soi ne tient plus la route: les actions municipales et les équipements sociaux se sont considérablement développés.

Et vous, en tant qu’enseignante?

J’ai vite repéré qu’il me fallait être ferme, tenir mon rôle, ne pas tolérer le manque de respect, ni à mon égard ni entre élèves. Si le statut d’enseignant conférait autrefois le respect, ce n’est plus vrai aujourd’hui. C’est à chacun de le conquérir. Il faut d’abord montrer l’exemple. Rendre au jeune sa copie 15 jours après le contrôle, c’est lui manquer de respect. Chacun doit apprendre à tenir parole. Je n’ai pas de solution miracle à proposer, mais je veux témoigner par ma présence de la force et de l’optimisme que ma foi nourrit.

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