Accueil > Tous les articles > Bouddhisme > Magga, quel salut ?

Magga, quel salut ?

Complet
Note : 50
( 1 vote )
Magga, quel salut ?

La quatrième noble vérité décrit le moyen du salut. Magga qui la désigne veut dire sentier. Le sentier du Bouddha est appelé voie du milieu car il se situe au milieu de deux voies opposées : d’un côté, l’ascétisme mortifère des renonçants, de l’autre la vie confortable des brahmanes de son époque organisée autour de son ritualisme. Cette voie du salut est aussi appelée noble sentier octuple. Elle est souvent représentée par une roue à huit rayons pour rappeler qu’elle consiste en huit types d’actions ou de pensées qui toutes convergent vers un même objectif : le nirvana. Ce sont successivement : la compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l‘action juste, le moyen d’existence juste, l’effort juste, l’attention juste, la concentration juste. Nous allons brièvement décrire ces huit voies en les regroupant selon les trois grandes catégories de la sagesse, de l’éthique et de la discipline mentale.

L’éthique comprend la parole juste, l’action juste et les moyens d’existence justes.
La parole juste est une parole vraie et pure qui ne blesse pas, mais au contraire édifie.
L’action juste est son parallèle dans le domaine de l’action.
Les moyens d’existence justes concernent l’activité sociale et professionnelle. Sont entre autres prohibés les commerces et métiers d’armes, mais aussi d’alcool, de boucherie et de jeux de hasard.
La discipline mentale regroupe l’effort juste, l’attention juste et la concentration juste.
L’effort juste exprime la volonté énergique de faire obstacle aux mauvaises pensées, de se dépouiller des mauvaises pensées nous habitant, de mettre en œuvre des pensées positives et constructives et de développer les bonnes pensées déjà présentes en nous.
L’attention juste est une attention vigilante dans notre vécu quotidien pour y discerner la réalité humaine telle que le bouddhisme la conçoit (théorie des agrégats, de l’impermanence et du non-soi).
La concentration juste décrit le recueillement auquel est invité le bouddhiste. Partant d’un contrôle des pensées, il est proposé par étapes successives d’arriver à la sérénité du nirvana, où disparaissent les sensations et seule demeure une attention qui se veut impersonnelle et pure.
La sagesse enfin, porte sur la pensée juste et la compréhension juste.
La pensée juste, ce sont les pensées de renoncement et de détachement non égoïste, les pensées d’amour et de non-violence étendues à tous les êtres.
La compréhension juste vise à comprendre le monde tel que le décrivent les quatre nobles vérités sur dukkha.

Étant donné l’insistance sur la discipline personnelle et la large place accordée à la méditation dans cette démarche, la voie royale pour pratiquer est l’état de moine. Le moine et la nonne sont ceux qui se donnent tout entier à la pratique du noble sentier octuple.

Si le noble sentier octuple est la voie de salut dans le bouddhisme, qu’en est-il du christianisme ? C’est une parole du Christ qui nous semble le mieux résumer la spécificité du salut chrétien. Cette déclaration, impossible, voire blasphématoire pour d’autres religions, est une des sept paroles du Christ sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27.46). Cette question interroge le chrétien : comment le Père peut-il abandonner le Fils ? C’est, pour le moins, un grand sujet de méditation et certainement pas une question à laquelle on répond rapidement. Pour l’islam, c’est une impossibilité : Dieu ne peut pas ainsi abandonner son prophète et ce n’est pas Jésus qui souffrait et mourait sur la croix(1). Quant au bouddhisme qui accorde volontiers à Jésus le statut de boddhisattva, cette perte de sérénité est incompréhensible chez un éveillé.

Avec cette parole, le Christ reprend sur la croix le début du Psaume 22, est le cri de désespoir du juste souffrant. Bien qu’innocent de toute faute, il assume dans sa propre personne les conséquences de l’enfermement spirituel de tous les hommes : leur prétention à discerner le bien et le mal. Dans leur prétention à l’autonomie, c’est au final la vérité et l’ordre du monde que les hommes rejettent. Une telle autosuffisance les conduit selon la Bible à un jugement de la part de Dieu le créateur et maître du monde. C’est ce jugement de l’humanité que l’homme de Nazareth assume sur le bois de la croix. Lui qui a vécu dans la dépendance totale à Dieu assume la place de ceux qui l’ont rejeté. C’est donc par Lui que la délivrance impossible aux seules forces humaines devient possible.

Si la délivrance bouddhiste se caractérise par l’effort personnel, la délivrance chrétienne ne peut être qu’au bénéfice d’un don gratuit et immérité accordé par Dieu. Les deux voies du salut, chrétienne et bouddhiste, sont donc aux antipodes. Cette opposition ne doit pas faire oublier les parallèles qui existent entre elles, en particulier dans les implications pratiques de la foi au quotidien.

Tous deux partagent une éthique personnelle conséquente. Les valeurs de parole juste, d’action juste et de moyens d’existence justes trouvent un écho dans la charité chrétienne. Néanmoins, si les deux éthiques se rejoignent pour défendre le caractère sacré de la vie, elles en ont aussi une perspective différente.

L’éthique bouddhiste vise le respect de la vie : le bouddhiste est animé de compassion pour toutes les situations de souffrance et fait preuve de grande patience à leur égard. S’il y a un esprit de communion avec tous les êtres, il tient au fait que tous ont vocation à réaliser la vacuité, l’état de Bouddha.

Dans le christianisme, c’est l’attention aux personnes et aux individus qui prime. Ce qui met en œuvre l’amour chrétien n’est pas tant la situation de souffrance que la reconnaissance de l’autre, de sa valeur, un être subsistant aimé de Dieu (Jean 3.16 ; 1 Timothée 2.4). L’amour chrétien se réalise dans le bonheur de l’autre. Cet amour, comme les personnes qu’il unit, demeure éternellement (1 Corinthiens 13.13). La compassion bouddhiste est une sympathie sur le chemin de la délivrance, mais l’autre en tant qu’individu ne demeure pas.

Les différences au niveau de l’éthique sociale sont sans doute encore plus marquées. Il y a dans le judéo-christianisme un sens de la révolte et un souci pour les plus faibles qu’on ne retrouve pas dans le bouddhisme. Ce sens de la révolte s’exprime jusque dans la prière, le cri d’exaspération du croyant : « Jusqu’à quand Seigneur ? ». Cette expression est présente dans, au moins, huit psaumes (cf. Psaume 6.3 ; Habaquq 1.2-4 ; Apocalypse 6.10). Ce sens de la révolte contre le mal est appelé à s’exprimer socialement par un souci du pauvre (Ésaïe 58). Vis-à-vis de la souffrance, le bouddhisme invite plutôt à développer sérénité et patience. Le mal n’étant pas en dernier ressort un ennemi à vaincre, mais une illusion à dénoncer…

Le bouddhisme fait appel à une forte discipline mentale. Cette notion de l’effort juste est également présente dans les paroles de Jésus ou des apôtres ; on peut citer par exemple les exhortations de Paul aux Éphésiens (Éphésiens 4.21-24 et 31-32). Cependant, la relation entre cet effort et la délivrance attendue est différente. Pour le bouddhisme, l’effort juste est le moyen de la délivrance tandis que dans le christianisme, il est plutôt le signe que la délivrance reçue de Dieu par sa grâce opère.

La méditation chrétienne, quant à elle, n’est pas une attention au jeu des phénomènes mais plutôt une attention à la Parole révélée. Signalons aussi des différences quant au recueillement. Dans le christianisme, la prière est avant tout dialogue et s’il y a une place pour le silence dans la prière, il n’est pas attention au vide de soi mais écoute de l’Autre.

Considérons enfin la sagesse dans les deux religions, elle consiste dans les deux cas à développer une attitude adéquate par rapport à la vie dans ce monde. Mais là encore, les perspectives divergent. La sagesse bouddhiste vise à reconnaître le caractère illusoire et impermanent de ce monde. La sagesse judéo-chrétienne commence par le constat que ses moyens sont extérieurs à l’homme : « La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse » (Proverbes 1.7). La crainte proposée n’est pas servile mais raisonnable puisqu’elle mesure la distance entre le Créateur et les créatures. La sagesse sera ensuite une bonne gestion des ressources qu’il met à notre disposition.

(1) Paul Gesche, Annoncer Christ aux musulmans, Éditions MENA, 1993, Grigny p. 233-236.

Vous aimerez aussi

Pour connaître les débuts du bouddhisme, nous ne possédons que des...
La première noble vérité concerne dukkha. Tout dans le monde et le cosmos...
Plus de 250.000 personnes se réunissent le 28 août 1963 à Washington, face au...
Comme pour Jésus et Mahomet, l’enseignement du Bouddha n’a été...

Commentaires

Ajouter un commentaire

Notez cet article :