Un enfant comme les autres

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Qui aurait pu croire que le petit Martin deviendrait un jour Prix Nobel de la paix?

Un enfant comme les autres

Ils s’amusent bien, les deux gamins de ce quartier aisé d’Atlanta. L’un blanc, l’autre noir, ils s’entendent comme larrons en foire. Mais le bon temps ne dure pas éternellement, et un jour, il leur faut bien commencer à aller à l’école. Et ô surprise, voilà qu’ils sont dirigés vers deux établissements différents. Le petit Martin interroge ses parents: Pourquoi ne peut-il pas accompagner son copain? Pourquoi l’autre enfant n’a-t-il plus le droit de partager ses jeux après la classe? Pour ses parents, c’est un vrai crève-cœur que de devoir lui parler de la ségrégation. Quel désenchantement pour Martin, élevé dans le milieu relativement protégé de la bourgeoisie noire naissante de l’époque! C’est sa première expérience concrète de l'injustice au quotidien. Comment de telles choses sont-elles possibles? «À partir de ce moment-là, je résolus de haïr tous les blancs» (1).

Sa mère lui donne alors un conseil: «Ne te rabaisse jamais au point de te laisser aller à la haine». Et d'ajouter ensuite: «Ne pense jamais que tu es inférieur à qui que ce soit. Tu dois toujours te souvenir que tu es quelqu'un» (2). Ces paroles l’aideront plus tard à avancer dans sa recherche d'une existence non-violente. Mais pour le moment, il n’en est pas question, et plus il grandit, plus sa haine se renforce. Les humiliations fréquentes déchaînent en lui une rage irrépressible. Un jour, dans une boutique, une femme blanche incommodée par sa présence le gifle sans aucune raison apparente en le traitant de «petit nègre». Il tremble de colère quand il voit des policiers blancs brutaliser sur leur passage des enfants noirs, des adultes traités de "boy", "garçon", ou lynchés par des blancs en toute impunité.

Le père de Martin, qui est pasteur, l’emmène un jour dans un magasin de chaussures. Ils s’installent sur le premier siège venu lorsque le vendeur s’approche pour leur demander d’aller patienter à la place des noirs, au fond du magasin. Le père de Martin se lève alors et, prenant l’enfant par la main, sort du magasin avec calme. Cette leçon de dignité marquera le gamin et il s’en souviendra toute sa vie.

La non-violence, une lutte contre soi-même

Le grand-père maternel de Martin est né en 1863, deux ans avant l’abolition de l’esclavage. Pasteur baptiste, il est un des fondateurs de la branche locale de la N.A.A.C.P. (3). Cette «Société pour l’Avancement des Personnes de Couleur» œuvre alors par des moyens légaux pour obtenir davantage de droits pour la communauté noire. On pourrait imaginer qu’avec de tels exemples, s’engager à œuvrer pour la justice aille de soi pour le jeune Martin. Pourtant il n’en est rien. Intelligent, ambitieux et volontaire, il est tiraillé entre son admiration pour un père qui ne plie jamais devant les blancs et sa révolte devant ses méthodes d’éducation autoritaires. Il se sent brimé, et il lui faut dépenser son énergie d’une manière ou d’une autre. Il exprime son sentiment de frustration dans les sports d’équipe où il fait souvent cavalier seul, profitant de sa force physique pour écarter violemment ceux qui se mettent en travers de son chemin. Dans les bagarres entre gamins, il a rarement le dessous et tous craignent ses accès de colère et ses sautes d’humeur.

L’action non-violente ne sera donc jamais pour lui une évidence. Il lui faudra en intégrer intellectuellement le concept d'abord, puis apprendre à le mettre en pratique concrètement, ce qui ne sera pas sans grands combats intérieurs.

1. S. B. Oates, Let the Trumpet Sound, The Life of Martin Luther King Jr, New American Library, New York, 1982, p.10.

2. R. Deats, Martin Luther King, Jr., Spirit-led Prophet, New City Press, New York, 2003, p.19.

3. National Association for the Advancement of Colored People.

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