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Dukkha : quelle vision du monde ?

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Dukkha : quelle vision du monde ?

La première noble vérité concerne dukkha. Tout dans le monde et le cosmos est dukkha. Dukkha est souvent traduit par souffrance, mais entre autres de par l’enseignement du Bouddha à son sujet, il a pris un sens plus large (dans son petit glossaire de termes pali, Walpola Rahula y ajoute conflit, insatisfaction, in-substantialité, vide). Le terme dukkha vise trois types de souffrances, de la compréhension classique du mot souffrance en occident à une compréhension plus existentielle.

Le premier type de souffrance est Dukkha-Dukkha : c’est la souffrance que nous rencontrons au cours de notre vie : la maladie, les conflits, la vieillesse, la mort, les difficultés, l’insatisfaction…

Le second type est Viparinama-Dukkha (viparinama voulant dire changement, altération, transformation), il rend compte du caractère éphémère, voire trompeur du bonheur expérimenté sur cette terre.

Enfin, Samkhara-Dukkha (samkhara signifiant choses et états conditionnés) exprime une conception plus métaphysique de la souffrance. C’est au final la manière dont le Bouddha rend compte de la réalité du monde et de l’homme.

Qu’est ce que l’homme selon le Bouddha ? Contrairement aux apparences, l’homme n’est pas un être qui demeure. Un « je » qui subsiste au fil du temps, ce qui me permet de dire par exemple : « Hier, j’étais au travail ». Cette compréhension du moi est perçue comme illusoire et mensongère.

Ce que nous appelons « homme, être, moi », dit le Bouddha, est une combinaison de forces et d’énergies physiques et mentales, en perpétuel changement qui se conditionnent les unes aux autres. L’homme est alors envisagé comme une machine psychophysiologique. Cet ensemble est sujet à variation et évolution, si bien qu’il n’est rien qui existe dont on puisse dire : voilà ce qui fait l’homme, le moi. La vie humaine est au contraire comparée à un flux, une rivière de montagne. « Ô, Brahmane, c’est tout à fait comme une rivière de montagne qui va loin et qui coule vite, entraînant tout avec elle ; il n’y a pas de moment, d’instant, de seconde où elle s’arrête de couler, mais elle va sans cesse coulant et continuant. Ainsi, Brahmane, est la vie humaine semblable à cette rivière de montagne »(1).

La noble vérité sur dukkha, on l’aura compris, n’est pas un simple constat sur la présence de la souffrance dans notre monde, mais bien plus une compréhension de ce monde rempli de souffrance. Il est alors intéressant de considérer les parallèles ou divergences face à une compréhension judéo-chrétienne du monde.

(1) Anguttara-Nikaya cité par W. Rahula op.cit. p.46.

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